Les Adieux à la Reine – Benoît Jacquot

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Vous connaissez la Luciole enthousiaste parce qu'elle a aimé le film. Aujourd'hui je vous présente la Luciole mitigée. Alors pas mitigée parce qu'elle a été plongée dans l'eau tiède, mais parce qu'elle va vous parler des Adieux à la Reine (de Benoît Jacquot, adapté du roman du même titre écrit par Chantal Thomas)

 

Les Adieux à la Reine relate les trois derniers jours de Versailles, du 13 au 16 juillet 1789, vu par la jeune lectrice de la Reine Sidonie Laborde. cliquez ici pour le synopsis complet

 

J'ai lu le livre puis j'ai vu le film que j'avais envie de voir au cinéma et que j'avais loupé. Au final j'étais aussi bien dans mon salon. Le fait est que j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l'histoire, j'ai passé le film à me demander ce que j'écrirais dans l'article à propos de tel ou tel passage, c'est dire. La scène que j'ai trouvé la plus intéressante, où je me suis enfin laisser porter s'est en fait avérée être un rêve du personnage… déception…

 

Premièrement j'ai trouvé que les acteurs n'étaient pas très bons. On a déjà vu Diane Kruger plus à son avantage, Léa Seydoux est ici plutôt passive voire inexpressive, et ne parlons pas du phrasé des personnages qui tend à la récitation et qui manque de conviction. Le cadre aussi est peu crédible : il ne suffit pas de mettre des costumes d'époque aux personnages pour faire époque et

je n'ai pas eu l'impression de me retrouver dans le Versailles de Louis XVI mais dans celui d'aujourd'hui.

Les dialogues sont trop modernes et les pierres du château sont vieillies. J'avais plus l'impression de regarder un film sur l'époque que d'être dans cette époque, or je ne regardais pas un documentaire mais bien une fiction. Et en plus il ne m'a techniquement pas franchement attirée, entre les images froides, les plans trop serrés à mon goût et des panoramiques que j'ai trouvé personnellement moches, au contraire de créer une ambiance intimiste que réclamait l'intrigue, je me suis au contraire constamment sentie mise à distance de ces personnages.

 

Parlons de l'intrigue justement. L'histoire écrite par Chantal Thomas, écrivaine mais également historienne, ayant écrit des essais sur Marie-Antoinette, livre ici une œuvre historique agrémentée d'une petite histoire sentimentale, entre Marie-Antoinette, sa lectrice fictive Agathe-Sidonie Laborde et la Duchesse de Polignac. Ce « triangle amoureux » est assez anecdotique dans le livre, et même si on comprend l'amour que porte la lectrice à sa Reine, celui-ci reste un prétexte pour nous faire découvrir la cour de Versailles et ses derniers jours. De nombreux passages n'ont donc pas de rapport avec « l'histoire d'amour », tels que la visite d'Agathe-Sidonie à la ménagerie de Versailles, passage qui d'ailleurs n'apparaît nullement dans le film.

C'est là que réside peut-être la difficulté du film. Benoît Jacquot semble avoir voulu faire de cette histoire sentimentale, le nœud majeur de son film, tout en collant trop au livre. Il n'a pas réussi à transmettre le sentiment de tension et d'attente que l'on peut imaginer dans une telle situation et qu'on ressent dans le livre. Son film se retrouve ainsi démunie de sa vocation historique. Reste alors l'histoire entre la Reine, Sidonie, et Gabrielle de Polignac, et si le réalisateur filme très bien la femme (quand il ne les filme pas nues sans raison), l'intrigue reste ici aussi anecdotique.

[On peut d'ailleurs faire une petite remarque à propos de cette intrigue. La relation entre Marie-Antoinette et Gabrielle de Polignac dans le livre est présentée telle qu'elle l'est dans sa version officielle historique : comme une rumeur, Marie-Antoinette étant accusé de tous les vices et tous les maux du royaume, on est victime tout comme le personnage des bruits de couloirs et nous n'avons pas de réelles indices sur la nature de sa relation avec la duchesse. Dans le film, le doute n'est plus vraiment là, cette affaire n'est plus traitée comme une rumeur mais bien comme un fait]

Un effort est cependant fait pour l'agrémenter : il y a beaucoup plus de contact entre Sidonie et Marie-Antoinette que dans le livre, elle lui accorde plus d'attention, et sa relation amicale/amoureuse avec Gabrielle de Polignac est plus palpable. Une petite tentative également pour faire apparaître Sidonie dans les bras d'un homme, le gondolier (épisode absent du livre), qui aurait pu apporter à la caractérisation du personnage mais qui passe vite à la trappe. Résultat, on ne sait toujours pas qui elle est, on a peu d'indices sur ce qu'elle ressent et on ne s'identifie pas au personnage. On est aussi perdus qu'elle… et le film n'a donc plus grand chose sur quoi s'appuyer…

 

 

En ouverture et avant de conclure, j'aimerai juste revenir sur un point que j'avais soulevé dans l'article sur  le Parfum à propos de JB Grenouille car il
convient également ici dans une moindre mesure pour Marie-Antoinette. Morgana avait remarqué que dans le film, Grenouille était bien moins repoussant que dans le livre, et j'avais retorqué que c'était très souvent le cas au cinéma. Effectivement, les « gentils » sont rarement repoussants, contrairement aux « méchants ». Ce n'est qu'une généralisation, Elephant Man de David Lynch n'entre par exemple pas en ligne de compte et bien d'autres films non plus, mais généralisons, ça ne fait pas de mal 😀

Si je ne dis pas de bêtises, Marie-Antoinette était me semble-t-il une grande adepte du chocolat (spéciale kassdédi à tous plein de lecteurs comme j'ai cru le comprendre!) et en 1789 le chocolat commençait à prendre domicile sur ses hanches. Ajoutons à cela ses nombreuses grossesses et les cosmétiques à base de céruse (très toxique) que se mettaient les femmes de Versailles sur le visage et je ne suis pas sur qu'à 34 ans elle ressemblait autant à Diane Kruger. Et je ne dis absolument pas ça pour être médisante, j'adore Marie-Antoinette 😀

 

Alors pourquoi ce « besoin » de rendre très souvent le personnage principal beau ?

 

La très grande majorité des films que nous avons l'habitude de voir relèvent avant tout de l'identification. La plupart des gens regardent un film pour s'évader, pour vivre une aventure avec les personnages. Pour cela on a besoin de s'identifier au personnage (principal le plus souvent). Quand on est ado on en devient fan et on colle des posters, plus vieux on a tous nos petits personnages fétiches (film ou livre) qu'on admire, avec qui on aimerait être pote ou tout simplement prendre leur place dans une situation donnée (j'espère que c'est vraiment le cas, sinon je vais me sentir seule :D). Et cela fonctionne bien mieux si le personnage n'est pas trop laid, car on s'identifie généralement à un personnage qu'on prend au moins momentanément et dans un domaine précis comme modèle, qu'on juge à certains égards meilleur que nous, alors autant que ce soit un BG en plus !

Autre raison que je pourrais avancer, c'est que le cinéma, se fonde très fortement sur l'apparence, et ce en grande partie « à cause » d'Hollywood qui dès son apparition a sacralisé la beauté. Le spectateur est à présent complice de ces vilaines manigances (ouh le méchant) et se livre également au délit de faciès (ouh le encore plus méchant !). Que ce soit dans le Parfum ou ici, le spectateur accepte mieux le personnage s'il le trouve attirant : il aurait été plus gêné de voir la reine en petite tenue si elle avait été moins séduisante et plus grosse.

 

L'humain est cruel …

L'apparence a tout simplement prit une grande importance dans notre société actuelle, donc il n'y a pas de raison que cela ne transparaisse pas au cinéma. Tout transparait au cinéma, le cinéma est tout, le cinéma est roi Mwahahaha !!! (pétage de plomb désolée, je retourne regarder Bergman et je me calme)

 

En dernier lieu, je rajoute un petit point auquel Morgana m'a fait penser et qui est la cause du retard de la publication de l'article que vous auriez dû avoir ce matin ! Vous n'êtes pas sans savoir que les canons de beauté changent selon les époques, ainsi, une femme qui pouvait paraître très belle au temps de Marie-Antoinette ne l'est pas forcément selon les critères d'aujourd'hui. Si le film est fait aujourd'hui, et que le personnage doit être séduisant on va choisir un acteur qui correspond aux critères de beauté d'aujourd'hui et non de l'époque, et cela paraît malgré tout logique.

Si ce petit rajout ne vous plait pas, vous pouvez vous en prendre à Morgana, vous avez l'autorisation suprême de la Luciole Yihaa !

 

Cessons les pitreries, revenons au film et

concluons…

En définitive, malgré la beauté des actrices et certains plans pas trop mal fichus, Les Adieux à la Reine reste pour moi un film qui n'a pas su tenir ses promesses et qui, à vouloir jouer sur tous les tableaux, s'est finalement perdu. On assiste effectivement ni à un beau film historique, ni à un beau film d'amour (aussi subtil voulait-il être, et c'est tout à son honneur) mais à un film qui a le cul entre deux chaises ; et moi quand je regarde un film, je préfère un bon fauteuil !

 

Je vous laisse méditer sur cette petite blagounette nulle et je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures !

(Message subliminal pour Morgana : à ton tour à présent de nous parler du livre ! Et vite !)

 

 

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