La Belle et la Bête au cinéma : de Cocteau à Emma Watson

Comme pour beaucoup de contes, la version de la Belle et la Bête la plus unanimement connue à travers le monde, est celle de Disney. Pour certaines adaptations Disney, le conte traditionnel d’origine est moins flou : on sait par exemple que les sœurs de Cendrillon finissent par danser les pieds ensanglantés et chauffés aux braises en punition (yuk …), ou qu’en réalité, la Belle au Bois Dormant se fait faire un mioche dans son sommeil par le Prince euh … Charmant on a dit ? Bon si vous trouvez ça charmant alors … (re-yuk!). Mais nous nous sommes rendues compte avec Morgana que pour ce qui est de La Belle et la Bête, la version originale nous était moins familière, alors nous voulions régler ça ! (et voir si dans la version originale elle finit par accoucher d’une tripoté d’enfant mi humain-mi bête … Spoiler : NON et heureusement !!!).

Bref, tout ça, c’est Morgana qui en a parlé dans son article d’hier, et on a vu que la version Disney au final était bien différente du conte d’origine (en tout cas dans ses traces écrites). Mais alors, cette idée saugrenue de faire tout d’un coup danser des chandeliers serait venue de rien ? Eh bien voyons ça … avec une adaptation cultissime de la Belle et la Bête. Non, je ne parle pas de Disney, pas encore, mais de Cocteau !

J’ai beaucoup aimé revoir ce film pour l’écriture de l’article. Passé le début avec tous les frères et sœurs de Belle qui a donné chez moi un « Gloups … je ne me souvenais pas du film comme ça … ça joue maaaal ! », ça a été 😀 Dès les premières apparitions d’éléments fantastiques, je me suis totalement prise au jeu et ai adoré retrouver la poésie de Cocteau.

Dans cette version, exit le religieux, exit les fées, remplacés par des éléments fantastiques, qui interviennent de manière plus discrète mais du coup aussi de manière parfois plus dérangeante. Chose qui n’existait pas dans les versions de Mesdames de Beaumont et de Villeneuve, le château devient vivant. Mais pas encore de la manière de Disney, chez Cocteau, on ne risque pas de voir sa tasse nous dire qu’on sucre trop notre thé ! Ce sont les détails qui rendent le château vivant : des chandeliers-bras pris dans le mur, des visages qui sortent du montant de la cheminée … qui bougent évidemment.

Quand il n’y a pas de corps humain pour faire office de mobilier, dans la quasi-totalité des plans, ce sont des sculptures qui participent à cette ambiance : bustes humains, accoudoirs en tête de lion (qui rugissent), statues d’animaux dans le jardin … comme si tous les habitants du Royaume de la Bête avaient été pétrifiés lorsque lui s’est changé en Bête … Et puis … même sans ça, le château semble vivant : lorsque Belle déambule dans les couloirs, tous les rideaux volent au ralenti, s’immiscent dans les pièces donnant vraiment l’impression que le manoir respire – procédé déjà utilisé quelques années auparavant, de La Chute de la Maison Usher d’Epstein pour donner vie à la maison de Roderick …

Ce château vivant, ça ne vous rappelle rien ? Ces figures pétrifiées ? Je m’attendais presque à ce qu’elles se réveillent comme le font les objets de Disney. Au lieu de ça, la fin m’a troublée … Pourquoi diable la Bête redevenue humaine à la tête d’Avenant, le soupirant de Belle ? Et pourquoi sa transformation en humain se fait-elle à la fois grâce au baiser ET à la flèche de Diane sur Avenant (la chasseresse qui dans la mythologie développe une vraie aversion pour le mariage) ? Avec cette fin, la version de Cocteau pousse plus loin la morale du « il faut aimer au-delà des apparences ». Peut-être : chacun à une part d’animalité en lui ; peut-être : l’amour est parfois juste autour de soi, il suffit de savoir regarder. ? Je pense que les interprétations peuvent être nombreuses et propres à chacun, et pour le coup, je n’ai pas suffisamment creusé cette fin pour être satisfaite de ma propre interprétation, donc je préfère laisser chacun forger la sienne 😀

En tout cas, ce film de Cocteau apporte lui-même beaucoup de changements aux versions écrites du conte qui seront reprises par la suite par Disney en 1991 et jusqu’en 2017 avec la version live. Gaston (le plus beau c’est Gastooon !) n’existant tout simplement pas dans les versions écrites peut être une adaptation de Avenant de la version de Cocteau : le bellâtre ni très intelligent ni très sophistiqué …

Le côté château vivant sur lequel je me suis suffisamment épanchée précédemment. Et puis bien sûr, la figure de La Bête !

Bien qu’il y ait eu d’autres adaptations cinématographiques de La Belle et la Bête avant celle de Cocteau en 1946, celle-ci a profondément marqué les mémoires et l’imagerie qu’on se fait de la Belle et la Bête.La figure du lion, qui nous paraît couler de source aujourd’hui quand on pense à la Bête, n’était pas si claire dans les versions écrites où il n’est pas décrit. Dans les illustrations, la Bête aura été tantôt un sanglier, tantôt une sorte de poisson … dans l’adaptation en dessin animé précédent celle de Cocteau une espèce de Yéti couplé avec Pat Hibulaire. Alors franchement … merci à Cocteau, sans lui on se serait retrouvé avec une Bête de Disney en forme de vieille sardine. Et ça … ça vend pas trop du rêve, autant faire un remake de La Petite Sirène

En fin de compte, la version Disney est plus proche de la version de Cocteau que de celles de Madame de Beaumont, ou de Madame de Villeneuve. Mais je ne suis pas en train de dire que la version Disney n’a pas apporté sa petite pierre à l’édifice. La très belle rose sous son globe, la bibliothèque de la Bête qui fait battre le cœur de tous les fans de lecture, l’histoire de la mère de Belle et puis les chansons, c’est important les chansons 😀 … ne sont pas présents dans les versions antérieures.

Ormis ces points, ce qui change surtout entre la version Disney 2017 et celle de Cocteau en 1946, ce sont les trucages et la façon de donner vie au château et à la Bête.

D’un côté, des masques poilus, des figurants coincés dans des murs et dans des tables, des impressions particulières de la pellicule. De l’autre : du numérique. Ok, ça paraît logique, mais ce sont là les deux grandes familles de « trucages » : deux possibilités : soit le trucage existe pour de vrai, il est fait grâce à une astuce de décor, de prise de vue, de costume … et pour utiliser du vocabulaire qui se la pète, il est « profilmique », c’est à dire qu’il existe réellement, film ou pas film, devant la caméra (ex : il y a de vrais acteurs coincés dans les décors, et un vrai type sous le masque de la bête :D) ; soit … non … l’effet spécial n’existe que dans un ordinateur, il n’était pas là au moment du tournage, il est simplement numérique (et ça coûte souvent moins cher). Ces effets numériques sont ce qui a permis à la version « live » de Disney, de partir plus loin dans le délire du château vivant, même si pour cela il s’éloigne encore de la version « d’origine ».

Je trouve que bien souvent, les effets numériques vieillissent plus mal que les effets visuels et trucages In real life. Mais il faut avouer que ça donne un côté plus funky et moins creepy que cette main dépassant du banquet pour vous servir du vin … Alors même si l’objet de cet article n’est absolument pas de faire se battre en duel les deux films (nous avons une catégorie exprès pour ça :D), j’ai beaucoup aimé les deux, pour des raisons très différentes et ai surtout beaucoup aimé voir l’évolution du conte d’un film à l’autre.

Mais alors … question … si le film de Cocteau a été si influent sur les adaptations suivantes, on en a complétement oublié les écrits dont a parlé Morgana ? Eh bien non, pas du tout, et on voit ça demain, avec la version de 2014 avec Léa Seydoux et Vincent Cassel ! 😉

 

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4 Comments on “La Belle et la Bête au cinéma : de Cocteau à Emma Watson

  1. Je n’ai pas vu le film de Cocteau mais j’ai vu le dessin animé (une seule fois je crois) et le film avec Emma Watson et j’avais bien aimé 🙂

    • La version de Cocteau a un côté moins accessible si on n’est pas fan du noir et blanc, mais passé le début que je trouve vraiment pas très bien joué, je la trouve vraiment pleine de charme ! 🙂 Si tu as aimé la version Disney, je crois que tu pourrais aimer celle-ci, c’est amusant de voir les différences je trouve ^^

  2. Haaaan n’as tu donc pas de coeur ? Nous laisser sur un suspense comme ça à la fin de ton article ?! x)
    Je n’ai vu que la version dessin animé de Disney parmi les trois que tu présentes (et même si on compte (ouhouh jeu de moooots) celle avec Vinçounet^^), j’ai envie de regarder celle de Cocteau par curiosité mais je dois faire partie des 2% de la population qui a pas spécialement envie de voir la version film Disney (et puis tant qu’à faire si on me fout Dan Stevens j’aime autant pouvoir baver devant tout le long du film, pas qu’à la fin ^^)…
    J’aime beaucoup ton analyse et la comparaison avec les livres, hâte de lire ta chronique sur la version de Gans ! =)
    Des bisous !

    • Le suspens est terminé 😉 Je t’avoue que je n’aurai sans doute pas regardé la version live de Disney sans cet article, je ne vois pas trop l’intérêt de retourner en film les dessins animés… il reste sympathique mais ni plus ni moins que la version dessin animé je trouve. Mais bon .. ^^
      Je n’avais même pas fait attention à Dan Stevens aha, c’est dire si on le voit pas beaucoup ^^

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