Dans le ventre de la baleine : .rouge chaperon petit Le, Pot d’Âne et 3 autres contes …

La fin de l’année approche alors pourquoi ne pas marquer un grand coup ? Aujourd’hui je ne vous parle pas de deux livres, ni de trois livres … mais de cinq ! Oui comme ça ! je n’ai peur de rien ! 😀

Alors de quoi ça s’agit ces 5 livres ? Tous tirés de la collection Dans le ventre de la balaine des éditions CMDE sur laquelle j’ai complétement craqué. Attendez-vous à retrouver d’autres articles sur des livres de cette collection, mais en attendant, place à leur série de réécritures de contes bien particulières : Barbe-Bleue, Le Joueur de flûte de Hamelin, Pot d’âne, Et Gretel et .rouge chaperon petit Le ! Chacun de ces petits livres réécrit un conte traditionnel bien connu avec un parti pris très affirmé, et je ne vous le cache pas, j’ai adoré !

Et Gretel, de Marien Tillet illustré par Pole Ka

J’ai découvert la collection et la maison d’édition par ce titre, au salon de la BD de Colomiers 2016. En fait, j’ai fait trois fois le tour du stand en feuilletant tout, et ai finit par me fixer sur celui-ci. Perspicaces que vous êtes, il ne vous a pas échappé qu’il s’agit d’une réécriture d’Hansel et Gretel. Sauf qu’Hansel a disparu du titre. La personne tenant le stand m’a expliqué que le but était de se recentrer sur Gretel (parce que ce n’est pas toujours évident de s’en souvenir, je rappelle que Hansel est le garçon et Gretel la fille), un peu mise de côté dans le conte d’origine, comme tous ces « Et … » pouvant passer en second plan et comme beaucoup de femmes dans les contes, elles ont rarement des rôles powerful : soit ce sont les méchantes, soit il faut attendre que le prince vienne les sauver de leur tour ou de leur sommeil éternel et gnagnagna ! Pourtant ici, c’est Gretel la plus maligne, qui pense à la ruse de ne donner qu’un os à la vieille Sorcière et qui la convainc de monter dans le four, et c‘est par elle qu’on suit la narration. Hansel est relégué au rang de petit c*n qui ne fait que bouffer. Sympa :D.

Bon, ça a l’air bien joli, mais en réalité, les dessins sont juste horrriiiibles ! Entendons-nous bien, quand je dis ça, ça ne veut pas dire que j’aime pas, au contraire. Mais il y a vraiment quelque chose de sympathiquement malaisant et monstrueux dans ce petit livre : des détails sur la graisse qui s’accumule chez Hansel à force de manger, des globes occulaires, des arbres bien flippants. C’est franchement pas ragoûtant et ça jure clairement avec les images d’Hansel et Gretel qu’on a l’habitude de voir avec cette jolie maison en pain d’épice, ces volets en chocolat, qui fait bien saliver. Là, heu… non merci. ^^

Arrivée à la fin, j’avais trouvé le livre très plaisant, mais j’étais un peu frustrée, je voulais en voir plus ! C’est comme ça que je me suis retrouvée à lire toute la collection !

.rouge chaperon petit Le, de Marien Tillet illustré par Marine Cros

Ecrit par le même auteur que Et Gretel, celui-ci, c’est mon coup de cœur !

Comme son titre le suggère (au détail près : point et majuscule comprises !), .rouge chaperon petit Le, c’est Le petit chaperon rouge … mais à l’envers. C’est à dire qu’on commence quand le loup dévore Le petit chaperon rouge, et que pages après pages, on remonte l’histoire jusqu’au début du conte. Et je peux vous assurer que malgré ça, le conte reste tout aussi prenant, voire plus que la version traditionnelle. De toute façon, cette version traditionnelle on la connaît tous, dans tous les cas, il n’y a plus de suspens, alors autant tout déconstruire pour mieux reconstruire. C’est ce que fait .rouge chaperon petit Le.

A chaque étape du conte, on découvre comment on en est arrivé à ce qu’on a lu précédemment. Comment la grand-mère a-t-elle préparé son jus de framboise, comment Le petit chaperon rouge en est venu à dire au loup où habitait sa grand-mère alors qu’elle était simplement en train de cueillir des fleurs, comment elle s’est retrouvé à devoir aller chez sa grand-mère. Et à chaque fois, ce « comment » est vraiment bien amené, certains passages m’ont bien retournée ! Les illustrations sont elles aussi magnifiques ! Tout en noir et blanc avec des pointes de rouge. Le pelage du loup ressemble à de grandes feuilles d’arbres, feuilles d’ailleurs dessinées de la même manière. Le petit chaperon rouge devient un oiseau dont les tresses et les motifs de la cape m’ont rappelé mon livre de légendes d’Amérique du Sud :p. Tout cela crée une esthétique qui m’a beaucoup plus. Alors je me répète, c’est un coup de cœur !

Barbe-Bleue, de Sophie Tiers

Sortons du monde de la forêt pour entrer dans celui des papiers découpés ! (Whaat?) Je vous l’avais dit que chaque ouvrage avait un parti pris. Alors écrire un conte à l’envers ou en recentrant sur un personnage en particulier, ça va encore, là on entre dans quelque chose de plus expérimental !

Pour cet ouvrage, l’auteure a pioché certains mots de la version des frères Grimm de Barbe-Bleue – mais pas tous. Et s’est donné comme mission d’écrire le conte avec seulement ces mots. Le résultat est étonnant. Alors évidemment « mais il n’y a pas de phrase ! », cela demande au lecteur d’être un minimum actif pour reconstruire un sens, mais je trouve qu’on s’y retrouve vraiment bien. Certes si on ne connaît pas le conte, ce doit être un peu brumeux pour retrouver une narration cohérente (mais il est disponible sur la page de la maison d’édition, – ça c’est sympa !) mais l’expérience est vraiment sympathique. On retrouve ce concept de « couper et piocher » jusque dans les illustrations : des petits ciseaux, des bouts de corps coupés (ça reste soft !), des escaliers-mains, des arbres-mains, puis de la couture pour reformer le tout. Comme la démarche de Sophie Tiers pour l’écriture de ce livre quoi : découper, attraper, recoller. C’est surprenant, j’ai bien aimé ! 🙂

Pot d’Âne, de Sophie Tiers

Là, les gars, on passe un autre niveau dans le « c’est surprenant » ! 😀 La pauvre Peau d’âne n’a qu’a bien se tenir, Sophie Tiers recommence avec le principe des petits mots piochés … cette fois-ci, dans un livre de recette ! Ouais ouais ! Tous les mots du livre sont exclusivement tiré d’un livre de recette, sauf le mot « âne » est-il précisé. Dommage, je suis sûre qu’il y a des recettes à base d’âne … 😀

Le livre joue sur les mots et les sonorités, donnant des phrases farfelues et absolument réjouissantes ! « thym » pour « teint », « zeste » pour « gestes », « dés » pour « des », et les « bloody-mary couche toit là » et autre « Si tu veux mary mie … ».. Le résultat est ludique, et, lorsque nous l’avons lu avec Morgana, de nombreux passages nous ont beaucoup fait rire. Se servant des métaphores induites par les mots utilisés, cette version de Peau d’Âne en devient parfois presque suggestive pour peu qu’on cherche à décoder chaque phrase.

Mieux vaut parfois lire à voix haute pour bien saisir les nuances (tout en ayant l’orthographe sous les yeux pour rire des jeux de mots), et mieux vaut encore une fois connaître le conte d’origine (mais c’est précisé au début). Mais en tout cas, ce petit livre, presque mis en page comme un livre de cuisine et rédigé sur la base de recettes de cuisine est tout ce qui a de plus original et fascinant ! Mon deuxième coup de cœur de cette série !

« Et cette foie je me mouille / Quart ma bouchée mets tripes / Ose vous dire « sale type » ! »

Le Joueur de flûte de Hamelin, de Vitalia Samuilova

Finissons avec le tout dernier né de la collection, tout frais tout frais, puisque paru ce mois-ci. Alors que je m’intéressais de près aux autres réécritures de contes, j’ai complétement flashé sur la couverture de celui-ci qui devait bientôt paraître. Je ne crois pas avoir une quelconque passion pour les rats grouillant pourtant leurs petits moustaches sur cette couverture aussi sobre, classe et efficace que les précédentes m’ont appelée !

Celui-ci se passe entièrement de mots, le conte du Joueur de flûte de Hamelin est raconté exclusivement grâce aux dessins. Ici non plus, il ne faut pas s’attendre à du mignon et de l’édulcoré. Cette version du Joueur de Flûte de Hamelin, comme les autres de la collection, fait ressortir les côtés les plus sombres du conte, bien souvent oublié dans les versions modernes sur la base de « il vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Visages marqués, décors biscornus, ville torturée, rats qui fourmillent dans tous les coins. Non décidément, rien ne donne envie de visiter cette ville 😀 J’ai trouvé que la fin était un peu rapide, je n’ai pas vraiment retrouvé ce qui faisait que le joueur de flûte finissait par entraîner les enfants, cela m’a paru sans raison dans cette version. Mais à part ça, pour une réécriture un poil (de rat) dérangeante et beaucoup de poils sombre, c’est réussi !


Enfin voilà pour ce gros article ! J’ai adoré lire à la suite ces petits livres. La seule chose que je pourrai reprocher, c’est que chaque livre finit trop vite ! Je n’aurai pas été contre quelque page de plus à chaque fois 😀 – c’est plutôt bon signe ça, non ? :p Mais je trouve que ces livres forment un tout et un ensemble très cohérent que j’ai aimé lire comme une petite saga qui se poursuivra encore : une adaptation du Petit Poucet est prévue pour l’année prochaine, par le même auteur que .rouge chaperon petit Le et Et Gretel. Et vous savez quoi ? J’ai bien hâte de voir ça !

Bref, la belle découverte de l’année ! La collection propose aussi des contes originaux, comme La Chenille, la Chrysalide et le Papillon, dont je parlerai peut-être à l’occasion. En attendant, rendez-vous en janvier pour une battle entre deux autres livres de la collection : La Vache de Salomon et Qui de l’oeuf ou de la poule, et encore un peu plus tard pour une chronique sur Le Monde d’Lo, un livre au format un peu spécial. Eh oui ! On fait du teasing sur Deedr ! 😀

Profitant du parfait timing, cet article s’incruste dans le Défi Deedr  des réécritures de contes 🙂

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4 Comments on “Dans le ventre de la baleine : .rouge chaperon petit Le, Pot d’Âne et 3 autres contes …

  1. Je ne connaissais pas du tout ces livres, qui sont quand même superbes ! Mais je crois que je ne suis pas assez calée Contes (bien que j’ai beaucoup appris avec tous vos articles !) pour tout suivre, je commencerai donc par la base ^^

    • Honnêtement je ne suis vraiment pas calée non plus. Bon, Le petit chaperon rouge et Hansel et Gretel, ça va, mais pour les autres, Peau d’Âne, le Joueur de Flute de Hamelin et Barbe Bleue je connaissais la trame générale mais faut pas trop m’en demander sur les détails. Mais ça passe quand même ! Quand je dis mieux vaut connaître le conte, c’est avoir une idée de quoi ça parle, mais t’inquiète, pas besoin d’avoir un doctorat ès Barbe Bleue pour bien suivre les albums :p Et puis ils sont esthétiquement très beaux, donc même sans pré-requis ya de quoi les apprécier. Je crois que tu peux te lancer 😀

  2. Ces livres ont l’air très chouettes, merci pour la découverte !
    La réécriture de Le petit chaperon rouge est celle qui m’attire le plus. 🙂

    • Oh oui la réécriture du Petit Chaperon rouge est celle qui m’a attirée vers la collection et a été ma préférée, donc je ne peux que te comprendre. Je trouve la couverture vraiment magnifique en plus ! Merci pour ton commentaire Luthien, à bientôt ! 🙂

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