Bac 2017 : Les faux monnayeurs – André Gide & documentaire de Marc Allégret

Cette année encore, nous allons parler de la nouvelle œuvre au programme du bac de littérature. Pour le coup, cette année, l’œuvre choisie était clairement de celles que nous n’aurions pas découverte sans ce « petit challenge annuel ». Tant mieux, ça nous fait une opportunité de découvrir Gide ! 😉
On vous parle ici de ce qu’on a pensé des Faux Monnayeurs (par Morgana, la partie en turquoise), et de Avec André Gide : un documentaire sur la vie de Gide, qui montre comment sa vie et son œuvre se mêlent (par La Luciole, la partie en orange).

Et cette année au Bac, il y a aussi Oedipe Roi, de Sophocle et son adaptation par Pasolini dont on vous parle ICI 😉

C’est parti pour Les Faux Monnayeurs ! 😉

Les Faux Monnayeurs

Les faux monnayeurs de Gide, je n’y avais même pas jeté un œil avant ça.
Et vous savez quoi ? J’ai été bien bête, car ça a finalement été une très bonne lecture et je me retrouve à vouloir raconter bien trop de choses sur ce livre. Quand il s’agit de l’étudier en cours, il doit y avoir de quoi faire. Je ne pourrai jamais parler dans cet article de tout ce qui m’est passé par la tête durant cette lecture, donc… eh bien il y aura du favoritisme, je l’annonce directement et je l’assume : je parlerai de mes thèmes favoris 😀

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De quoi ça parle, Les faux monnayeurs ? Rien que cette question me paraît déjà compliquée (ça commence bien :D). C’est l’histoire de personnages tous liés les uns entre les autres. Même si au début ça ne paraît pas évident, on finit par comprendre qu’ils se connaissent plus ou moins tous. On a affaire à un espèce d’immense toile d’araignée. Ils sont tous des fils reliés entre eux que l’on va voir évoluer… ou non.
Les faux monnayeurs, qu’est-ce que c’est ? Ou qui sont-ils ? Est-ce que ce sont vraiment Georges et ses petits camarades, qui font passer de fausses pièces de monnaies ? Est-ce juste le titre du livre qu’essaye d’écrire Édouard ? Est-ce que ce sont les écrivains dont ce même Édouard dresse la critique, qui sont représentés par Passavant, son « rival écrivain » ?

Voilà… juste le titre, et c’est déjà la pagaille vous voyez. Il y a de quoi faire une dissertation juste sur ces trois mots. 😀
Sauf que j’ai bien évidemment lu le livre (sinon cet article serait en ligne depuis septembre, comme prévu, hum…).

La première chose qui m’a frappée (je voulais faire la blague du « aïe », mais en fait non 😀 (note de la Luciole: et tant mieux :D)…), c’est :

La narration

Le récit est au passé la plupart du temps, mais régulièrement passe au présent. Pourquoi ? Pour faire intervenir le narrateur omniscient qui nous fait don de ses réflexions sur l’action et les personnages. J’ai trouvé ça très bien géré : ce narrateur, ça devenait mon complice, j’avais l’impression d’être avec quelqu’un qui échangeait ses impressions de lecture avec moi… Il aurait pu prendre des allures un peu « divines », ce narrateur omniscient, sauf qu’il semble aussi démuni que nous devant ce qui se déroule :

« Il n’est sans doute pas un de mes héros qui m’ait davantage déçu, car il n’en était peut-être pas un qui m’eût fait espérer davantage ».

J’aimais ces pauses dans le récit, où le narrateur fait un petit bilan, annonce à quel point nous en sommes. Lui-même se livre déjà à une analyse du récit, ce que j’ai trouvé assez amusant. Durant la lecture, c’est déjà comme si l’auteur nous proposait dans le même temps une première réflexion sur son livre.

 Édouard

Et puis il y a également les passages à la première personne, ceux du journal d’Édouard. Édouard, c’est le fameux écrivain dont je vous parlais plus haut, l’un des personnages qui prennent le plus de place dans le récit. Il est étrange, Édouard, et de vous à moi (attention instant confidences), je ne l’ai pas beaucoup aimé, quoiqu’il soit très intéressant. De toute façon, le narrateur reconnaît lui-même à un moment que Édouard l’a irrité, donc bon, si mon collègue de lecture l’a aussi senti… 0:)

C’est celui qui connaît probablement le plus de chose sur tout le monde. Il est le confident, ou celui qui surprend les choses. Pour reprendre ma fâââbuleuse métaphore du début : il est un peu le centre de la toile, pour moi. Pourtant, il semble comme en dehors de tout ça, c’est celui qui s’implique le moins, excepté avec Olivier, son neveu. Je ne suis pas sûre qu’on puisse parler d’amour entre ces deux-là, j’ai surtout l’impression qu’Édouard a envie de pouvoir le modeler selon l’image qui lui paraît bonne et non celle de Passavant (le « rival écrivain », vous vous souvenez ?), qui essaye pourtant de récupérer le jeune homme. On dirait presque que Passavant est celui qui va « dégrader » le jeune homme, alors que Édouard est celui qui doit le « révéler », qui l’aide à devenir le meilleur de lui-même ? Cela dit, Olivier également est celui qui apporte à Édouard, qui lui est comme nécessaire, puisque ce dernier commence enfin à rédiger ses Faux monnayeurs seulement lorsqu’il trouve enfin Olivier. Avant ça, il n’écrivait que des notes et on doutait sérieusement de sa capacité à mener à bien son projet d’écriture. Oui, je dis « on », je me sentais concernée par les doutes des personnages moi aussi 😀

On ne va pas se mentir (instant confidences bis), ça m’a mise mal à l’aise, cette histoire entre le jeune Olivier et son oncle… c’est pourquoi j’ai préféré réfléchir au fond de leur relation plutôt que de me pencher trop sur la relation en elle-même 😀 Pour en revenir au côté peu impliqué d’Édouard, cela colle à ce que Laura dit de lui : elle le compare à Protée (divinité marine de la mythologie grecque qui a le pouvoir de se métamorphoser), et j’ai bien senti ce côté protéiforme chez l’écrivain, qui a tendance à changer, à se « métamorphoser ».
En parlant de Laura, elle m’a semblé être celle qui connaissait le mieux Édouard. Ils ont été longtemps amoureux, mais Édouard s’est lassé, est passé à autre chose, (s’est métamorphosé ? :D), alors que Laura continue de l’aimer et de le chercher dans les hommes dont elle s’éprend.

Bon, c’est bien tout ça, mais je ne vous ai toujours pas parlé de mon préféré :

Bernard !

C’est pourtant sur lui que s’ouvre le livre : Bernard décide tout bonnement de quitter son foyer. Il vient de découvrir que celui qui se disait être son père ne l’est pas, et qu’il est le fruit d’une relation extra-conjugale qu’a eue sa mère. C’est comme ça qu’il se retrouve à rencontrer puis suivre Édouard. J’ai aimé le parcours de ce personnage : d’abord, il a du panache. Puis les thèmes abordés grâce à lui sont intéressants. Il y a cette quête d’identité, vis à vis de ce père auquel il n’est pas relié par un lien biologique. Ce n’est sûrement pas pour rien qu’il se prend de passion pour Laura, qui est dans la même position que le fut sa propre mère lorsqu’elle tomba enceinte de lui. Au final, le père d’Olivier a-t-il raison « L’hérédité, […], ça triomphe de tout » ? Pas sûr, vu le parcours de Bernard 😉 Sans oublier que c’est pour moi le personnage qui a le plus tendance à confronter Édouard à ses problématiques (contrairement à Laura, qui le comprend si bien mais a tendance à juste se résigner et le prendre tel qu’il est ?). Pas forcément volontairement en plus, c’est ça le meilleur 😀 Juste en étant lui-même.

Si vous doutiez que j’avais plein de trucs à raconter sur ce livre, maintenant vous être servis 😀 (après, je n’ai pas dit que j’avais des choses passionnantes à raconter dessus, hein :D).

Il y a encore tellement de choses que je voudrais évoquer, mais je vais peut-être m’arrêter là (et puis il faut que j’aille manger)(vous saurez tout de ma vie comme ça, c’est merveilleux).
Je pense qu’il y a de nombreuses références littéraires et philosophiques dans le texte sur lesquelles il serait intéressant de se pencher, car elles contribuent à construire les personnages et permettraient sans doute de mieux les comprendre : les allusions à Othello de Shakespeare concernant le mari de Laura ou le discours de Bernard sur le doute qui rappelle Descartes et son cogito (partie 2, chapitre IV). Ou encore ce discours que l’affreux Strouvilhou sert à Passavant au sujet de la littérature et de la vérité (dont parle également La Luciole dans sa partie, en orange), qui reprend (encore) l’image des faux monnayeurs : « Nous vivons sur des sentiments admis et que le lecteur s’imaginer éprouver, parce qu’il croit tout ce qu’on imprime […] Ces sentiments sonnent faux comme des jetons, mais ils ont cours. Et comme l’on sait que « la mauvaise monnaie chasse la bonne », celui qui offrirait au public de vraies pièces semblerait nous payer de mots. Dans un monde où chacun triche, c’est l’homme vrai qui fait figure de charlatan ».

Je vais finir en citant Pauline, la mère d’Olivier, qui est une figure féminine du livre très intéressante je trouve (non, je ne vais pas encore m’étendre là-dessus, ne me tentez pas, cet article est déjà bien trop long :D). Lors de sa dernière apparition (il me semble ?), celle-ci déclare à Édouard que « Dans la vie, rien ne se résout ; tout continue » et que seuls les romanciers résolvent les situations fausses. C’est drôle, car j’ai tout de même une sensation de résolution très relative concernant les Faux Monnayeurs. Le livre s’arrête, mais j’imagine très bien la plupart des personnages continuer à vivre et à évoluer. ^^ Comme le dit Pauline, « la vie continue, tout comme si de rien était. Et de cela aussi on prend son parti ; comme de tout le reste… comme de tout »

Bien. Maintenant il ne nous reste plus qu’à aller manger du chocolat pour nous réconforter, après des paroles aussi joyeuses 😀

Bref, voilà un livre que je trouve très complexe, mais très bien mené : l’auteur a recours à des procédés narratifs qui donnent envie de le lire, alors même que les personnages ne sont pas forcément très attachants ou difficile à approuver dans leurs actions (pour ma part du moins :D).
Futé, Monsieur Gide 😀

Parallèles avec la vie d’André Gide :
Avec André Gide, documentaire de Marc Allégret, 1952

Pour ma part, je me suis penchée sur la vie d’André Gide.
Plus digeste qu’une biographie ou une page wikipédia, – et surtout parce que ma rubrique fétiche sur le blog reste le cinéma – je voulais voir un biopic, mais aucun réalisateur ne s’est attelé à cette tâche. (on vous propose notre propre casting de biopic en fin d’article pour pallier à ce manque :p )

Du coup, mon choix s’est porté sur Avec André Gide, un documentaire de Marc Allégret qui me paraît être un bon moyen pour en apprendre un peu plus sur Gide.

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Connaître un peu la vie d’un auteur et le contexte d’écriture permet souvent de mieux comprendre son œuvre, et c’est d’autant plus vrai ici.
Bien sûr, son récit officiellement autobiographique reste Si le grain ne meurt, mais le reste de son œuvre est aussi inspiré par des éléments de sa vie et des thèmes qui lui sont chers : la défense de l’homosexualité par exemple, ou l’importance de la vérité, comme en a parlé Morgana et comme le souligne le film, « ce besoin de lutter pour la vérité caractérisera toute la vie et l’œuvre d’André Gide » (17:20)

Sans chercher à faire un parallèle à tout prix entre Les Faux Monnayeurs et la vie de Gide, certains éléments sont assez troublants à la lecture. Comme l’a souligné Morgana, dans Les Faux Monnayeurs, on a une mise en abîme intéressante. Le personnage d’Édouard, décrit dans la partie de Morgana, écrit un journal qui s’appelle Les Faux Monnayeurs. Mmh mmh, bizarre autant qu’étrange n’est-ce pas ? 😀 Et d’ailleurs Gide a lui-même écrit son Journal des Faux Monnayeurs, journal sur son travail sur le roman. Bon, ça fait beaucoup de « journal » et de « faux-monnayeurs » tout ça … !

Continuons avec ce bon vieil Édouard qui a une relation un peu « originale » avec son neveu …
Moi, ça m’a un peu fait penser à la relation de Gide avec Marc Allégret (oui, oui, le réalisateur du documentaire, vous pensiez que j’avais pris ce film au hasard ? Héhéhé). Marc Allégret était le fils d’un ancien précepteur d’André Gide. Marc avait 16 ans, André 48, ce fut le début de leur liaison. Dit comme ça, on dirait le début d’un mauvais roman à l’eau de rose 😀 En fait, au départ, André Gide devait juste lui «  procurer sa première maîtresse » et « « oncle André » tint parole : il présenta Marc à la fille de la Petite Dame, Élisabeth » (Protée et autres essais, Simon Leys), mais finalement, « oncle André » est vite devenu lui même la maîtresse.

Ouh, je vous vois ! Les histoires façon Feux de l’amour ça plait toujours 😀

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André Gide, à droite et Marc Allégret, à gauche

Bref, je trouve qu’on n’est pas si loin du « neveu » des Faux Monnayeurs et que fiction et réalité s’entremêlent de manière assez amusante.

Mais attention, André Gide lui, a toujours démenti une quelconque ressemblance avec ses personnages, et notamment sur Édouard sur lequel il a dit : « Édouard est le type impuissant, comme auteur et comme amoureux. Il se ment continuellement à lui-même dans son journal, tout comme faisait le pasteur de La Symphonie pastorale ».
Pas très sympa tout ça.
Alors Édouard est « comme le pasteur », mais pas du tout comme André Gide, quoi. Parce que, je le rappelle, André Gide est un grand défenseur de la vérité, alors se mentir à soi-même non, non, non !

Allez, ça suffit, pauvre André Gide, je le taquine un peu. Mais moi j’aime bien cette histoire avec Marc Allégret, même si ça me donne l’impression d’écrire un article pour « Public » ou « Voici »:D

Il n’en reste pas moins que même sans trouver des parallèles évidents, les sujets qui importaient à André Gide ressortent aussi bien dans sa biographie que dans son œuvre.
Le documentaire précise par ailleurs que ses personnages féminins qu’il nomme Emmanuelle ne sont autre que sa cousine, Madeleine Rondeau, avec qui il s’est ensuite marié.

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Si on veut en savoir plus sur sa cousine qui est devenue sa femme, et aussi sur « sa mère au regard plein d’amour », sur sa vie et comment Gide appréhendait la littérature, Avec André Gide apporte donc de bonnes pistes.

Je mets en garde tout de suite : c’est un peu soporifique il faut passer outre la voix monocorde pour se concentrer sur le contenu qui est très riche. Et surtout, garder à l’esprit que Marc Allégret a été l’amant de Gide. (d’où mon laïus précédent, mon but n’était pas QUE de faire des potins o:) )
Le documentaire qu’il propose est donc loin d’être objectif. Sorti en 1952, soit un an après la mort de Gide, ce film surtout un hommage à cet homme. Il en dresse un portrait très élogieux, toutefois en s’attardant sur la biographie de Gide dans Protée et autres essais, de Simon Leys par exemple, certains aspects de la vie de Gide semblent moins glorieux : antisémitisme (« Évidemment, cela me gêne toujours qu’on soit juif ; c’est comme pour Duvernois, quand j’ai su qu’il s’appelait Kahn Ascher, j’ai mieux compris les petites choses qui me gênent dans ses livres, malgré ma très réelle admiration »), pédophilie, ainsi que
«  une obsession sexuelle qui, au cours des années, devait progressivement acquérir les proportions pathologiques d’une manie »

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André Gide, et sa mère, Juliette Rondeau

Bref ! Gide n’est peut-être pas aussi irréprochable que ce que cherche à montrer le film qui reste néanmoins une bonne base.

Le documentaire s’attarde plutôt sur les points biographiques factuels, une petite analyse de son œuvre (autour de 17 minutes, puis entrecroisée avec sa vie), la relation que Gide avait avec les autres écrivains (Paul Valéry, Malarmé, Verlaine, St Exupéry…), avec la musique (notamment celle de Chopin, que sa mère trouvait malsaine et lui interdisait d’écouter), avec ses petits enfants aussi (une jolie scène très tendre qui m’a fait changer un peu mon regard sur Gide).

Le film porte sur l’auteur un point de vue très bienveillant, ponctué de textes de Gide, lus par Msieur André lui-même …
Un peu réticente au début, j’ai trouvé au final ce documentaire plutôt sympathique et vraiment instructif pour qui s’intéresse à Gide. Je vous laisse vous faire votre avis :

Et comme je suis quand même frustrée de ne pas avoir trouvé de biopic, avec mon frère nous vous avons concocté un super casting 😀
Vous êtes convaincus par nos choix ? quels acteurs vous verriez pour jouer leurs rôles ? 😀

Tom Wisdom est …André Gide Jeune

Bill Nighty est … André Gide vieux.
Bon faudrait le raser un peu :p

Colin Farrell est … Marc Allégret.
Je l’avoue, on a eu un peu de mal pour Marc Allégret et on est pas très convaincu par notre choix. Des idées ?
Colin Farrell est plus convaincant dans Les Animaux Fantastiques mais je suis sûre qu’il se débrouillerait très bien en Marc Allégret 😀

Et pour finir … mais ça c’est une idée de mon frère, JE NE CAUTIONNE PAS ..^^
Jean Lefebvre est … Juliette Rondeau, la mère d’André Gide (non, je ne cautionne pas j’ai dit)

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7 Comments on “Bac 2017 : Les faux monnayeurs – André Gide & documentaire de Marc Allégret

    • Bienvenue par ici Aku ! 🙂 Et ravie que l’article t’ait plu !
      A bientôt sur le blog j’espère 🙂

  1. Waaah, on cite Simon Leys dans ce blog ! Et je suis sûr que Jean Lefebvre serait très bien dans le rôle.

    • C’est grâce à toi Héhéhé, ça complète vraiment bien le documentaire 😉

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