Du côté de chez Swann – Marcel Proust


 

 

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Je crois pouvoir affirmer ne pas être la seule que le nom de Proust a toujours quelque peu effrayée. Lorsque, enfant, j’apprenais à écrire, et plus particulièrement à placer (plus ou moins) bien la ponctuation, s’il m’arrivait d’oublier de mettre un point final à certaines phrases, ma mère s’exclamait à peu près toujours quelque chose comme : « Ma grande, laisse les phrases d’une page à Proust, d’accord ? » Du coup, dans ma tête, les écrits de Proust ressemblaient à l’un de ces horribles textes d’enfant d’où les points sont tellement absents que l’on ne sait plus au final de quoi l’écrivain en herbe voulait parler. Bon. Il se trouve que Proust utilise des points. Moins que la majorité des gens, d’accord, mais il n’en reste qu’il y en a bel et bien dans son livre. Au contraire, il semble se jouer de la ponctuation en permanence, le pire étant que je me demande s’il ne faisait pas ça sans même y penser. Il faut dire que, dans ma tête, l’idée du mec se disant « je vais essayer de faire une phrase compréhensible prenant toute une page » a quand même beaucoup moins de panache que celle de l’écrivain qui le fait naturellement.

 

Je dois dire que ma première crainte était de ne pas réussir à « entrer » dans cette fameuse écriture. Au final, et à ma grande surprise, cela s’est fait plutôt fluidement, et je me suis laissée embarquer par le récit du narrateur. En effet, le livre entier nous est conté à la première personne par un homme insomniaque se remémorant sa jeunesse. La première partie porte sur son enfance même, avec la fameuse scène de la madeleine, (oui, oui, c’est tout à fait idiot, mais c’était un peu comme attendre l’arrivée de… disons une célébrité !), et introduit le fameux Swann, qui est un ami de la famille. J’ai beaucoup aimé cette partie. Très douce et contemplative, j’ai aimé découvrir l’univers de Proust par son biais. C’est surtout une galerie de portraits plus réalistes les uns que les autres et de réflexions sur des choses toutes bêtes de la vie. La deuxième partie, qui était celle dont j’avais le plus entendu parler (« Un amour de Swann »), raconte l’histoire de Charles Swann et d’Odette de Crécy, sa future femme. S’il y a beaucoup plus de « mouvement » que dans la première partie, je dois avouer l’avoir trouvée un peu longue au final. La jalousie maladive de Swann et son aveuglement ont fini par avoir raison de moi, et je me suis retrouvée, profondément agacée, à devoir faire une pause dans ma lecture. Bref, quelques jours plus tard, après avoir lu 3-4 livres très « détente », je me suis replongée, beaucoup plus zen, dans l’histoire de M. Swann et ravie au final de retrouver l’écriture de Proust. Quand j’y repense, les émotions suscitées en moi par la lecture de cette partie sont assez étranges, j’en suis tout de même arrivée à devoir mettre de côté le livre quelques jours ! La troisième et dernière partie revient sur l’histoire même du narrateur, qui nous parle de son amour pour la fille de Swann et Odette, du même âge que lui. Si « l’histoire » en elle-même n’était jusque là pas vraiment étoffée, elle est quasiment inexistante dans cette dernière partie, où il ne se trouve presque que des réflexions du narrateur sur son amour.

 

Je voudrais revenir sur l’écriture en elle-même car je dois dire que c’est là que, pour moi, réside tout l’intérêt du livre. En effet, comme je le disais plus haut, il n’y a pas grand-chose à dire sur l’histoire. Un homme repense à des éléments de son enfance que tout un chacun pourrait avoir vécus, moi-même je pourrais très bien parler des promenades en famille que je faisais à cet âge-là, ou du caractère des membres de ma famille, seulement c’est la manière de raconter qui fait tout. Mon récit n’intéresserait personne tant il serait plat, alors que celui conté par la plume de Proust prend une tout autre dimension. L’histoire d’amour de Swann avec une femme totalement insipide et menteuse. Tout est encore dans l’écriture de l’auteur, car  j’ai trouvé l’histoire en elle-même terriblement plate, mais la façon de raconter ces platitudes d’une histoire d’amour, de les décortiquer, de s’en jouer, est admirable. Et enfin, la dernière partie est du même genre. J’ai eu l’impression de lire en quelque sorte une histoire similaire à celle des parents de la fillette, mais avec la vision d’un enfant. Moi aussi je pourrais vous raconter comment, enfant, je suis tombée terriblement amoureuse de mon voisin de table, le petit René-Henry… (mais, honnêtement qui voudrait connaître l’histoire d’une fille qui tombe amoureuse d’un garçon nommé René-Henry ?)(d’accord, j’arrête d’être méchante, c’est mauvais pour mon karma, d’abord. ou pas.). Bref, pour moi, tout est vraiment dans cette fameuse manière d’écrire qu’a Proust.

 


 

Une lecture que je ne suis pas prête d’oublier. Lire Proust a véritablement été une expérience assez unique, et je ne regrette même pas la pause que j’ai dû faire aux deux tiers. Lorsqu’il s’agit de livre demandant une tel concentration pour vraiment entrer dedans, mieux vaut s’écouter lorsqu’on sature je pense. Je ne sais pas si je lirai les 7 tomes que contient « A la recherche du temps perdu », mais je sais que j’aurai plaisir à retrouver cette écriture tellement particulière si, un de ces jours, je croise au détour d’un rayon de librairie « A l’ombre des jeunes filles en fleurs », le deuxième tome.

Si jamais vous avez envie de découvrir l’histoire mais ne vous sentez pas de lire un tel pavé, je pense que lire ne serait-ce que des extraits peut être une expérience vraiment enrichissante, juste histoire de… pouvoir se rendre compte, dirais-je.

 

 


 

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6 Comments on “Du côté de chez Swann – Marcel Proust

  1. Tu sais, je crois que c’était juste une question d’envie en fait. J’avais ce livre depuis plus d’un an, et j’ai travaillé activement sur ma détermination durant une année avant de lancer… je
    pense que ça joue XD Non, non, sérieusement, je ne savais pas si je lirais tout le livre et, au final, l’écriture, si belle comme tu le dis, m’a tellement plu que je suis allée jusqu’au bout, et
    ai même envie de tenter le deuxième tome un de ces jours ! Ce n’était définitivement pas vraiment gagné à la base 😀

  2. Je t’admire ! J’ai essayé de lire Du côté de chez Swann pour un obscur cours de littérature contemporaine, et je n’ai pas dépassé la moitié du livre… Mais l’écriture, c’est vrai qu’elle est
    particulière, très belle à sa façon 🙂

  3. Je comprends tout à fait, tu sais : si je n’avais pas été décidée, n’avais pas choisi mon moment pour le lire, je crois que je n’aurais pas fait autrement que l’as fait 😀 Trois, en plus ! J’ai
    beau avoir aimé, je ne me vois pas lire la suite avant l’été, lorsque je serai bien tranquille et posée… Une petite année entre chaque Proust, c’est plutôt une bonne moyenne, je trouve. Ca se
    digère, ce genre de livre 😀

  4. Pour mes cours de prépa je n’ai pas du lire un … mais bien trois de Proust. Je me souviens vaguement avoir échangé nos notes de lecture avec mes camarades, avoir sauté des longs paragraphes,
    avoir soupiré longuement…. pour au final avoir 4 à ma kholle (interrogation orale) sur le sujet…. Je pense que Proust et moi avons définitivement rompu ce jour là, il ne reste qu’un vague
    souvenir digne sa célèbre madeleine. :p.

    Je te félicite pour avoir apprécié l’œuvre, car elle n’est pas aisée.

  5. J’ai envie de dire : ce sont des choses qui arrivent, j’ai moi-même certains titres que je n’ai toujours pas digérés après plusieurs années… 😀

  6. Je pense que je n’ai toujours pas digéré alors ! :p

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