Défi Eté : Bonjour Tristesse – F.Sagan & l’adaptation d’O.Preminger

Pour ce nouveau défi que nous vous proposions de partager avec nous, le thème était l’Eté : découvrir une œuvre qui se passe en été, ou dont le mot « été » est dans le titre. Because on était en été, le thème nous a paru couler de source. A vrai dire on voulait que le thème soit « Les glaces au chocolat avec morceaux de noisettes et coulis de caramel », mais cela paraissait un peu restrictif … Du coup, nous avons opté pour l’Eté, tout court, et pour endormir notre peine de ne pouvoir parler de glaces, on a cherché une œuvre qui se passe en été … mais triste ! Voilà ! Et c’est tombé sur Bonjour Tristesse.

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La villa est magnifique, l’été brûlant, la Méditerranée toute proche. Cécile a dix-sept ans. Elle ne connaît de l’amour que des baisers, des rendez-vous, des lassitudes. Pas pour longtemps. Son père, veuf, est un adepte joyeux des liaisons passagères et sans importance. Ils s’amusent, ils n’ont besoin de personne, ils sont heureux.

La visite d’une femme de coeur, intelligente et calme, vient troubler ce délicieux désordre. Comment écarter la menace ? Dans la pinède embrasée, un jeu cruel se prépare.

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Notre défi Eté  sera donc un binôme Livre-adaptation : je vais laisser Morgana vous parler du livre de Françoise Sagan, et moi … j’ai vu l’adaptation d’Otto Preminger, qui me semblait très prometteuse, et vous en parle juste après, dans la partie en orange.

Le roman :
Bonjour Tristesse
, Françoise Sagan, 1954

Si j’aimais les blagues douteuses, je vous dirais que Bonjour tristesse est un peu comme le slogan des lessives Skip : « petit & puissant« . (je voudrais dire que je n’approuve pas la blague, mais ça me laisse tellement sans voix que je ne peux pas …)

Excellente idée d'illustration pour une future réédition du roman

Mais comme je suis une personne de goût, je n’oserais jamais écrire une telle chose et vous dirai plutôt que j’ai quelque peu la pression en ce début de rédaction d’article : j’ai l’impression qu’il y a à la fois tellement et si peu de choses à dire au sujet de Bonjour tristesse.Vous lirez plus bas la Luciole qui avoue également avoir du mal à écrire sa partie de l’article : comme ça, vous êtes avertis : Bonjour tristesse, en livre ou en film, nous aura donné du fil à retordre à toutes les deux, quoique pour des raisons différents 😀 (après vous vous étonnerez si j’en viens à faire des blagues vraiment douteuses sur une lessive… c’est la panique, que voulez-vous 0:) )

Sagan, je ne connaissais pas grand-chose d’elle jusqu’à il y a quelques années. Dans ma tête, je l’amalgamais un peu à Colette, peut-être un aussi à Marguerite Duras : bref, une forte figure d’écrivaine, autour de laquelle flotte un parfum de scandale, et avec « une gueule » ; d’ailleurs, en parlant de « gueule », je me suis aperçue que je connaissais très bien sa tête, sans avoir vraiment réalisé que c’était elle. Son côté garçonne, son regard m’avaient marquée. Je lui trouvais un je-ne-sais-quoi de fascinant.

C’est la vidéo de Lemon June, qui m’a persuadée cette année que je devais découvrir Bonjour tristesse. Moi aussi, je voulais ressentir toutes les émotions qu’avait suscité en elle ce court roman.

Je ressors avec la sensation assez paradoxale que ce livre est à la fois assez anodin et très marquant. Aujourd’hui, l’histoire a quelque chose d’assez anecdotique : une fille et son père célibataire partent en vacances au bord de la mer, en compagnie de la jeune maîtresse de ce dernier. Il invite une autre femme. Ça tourne mal. Manipulation et petits complots au programme.
Ok. Cool.
Alors pourquoi ce livre a-t-il autant choqué à sa sortie ? Dans une interview, Françoise Sagan exprimait sa surprise concernant ce que les gens avaient trouvé scandaleux à l’époque : « Pour les trois quarts des gens, le scandale de ce roman, c’était qu’une jeune femme puisse coucher avec un homme sans se retrouver enceinte, sans devoir se marier. » Effectivement, une soixantaine d’année plus tard, le côté scandaleux de la chose a « légèrement » diminué… ou alors les trois-quart des romans en librairie maintenant seraient d’un scandaleux tout bonnement insoutenable 😀 Au contraire, Françoise Sagan expliquait que le scandale résidait pour elle dans la dangereuse manipulation à laquelle se livre Cécile, et à son triste résultat – et je ne peux qu’être d’accord avec Sagan, pour le coup 😉

Bref, la Luciole parlera plus bas du côté daté du film, et je peux dire pour ma part que, d’une certaine manière, le livre peut aussi l’être un peu si l’on se concentre sur ce qui a suscité l’intérêt scandalisé des lecteurs de l’époque. Sauf que dans le cas du livre, le changement d’époque a simplement déplacé son intérêt ailleurs, il me semble.

Si une chose est frappante, c’est la finesse psychologique qui rend les personnages tellement vivants et vrais.
Cécile et son père sont dépeints comme des êtres libres, qui aiment profiter de la vie de manière légère, comme il leur plaît. La chaleur du cadre de l’histoire leur correspond particulièrement bien : ce sont des êtres chaleureux, mais terriblement inconstants. Elsa, la jeune maîtresse du père, qualifié par Cécile de « demi-mondaine », est exactement le genre de personne dont ils recherchent la compagnie, mais aussi dont ils se lassent si vite, exemple type des « relations jetables » qui semblent être leur spécialité. On sent bien qu’ils sont la représentation d’un type de personnes bien particulier de cette époque.
C’est pourquoi, s’ils sont « l’été », Anne – la seconde femme invitée par le père – est l’hiver. Femme cultivée, intelligente et qui semble entretenir une impeccable réputation. J’ai suivi son arrivée entre agacement et fascination. Parfois, je me sentais comme Cécile, tellement énervée par cette intruse, qui menaçait l’existence frivole mais heureuse menée par le père et la fille. Parfois, c’était l’admiration qui l’emportait : Anne en impose, elle a tout d’une grande dame qui inspire le respect. J’aimais son côté raisonnable, même si cela avait parfois quelque chose de glaçant, du moins de bien moins enthousiasmant que la spontanéité de Cécile et son père.
Cette ambivalence de mes sentiments que j’essaye de décrire me semblerait presque un peu semblable aux sentiments que Cécile nourrit à l’égard d’Anne. Désir de plaire à cette femme fascinante et peur de perdre sa vie insouciante s’entrechoquent en elle.

Si Cécile et son père sont donc présentés comme assez semblables, les événements vont prouver combien ils sont différents : alors que le père devrait être au centre de l’histoire, en tant que personnage qui relie ces trois femmes, il m’est pourtant apparu comme bien faible, presque transparent par moment. Il reste finalement comme esclave de ses désirs tout du long, alors que Cécile va se découvrir manipulatrice, apprenant à se jouer des désirs des autres pour servir ses desseins. Cette intelligence qu’elle révèle la rapproche de la finesse du personnage d’Anne, même si elle semble bien moins se rendre compte de la portée ses actes que cette dernière. Cécile reste un personnage très instinctif et insouciant, même dans ses petits jeux de « metteur en scène » auxquels elle va se livrer. Elle reste la fille de son père, mais elle va se découvrir de nouvelles armes.

Avec cette capacité de manipulation vient sa découverte du désir et de la sexualité, et si cela a pu être choquant lors de la sortie du livre, cela m’a complétement paru naturel aujourd’hui. Sa relation avec Cyril, le jeune et beau voisin, se fond finalement dans le reste de l’intrigue étant donné qu’elle va utiliser l’affection du jeune homme pour ses petits plans machiavéliques. C’est pourquoi, si la relation en elle-même pourrait à notre époque entrer dans la catégorie « banal amour de vacances x1000 », l’utilisation qu’elle va en faire rend de suite cela malsain et intéressant.

En effet, Sagan sait à merveille jouer du malaise suscité par les relations entre les personnages. Ce malaise tranche parfaitement avec l’ambiance estivale de la côte d’azur et donne une saveur bizarre au côté glauque de l’histoire : tout a un goût d’irréel, comme une sorte de rêve ou de souvenir déformé, renforcé par le fait que c’est une Cécile plus âgée qui raconte l’histoire de cet été-là. La narratrice revient sur ces événements, et cultive cette sensation de doute au sujet de ce qui s’est passé.

A la fin, la tristesse s’est bel et bien invitée – moi aussi, j’aurais pu le dire, ce « bonjour tristesse », et je pense qu’elle reviendra me faire coucou à chaque fois que je repenserai à cette histoire. Les détails du roman s’évaporeront sans doute assez rapidement de ma mémoire, mais le sentiment restera sans doute.

Et puis, tout cela est si bien raconté, l’écriture est si belle : même si l’intrigue pourrait aujourd’hui paraître assez banale et mince, je n’ai pourtant pas du tout eu de sentiment de déjà-vu. Trop forte, cette Françoise Sagan.

Au tour de la Luciole de nous raconter qu’a donné cette histoire au cinéma !

 

L’adaptation cinéma :
Bonjour Tristesse
, Otto Preminger, 1958

Et voilà … Vous, voyez, là, c’est le moment de la chronique où je ne sais plus vraiment quoi dire (ça doit être encore de la faute de la blague de la lessive, ça m’a vraiment perturbée, si, si !), et ce même si je me suis habilement laissé le temps de réfléchir (oui, parce qu’on écrit les articles en direct pendant que vous lisez, c’est bien connu …) : pour moi, le réel défi de l’été, c’est plus d’écrire l’article que de voir le film parce que … je ne sais même pas ce que j’en ai pensé ^^

Bonjour tristesse a été pour moi un mélange d’ennui (supportable), et de fascination. Je n’arrivais pas à apprécier pleinement le film, et en même temps, je n’arrivais pas à m’en détacher … ! Ça vous a déjà fait ça ? Pour ma part, sans doute, mais je n’ai pas d’autre exemple, et je ne m’y attendais pas vraiment ^^

Dès le début du film, il m’a paru assez daté : les voix, l’écran défilant derrière la voiture … mais c’est un détail, et c’est ce qui fait le charme du film. Dès le début surtout, Cécile précise qu’il s’est passé quelque chose qui fait qu’elle ne sera plus jamais heureuse. Quand on voit comment commencent les vacances, on l’imagine mal et vraiment, j’avais envie de savoir comment on pouvait en arriver là ^^ Pour qu’elle passe de « c’est l’éclate totale ! » à « jamais plus je ne serai heureuse », il ne se passe pourtant pas grand chose au départ : c’est un peu le type-même du film où il ne se passe rien, mais l’attitude des personnages semble évoluer imperceptiblement et je crois que c’est ce qui m’a captivée.

Le postulat de départ m’a aussi surprise : c’est un peu les amourettes de Raymond, vues du point de vue de sa fille qui nous raconte … Cela a déjà de quoi être original et surprenant.
Et les relations entre les personnages sont étranges, j’avais également envie de les décoder, de comprendre ce qui les liait …
La relation père-fille est tellement fusionnelle qu’au départ je pensais que c’était un couple. Elle l’appelle par son prénom, elle est jalouse quand il s’installe avec une femme …
La relation Raymond-Elsa (donc : le père, et sa maîtresse de 20 ans de moins que lui) ne m’a pas moins surprise puisqu’elle n’est absolument pas jalouse de l’arrivée d’Anne pendant un long moment, et la jalousie lui tombe dessus d’un coup, comme si elle venait de comprendre qu’il se passait quelque chose (alors que c’était obvious quoi!)
La relation Elsa-Cécile … elles se disent amies, ça ne se sent pas du tout, et quand Elsa s’en va désespérée, Cécile dit simplement « Oh, dommage, j’ai perdu une amie ». Mais bowdayl, réagit un peu plus qu’une huître !

Bon j’arrête les exemples, sinon autant vous raconter le film, et il me semble que l’intrigue reste très similaire à celle du livre, en tout cas je reconnais tout ce que dit Morgana. A la fin du film, et encore maintenant, j’ai eu l’impression que tout était un peu flou dans ma tête, que ces relations que j’ai décrites créaient un sentiment d’étrangeté, donnaient une ambiance particulière au film : entre tranquillité des vacances et l’urgence d’un destin qui semble se précipiter sans qu’on ne sache trop comment. Dans ce que dit Morgana, j’entrevois ce que le film tente de faire et je pense que maintenant que je sais où en vient l’histoire, je devrais le revoir pour faire plus attention à cette fameuse évolution des personnages.
Toutefois, je n’ai pas vraiment ressenti ce malaise dont parle Morgana, et pourtant tout est en place pour que ça le soit : les actes sont les mêmes dans le film : Cécile manipulatrice sans s’en rendre compte, créant des relations encore plus floues entre les personnages, mais j’ai eu l’impression que la « mayonnaise ne prenait pas toujours ».

Je ne sais pas si je vous aide beaucoup avec mon blabla tout emmêlé ! Je pense qu’on peut retenir que je suis perplexe face à ce film, je ne sais pas si il m’a plu ou pas, je ne sais pas si il est bien réalisé ou pas, je ne sais pas si j’ai tout compris ou pas … (on va éviter de faire des défis trop souvent si ça te perturbe autant ma pauvre Luciole :p) mais surtout je suis quasiment sûre que c’est un peu le but recherché et que certaines subtilité ont dû m’échapper ^^ Alors je l’accepte aisément. Et puis je ne l’aurai sans doute jamais vu autrement, alors… Défi réussi ! 😉

Si vous l’avez vu, je serai encore plus curieuse que d’habitude de savoir ce que vous en avez pensé, j’ai besoin d’en parler 😀 et en attendant, je vous laisse avec une citation qui m’a fait rire (et est également dans le livre :p), et souhaite bienvenue à l’Automne !

« Il avait amené une fille blonde à la plage, qui ne supportait pas le soleil, et maintenant qu’elle était toute pelée, il la laissait tomber comme un homard trop chaud. »

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2 Comments on “Défi Eté : Bonjour Tristesse – F.Sagan & l’adaptation d’O.Preminger

  1. Alors déjà cette blague Skip les filles xD
    Ensuite ce roman me tente vachement du coup (tentatriiiices), mais le film un peu moins parce que comme tu disais, on comprend moins de choses, et j’aime bien comprendre les choses moi ^^
    Et on est d’accord que le thème sur les glaces au chocolat ça risquait de compliquer le boulot (et en plus ça m’a donné faim, bravo !)
    Des bisous les filles =3

    • La blague Skip, c’était la fatigue qui parlait, je crois. Dans mon état normal je n’aurais jamais osé 0:)
      Le roman est très court, ça se lit suuuuuper vite 🙂
      Des bisous !

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