La dame du manoir de Wildfell – Anne Brontë

Je ne vous parle pas souvent de mes lectures flop par ici. Souvent parce que j’ai tendance à ne pas me forcer à terminer un livre qui ne me plaît pas. Encore plus souvent parce que le paramètre “manque de temps”, avec une option “flemmardise” quand j’ai un moment de libre, font que je suis loin de vous chroniquer toutes mes lectures. Et puis j’ai un peu tendance à écrire mes articles à l’inspiration, je sais rarement ce dont je vais parler avant de me retrouver devant le logiciel de traitement de texte 😀

Bref.

Vous l’avez sans doute compris grâce à ma première phrase, et probablement oublié à cause de ma tendance à digresser, mais on est là pour parler d’une lecture qui ne m’a pas enchantée. Des lectures géniales, j’en ai environ 14000 à chroniquer à l’heure actuelle (ok, 3 ou 4), mais il m’est impossible de le faire avant d’avoir extériorisé ma douleur : un roman des sœurs Brontë m’a déçue. Mon adolescence baignée d’amour pour ces classiques anglais, les bases de mon existence de lectrice, tout ce en quoi je croyais a été détruit.
Bon, peut-être pas tout ça. Peut-être.
Mais j’ai tout de même besoin d’en parler 😀

J’étais assez curieuse de découvrir la plume d’Anne Brontë, la troisième soeur, dont les romans sont passés quasi-inaperçus en comparaison des œuvres de ses sœurs. D’ailleurs, cela m’a toujours fait un peu de peine, cette sœur dans l’ombre des deux autres, et j’avais très envie que ma lecture me permette de vous écrire un avis enthousiaste qui dénoncerait l’injustice qu’était cette absence reconnaissance.
Raté.
Car je dois le reconnaître, le fait que La dame du manoir de Wildfell soit bien moins reconnu que Wuthering Heights ou Jane Eyre me semble maintenant un peu moins surprenant vu mon expérience de lecture.

Oui, oui, c'est bien le même roman.
On en parle des 12 titres différents qu'a ce roman en français ? :D

L’histoire est d’abord narrée par le beau et jeune Gilbert, fils aîné d’une famille de cultivateurs, qui tombe sous le charme de la mystérieuse jeune femme venue s’installer au manoir de Wildfell, château quasiment en ruines inhabité depuis fort longtemps.

On assiste à la naissance de son intérêt et l’envie de percer les secrets de la belle jeune châtelaine est habilement suscitée. Cette première partie m’a plutôt séduite : pas de doute pour moi, l’écriture d’Anne Brontë n’avait pas de quoi faire honte à ses sœurs. C’est élégant, bien tourné tout en se lisant sans aucune peine ; le style est là, ne manquait plus que l’histoire, les sentiments, une narration adroite… et j’y croyais. J’ai retrouvé le goût des mystères et des secrets du passé à découvrir que j’aime tant dans Jane Eyre, même si je trouvais un léger manque d’émotion à l’ensemble. Le tout est bien plus intellectualisé que le souvenir passionné que je garde des Hauts de Hurlevent, mais comme mon souvenir de lecture remonte, le doute est permis : peut-être mon cerveau se laissait-il juste influencer par la réputation de “chef-d’œuvre” qui suit le roman d’Emily.

Très vite, deux choses m’ont sauté aux yeux : l’une positive, l’autre négative.
La première, c’est qu’Anne propose une héroïne aux idées que j’ai parfois trouvé extrêmement modernes, notamment concernant l’éducation de son fils. Elle traite de sujets que l’on retrouvent dans les romans de ses sœurs, surtout au niveau des figures masculines me semble-t-il, mais j’avais lu/entendu des choses à ce sujet, dites par des personnes sans nul doute bien mieux informées que moi au sujet des sœurs Brontë, qui disaient que les sœurs avaient toutes été très inspirées par la figure de leur frère il me semble. Partant du principe qu’elles ont eu une inspiration commune, il est moins étonnant de retrouver dans les œuvres de chacune cette espèce de figure masculine torturée et les conséquences sur l’entourage féminin d’un tel personnage.
Hélène, la “recluse”, est un personnage aux idéaux forts et pour lesquelles elle est prête à braver les interdits de la société. J’ai lu que ce livre avait parfois été considéré comme l’un des premiers romans féministes, et cela ne m’étonne pas. Cependant, si le nombre de sujets sur lesquels Hélène est avant-gardiste s’avère assez impressionnant, il n’en reste que beaucoup de ses avis et décisions m’ont déplus au plus haut point. Oui, c’est une autre époque, j’en avais bien conscience, mais je ne parvenais pas pour autant à apprécier ce que je lisais. Jane Eyre également se déroule à une toute autre époque, l’héroïne y prend des décisions que je ne prendrais certainement pas, mais l’empathie que j’ai ressenti pour elle et l’enthousiasme romanesque suscité par l’histoire me permettait d’être “avec” l’héroïne.
Ici, dans le roman d’Anne, je n’ai pas réussi à ressentir cela. Et on peut peut-être en venir à la deuxième chose qui m’a sauté aux yeux : niveau procédé narratif employé, on est sur un gros “bof”. L’auteure a choisi d’avoir recours au procédé de la lettre écrite à un ami : Gilbert est supposé raconter toute l’histoire à l’un de ses plus proches amis. Sauf que cela est si mal exploité que j’en oubliais les 3/4 du temps que j’étais supposée lire une lettre. Cela ne gêne pas vraiment la lecture en soi, mais je pense que cela a participé à mon manque d’implication dans ma lecture ; tout m’a paru sonner un peu “faux” à cause de ce choix pas très bien géré selon moi.

Finalement, le plus simple c'est peut-être de s'en tenir au titre anglais et à une bonne édition Penguin Classics :D

Comme je le disais au début, cela allait plutôt bien au début : la lecture était agréable, quoique le personnage de Gilbert me soit assez antipathique. Mais cela s’est gâté durant toute la partie centrale, constituée par le journal d’Hélène et qui nous dévoile le passé de la jeune femme. Que c’est long ! J’ai failli abandonner un certain nombre de fois, tant cette mise en abyme ne “fonctionnait” pas sur moi.

Quant à la fin, elle est terriblement prévisible mais aurait pu être plaisante si je m’étais attachée aux personnages. Malheureusement, je l’ai surtout vu arriver avec un immense soulagement.

_____________

Je ne doute pas que ce roman soit très intéressant à étudier si l’on choisit l’angle de la critique de la société victorienne et de la place que les femmes y avaient. Mais s’agissant de mon plaisir de lectrice, c’est un gros raté, et j’hésite sérieusement à retenter l’expérience avec Agnès Grey, l’autre roman d’Anne dont j’avais entendu parler.

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14 Comments on “La dame du manoir de Wildfell – Anne Brontë

  1. Aaah dommaaage!
    J’ai lu les Hauts des Hurlevents il y a pas longtemps et j’avais plutôt bien aimé ! Maintenant j’ai très envie de passer du temps avec Jane Eyre, bien que je connaisse déjà toute l’histoire (on ne remercie pas Le journal d’une Princesse pour ça^^) ! Et pour la dernière frangine que je ne connaissais que comme ça (la pauvre quand même), j’étais moins curieuse eeet disons que n’aides pas à me donner plus envie (désolée^^) En tous cas super chronique =D

    • Oui, Jane Eyre c’est vraiment mon chouchou, je crois ! Alors même que je reconnais aujourd’hui qu’il est assez inégal et connaît de grosses baisses de régime par moment au niveau de l’intérêt de l’intrigue. Dans ma tête, il reste parfait 😀
      Pauvre Anne… ce n’est pas grâce à nous qu’elle va sortir de l’ombre de ses soeurs x)

  2. C’est vrai que ça n’a pas l’air d’être une lecture très attirante. Au moins tu auras essayé cet auteur, pas de regrets. =P
    Perso j’arrive pas à me forcer quand ça ne veut pas. J’en ai déjà abandonné des lectures, parfois même avant la fin du premier chapitre, parce que le style était incompatible avec ma façon de lire.
    Surtout que là, ouais, le procédé narratif n’a pas l’air de créer beaucoup de suspense…

    • Voilà, pas de regrets comme tu dis !
      Je comprends tout à fait ! Personnellement, ça dépend des périodes. Parfois, je peux abandonner très facilement, et d’autres fois je vais m’acharner jusqu’au bout. Je me connais aussi : j’ai pu mettre un moment à “entrer” dans certains livres qui font aujourd’hui partie de mes favoris, et si j’avais abandonné au début comme j’en avais envie, je serais passée à côté… du coup, j’essaye en général de persévérer un minimum 😀

  3. Je ne suis pas sûre que c’était le but, mais le début de l’article m’a beaucoup fait rire (alors qu’en fait c’est plutôt triste, je suis bizarre comme fille).

    C’est dommage que ça ne l’ait pas fait pour toi 🙁 (même si ça explique peut-être qu’Anne soit la moins connue des trois soeurs…). Je n’ai jamais lu Jane Eyre ni Les Hauts de Hurlevent (#shame), mais ça viendra un jour ^^ Et euh bah du coup celui-là je le note pas sur ma liste, le côté “lettre qu’on oublie” m’emballe moyen !

    • Si ça peut te rassurer, j’espérais que ce début d’article serait plus amusant que triste, donc merci de ne pas me laisser seule en tête-à-tête avec mon humour moisi 😀 J’ai vraiment été déçue par cette lecture, mais autant essayer de rendre ça un minimum amusant à lire 😀
      Ah oui shame on youuuuu ! Comment peux-tu vivre ainsi, dans l’ignorance de ces chefs-d’œuvre ! Non, sérieusement, si c’est le genre de livre susceptibles de te plaire, je te les recommande. Mais de manière générale, j’aime beaucoup les classiques anglais pour ma part, j’avoue !

      • Ah mais dès qu’il est question “humour moisi” pas de souci je suis présente x)

        Bon entre temps j’ai lu du Jane Austen (parce que #doubleshame j’avais jamais lu non plus de Jane Austen), et j’ai adoré, donc c’est bon maintenant j’ai moins peur xD

  4. Haha, j’étais au lycée quand j’ai lu ce livre et je m’en souviens fort mal, parce que contrairement à Jane Eyre ou Wuthering Heigths je ne l’ai jamais relu. Et ça, bien sûr, c’est parce qu’il m’avait laissé un sentiment très “meh”. Donc bon, je te comprends parfaitement sur ce coup là. 😉 Faudra quand même que je m’attaque à Agnes Grey un jour, histoire de voir… J’ai le roman en plus, mais je rechigne à m’y mettre, pour les mêmes raisons que toi, en fait. ^^’

    • Ah, j’étais justement curieuse de savoir si tu l’avais lu, celui-là ! Je comptais te le demander sur Twitter (maintenant que tu as Twitter, autant en profiter héhé).
      Il m’a paru très apprécié globalement, donc j’apprécie qu’on partage le même ressenti ; un peu de soutien est toujours bienvenu mouaha ! 😀 Sérieusement, cela m’a frustrée de le trouver “meh” comme tu dis, parce qu’en soi il avait tout pour me plaire. Si tu réussis à te motiver pour Agnes Grey, je veux bien connaître ton avis dessus 🙂

  5. Je suis comme toi j’ai adoré les œuvres de ses sœurs mais là où nous différons c’est que j’ai bien aimé la recluse de Windfell. Il est certes bien différent de Jane Eyre et des Hauts du Hurlevent, mais je trouve qu’il a son charme. Il mérite d’être lu aussi.

    • Je sais qu’il est apprécié globalement, d’où ma déception d’autant plus cruelle : j’avais envie de l’aimer ! 😀 Je pense aussi qu’il mérite d’être lu, il présente des thèmes intéressants d’ailleurs. Mais pour l’apprécier, je crois que j’aurais eu besoin de le lire dans un cadre d’étude. As-tu lu d’autres romans d’Anne Brontë ?

  6. Oh mince… Ayant beaucoup apprécié Jane Eyre et Les Hauts de Hurle-Vent, j’étais aussi curieuse de lire la troisième soeur Brontë. Là, tu me fais peur. J’espère que, si tu le tentes, Agnès Grey te plaira plus 😉

    • Ce roman est très apprécié globalement, donc tu peux quand même espérer y adhérer bien plus que moi 🙂

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