Fin de la parenthèse – Joann Sfar

1507-1

J’ai lu Fin de la Parenthèse de Joann Sfar, et je ne sais encore qu’en penser. Cette BD a été pour moi une lecture très étrange et pourtant l’histoire de base m’attirait particulièrement :

«Et si l’art était la seule alternative à la violence et à l’obscurantisme contemporain ? Et si seul Salvador Dali, en prophète surréaliste, pouvait nous en montrer le chemin ? »

Pour être plus précis, c’est l’histoire d’un peintre, Seabearstein, qui accepte un contrat un peu particulier : réveiller Dali de sa cryogénisation. Comment ? On lui demande de choisir quatre mannequins avec qui il va s’enfermer plusieurs jours dans un manoir. Elles seront nues, reproduiront les tableaux de Dali, et lui les peindra.

img_1692© Rue de Sèvre, 2016, Fin de la Parenthèse

Bon, je l’admets, on sent déjà que c’est un poil tordu, mais pourquoi pas … J’aime bien les trucs un peu chelou et torturé, vous l’avez vu avec mon avis sur Alice de Svankmajer 😀 Au départ ça m’a fait penser au Mr Gwyn de Barrico (livre dans lequel un auteur propose à des personnes de dresser leur portrait, en s’enfermant avec lui dans son atelier, plusieurs heures par jour). Mais au fur et à mesure j’ai trouvé ça de moins en moins poétique.

La première chose qui m’a dérangée, c’est que je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages. Après ma lecture j’ai peut-être un élément d’explication : ça a beau être un récit totalement indépendant, avec un début et une fin, le personnage principal et son ex, la mannequin blonde, ne sont ni plus ni moins les personnages du couple de Tu n’as rien à craindre de moi, la BD précédente de Joann Sfar. Fin de la parenthèse, sans être la suite de Tu n’as rien à craindre de moi … se déroule quand même avec les mêmes personnages, présentant leur vie après la première BD. (bon c’est presque une suite quoi)

Et ça je ne le savais pas 😀

J’avais certes remarqué une ressemblance entre les personnages des deux couvertures mais … mais voilà quoi, je ne me suis pas posé plus de questions … Est-ce qu’avoir lu Tu n’as rien a craindre de moi m’aurait aidée à m’attacher aux personnages ? Peut-être. Est-ce que ça m’aurait permis de mieux comprendre la BD en elle-même ? Je n’en suis pas sûre.

img_1699© Rue de Sèvre, 2016, Fin de la Parenthèse

Depuis la fin de ma lecture, j’oscille entre plusieurs sensations. Je ne sais pas si j’ai subjectivement aimé ou pas. Et je ne sais pas si tout était sous mes yeux et que je cherche trop loin, ou si c’est tellement génial que je n’ai pas compris … Ce qui est sûr c’est que cette BD a plein de choses à dire au lecteur, et qu’elle enchaîne les références pour le faire réfléchir.

Parlons-en des références, il faut être accroché. Entre « Souvenez-vous de Platon », dont on aurait compris le mythe de la caverne à l’envers, et « Relisez Fritz Lang : tout ce qui est hors du cadre est mort », le livre les enchaîne pas mal. Et la plupart avait beau ne pas m’être inconnues, j’avais parfois du mal à raccrocher les wagons et à voir le lien avec l’histoire en cours.

« Et donc, de la même façon que Platon défendait le logos par un recours paradoxal au mythe, nous sauverons l’esprit dialectique par la folle rigueur de la géométrie paranoïa-critique. »

Attention, je ne dis pas que c’est inintéressant. Certaines réflexions m’ont même beaucoup parlé. Au hasard, tous les passages sur Fritz Lang, puisque je l’ai un peu étudié (pour parler de Platon, voyez plutôt avec Morgana ^^). Quelques planches dans la couverture donnent des éléments d’analyse : la raison de la présence des jumelles, ce que chacune des quatre femmes est censée représenter, sans ces planches je n’aurai jamais pu deviner … La note de Joan Sfar au début donne elle aussi des pistes. Ca doit sans doute être très intéressant à étudier, mais le tout reste particulièrement dense si on n’avait pas prévu de lire cette BD avec un précis de philosophie comme compagnon de lecture.

Pendant toute une partie du livre, les quatre mannequins semblent regarder le lecteur, c’est une sensation assez étrange. Le lecteur est en quelque sorte à la place du peintre, Seabearstein, et cela cesse quand il leur demande d’arrêter de le regarder, quand il leur dit que si elles arrêtent de l’observer, le peintre n’existe plus. Les filles cessent de regarder le lecteur et Seabearstein, qui disparaît peu à peu de ces cases-là. C’est comme si le lecteur faisait lui aussi l’expérience d’être enfermé dans ce manoir. Il est évident que je l’exprime nettement moins bien que la bande-dessinée, mais c’est tout une des parties qui m’ont vraiment plu dans leur forme et dans leurs réflexions. Ce qui me ramène à dire que si le reste ne m’a pas autant accroché, c’est sûrement que je n’ai pas dû bien comprendre…

img_1695© Rue de Sèvre, 2016, Fin de la Parenthèse

Au début cela ne me gênait pas, je me laissais entraîner dans cette ambiance particulière, c’était presque « envoûtant » puis, c’est peu à peu ça m’est devenu pesant.

En ce sens, je crois que Fin de la parenthèse a bien fonctionné sur moi : j’ai quasiment vécu l’expérience avec eux (sauf que j’étais en gros pyjama pas sexy du tout, et non une mannequin nue qui prend des champi, sorry :D), j’ai ressenti cet enfermement et cette folie qui les gagnait. Mais je n’ai pas réussi à pleinement l’apprécier, elle m’a plutôt presque dérangée.

Ce qui est sûr c’est que  j’ai été amenée à réfléchir sur tout un tas de choses, qui même quelques jours après me font encore cogiter. Je suis donc très perplexe depuis la fin de ma lecture. Et je ne sais pas si c’est une volonté de l’auteur de perdre ainsi son lecteur, qu’il fallait juste réussir à se laisser porter par l’ambiance, ou si c’est un livre pour intellectuels amoureux de Platon. Quelle que soit la réponse, les deux me conviennent, mais j’ai passé ma lecture a osciller entre ces deux états d’esprit, pour au final ne toujours pas savoir avec lequel appréhender Fin de la parenthèse…  Je vais retourner lire le Chat du Rabbin plutôt, le Joann Sfar pour enfant est apparemment plus à ma portée que celui pour adultes 😀

img_1696© Rue de Sèvre, 2016, Fin de la Parenthèse
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