Défi Initiales : Adieu ma Concubine – Lilian Lee (et l’adaptation de Chen Kaige)

Après Morgana il y a une vingtaine de jours avec L’enfant de Calabre de Catherine Locandro, à mon tour de vous présenter le livre que j’ai lu pour le Défi des Initiales. En quelques mots je vous rappelle le thème du défi : il s’agissait de lire un livre d’un auteur qui porte les mêmes initiales que nous. Pour moi c’est donc L.L.. Et oui, ce sont vraiment mes vraies initiales dans la vraie vie, je ne me suis pas juste dit que ça pourrait être sympa d’utiliser les initiales de La Luciole !

Mon pote d’initiales sera donc pour ce défi Lilian Lee, auteur d’Adieu ma Concubine. Et puisque sur le blog, mon taf c’est surtout de parler de la littérature « visuelle », j’ai également vu l’adaptation cinématographique, du même titre, et réalisée par Chen Kaige.

L’intrigue d’Adieu ma concubine s’étale sur de nombreuses années, on suit Douzi et Shitou, de leur apprentissage de l’opéra auprès d’un maître ultra-exigeant et violent, jusqu’à leur succès sur les planches à l’âge adulte et leur vie en Chine durant la Révolution culturelle.

Je ne pourrai pas dire que c’est une lecture que j’ai adoré, mais je l’ai trouvée intéressante sur plusieurs points.

Le roman, comme le film, proposent tout d’abord une sorte de mise en abyme : Adieu ma concubine est le nom d’un célèbre opéra chinois que jouent ensemble Douzi et Shitou depuis leur enfance. Cet opéra raconte les adieux du roi Xiang Yu, que joue Shitou, à sa concubine Yu Ji qui finit par se suicider et qui est interprétée par Douzi.

Ouais, ouais, en deux paragraphes j’ai déjà écrit « maître violent » et « suicide », on sent le côté très bucolique du roman non ? 😀 Adieu ma concubine aurait effectivement pu être très dur, mais le tout est décrit de manière très factuelle, pas de mélodrame, ça aide un peu à avaler la pilule. Un peu …

Pendant toute l’histoire la réalité des personnages et leurs rôles de l’opéra s’entremêlent, j’ai eu presque l’impression parfois, de pouvoir deviner la suite du roman grâce à l’histoire de l’opéra, mais c’est plus subtil que ça. :p
C’est également l’occasion d’en apprendre un peu sur l’histoire de l’opéra chinois, que je ne connaissais absolument pas, du fait que c’était des acteurs hommes qui jouaient les personnages féminins, qu’on prenait alors les acteurs les plus gracieux, aux traits les plus fins pour interpréter ces rôles. Ce sont les dan, les rôles féminins leurs sont réservés, et hors de question pour eux d’interpréter des rôles masculins. Bon … j’espère que l’opéra de Pékin vous intéresse un minimum vu ce petit paragraphe théorique 😀 J’ai en tout cas été ravie pour ma part de découvrir tout ça ! Douzi devient donc dan, et le livre suggère que ce titre a une grande influence sur sa personnalité et sur son homosexualité. Douzi en vient à ne plus distinguer l’opéra de la réalité, ce qui rend certains éléments de sa vie bien difficile à endurer pour lui …

Pendant une bonne partie de ma lecture, j’ai cru que le roman s’en tiendrait là mais une grande part historique finit par intervenir : que deviennent ces personnages et l’opéra durant la Révolution culturelle ? Qu’est-ce que le régime de Mao a changé la vie de tous ces gens ? Adieu ma concubine devient un vrai témoignage sur cette période et je dois dire qu’au-delà du plaisir que j’ai lu à lire ce livre, il a été très instructif sur ce point-là aussi. Je n’en dirai pas trop là-dessus parce que je n’y connais rien, j’aurai peur de dire des bêtises, et mon frère qui a une licence en Littérature et civilisation chinoise (ou un truc comme ça) ne me louperait pas si je faisais la moindre approximation 😀

Je peux quand même souligner que j’ai été touchée par le destin de ces personnages, par le fait qu’ils puissent, selon les régimes en place être punis pour quelque chose fait des années auparavant, alors que ce n’était pas illégal, puis lorsque le régime change de nouveau, qu’il soit punis pour l’inverse … On sent qu’ils n’ont alors aucune échappatoire.

J’avais entendu beaucoup de bien du film, je tenais donc à le voir aussi. Mon avis principal se porte sur le scénario, et je n’aurai donc pas grand chose à dire de plus que sur le livre, si ce n’est que beaucoup d’éléments, notamment historiques m’auraient probablement échappé si je n’avais pas lu le livre. Le film ne peut pas se permettre d’être aussi explicite que le livre, sinon on regarde un documentaire …, mais du coup, le rôle des gardes rouges, le principe du dan, les différents régimes successifs, la relation entre Douzi et Shitou également … tout ça me paraît bien plus flou si on n’a pas lu le livre et qu’on ne connait pas bien l’histoire de la Chine.

Cela reste une adaptation que j’ai bien aimée, et malgré sa durée de 2h45, je ne me suis pas ennuyée.  Et ça … c’est rare, en général même pour un film d’1h30, je veux toujours retirer 20 minutes !
J’aurai pu être très positive sur le film en lui-même, notamment sur le scénario. Mais par rapport au livre, je n’ai pas trouvé qu’il apportait de vrai plus, si ce n’est qu’il permet d’avoir une idée du visuel des costumes d’opéra. Et comme pour moi l’intérêt principal de toute cette histoire était le point historique et culturel sur la Chine et son opéra … ce n’est pas rien ! 😀

Adieu ma concubine, que ce soit sous sa forme livre, ou film, dresse, pour moi, de très beaux personnages, sensibles et crédibles. J’ai eu un peu de mal à écrire de manière synthétique ce que j’avais pensé de cette histoire tant elle m’a paru complexe et aborder des thèmes très variés : l’amour, l’homosexualité, la dictature, la relation à l’art, l’exigence … Bref : une œuvre des plus intéressante, sur le fond comme sur la forme.

Le défi initiales de Morgana, c’est par ici, et il fait moins dissert’ que le mien, je vous promets 😀
Et les autres participants au défi, leurs livres lus et leurs avis, c’est par ! 🙂

Facebook
Facebook
YOUTUBE
Google+

6 Comments on “Défi Initiales : Adieu ma Concubine – Lilian Lee (et l’adaptation de Chen Kaige)

  1. Maintenant que je l’ai fini, j’aimerais rajouter un truc : quand j’ai lu ici que ce livre couvrait jusqu’à la révolution culturelle, je me suis demandé comment l’auteur allait placer placer un demi-siècle dans son récit (le livre commençant en 1929 et la révolution culturelle dura de 1966 à 1976). Bah maintenant j’ai compris, le récit saute quasiment toute la période de 1949 (prise de pouvoir de Mao) à 1966. J’ai été surpris de voir que cette période était quasiment passée sous silence.
    Mais bon, c’était assez sympa quand même.

    • Je t’avoue que ne connaissant pas l’histoire de la Chine, ça ne m’a pas frappée, mais maintenant que tu le dis, j’étais un peu embrouillée, je sentais bien que du temps avait du passer, qu’ils avaient l’air plus vieux, mais je ne savais pas de combien. Etonnant effectivement que toute la période sous Mao soit absente du récit, mais on se doute un peu de ce qui a dû se passer avec l’épilogue et tout quand même non ?

  2. Ah chouette, justement je voulais voir ce film, et puis j’avais égaré le dvd mais coup du destin, je viens de le retrouver ! Je note que le livre est mieux (et du coup je le lirai après histoire de ne pas être déçue :p), et tant qu’à faire je retiens aussi le nom de la BD que mentionne Gwen. 😀
    Sinon le sujet me fait penser au film Stage Beauty (sur les acteurs masculins qui jouaient les rôles féminins dans l’Angleterre de la Restauration et ce qui leur arrive quand il est décidé que maintenant les femmes pourront tenir ces rôles), un peu. (Avec Billy Crudup ♥♥♥)

    • Oui c’est un film à voir et un livre à livre si on s’intéresse à cette période en Chine je pense ! 🙂 Je ne connais pas Stage Beauty mais j’y jeterai un oeil. Bon et je vois bien que tu tentes de m’amadouer avec Billy :p
      Que les rôles féminins soient tenus par des hommes au théâtre me semble assez fréquent et dans toutes les cultures. De même qu’au début du cinéma, c’étaient des blancs maquillés qui jouaient les rôles de noirs … L’industrie du spectacle a quand même heureusement pas mal changé là-dessus^^

  3. Si tu veux, j’ai en BD les premiers tomes de Mei Lanfang, par Lin Ying, un des acteurs d’opéra chinois le plus connu.
    Je suis en train de lire Adieu ma concubine, mais j’en suis qu’au deuxième chapitre, pas assez pour me faire une idée.

    • Oh oui, j’avais vu les couvertures qui sont absolument magnifiques ! J’aurai dû m’en douter que tu les aurais vu que tu as TOUS les Urban China 😀 Je t’en piquerai à l’occasion !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.