Le temps d'un soupir – Anne Philipe

Le temps d'un soupir - Anne Philipe

Je savais qu'entre ta belle et brève destinée et une vie longue et médiocre, tu n'aurais pas hésité. Mais pourquoi ce choix ? Existe-t-il deux sortes d'hommes et appartenais-tu à celle qui travers le ciel comme une étoile filante dans un ciel d'été ?

Gérard Philipe, pour moi, c'est avant tout le premier Fanfan La Tulipe. J'avoue avoir un faible pour la version plus récente, mais celle où il tient le rôle titre reste un grand souvenir de mon enfance. Plus tard, je l'ai également vu dans une version des Liaisons Dangereuses, mais je n'ai pas été marquée outre mesure : Gérard Philipe, pour moi, c'est Fanfan et non Valmont. 😀

Anne Philipe était donc, comme vous l'aurez deviné grâce à votre intelligence hors du commun (nous ne tolérons sur ce blog que les gens intelligents, la page se ferme automatiquement sinon)(…???), son épouse. "Le temps d'un soupir" est un livre fort court, où elle raconte les derniers jours de son mari.

 

La narration fait un va-et-vient entre le présent, où Philipe est décédé, un passé lointain, lorsque le couple vivait heureux et insouciant, et un passé plus récent, après ce moment où Anne a appris que son mari n'avait plus que quelques jours à vivre.

 

La douleur est palpable, c'est une douleur aiguë, on sent que l'auteure est encore loin d'avoir fait son deuil. Honnêtement, en lisant les première pages, je me suis demandée si j'allais tenir jusqu'au bout, alors que, comme dit précédemment, le livre est extrêmement bref. La douleur de cette femme qui semblait tant aimer son mari est étouffante. L'ambiance est extrêmement lourde, et j'avais parfois l'impression de manquer d'air. Dans ce livre, toute la joie appartient au passé et, le présent est tellement, tellement sombre.

J'ai parfois manqué d'empathie à son égard, alors que c'est quelque chose qui m'arrive rarement lorsque je lis. Je crois que j'aurais souhaité un peu de lumière, j'avais l'impression qu'elle s'enfermait dans sa douleur et ne souhaitait absolument pas en sortir, que c'était sa manière à elle de rester proche le plus longtemps possible de l'être aimé. J'avoue que cela m'a parfois agacée. D'autant plus qu'elle est alors mère de deux jeunes enfants, et elle dit elle-même les avoir comme "oubliés". Je ne sais pas si j'aurais fait mieux à sa place, mais cela m'a quelque peu heurtée.

Sans quand tu le saches, sans que je puisse rien, tandis que je te regardais, ta mort se tissait sans bruit

Autre aspect négatif de ma lecture : Anne a apparemment fait le choix de cacher à son mari qu'il n'avait pas été opéré, qu'ils avaient simplement ouvert et refermé après avoir constaté qu'il n'y avait plus rien à faire. Il ne sait pas qu'il va mourir. Elle raconte comment elle leur a demandé s'ils devaient absolument le réveiller, s'il n'était pas possible qu'il ne se réveille tout simplement pas. Comme ce n'est évidemment pas possible, elle va tout faire pour que son époux ne se rende compte de rien. Je me suis demandé s'il ne s'était pas douté de quelque chose, Philipe a bien dû voir que son état ne faisait que se dégrader à toute vitesse, non ? Peut-être est-il simplement entré dans son jeu ? Qui sait ? C'était le choix d'Anne Philipe, mais je sais que, personnellement, je détesterais que l'on me cache mon état, même si cela est fait dans le but que je vive mes derniers jours en étant heureuse. Durant ma lecture, j'ai souvent détesté ce mensonge, qui me donnait l'impression que le mari se faisait comme "voler" ses derniers jours. J'ai trouvé dramatique la comédie à laquelle elle a choisi de se livrer ; à la fois, j'ai quelque peu admiré sa force qui lui permet apparemment de ne jamais se trahir.

 

C'est un livre magnifiquement écrit, la douleur exprimée en deviendrait presque belle, l'amour de ces deux personnes tellement liées est terriblement prenant et émouvant, – car tout ce que Anne raconte avoir fait, elle semble l'avoir fait par amour pour Gérard Philipe, mais j'ai eu du mal à adhérer à certaines émotions exprimées ou à certains de ses choix.

Notre vie entière, qu'était-elle dans le cours du monde ? A peine le temps d'un soupir. Et c'était la somme de ces existences mises bout à bout depuis l'ancêtre des cavernes qui avait fait l'histoire de l'humanité. Tu allais mourir, je mourrais un peu plus tard. Nous aurions été un chaînon.

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