Balzac et la petite tailleuse chinoise – Freddy Nadolny Poustochkine (BD)

L’adaptation en BD de Balzac et la petite tailleuse chinoise, c’est la couverture qui m’a interpellée :  j’adorais les dessins et avais hâte d’en découvrir plus ! Je n’ai pas lu le roman d’origine dont la BD est adaptée et n’en connaissais que le titre.

Chine, pendant la Révolution Culturelle, Ma et Luo, deux amis de 17 et 18 ans, sont envoyés en rééducation à la campagne car ils sont considérés comme des “intellectuels”. Ils rencontrent la fille du tailleur du village voisin, considérée comme la plus belle de la montagne, pleine de vie, mais sans aucune instruction. Tous deux en tombent immédiatement amoureux.
Ils décident de voler une valise de livres interdits de grands auteurs occidentaux du XIXe siècle. Luo en fait alors le serment : « Avec ces livres, je transformerai la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde ».

Côté illustrations, pas de déception à l’intérieur ! Ouf ! ça paraît peut-être absurde, mais je ne compte plus les romans graphiques dont la couverture me fait flasher, et qu’une fois ouvert … bah bof, ça n’a plus rien n’a voir. Alors, ok je sais qu’on dit qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture, mais dans le cas d’un roman graphique je pensais qu’on pouvait s’y fier pour les illustrations non ? Eh bien non… il y a des pièges….

Trêve de blabla, dans le cas de Balzac et la Petite tailleuse chinoise, pas de pièges ! (« Mais pourquoi ce long paragraphe alors … –’ » désolée, j’ai dû boire trop de thé ! O:) ) Les illustrations sont aussi belles et pleines de douceur que ce à quoi je m’attendais – sur ce point-là, c’est presque un coup de cœur : les couleurs, les mouvements … J’ai par exemple beaucoup aimé ces deux pages : j’ai adoré le jeu avec le reflet dans la rizière, et le passage des figues, très beau.

L’ouvrage entier m’a fait passer du sourire amusé à l’émotion, et ce très habilement. Pourtant, ce n’a pas été le coup de cœur auquel je m’attendais, j’ai vraiment beaucoup aimé ma lecture, mais je pense qu‘il me manquait des clés pour tout cerner et pour apprécier pleinement. Je tiens à préciser par exemple, que le contexte planté par le résumé n’est pas rappelé au début du livre (et moi je ne lis pas toujours les résumés 😀 – mais là oui, heureusement :p). Alors ce que font ces « rééduqués », nus, dans une mine … ça peut paraître un peu confus. Moi, ça m’a paru confus, j’ai relu le résumé (en fronçant les sourcils sous l’effet de la concentration) et puis ça a été … Mais si on ne prend en compte que le contenu du roman graphique en lui-même, et pas tout « l’autour » mis en place par l’éditeur … certains lecteurs risquent de rester un peu sur le carreau sur certains points …

Balzac et la Petite tailleuse chinoise prend place dans le contexte de la Révolution Culturelle, en Chine dans les années 70.
Wouhou ! La Révolution Culturelle, c’est quoi ? A mon maigre niveau de fourmi (ouais une Luciole qui perd ses ailes et son éclat, ça donne une fourmi :D) qui n’y connait pas grand chose : quelques mots là-dessus. En 1966, Mao Zedong lance la « Révolution Culturelle » pour appuyer son pouvoir et son idéologie communiste. De nombreuses œuvres sont interdites, détruites, brûlées notamment des œuvres occidentales et des œuvres traditionnelles chinoises. Plus de bourgeoisie, plus d’élite, tout le monde s’habille en jolies combi grises comme dans la BD. Les intellectuels sont dénigrés et considérés comme inutiles car ils ne produisent rien (et dangereux parce qu’il réfléchissent, sans doute) – et c’est comme ça que les deux personnages de Balzac et la Petite tailleuse chinoise se retrouvent à la campagne à miner ou à récolter du riz alors que ce n’est pas du tout leur métier, pour être « rééduqués ». Promis, je vais faire valider tout ça par mon frère qui a une Licence en Littérature et Civilisation Chinoise pour être sûre de pas vous dire de bêtise 😀
* Brother Approved * 😀 (je devrai lui remettre un petit tampon pour les article qu’il certifie conforme :D)

J’ai eu l’impression que l’ouvrage partait du principe qu’on connaissait bien cette période et qu’il manquait parfois d’un tout petit peu d’explications pour que tout soit limpide pour les néophytes :p

Il semblerait que le roman de Dai Sijie, dont le roman graphique est adapté, n’explique pas beaucoup plus le contexte : l’auteur, Dai Sijie, ayant lui-même vécu la situation de “rééduqué” envoyé à la campagne, le contexte devait lui paraître terriblement limpide. Et je ne peux que trouver cela logique, je n’ai qu’à me renseigner par moi-même d’abord :p !

Pour ma part, car j’ai vaguement étudié la période à la Fac, et surtout car j’ai lu cette année Adieu ma concubine, (et parce que je peux faire genre en posant des questions à mon frère :D) tout cela ne m’était pas totalement inconnu, j’ai retrouvé pas mal de points que j’avais déjà vu, et ai pu raccrocher les wagons pour les autres, et je crois que cela m’a bien aidée à apprécier le livre – mais ce n’est pas forcément évidemment.

Je pense en revanche, que même sans ces « mini-bases » de compréhension, l’adaptation en BD de Balzac et la petite tailleuse chinoise reste un livre très bien ficelé, très tendre, très émouvant et un bel hommage à la littérature, à la culture, à ce qu’on peut faire pour la préserver, et comment cela émancipe une personne. Cela permet aussi d’en apprendre plus sur l’histoire de la Chine dans les années 70 au travers de deux destins de personnages attachants.

J’y ai retrouvé des petits points communs avec, chez le même éditeur, Nuages et Pluie, de Loo Hui Phang et Philippe Dupuy (qui se passe pour sa part en Indochine après la 1ère Guerre Mondiale) dont je ne vous ai pas parlé mais que j’ai adoré cette année : une finesse que je n’arrive pas vraiment à décrire mais qui me touche beaucoup et qui font de ces titres de très beaux ouvrages !

Une très bonne lecture donc, mais l’écriture de cette chronique me fait vraiment mettre le doigt sur le fait que, bien que cela m’intéresse beaucoup, je connais encore très mal l’histoire de la Chine. Alors je m’en va chercher d’autres lectures dans le thème pour revenir plus aguerrie sur le sujet 😀

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6 Comments on “Balzac et la petite tailleuse chinoise – Freddy Nadolny Poustochkine (BD)

    • Oui elles sont vraiment très prenantes. Lorsqu’ils sont dans la mine ça rend presque claustrophobe ! ^^ Je serai ravie d’avoir ton avis si tu te plonges dans l’oeuvre à l’occasion ! 🙂

  1. Il y a aussi le film (de Dai Sijie aussi d’ailleurs) (oui, j’ai le roman mais je ne l’ai pas encore lu) avec Zhou Xun (une actrice que j’aime beaucoup) et le très charmant Chen Kun, qui est très bien lui aussi. J’aime particulièrement les délires sur Ursule Mirouët ainsi que sur le Comte de Monte-Cristo qui inspire les costumes créés par la grand-père de la petite tailleuse… 😉 Les décors aussi sont somptueux, on en oublierait presque le contexte pas franchement féérique…

    • Oui, je voulais le voir pour en parler sur le blog en même temps que le roman graphique, mais manque de temps … Ceci dit j’ai très envie de le voir, ce sera sans doute donc un de mes prochains visionnages, surtout vu ce que tu en dis ! J’avais peur que ce soit un peu moyen, mais du coup tu me rassures, je vais essayer de le voir bien vite ! 🙂

  2. Comme toi je ne connais le roman que de nom, mais il m’a toujours intrigué et là tu en rajoutes une couche =D
    Du coup que ce soit la BD ou le livre, ça sera sûrement un roman que je lirais en 2018 =)

    • Je suis intriguée par le roman maintenant également, bien que la BD soit déjà bien épaisse, je crois qu’elle ne raconte pas tous les épisodes du roman, alors ça me rend curieuse :p

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