Esprit d'Hiver – Laura Kasischke

 

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Ce doit être le premier ouvrage de la rentrée littéraire que je lis ; de n'importe quelle rentrée littéraire, que ce soit celle de 2009, 2010, etc… Ceux qui me suivent un minimum savent que je suis un petit peu du genre "je lis ce que je veux, quand je veux", – ok, totalement de ce genre-là – et que, du coup, je rate sans même vraiment le vouloir ce genre d'évènement, car "les ouvrages auraient pu me plaire, mais pas à ce moment là", car "je pourrais avoir le temps de regarder la liste de cette année, mais que je n'ai pas envie de le faire en septembre", et que j'aurai oublié l'idée même que je voulais plus ou moins le faire en décembre.Ouais, une calamité, je sais mais ça ne me va pas si mal que ça, au fond.

Seulement, ce livre-là m'a intriguée dés le début. Je n'avais lu aucun avis dessus, seule la quatrième de couverture m'a interpellée ; quatrième de couverture que je trouve extrêmement réussie pour le coup (si vous êtes sages, peut-être que dans mon immense bonté j'aurai le courage de vous la copier-coller, peut-être je dis bien, vu l'effort demandé).

Bref, j'étais extrêmement enthousiaste vis à vis d'Esprit d'hiver et, dés que je l'ai eu reçu, je n'ai eu qu'une seule envie : me jeter dessus pour savoir ce qui se cachait derrière le mystère du résumé.

 

Alors, avant toute chose, de quoi ça parle ? (Au final j'ai eu pitié : mon talent pour faire des résumés étant ce qu'il est, je vous ai épargné mes tentatives douteuses, je sors bel et bien mon joker quatrième de couverture :D)  

 

"Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant. Le blizzard s’est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant…"

 

C'est donc à un huis-clos que nous avons affaire. Tout se déroule dans la maison de Holly, et cette ambiance déjà un brin étouffante est accentuée par la neige qui empêche toute sortie.

 

Si la narration est faite à la troisième personne, c'est le point de vue de Holly qui est adopté par le narrateur tout au long du récit. Déjà le départ, celle-ci ne m'a pas été sympathique, avouons-le. Elle ne cesse de faire des digressions, de revenir sur les mêmes choses ; dés le départ, il y avait quelque chose d'obsessionnel qui se dégageait du personnage, et donc de l'histoire. Alors que je m'attendais à une montée progressive du côté opressant du récit et donc à une difficulté de plus en plus marquée à poser le livre, je dois avouer avoir trouvé la narration plutôt linéaire : pour moi, ça ne décollait pas. J'étais terriblement intriguée, me posais mille questions, y pensais même lorsque je ne lisais pas, mais, tandis que je lisais, je ne pouvais m'empêcher de me dire "bon… quand est-ce qu'il se passe quelque chose ?".

 

Justement, c'était cela qu'il y avait d'effrayant : il ne se passait pour ainsi dire rien. Il n'y avait que le désarroi d'Holly devant le comportement étrange de sa fille, la belle Tatiana, d'habitude si affectueuse, et aujourd'hui si cruelle et incompréhensible, et le récit de l'adoption de celle-ci, 13 ans auparavant dans un orphelinat miteux en Russie.

Ce sont aussi les regrets de Holly, qui n'arrive plus à écrire depuis 18 ans, et s'est réveillée ce matin-là avec cette phrase en tête "quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux", cette phrase qui revient sans cesse, cette phrase qu'elle a besoin de coucher par écrit pour savoir ce qu'elle cache, si seulement elle arrivait à se poser pour le faire…

 

Ce n'est qu'arrivée aux trois quarts du livre que je me suis dit : "ah, ça y est, tu es enfin en mode "que le premier qui m'adresse la parole et trouble ma lecture se prépare à périr" (un véritable bisounours lorsque je lis, oui, oui) ; le mystère était trop fort et je voulais le percer. Y avait-il une dimension fantastique ? Sinon, comment expliquer certains détails inexplicables, justement, sans une dose de surnaturel ? Et Tatiana qui était toujours plus étrange, et Holly dont le fil des pensées me la rendait de moins en moins sympathique, et ces détails, toujours ces détails que je n'arrivais pas à relier entre eux pour comprendre, mais qui étaient terriblement troublants…

Je dois dire que je m'attendais à une ambiance plus effrayante, mais en réalité, c'est la conclusion que j'ai trouvé ef
frayante.
Tout le livre durant, j'étais admirative de l'ambiance, anesthésiée par la neige, pleine de nostalgie, teintée de folie avec le retour constant des mêmes sujets sur le tapie… Je dois par contre souligner le fait que la traduction ne m'a pas du tout convaincue, du moins je pense que cela vient de la traduction, car certaines phrases m'ont paru très, très bancales, et je n'aborderai donc pas le sujet de l'écriture de l'auteure. C'était plus ce que l'auteure disait que comment elle le disait qui m'a fait m'arrêter sur certains passages.

 

Arrivée aux trois quarts, j'étais réellement frustrée car je me demandais déjà ce que j'allais bien pouvoir penser au final de ce livre… S'il avait compté plus de pages, je ne sais même pas si j'aurais eu le courage d'aller jusqu'au bout, honnêtement. Et cela aurait été une grosse erreur, en effet, car le dernier quart et la révélation finale ont véritablement changé ma vision du livre : tout ce qui s'était passé avant prenait sens, et je me suis aperçue que l'auteure avait véritablement tout prévu depuis le début, que j'avais tous les éléments sous la main pour savoir… Alors que, plus ça va, plus je peine à être surprise par les livres ou les films, pour le coup ici j'ai été servie question étonnement. J'ai au moins la dose suffisante pour lire et visionner une bonne quinzaine de films ou livres, tout deviner avant la fin, et ne pas être frustrée ! 😀

Alors que je l'ai fini hier, l'ambiance d'Esprit d'Hiver est encore là, et j'y pense toujours, ce qui, malgré tous les reproches que j'ai à lui faire, est plutôt positif quant au souvenir que cette lecture me laissera. Je n'ai toujours pas eu envie de commencer un autre livre, je fais trainer les sensations étrange de celui-ci dans mon esprit d'automne… (AH AH AH –> pff, ok je sors. De toute façon j'avais fini, d'abord U_U).

 

 


 

Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce livre sans lui adresser de gros reproches : le fait d'être restée totalement hermétique au rythme de l'intrigue durant les trois quart de ma lecture m'y oblige, mais le machiavélisme de l'intrigue imaginée par l'auteure et sa réussite dans la dissémination des indices, la surprise que j'ai eue et les émotions ressenties, ces choses-là font que je garderai un bon souvenir, peut-être même teinté d'un soupçon d'admiration, de l'ouvrage.

Je suis moi-même troublée en disant ça, parce que durant une grande partie de ma lecture, c'était largement la déception qui dominait ; je ne crois pas que cela m'était arrivé auparavant… Dites donc, que de grandes premières grâce à Esprit d'Hiver 😀

 

 


 

Ce livre a été lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten, que je remercie pour l'opération. Et comme, "quand il le faut, il le faut" (merci Mary), j'attribue la note de 15/20 au livre. 

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8 Comments on “Esprit d'Hiver – Laura Kasischke

  1. Tout d’abord, je te demande de m’excuser de répondre si tard et te souhaite une bonne année !

    Je comprends ce que tu veux dire, et te rejoins sur le point de l’ambiance. Par contre, je t’envie lorsque tu dis que le coup de fil t’as « réveillée », car je n’ai jamais réussi à complètement
    entrer dans l’histoire… mais je voulais savoir malgré tout !

  2. J’ai adoré ce livre, même si j’ai eu du mal avec le début. Le coup de fil m’a réveillée, et je n’ai pas pu le lâcher ensuite. je voulais savoir. L’ambiance est particulièrement bien réussie…

  3. Tss, je suis vraiment une mauvaise bloggeuse : vois la date à laquelle je te reponds ! J’admire toujours autant ta régularité Stella, tu sais 😀 Belle année en passant !

    Oh oh, cela m’étonne que tu n’aies pas remarqué les petits soucis « de style », je crois que tu es un petit peu plus pointilleuse que moi d’habitude… peut-être aussi que cela vient du fait que je
    n’entrais pas dans l’histoire et que j’ai été trop exigeante de ce côté-là…

    Tu me rassures alors, cela me fait du bien de me dire que nous sommes au moins deux lectrices « compliquées », comme tu dis ! :p

  4. J’ai aussi reçu ce livre via l’opération de Price Minister, et je lui attribue la même note que toi 😉 Par contre j’avoue que je n’ai pas trop remarqué les problèmes de style, sans doute parce que
    j’étais prise dans l’ambiance. Dès le début j’ai eu du mal à m’en détacher, je voulais percer le mystère. La fin est effectivement très réussie et je l’ai refermé en me disant « ouah, quelle
    maîtrise », sans pouvoir dire non plus que j’ai aimé (on est compliquées hein^^)

  5. Négatifs, vraiment ? C’est amusant, car je n’en ai lu que des positifs ou, du moins, plutôt positifs. Si tu as l’occasion, je pense que c’est une lecture à part qui peut mériter que l’on y jette
    au moins un oeil ; même si ce n’est qu’une fois le livre terminé que je lui ai trouvé de véritables qualités, je trouve cela intéressant comme expérience. 🙂

  6. Coucou =) Ah j’ai entendu parler de ce livre et il a reçu des échos plutôt négatifs, donc je ne pensais m’y attarder mais quand je vois que le récit prend un vrai tournant dans le dernier quart et
    que l’auteure à bien tournée l’intrigue, je me tâte. Parce que je pense que ce n’est pas fait pour moi, mais c’est vraiment bien qu’un livre te laisse une impression après la lecture que tu es
    envie de faire durer =)

  7. Je vois que nous avons les ressentis inverses, c’est très intéressant ! Je me souviens que je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire et que les dernières pages au contraire m’ont vraiment saisies et que j’ai adoré cela.
    Cependant, j’approuve totalement cette décision d’user de ton pouvoir de lectrice ; c’est quelque chose dont il faut savoir user je crois 🙂

  8. J’ai beaucoup aimé, au début le rapport à l’écriture, l’urgence, la nécessité d’écrire; au milieu les conflits mère/ado, comment une adulte reste quelqu’un de fragile et comment les conflits drainent d’autres choses, plus anciennes, ou difficiles à dire car irrationnelles, ( elle l’engueule parce quelle tient le portable en main, rien que parce que ça lui donne un teint blafard qu’elle n’ aime pas ) ; et la fin, l’intrigue si bien construite que tout prend sa place mais à la toute fin. Et on repense à tel ou tel détail, en se disant "mais bien sur", tout était en place dès le départ.
    Par contre, j’ai détesté les 2 dernières pages : le rapport. L’histoire aurait pu s’en passer, c’est un rebondissement inutile à mon goût, qui casse un peu tout.
    Alors, comme d’habitude dans ce cas, j’use de ma toute puissance de lectrice et je DECIDE que le livre s’arrête deux pages avant! L’auteure a posé un choix, j’en pose un autre.
    c.

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