3 pièces de théâtre chez L’école des Loisirs

Personnages

UNE LECTRICE
LA FOULE EN DÉLIRE DANS LA TÊTE DE LA LECTRICE
DANS LA FAMILLE, JAMAIS, de Julie Rey
LE CHAT N’A QUE FAIRE DES SOURIS MORTES, de Philippe Dorin
LE GARDIEN DES OMBRES, de Nathalie Papin

PRÉLUDE

Dans une bibliothèque au rangement très approximatif, trois livres sont posés en évidence. Leurs couleurs vives empêchent que quiconque les rate. Orange, bleu, violet – ou parme, voire lilas, on ne sait jamais -, on ne voit qu’eux au milieu du bazar qui règne.
La lectrice entre et se saisit des ouvrages.

La lectrice : ça vous dit, qu’on parle de théâtre aujourd’hui ?

Elle regarde les livres entre ses mains et se met à les organiser en un ordre précis. Le bleu, le orange, puis le violet-parme-lilas.

La lectrice : c’est du théâtre jeunesse, en plus. On n’a jamais parlé de théâtre jeunesse, je crois ?

Un instant de silence, elle semble écouter avec attention. Un grand sourire se peint sur son visage.

La lectrice : Je savais que vous alliez aimer ce programme !

Acte I : Dans la famille, jamais de Julie Rey

“Le jour de la rentrée, deux amis, Wallace et Simone, se retrouvent dans un espace aménagé à l’abri des regards. Ils sont rejoints par Albert, un nouveau, reçu dans cet internat qui prépare au conservatoire de danse. Mauvais plan, le préviennent Wallace et Simone. Les danseurs sont moqués, insultés, humiliés, surtout par Léo et sa bande, des brutes. Albert n’est pas inquiet, il sait comment les affronter. Wallace, lui, est terrorisé. De quoi a-t-il donc si peur ?”

Une pièce tout en délicatesse et émotion, portée par 3 personnages terriblement attachants. Simone et Wallace qui se cachent, parce qu’ils ne se sentent pas de taille à affronter la jungle de l’internat, parce qu’ils ne croient pas pouvoir le faire, car ça voudrait dire s’assumer et arrêter de laisser Léo et sa bande leur faire honte de qui ils sont. Et ce n’est pas évident d’assumer qui on est, surtout quand on n’est pas ce que la norme ou sa famille veut que l’on soit.
Albert, lui, il aime la danse, il se consacre à ça, et pourtant c’est comme s’il ne se laissait pas atteindre par ce que les autres en disent. Lui, il semble savoir qui il est et l’accepter. J’adore la manière dont c’est par le regard qu’il repousse les caïds de l’internat, j’ai trouvé l’image assez forte.
Et c’est d’ailleurs cela que doit apprendre Wallace : à arrêter de chercher des parades, à s’illusionner lui-même, et à se dire que, s’il n’y avait jamais eu quelqu’un comme lui dans la famille auparavant, il n’a pas pour autant le devoir de se fondre dans le moule pour avoir le droit d’exister. Il en a le droit et il peut le faire – parce qu’il est drôlement cool comme personnage en plus, Wallace 😉

Acte II : La chat n’a que faire des souris mortes de Philippe Dorin

“Deux garçons assis au bord d’un lac. Sur les deux, difficile de savoir qui est qui. L’un baratine l’autre, lui pique son blouson, lui fait croire qu’il est son meilleur ami et qu’il va lui sauver la vie. L’autre ne sait comment s’en défaire. C’est une jeune fille sortie de dieu sait où qui va démêler tout ça en leur demandant à tous les deux : ” Diable, que faites-vous là ? ” L’un croit qu’elle ne s’adresse qu’à lui et le voilà confondu ! Car le diable adore qu’on le vouvoie.”

Sans aucun doute la pièce à laquelle j’ai été le moins réceptive. Hommage à la phrase de Méphistophélès dans Faust (“Je suis comme le chat qui ne se soucie guère des souris mortes“), le titre a immédiatement capté mon attention et le résumé a terminé de me convaincre. En commençant ma lecture, je partais plutôt confiante, mais les choses se sont vite gâtées : j’ai trouvé la pièce assez hermétique. J’ai tourné la dernière page en ayant eu la sensation de n’avoir pas compris grand-chose, d’avoir échoué à voir l’image d’ensemble. Nombreux étaient les passages qui me parlaient, mais je n’ai pas réussi durant ma lecture à relier entre eux les éléments que je découvrais. Ce n’est qu’après, en y repensant, que j’ai réussi à l’apprécier et à mieux la comprendre. D’ailleurs le dossier disponible ici m’a permis de prendre un peu plus confiance en ce que j’avais cru retirer de la pièce (et d’avoir un peu moins l’impression d’être dépourvue de cerveau :D). La pièce ayant été portée à la scène, je fais la supposition que ma sensation aurait été autre si je l’avais vue au théâtre.

Acte III : Le gardien des ombres de Nathalie Papin

“Teppogge, le gardien de l’Ombril, s’inquiète. De plus en plus de personnes se défont de leurs ombres, ils n’en veulent plus, elles les encombrent. Même l’homme à la mallette est prêt à payer pour se débarrasser de la sienne parce qu’elle lui fait trop d’ombre ! Découragé, Teppoge abandonne l’Ombril à une nouvelle gardienne. Il partira avec huit ombres, ses préférées. Pour elles, il fondera Le cirque des ombres qui connaîtra un grand succès.
Tout va pour le mieux. Jusqu’à ce que l’homme à la mallette revienne.”

Mon petit préféré, je l’avoue d’entrée. Le gardien des ombres a pour moi cette force qu’il parvient à être très joli à la lecture, tout en me donnant une belle idée de ce qu’il peut donner sur scène. Le texte est une comme une invitation faite à l’imagination : la mienne a en tout cas marché à plein régime, se figurant à chaque instant l’univers plein de poésie de la pièce. C’est tellement onirique, avec tous ces jeux de lumière, ces pauvres ombres abandonnées par leur propriétaire et que Teppoge va mettre en scène à l’intérieur de son appartement. Pour qu’elles puissent exister, il faut bien qu’il s’organise et leur offre à chacune une lumière adaptée et un espace où être projetées. Teppoge, il a un peu quelque chose d’un infirmier ou d’un médecin pour moi : c’est lui qui recueille ces ombres, leur donne une existence, les rend belles et va permettre aux personnes qui les ont abandonnées de percevoir la richesse de cette part d’eux rejetée.

ÉPILOGUE

La lectrice se tourne vers la bibliothèque, à la recherche d’une place pour les 3 livres.

La lectrice : Pourtant, vous n’êtes pas bien épais…

Elle déplace quelques livres, manque de faire tomber une pile et finit par reposer les ouvrages là où ils étaient au tout début. Elle s’arrête, tend l’oreille et fronce les sourcils.

La lectrice : Oui bon, ça va ! Un jour, je rangerai.

Elle sort.

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6 Comments on “3 pièces de théâtre chez L’école des Loisirs

  1. Haa j’adore la forme de cet article (et le fond aussi d’ailleurs hein^^) ! C’était super plaisant à lire ^_^
    Ca fait tellement longtemps que je n’ai pas lu de théâtre jeunesse… et de théâtre tout court en fait ^^
    Tu me donnes envie de m’y remettre ! Et de lire Faust aussi =D

    • Oh, merci ma Plouf ! 🙂
      Toi aussi, tu fais partie du club des lecteurs qui “aiment le théâtre et oublient d’en lire” ? 😀
      J’avoue, moi aussi j’ai envie de lire Faust maintenant !

  2. Huhu j’adore ce format 😀

    Je ne lis pas beaucoup (pas du tout) de théâtre, mais c’est un genre qui mériterait d’être plus souvent mis en avant !

    Bon courage pour le rangement x)

    • Je suis vraiment touchée que ça te plaise, je t’avoue que je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête ce matin : je n’avais pas prévu DU TOUT ça en me mettant devant mon ordinateur pour rédiger x)
      Je lis trop peu de théâtre par rapport à l’intérêt que j’ai pour le genre. Je ne sais même pas pourquoi, j’aime beaucoup ça mais mon cerveau passe toujours en mode “Roman. Roman. Roman” 😀

  3. Trop de suspense à ce tomber de rideau !! 😮 Est-ce qu’elle va vraiment ranger un jour ?!? OMG!! :p Plus sérieusement, j’aime bien ce genre de pièces et je n’ai pas lues celles-ci, donc merci pour la découverte ! 😉 C’est bête ce que tu dis de la pièce de Dorin, le titre m’avait carrément tapé dans l’œil !

    • Bizarrement, j’ai de gros doutes concernant sa capacité à changer 😀
      Pour ma part, je lis trop peu de théâtre, donc ma culture en la matière se situe quelque part aux alentours du niveau de la mer, j’en ai peur, surtout en théâtre contemporain. Un jour, il faudra que tu me fasses une liste pour que je me fasse une kultur :p
      Après, pour celle de Dorin, c’est celle qui m’a le plus fait réfléchir. Je l’ai fait lire à ma soeur, et cette après-midi on en parlait encore… donc je pense que ça peut valoir le coup que tu la lises, c’est tout à fait possible qu’elle te plaise ! (Et toi qui as un cerveau, tu comprendras sans doute bien plus facilement que moi :p)

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