Les ombres du lundi – Kim Jung-Hyuk

Les ombres du lundi - Kim Jung-Hyuk

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Gou Dong-chi est un ancien flic reconverti en détective privé d’un genre nouveau : il est « effaceur ». Il a pour mission de traquer toute cyber-empreinte de ses clients pour les détruire. Ces derniers viennent souscrire un contrat de leur vivant pour s’attacher les services du détective après leur mort. Il s’agit en fait de veiller à ce que rien ne vienne entacher leur réputation ni celle de leur famille après leur disparition. Dès l’annonce de la mort de son client Bai Dong-houn, Gou Dong-chi doit agir vite pour supprimer les pièces embarrassantes et retrouver la tablette numérique de celui-ci avant que sa famille ou la police ne mettent la main dessus. Mais voilà : pas facile de mettre la main sur cet objet qui est la proie de toutes les convoitises. Chon Il-sou, président d’une importante société de production pour la TV, serait-il lié à la mort de Bai ?

 

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Allez savoir pourquoi, mais je m’étais fait tout un film par rapport à l’intrigue de ce livre. Mon imagination produit parfois des choses qui me laissent vraiment songeuse, je vous assure. 😀 J’avais bien compris qu’il s’agissait d’un Polar, ça c’est une bonne nouvelle vu que c’est marqué sur la couverture. J’avais bien compris que c’était édité chez la maison d’édition spécialisée dans la littérature coréenne que j’avais repérée avec La Luciole l’année dernière au Salon du Livre de Paris (on avait passé un quart d’heure à baver devant les couvertures et la qualité du papier… d’où le fait que je m’en souvienne). Par contre, je m’étais imaginée qu’il y avait une touche de SF là-dedans. Un peu à la 2046. Le boulot du personnage principal devait toucher à la SF, il effacait à l’aide d’une techologie avancée, ou que sais-je. Je ne comprends toujours pas où mon cerveau est allé chercher ça. C’est peut-être parce qu’on revenait des Imaginales, je voyais de la SF et de la fantasy partout 😀

 

Pas de SF, donc, mais je m’en suis vite remis. Dès les premières lignes, j’ai eu l’impression d’entrer dans un autre univers. On découvre Gou, l’effaceur, dans son bureau. Il y travaille, mais il vit aussi. Gou est un personnage singulier, il s’échappe de lui un parfum de secret, sauf qu’il n’a rien à cacher le concernant. Il protège les secrets des autres, à défaut d’en avoir lui-même. Il pourrait donner l’impression d’être assez lisse, presque vide. Il est en effet très neutre et j’ai eu l’impression qu’il essayait de tout gérer le plus objectivement possible. Pourtant, lisse et vide, il ne l’est pas. Ses nombreux questionnements, son attention aux détails, à ce qui l’entoure et aux personnes qu’il rencontre, qu’il cerne si vite : tout cela en fait un personnage complexe.

 

C’est amusant car la narration est telle que j’avais l’impression que c’était au travers des yeux de Gou que je suivais toujours l’histoire, alors que c’est une narration à la troisième personne, et qu’il y a des scènes dont Gou n’a jamais connaissance. Par exemple, une certaine fixation est faite sur les odeurs : le Crocodile building où vit Gou a une odeur particulière qui est longuement décrite. Quelques pages plus loin, il est dit que Gou a un odorat très développé. C’est ce genre de détail qui m’a donné l’impression que c’était au travers de sa perception que je suivais l’histoire.

 

Je m’aperçois que je n’ai toujours pas parlé de l’histoire (il n’y avait qu’a y avoir de la SF :D). En vérité, l’intrigue n’est pas ce qui m’a le plus marquée. Assez rapidement, on comprend qui est impliqué, le fil de l’enquête se déroule de manière peu spectaculaire, ça suit son cours.

 

Deux choses m’ont surtout marquée :

D’abord, l’écriture. J’en ai déjà un peu parlé, mais j’ajouterai que les dialogues m’ont particulièrement intriguée. Ils sont assez nombreux, et ont un style assez particulier. Ils m’ont parus à la fois très réalistes et complètement surréalistes (limpide cette explication, merci Morgana). Leur rythme est très vif et j’avais véritablement l’impression d’assister à la conversation. L’absence totale d’incise demande d’être très vigilant pour bien suivre qui parle, mais cela m’a donnée encore plus l’impression d’être immergée dans la scène.

Le deuxième aspect qui m’a le plus plus, c’est toute la réflexion proposée. Ou peut-être devrais-je dire les réflexions ? Gou se questionne sur beaucoup de choses différentes, beaucoup d’éléments du quotidien. La grande question reste celle concernant son travail : après tout il est payé pour « voler » des objets précis chez les défunts, afin de garantir qu’ils pourront laisser aux vivants l’image d’eux-mêmes qu’ils souhaitent leur laisser. Une fois qu’ils sont morts, ce sont les objets qu’ils laissent qui vont parler pour eux et dire ce qu’ils étaient. On pourrait dire que Gou leur offre la possibilité de construire l’image qu’il restera d’eux ?

 

J’ai tout de même quelques regrets : 1 qu’il n’y ait pas eu de SF avec des technologies supers badass 😀 j’ai eu l’impression de croiser beaucoup de personnages secondaires, mais de simplement les croiser. J’ai l’impression qu’il y a plein de petits arcs narratifs qui n’ont pas été résolus, mais cette frustration semble aussi coller à l’ambiance générale. Comme pour dire que ce n’était pas là ce qui était important. Et puis on ne peut pas toujours tout résoudre (sauf si vous vous appelez Richard Castle et dans ce cas mon numéro de téléphone est le….).

De deux, j’ai moins retrouvé dans la deuxième moitié l’ambiance si
spéciale qui m’a happée dès les premières lignes. Elle revient à la toute fin, dans une très jolie scène finale, mais il y a une partie où elle est moins présente, et j’ai trouvé un peu moins d’intérêt au livre à ce moment-là.

 

Pour conclure, c’est une lecture que j’ai énormément appréciée. J’ai eu l’impression d’entrer dans une bulle, celle du quartier Crocodile et ses habitants, et de découvrir le tout par les yeux de Gou, un personnage pour le moins singulier. Ce n’est pas parfait, j’ai des reproches à faire, mais je me suis étrangement attachée à ce personnage qui se questionne sur tant de choses.

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2 Comments on “Les ombres du lundi – Kim Jung-Hyuk

  1. Ah oui, ça pouvait être trompeur ! La lecture de mon thriller croate est encore en cours, mais ma chronique arrive bientôt 😉
    J’ai vraiment beaucoup aimé Les Ombres du Lundi ! Et c’est vrai que parfois on est déconcerté par le traitement d’un livre par rapport à ce qu’on imaginait… même si là mon cerveau avait créé un truc vraiment absurde 😀
    -Morgana-

  2. Sur le poste de la luciole sur FB j’ai lu « un polar croate » et je me suis dit chouette, elle a lu le livre du thème ! mais non, j’ai lu de travers (pour changer!)… ce livre a l’air assez original. Ton début de chronique me fait écho, car je viens de finir ma lecture et je n’avais pas du tout envisager l’histoire comme l’auteur l’a mené, cela m’a déconcerté ! Donc je te comprends pour le manque de SF qui t’as surprise alors que tu t’y attendais ^^

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