Bac 2016 : Madame Bovary – Gustave Flaubert & Vincente Minnelli

Binôme : l'avis de Morgana sur le livre en vert et l'avis de la Luciole sur l'adaptation cinématographique en orange ! 😉

Bac 2016 : Oedipe Roi à retrouver ici et L'adaptation de Madame Bovary de Sophie Barthes (2015)

Bac 2016 : Madame Bovary - Gustave Flaubert & Vincente Minnelli

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Ahhh, Madame Bovary, voilà un roman que tout le monde aime.

 

 

En réalité, les seules personnes m’ayant dit « j’adore Madame Bovary » sont en général professeurs de français. Les autres avis expriment la plupart du temps un traumatisme non surmonté, des années après la lecture, souvent demandé par les professeurs sus-cités 😀

 

Je ne suis pas professeur de français (je sais que je brise le mythe que vous vous étiez construit à mon sujet mais je ne peux cependant vous mentir)(ok je sors), pourtant j’ai aimé lire ce livre. Je ne peux pas dire que c’est l’un de mes livres favoris, mais je le trouve extrêmement intéressant.

 

Bon, cela dit Je ne l’ai pas aimé lors de ma première lecture.

 

J’avais 12-13 ans, j’étais en vacances, ce livre traînait sur les étagères poussiéreuses… j’en suis ressortie en me demandant quel était l’intérêt du bouquin et avec la vague impression d’avoir perdu de précieuses heures de ma vie (à 12 ans, oui).

 

Puis, il m’a fallu le relire lorsque j’ai préparé le Bac de français.

 

J’ai commencé ma lecture et, dès les premières pages, j’ai cette fois-ci apprécié l’écriture de Flaubert. Ok, du Gustave, tu en lis 20 pages et tu as besoin d’aller faire une sieste juste après tellement c’est consistant (mais sur l’échelle Proust, on n’est pas dans le pire, selon moi). Toutefois, j’ai aimé la manière dont il dépeignait le cadre, les personnages avec une justesse acérée. C’est très lent, mais cela reflète bien l’ennui de l’héroïne éponyme. Il n’y a pas vraiment « d’action », c’est la vie en province et, surtout, c’est Emma qui ne se satisfait pas de la vie en province. Flaubert rend parfaitement cette insatisfaction chronique : l’histoire se traîne, comme Emma se « traîne » dans sa vie, le tout ponctué de sursauts de temps en temps, qui ne feront que l’enliser de plus en plus au final.

Emma est un personnage que je ne comprenais pas,  et que logiquement je méprisais. Je ne vais pas vous dire que je rêve maintenant d’en faire ma meilleure amie, mais je crois mieux comprendre son comportement qu’à 12 ans 😀

 

Il me semble que toutes les actions de Madame Bovary visent à lui permettre d’échapper à sa condition de femme de petit médecin.

 

Et comment s’y prend-t-elle ? Elle essaye de se comporter comme un homme. Je me souviens avoir été marquée par une scène où elle s’habille et fume comme un homme le ferait. Elle aurait voulu être l’héroïne de l’un de ces romans sentimentaux qu’elle lisait à longueur de journée, mais sa vie en est bien loin. Et pour essayer de s’en sortir, elle se rebelle, mais elle possède bien peu d’armes. Il est d’ailleurs assez amusant de constater qu’elle déteste au plus haut point sa belle-mère, qui représente parfaitement la femme bien comme il faut de l’époque 😀 Tous ses essais échouent et ne font que la mener à sa triste fin.

Alors, le personnage est en soi toujours aussi insupportable. Mais lors de cette relecture, elle m’a plus appitoyée, car j’ai eu l’impression qu’il lui était impossible de s’en sortir, de se libérer, tandis que la 1ère fois, je me disais que si elle réfléchissait plus, elle aurait eu sa fin heureuse. Là, j’ai réalisé qu’elle n’avait que deux choix : ou se ranger, à l’image de sa belle-mère, et se satisfaire de sa vie, ou finir par mourir, seule manière de se libérer de sa vie terriblement monotone. La première solution, impliquant une Emma renonçant à tout rêve et devenant la parfaite petite femme au foyer aurait-elle été en soi plus joyeuse ? J’aurais voulu qu’elle puisse aimer Charles et leur fille, mais cela n’aurait-il pas été une Emma qui aurait cruellement manqué de panache finalement, une Emma qui revient s’occuper de sa petite famille, non ?

Bac 2016 : Madame Bovary - Gustave Flaubert & Vincente Minnelli

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La petite analyse du roman étant faite, penchons-nous à présent sur ce que ça donne une fois adapté au cinéma.

 

Il existe un certain nombre d’adaptations de Madame Bovary. Un prof m’avait déjà montré celui de Chabrol au lycée alors qu’on étudiait l’oeuvre de Flaubert pour le bac et je n’avais pas vraiment envie  de le revoir pour en parler sur le blog. Je me suis dit que quitte à regarder un nouveau Madame Bovary, autant faire dans l’originalité !

J‘avais déjà parlé de Gemma Bovery, adaptation libre transposée dans un contexte contemporain, aujourd’hui, c’est Madame Bovary à la sauce Hollywood !

Et attention, pas n’importe quel hollywood, celui des années 50, celui de l’âge d’or ! Le jeu exagéré, les mélodrames, les baisers tout sauf naturel, et où tout est bien lisse. Voilà ce qu’a fait Minelli d’Emma Bovary … !

 

 

On peut dire que c’est kitsch, que ça dénature l’oeuvre de Flaubert, certes, mais ça n’en est pas moins intéressant de regarder cette histoire universelle à travers le regard d’un cinéaste américain des années 50.

 

Dès le départ la narration s’ouvre de manière originale puisque Minelli ancre le récit dans le procès de Flaubert qui se fait ici avocat de son personnage. Il la défend et lui trouve des circonstances atténuantes contre les accusations qui lui ont été faites à la sortie du roman : traitée de femme de mauvaise vie, qui délaisse ses enfants et son mari.

 

Dans le film c’est donc Flaubert qui est censé nous conter cette histoire, le recours à la voix off est ainsi fréquent, et c’est notamment ce qui m’a déplu en dépit de cette organisation de la narration.

A travers cette voix off, Charles Bovary semble encore plus jugé par Flaubert. Effectivement (d’après mes souvenirs) dans le roman, il est présenté comme un mec un peu balourd, qui n’offre pas à sa femme la vie qu’elle mérite et que c’est simplement parce qu’elle s’emm**de avec lui qu’elle va voir ailleurs. Sauf qu’avec les mots qui sont prêtés à Flaubert dans le film, la défense d’Emma est d’autant plus radicale et le pauvre Charles n’est qu’un bon à rien, aucune interprétation n’est  laissé au spectateur à son sujet, et la relation Emma/Charles parait très manichéenne.

 

C‘est ce que je reprocherai globalement au film, la réalisation Hollywoodienne a son charme mais simplifie un peu et censure l’histoire de Flaubert (pas de scène de la calèche par exemple, que j’attendais avec impatience pour voir ce qu’ils en auraient fait 😉 ) et la musique orchestrale incessante en fond prend rapidement la tête.

J‘avais pourtant un peu d’espoir, mais j’aurai dû m’en douter quand j’ai vu qu’il était classé dans la catégorie mélodrame romantique (ouille …), c’est, je pense, plus approprié de le qualifier ainsi que comme une adaptation de Flaubert en fait.

 

Je ne suis pas une spécialiste du mélodrame romantique hollywoodien des années 50 (ça vous étonne?) donc je ne saurai pas juger si dans le genre il se défend, mais je peux vous dire que je n’ai pas trop accroché. J’ai apprécié voir comment Hollywood s’était emparé d’un classique français, l’un et l’autre ayant des codes bien différents, mais passé les 20 premières minutes, c’est bon j’avais compris … et j’ai eu du mal à rester concentrée sur le reste du film …

Je pense malgré tout que j’ai mieux apprécié le regarder que celui de Chabrol (j’étais plus jeune aussi, peut-être faudrait-il que je le revois aujourd’hui …?) mais je dois avouer que mon professeur devait avoir raison, et que si vous voulez voir un film plus fidèle à l’histoire originale, il vaut mieux se pencher sur le Chabrol que sur celui-ci ! Ceci dit, le Minnelli n’est pas dénué de charme, alors à vous de voir ce qui vous tente et ce que vous attendez de cette adaptation !  😉

Bac 2016 : Madame Bovary - Gustave Flaubert & Vincente Minnelli

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5 Comments on “Bac 2016 : Madame Bovary – Gustave Flaubert & Vincente Minnelli

  1. Concernant le livre, j’ai aussi eu du mal à la première lecture. Il y avait trop d’implicite pour moi à l’époque (une quinzaine d’années), Puis à force d’entendre parler de « la scène du fiacre », j’en ai eu assez, quoi cette scène, qu’est-ce qu’elle a? Et j’ai donc relu, et compris.
    Après, ce que ce livre m’a apporté, c’est surtout l’idée du recours aux livres, sur des périodes moins faciles. Vivre la vie des héros de livres, trop bien!! Même si la vie c’est pas du roman, ça ajoute un petit plus quand même!
    Bref, je ne dirai pas que j’ai aimé ce livre, mais plutôt que sa lecture a été importante, structurante pour moi.Et c’est peut être l’objectif des profs de français : donner des outils de pensée aux jeunes élèves.

  2. Oui c’est vrai, mais justement dans le bouquin c’est pas si clair que ça, et c’est justement ce qui est intéressant.
    Concernant les livres d’Emma j’avais complètement oublié, dans le film on ne voit pas l’ombre d’un bouquin ^^
    *Luciole*

  3. Concernant l’adaptation Holliwodienne (que je n’ai pas vue), rendre Charles bon à rien est peut être une façon d’excuser Emma et donc que morale soit sauve. Imaginons qu’elle fasse la même chose à un mari aimant, tendre, attentionné, nous en serions (peut être) révoltés pour lui!

  4. Héhé ! Tout le monde va relire Madame Bovary 😉

  5. Super, ça me remets un peu dans le bain, il faut dire que ma lecture est bien lointaine !!
    Pourquoi pas une relecture …X.ans après ?

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