Je vous écris dans le noir – Jean-Luc Seigle

Je vous écris dans le noir - Jean-Luc Seigle

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Quand Pauline Dubuisson, étudiante en médecine, tue son ex-fiancé Félix Bailly, elle n’imagine pas qu’elle va provoquer par ricochet du destin une autre mort, celle de son père qui se suicide après avoir appris son arrestation. A 21 ans elle est jetée en prison et passe devant les Assises de Paris. Pauline est la seule femme contre laquelle le Ministère public requiert la peine de mort.

 

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Voilà, ça calme, hein ?

Moi, en tout cas, en ouvrant ce livre, je ne faisais pas trop la fière. J’avais rapidement regardé comment le livre était noté sur les sites littéraires. Réponse : très bien. Je m’attendais donc à un beau roman, mais à un roman… comment dire ? Un peu lourd ? Un peu « passez-moi une corde je suis arrivée au bout de ma vie de lectrice » ?

 

En effet, mon instinct légendaire (ou surtout ma capacité à lire les résumés… :D) ne m’avait pas trompée :

C’est déprimant, c’est lourd, mais c’est aussi un très beau portrait d’une femme qui a été diabolisée et à qui l’auteur essaye de redonner son humanité.

 

Je ne sais pas si Pauline Dubuisson était vraiment telle que Jean-Luc Seigle la décrit, ou si elle se rapprochait plus de celle montrée dans La vérité de Clouzot, je ne connais rien à cette affaire. Mais quoi qu’il en soit, la Pauline du livre a su me toucher.

J’en suis ressortie en me disant Quelle vie de merde elle aura eu ! que la vie de cette femme aura vraiment été dramatique.

Je ne peux même pas dire que Pauline m’a vraiment été sympathique : dès le début, on sent que c’est une petite fille, puis une jeune femme un peu perdue et qui ne fait pas forcément les choix les plus judicieux, on sent qu’elle n’a pas une relation très saine au père, ou aux hommes en général. Mais Pauline m’a plus fait de la peine que dégoûtée. Je me prenais à souhaiter qu’elle tombe sur les bonnes personnes,  qui pourraient l’aider et la comprendre.

 

C’est le portrait d’une femme très intelligente, voire brillante quand on voit son parcours scolaire pourtant semé d’embûches. Très consciente d’elle-même, aussi.

Mais dès le début, on sent une fragilité, un besoin d’être aimé jamais satisfait.  Pauline a été brisée. On comprend (sans approuver, évidemment…) qu’elle ait pu craquer, complètement déraper en tuant son fiancé.

 

Ce livre, c’est comme un gigantesque appel au secours, d’une jeune femme qui demande juste à être comprise et acceptée.

A chaque fois que Pauline craque, c’est surtout car une personne qui compte pour elle ne la comprend pas, ai-je eu l’impression. Les réactions de Félix ou de Jean m’ont glacée. A la fois, on peut comprendre, essayer de se mettre à leur place (surtout Jean… Félix, je n’y suis pas parvenue, Pauline était vraiment plus à plaindre qu’autre chose à cette époque je trouvais), mais certaines manières de dire les choses m’ont parues tellement cruelles. En étant à la place de Pauline, on peut se demander si d’autres personnes n’auraient pas également réagi ainsi, ou du moins fait une grosse erreur, complètement perdu pieds. Et moi, n’aurais-je pas perdu pieds, me suis-je demandée ? L’auteur a réussi à susciter mon empathie, ce qui n’était pas évident vu l’affaire traitée.

 

Le fait que le livre soit écrit à la première personne permet à l’auteur de complètement s’effacer derrière la voix de Pauline. Ce sont les carnets de Pauline. Carnets qui ont vraiment existés mais n’ont jamais été révélés au public, et que l’auteur a imaginés ici.

 

Je ne sais pas dans quelle mesure le livre rend exactement compte de la réalité, mais une chose est sûre :

Jean-Luc Seigle a fait parler ici un personnage très fort, au récit dérangeant, terrifiant et terriblement triste.

 

J’ai lu ce petit livre d’une traite, et moi qui suis une véritable madeleine habituellement, je n’ai pas lâché une seule larme ici. L’histoire de Pauline a étrangement suscité des émotions très intérieures en moi.

Je ne peux pas parler de coup de coeur ou autre vis à vis de ce livre, mais c’est une lecture particulière, qui met un petit coup de poing au passage, et m’a fait pas mal réfléchir.

Je vous écris dans le noir. De l'obscurité dans laquelle mon crime m'avait jetée, bien sur, mais aussi de celle qui terrorise les enfants, remplie de monstres et de fantômes. C'était la lettre d'une enfant qui demande pardon pour ses bêtises et pour le mal qu'elle a fait sans le vouloir. Je me demande si l'on écrit autrement que dans le noir, dans cette opacité qui ne révèle ce qu'elle cache qu'au fur et à mesure de l'écriture, comme l’œil finit par s'habituer à l'obscurité et à redessiner les contours des obstacles qui pourraient faire trébucher.

Je vous écris dans le noir – Jean-Luc Seigle. p.111-112.

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