Le Chant du Troll – Pierre Bottero, Gilles Francescano

Un, deux, trois,
Trois à trois,
Toi et moi.
Un, deux, trois,
Toi et moi,
Ça fait deux,
Qui est trois ?
C’est toi !

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Dans Le Pacte des Marchombres, nous faisions la connaissance d’Eejil et de Doudou, cette petite fille déjà si sage et de son troll qui part lui faire des bouquets de fleurs au lieu d’aller se battre pour sauver le monde avec tous les autres (parce que c’est un troll libre, Doudou, d’abord :D). C’était des personnages qui m’avaient énormément émue adolescente, et la sortie annoncée du Chant du Troll m’avait autant transportée de joie que l’annonce du décès de Pierre Bottero m’avait peinée.

Le Chant du Troll avait donc été l’un de mes cadeaux de Noël 2010. Je me souviens qu’il était en vitrine de ma librairie préférée et que je prenais un soin particulier à vanter ses mérites à chaque fois que je passais devant avec ma famille, histoire d’être sûre et certaine que le Père Noël n’allait pas se tromper et me ramener… je ne sais pas, un kit de macramé ou des gants de boxe ? Mais le Père Noël n’était pas sourd, et j’avais bien trouvé Lena et Doudou au pied du sapin, brave Père Noël, tu mériterais que je te fasse des cookies (je devrais faire attention à ce que j’écris, si ma mère passe par là, elle va vraiment me demander des cookies…). Puis durant les 6 dernières années, je n’ai plus rouvert Le Chant du Troll. Jusqu’aux dernières vacances..

D’abord évoquons un peu l’histoire : on retrouve Eejil du Pacte des Marchombres, sauf que les événements se déroulent avant la très connue trilogie de fantasy. Ici, Eejil s’appelle encore Lena et elle est une une petite fille qui vit dans notre monde. Une petite fille tellement discrète que personne ne la voit, même ses parents ne font pas attention à elle. Si la réalité doit vite apparaître à un adulte, la moi de 14 n’était pas très futée a plutôt été réceptive aux révélations : je m’étais alors laissée porter par l’écriture de Bottero et les dessins de Francescano, et j’avais eu les larmes aux yeux lorsque la vérité était révélée.

Et j’avais été émue. Déjà, parce que c’était l’une des toutes dernières oeuvres inédites de Pierre Bottero qu’on pourrait jamais lire et que je ne me faisais toujours pas trop à cette idée, mais aussi car j’étais heureuse de découvrir la rencontre entre ces deux personnages que j’aimais tant.

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Morgana a donc relu Le Chant du Troll cet été. Suite à quoi elle m’a maintes fois répété que c’était une honte absolue (rien de moins) que je n’aie jamais lu Pierre Bottero (son chouchou incontesté). Le Chant du Troll étant illustré, l’idée du binôme nous a paru sympa : elle sur le texte, moi sur les illustrations (d’habitude on fait plutôt des binôme livre-adaptation cinéma, ça changeait un peu). Mais je me suis vite aperçu qu’en fait Morgana m’avait manipulée (oui, oui, oui) : n’ayant jamais lu Ellana, ou Ewilan, j’étais le sujet idéal pour son expérience : Le Chant du Troll peut-il plaire à quelqu’un qui ne connaît PAS l’univers de l’auteur … Je n’ai appris qu’après qu’elle se posait cette question (primordiale n’est-ce pas) et tant mieux, comme ça je n’ai pas été influencée !

Alors, quel est le résultat de cette expérience ? (Je vous rassure elle ne m’a pas enfermée dans un labo avec des souris-tests qui lisaient aussi le bouquin)

Ayant entendu beaucoup de bien de ce livre (comme de tous les autres de l’auteur), j’ai été un poil déçue … J’ai d’abord été agréable surprise par l’histoire de Lena, à laquelle je ne m’attendais pas du tout. J’imaginais ce livre comme un récit purement fantastique, des Trolls, des Elfes, tout ce que vous voulez, au final, il était bien plus ancré dans la réalité, et c’est quelque chose que j’ai apprécié. Passée cette surprise, le livre ne m’a pas entièrement convaincue. J‘ai trouvé les ficelles un peu grosses, et au final peu surprenantes. Mais comme Morgana dit avoir été réceptive aux révélations lorsqu’elle l’a lu à 14 ans, peut-être que j’ai perdu mon âme d’enfant, mais ça serait triste !

Vous me direz, le but du livre ne réside sûrement pas dans son suspens. Mais pour ce qui est de l’émotion, là aussi j’ai quelques bémols. (Non, non je n’ai pas un cœur de glace ne me jetez pas la pierre !). La rencontre entre Lena et Doudou m’a paru tellement rapide que je n’y ai vraiment pas cru ! J’ai bien compris l’idée, ce sont des sortes d’âme sœur, chacun attendait l’autre sans vraiment le savoir, mais la scène a été pour moi vraiment trop expédiée, je n’ai pas eu le temps de m’attendrir sur cette relation qu’il fallait déjà repartir au combat, ou fuir les chiens, je ne sais plus.

S’il y a quelque chose qui m’a vraiment émue, c’est plutôt du côté des parents : en plus au début je leur en voulais vraiment, surtout au père, de ne pas faire attention à la pauvre petite Lena, invisible aux yeux de tous … la discussion qu’ils ont a un moment, qui permet de vraiment comprendre ce qu’il se passe m’a bouleversée, et je regrette que là aussi, on ne se soit pas attardé sur cette scène et sur les personnages des parents

Je crois comprendre ce que la Luciole veut dire par là : j’aime la symbiose que les deux auteurs ont créé entre l’écriture et le dessin. Cependant, même si j’aime toujours autant l’écriture de Bottero, j’aurais parfois retiré certaines descriptions, que le dessin exprimait déjà parfaitement et que je n’avais donc pas le goût de lire (pataper les fans, je ne dis pas que les descriptions de P. Bottero sont ennuyeuses, juste que vu la collaboration avec un illustrateur j’aurais vu moins de descriptions, même si celles-ci restent très joliment écrites :p). Mais il n’empêche que j’aurais peut-être aimé voir plus d’interactions et d’échanges entre les personnages que de descriptions, quoi qu’elles donnent matière aux illustrations de la végétation qui prend possession de la ville, illustrations qui sont mes favorites sans aucun doute (sinon le livre aurait juste pu être plus long. Voilà. On garde tout mais on rajoute ces petits trucs qui me manquaient et qui auraient encore plus approfondi tout ça, moi je n’avais jamais rien contre quelques pages de plus de l’écriture de Bottero :D).

D’ailleurs, tout comme la Luciole, celui qui me touche le plus aujourd’hui, c’est le papa de Lena : ce qu’il dit, la mission qu’il s’est confiée, et l’espèce de « mise en abyme » que cela suppose… Mais du coup, pour conclure sur l’aspect « écrit » du Chant du Troll, qu’est-ce qu’on pourrait dire ?

Pour ma part, en découvreuse de l’univers de P. Bottero, je vais te transmettre les résultats de ton expérience, Professeur Morgana (je parle évidemment pour moi, ça ne tient scientifiquement pas la route, il faudrait renouveler le test avec plus de cobayes :D) : je comprends que les lecteurs qui connaissent et apprécient l’univers d’Ewilan soient profondément touchés par ce livre. Toutefois, j’ai trouvé que, seul, il était un peu léger. Beaucoup de choses font sans doute écho à l’œuvre de Bottero, et sont donc restées floues ou expédiées pour moi, qui découvrait l’univers par ce biais.

Sorry Morgana :p

Bon. J’aimerais pouvoir dire que tu mériterais qu’on te prive de chocolat, mais tes arguments tiennent quand même la route. 😀 Quant à moi, je suis ressortie assez troublée de cette relecture concernant un point particulier : à qui s’adresse exactement ce livre ? L’écriture est plus jeunesse que dans les romans de Pierre Bottero, mais les thèmes abordés sont assez difficiles et sombres (même si j’ai lu une interview de Francescano disant que c’était un récit encore plus noir que Bottero lui avait initialement fait découvrir). Je ne sais pas si un enfant comprendrait tout ce que les auteurs y ont mis en tant qu’adulte. Vous me direz que ce n’est pas bien grave, je sais 😀 Peut-être est-ce justement une lecture idéale pour mêler plusieurs générations et donner lieu à des lectures partagées, où la vision de l’enfant et celle de l’adulte peuvent donner des échanges intéressants ?

Parlons des dessins de Gilles Francescano.

Je connaissais un peu les travaux de l’illustrateur, j’aime généralement beaucoup son style. J’ai été ici un tout petit peu déçue, notamment par les personnages qui m’ont paru très figés, posés. Plusieurs autres petites choses m’ont gênée, parfois un peu beaucoup. En particulier … les copier-collers ! Non, ça décidément ce n’était pas possible … Quand nous revoyons un personnage, l’Elfe par exemple, ou le Centaure, généralement c’est le même dessin à chaque fois. Alors, ok, parfois il est retourné, ou passé en noir et blanc, mais non, non on n’est pas dupes : c’est le même dessin. Là c’est quelque chose que je n’ai vraiment pas apprécié, et qui a sans doute participé à mon impression de personnages figés… Parfois même c’est copié-collé ET zoomé, du coup … c’est flou.

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Je sais que je chipote, mais ça m’a vraiment gênée tout au long de ma lecture … Je me suis sentie arnaquée, j’en voulais d’autres des dessins moi, pas le même en boucle ! 😀

Sinon, pas d’autre gros coup de gueule ! (Ouf !) Les dessins donnent un autre éclairage sur le récit. Parfois ça spoile un peu : on ne voit jamais Lena, même lorsqu’elle va se blottir dans les bras de son père, elle reste invisible. Mais ce n’est pas grave, j’ai trouvé l’image très belle. D’ailleurs Lena n’apparaît dans les illustrations que lorsqu’elle rencontre Doudou, comme si jusque là elle ne vivait pas vraiment …

J’ai aussi trouvé à ce livre un côté très cinématographique. Et non, ce n’est pas une déformation professionnelle, j’ai des arguments 😀 Souvent, il y a des cases, comme des plans de films. Elles décomposent un mouvement, font des champs/contre-champs, « zooment » sur des parties du corps des personnages, comme le ferait un film pour attirer le regard du spectateur sur des éléments en particulier. Très paradoxalement avec mon ressenti de personnages figés dont je parlais précédemment, cette mise en scène m’a paru donner de la vie et du mouvement aux scènes. Dommage donc qu’il ait ces copier-collers, je suis sûr que sinon j’aurai vraiment été happée par les dessins.

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Une exception sur ces petites critiques : ce sont les paysages, les plans de la ville, qui m’ont donné envie de me jeter tête la première dans le livre ! Et moi aussi !!! En plus, ils sont souvent sur une triple page, avec un petit volet qui se déplie, ce qui leur donne une dimension encore plus impressionnante. Là, je valide sans détour ! 😉

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J’admets que mon avis n’est pas archi-positif, et je m’en excuse auprès des fans. J’avais lu tellement de bons retours, que j’avais envie de pointer du doigt ce qui m’avait un peu déplu dans ce livre. Ce qui ne veut pas dire pour autant que je ne l’ai pas apprécié. Bien au contraire, j’ai passé un très bon moment de lecture. Je suis simplement frustrée, car je trouve que l’histoire a un potentiel énorme mais quelques détails ternissent le tableau et m’ont empêchée d’être envoûtée à 100%

Pour ma part, ce livre, c’est beaucoup de souvenirs, c’est une collaboration dont a fait partie l’un des auteurs qui ont le plus marqués mon adolescence. Je n’aime plus forcément ce roman graphique pour les mêmes raisons qu’il y a 6 ans, mais ça reste pour moi une jolie histoire qui s’entremêle aux dessins et qui traite d’une manière originale et sensible de sujets  pas forcément évidents.

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5 Comments on “Le Chant du Troll – Pierre Bottero, Gilles Francescano

  1. Un article très sympa avec vos regards croisés ! Je n’avais pas fait le lien avec le pacte des marchombres (enfin il me semble !)

  2. Maintenant je me présenterai comme ça « bonjour, je suis un troll poète »! ça en jette! (et je ne suis pas réaliste)
    Joli binôme, la présentation sous forme de dialogue et les petites inclusions dans le discours de l’autre rendent la lecture de l’article très vivante. Presque un roman en lui même !

    • Tu nous diras comment réagissent les gens 😀
      Ca fait longtemps qu’on a envie de rendre les binômes un peu plus dans ce genre-là, que nos parties se répondent un peu plus et pas simplement poser deux articles, alors je suis contente si ça t’a convaincue ! 😉

  3. Des fans m’ont aussi beaucoup conseillé l’univers de M. Bottero, mais avec tellement d’enthousiasme que j’ai tellement d’attentes que je ne pourrais qu’être déçu. Du coup, j’ai jamais rien lu de lui jusqu’à présent.

    • Je comprends parfaitement ! En tout cas, d’après moi, il ne faut pas commencer par celui-ci ^^ Je pense que je n’ai pas été déçue simplement parce qu’on me l’avait trop bien vendu, mais aussi parce qu’on l’apprécie sans doute bien mieux quand on connait l’univers et les personnages. En tout cas c’est ce que j’en ai déduis en discutant avec Morgana. Si jamais j’en lis un autre, je te dirais ce que j’en pense ! 🙂 -Lu

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