Mrs Dalloway, Virginia Woolf – & l’adaptation de Marleen Gorris

(Binôme : Morgana sur le livre, en turquoise, et La Luciole sur le film, en orange)

Pour cette spéciale Londres, quoi de mieux que de parler de Mrs Dalloway ? Virginia Woolf était anglaise, le roman se déroule à Londres. Nickel, non ? Avouez que pour une fois, pas l’ombre d’une triche, on joue le jeu à fond et on vous propose quelque chose complètement dans le thème 😀

Le récit décrit une journée de Clarissa Dalloway, dans l’Angleterre d’après la Première Guerre mondiale. Elle se rend d’abord chez le fleuriste, mais loin de se centrer sur ce seul personnage, Virginia Woolf offre une fresque de la ville de Londres et de ses habitants, vie rythmée pour tous par Big Ben. Peu après, Mrs Dalloway revient chez elle, et alors qu’elle fait le point sur le choix qu’elle a fait des années plus tôt d’épouser Richard Dalloway au lieu de Peter Walsh, elle reçoit la visite impromptue de ce dernier soupirant. La conversation avec ce dernier est émaillée par le ressac d’anciens souvenirs qui jaillissent dans l’esprit de Clarissa.


Parlons d’abord du livre :
Mrs Dalloway, de Virginia Woolf, 1925.

J’aurais voulu vous proposer un article un peu documenté, en mode “oui, bonjour, je suis kultivée et je vais chercher un peu plus loin que le bout de mon nez (qui n’est pas très long en plus, du coup, je n’irais vraiment pas très loin)”. Mais non, je ne vais pas pouvoir me la péter pour cet article, ne vous attendez pas à quelque chose d’analysé 😀 Je suis restée dans le ressenti tout le long de ma lecture, et je n’ai eu ni le temps ni l’envie de me repencher de manière analytique sur Mrs Dalloway. De plus, je n’ai jamais étudié Virginia Woolf contrairement à la Luciole, donc c’était encore plus risqué. (ouais, enfin, je l’ai un peu abordé en Terminale mais ma prof était mauvaise alors on ne l’a pas vraiment étudié en profondeur … :p mais on voit tout ça plus bas, je laisse Morgana finir !) Et je suis actuellement trop fatiguée pour risquer quoi que ce soit (paaauvre Morgana, ça va, tu veux pas un cookie aussi ?)(oui, je me parle à moi-même :D).

Mrs Dalloway est un court roman de moins de 200 pages. Heureusement, ai-je envie de dire. Le style de Virginia Woolf est si particulier, je ne suis pas certaine que je serais arrivée au bout d’un pavé de 600 pages comme ça. Par contre, ce format assez court a complètement su me séduire. Malgré tout, je pense qu’il faut vraiment être disposé à lire cette œuvre, car elle n’est pas forcément de celle que je placerais dans les classiques les plus accessibles au premier abord. Seulement au premier abord, oui, car si l’on choisit de simplement se laisser porter par les mots de Virginia Woolf, laissant courir nos yeux sur les mots pour ne saisir que ceux qui sauront nous interpeller, cela peut devenir une lecture des plus fluides. Pour ma part, c’est ce que j’ai fait. Certains passages sont restés assez nébuleux, je n’ai pas forcément cherché à m’attarder dessus, tandis que d’autres m’ont tellement appelées que je les ai relus plusieurs fois, parfois même à voix haute.

Résolument introspectif, le roman nous balade des pensées d’un personnage à un autre, avec une fluidité que je n’ai pu qu’admirer.

J’ai trouvé les transitions follement réussies : pas de coupure vraiment nette (si vous cherchez des chapitres, abandonnez de suite cette quête : il n’y en a pas :p), on se retrouve simplement projeté dans la tête d’un autre protagoniste. Souvent, cela a quelque chose de très méditatif. Les personnages repensent à leur passé, réalisent ce qu’ils sont devenus…
Mes passages préférés, ceux qui savaient le plus me captiver, étaient indéniablement ceux de Mrs Dalloway. Femme d’âge mûr, qui se retrouve replongé dans son passé à cause du retour de son amour de jeunesse qu’elle a choisi de ne pas épouser, à cause de cette ancienne amie par laquelle elle était également attirée… Que sont-ils tous devenus ? Pourquoi ont-ils fait les choix qui les ont menés où ils sont aujourd’hui ? Parfois, cela reste un mystère. Je n’ai rien en commun avec Mrs Dalloway, pourtant je me suis sentie terriblement en empathie avec elle.
Les passages qui ont le moins su me parler sont sans doute ceux de Septimus, ce que je ne m’explique pas vraiment. Sans doute car je n’ai pas assez compris son rôle et le parallèle avec l’histoire de Clarissa.

On découvre l’ambiance londonienne de l’époque, où les personnages se promènent et se retrouvent. Les autres lieux sont ceux du passé. Londres est l’endroit où va se dérouler la fête que Clarissa prépare toute la journée et où les participants sont rassemblés.

___

C’est mélancolique, et c’est tellement beau. Cela dit, je n’en suis pas ressortie particulièrement “plombée”, mais plutôt émue. J’ai déjà envie de lire d’autres œuvres de Virginia Woolf !


Passons au film tiré de cette oeuvre :
Mrs Dalloway, de Marleen Gorris 1997

De Virginia Woolf, comme l’a évoqué Morgana, j’ai lu bon nombre de ses nouvelles il y a quelques années, dont Mrs Dalloway’s Party. Je rejoins Morgana sur ce qu’elle a pensé du livre : je garde un souvenir d’une écriture très douce, un peu surréaliste et presque hypnotisante. C’est ce que j’espérais retrouver dans cette adaptation.

Le film reprend une journée de Mrs Dalloway, précédant la fête qu’elle organise chez elle. En parallèle, on découvre en voix off ses un peu ses pensées (moins que dans le livre, et uniquement les siennes) et ses souvenirs, lorsqu’elle était « encore » Clarissa : cette jeune femme insouciante et pleine de vie qui devait se marier avec Peter.

On comprend rapidement que ces événements lui reviennent en mémoire alors qu’elle termine l’organisation de la soirée. Elle ne semble pas forcément se poser la question de a-t-elle fait les bons choix dans la vie, mais en tant que spectatrice, je me la suis posée …
Le film nous incite d’ailleurs à nous la poser et à prendre parti : lorsque Richard Dalloway fait son apparition dans la vie de Clarissa, il a bien plus de classe et est bien plus séduisant que Peter, avec qui elle doit alors se marier et qui m’a semblé un peu lourdau et benet … Une fois adulte, et marié à Clarissa, Richard est devenu bedonnant, on le devine absent, gentil mais qui ne fait pas chavirer le petit cœur de Mrs Dalloway, en gros. Alors que Peter … par une magie quelconque est tout d’un coup devenu un homme bien mis de sa personne, le teint hâlé …
Pour résumé, si j’étais cette Clarissa, j’aurai peut-être choisi Richard jeune et Peter plus âgé, et c’est ce qu’elle semble se dire … je crois que le film, par son choix d’acteurs, nous incite à penser ainsi. Pas très subtil mais efficace 😀

C’est un peu ce que je pourrai reprocher au film : son manque de subtilité. Autant dans le fond que dans la mise en scène. Je trouve que le film fait très « daté » sur certains effets : le fondu enchaîné pour signifier qu’on entre dans un fash-back, les surimpressions pour faire comprendre qu’elle pense à tel événements … c’était pas obligé. Non,non, non… Mais le film date de 1997 c’était la mode … on peut (un peu) lui pardonner.

Et est-ce qu’il y a vraiment besoin que les actrices qui jouent Clarissa jeune et plus âgée aient systématiquement un sourire énorme, jusqu’aux oreilles et qui dévoilent toutes leurs dents pour montrer qu’elles sont contentes ? Franchement, sur tout le début du film, autant les faire se balader avec une pancarte « I am so happy ! », ça aurait limite été moins ostensible !

Par moment, il devient presque une comédie romantique comme il y en a tant et les questionnements de Mrs Dalloway passent un peu au second plan, comparé à l’œuvre originale … Ceci dit, j’admets que ça ne doit vraiment pas être simple d’adapter Virginia Woolf, et ce n’est pas pour rien à mon avis qu’il y a si peu d’adaptations … ! Pour la difficulté de l’exercice donc, ce n’est peut-être pas si mal, même si ça n’excuse pas tout.

J’ai trouvé le film un peu inégal, ces passages-là, vous vous en doutez, ne m’ont pas vraiment plu, alors que j’ai trouvé que dans d’autres l’alternance réalité-pensées, et présent-passé étaient vraiment bien géré. Certaines scènes m’ont beaucoup émue, j’ai trouvé celle de la soirée notamment très réussie et la relation Mrs Dalloway-Peter très jolie.

Le film prend également la peine (et heureusement), de s’attarder sur les thèmes qui font tout ce que Mrs Dalloway représente. Des questionnements qui semblent très modernes pour l’époque de l’écriture du roman, et tellement d’actualité aujourd’hui, 20 ans après la réalisation du film. Les questions du mariage, des LGBT, sont bien abordées, on évoque rapidement aussi celle de la religion, du fanatisme dans la religion … Virginia Woolf était féministe, elle-même bisexuelle, et résolument moderne, et le film, s’il aurait pu en faire plus, ne l’a malgré tout pas oublié.

Bien que j’ai quelques reproches à lui faire, il se nourrit de l’œuvre entière de Virginia Woolf, ainsi que de sa vie. Il m’a semblé, par exemple, que l’évolution des personnages, notamment de Mrs Dalloway agée, n’était pas bien géré : elle sourit tout le temps, a l’air pleine de vie, et puis tout d’un coup, Paf ! Ça ne va plus ! Je me suis dit qu’une petite transition n’aurait pas été de trop pour amener cet état là … puis je me suis rappelée que Virginia Woolf était ce qu’on appelle aujourd’hui bipolaire, ce qui l’avait d’ailleurs amenée à se suicider. Alors, peut-être que ce renversement sans transition fait référence à cela, que le film a su mettre cela en avant par sa mise en scène ? Ou peut-être pas, mais au lieu de critiquer la gestion des personnages, je préfère y croire, et j’en suis presque sûre 😀

En bref, un film parfois inégal dans l’émotion qu’il m’a procuré et dans la mise en scène, un petit manque de subtilité par rapport à la grande délicatesse de l’écriture de Virginia Woolf, mais je me suis sentie investie par toute cette histoire et j’ai été ravie de la redécouvrir. J’ai passé un bon moment, certaines scènes m’ont un peu chamboulée. Je ne voulais pas le voir au début, j’avais peur que ce soit un nanar, c’est Morgana qui m’a un peu forcée, et elle a bien fait 😀

Il ne faut pas me dire des choses comme ça, parce que je vais me sentir autorisée à te forcer à regarder d’autres films à l’avenir (“tiens, un film serbo-croate de 1935, parfait. Tu le regardes, hein ?” :D).

Avec plaisir 😀

Édition Spéciale Londres

Balades littéraires à Londres :
Les Studios Harry Potter
The British Library et ses expositions
Sur les traces de la littérature londonienne : Baker Street, Bloomsbury, Notting Hill & Voie 9 3/4

Chroniques rédigées à l’occasion de notre week-end à Londres :
Binôme : Mrs Dalloway, de Virginia Woolf, et son adaptation
The Hours, film de Stephen Daldry, adaptation libre de Mrs Dalloway
– Neverwhere, de Neil Gaiman, pour voir Londres autrement !

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3 Comments on “Mrs Dalloway, Virginia Woolf – & l’adaptation de Marleen Gorris

  1. Haa pour commencer et même si ça n’a pas trop de rapport avec la choucroute, c’est trop chouette de lire votre article comme ça à deux “voix” ! =D
    Pour ce qui est de l’oeuvre de Woolf, je n’ai lu que le début de la Promenade au Phare (en VO pour la fac), auquel je n’avais pas vraiment adhéré (et c’est un euphémisme ^^) mais faudrait que je me remette à sa biblio quand même ! =D
    Pour les petites infos concernant son style, en fait elle utilise un procédé qu’on appelle en anglais stream of consciousness (réminiscence de mes cours de litté sur le sujet^^), en fait elle écrit comme ça lui vient, elle se laisse porter par ses pensées, ce qui peut donner cette impression de discours un peu décousu =D
    Voilà pour le petit moment littérature^^
    Je crois que j’ai vu un bout de The Hours au lycée qui est plus ou moins lié à Woolf et Mrs Dalloway mais je n’en ai plus trop de souvenirs =O
    Bref j’arrête mon pavé ici, j’espère que vous passez des supers moments à Londres ! =)

    • Oui ! C’est vrai que nous n’avons pas parlé du “Stream of Consciousness”, merci pour la précision du coup 🙂 Le terme ne me serait pas revenu à l’esprit je crois, mais je l’avais étudié effectivement lorsque j’avais vu Virginia Woolf en cours 🙂 Je voulais remettre la main sur ces cours avant d’écrire ces chroniques, mais impossible de savoir où je les ai mis ^^
      En tout cas, très contente que ce principe de binômes, à deux voix, te plaise ! Nous n’avons pas beaucoup de temps pour en faire régulièrement ces derniers temps, mais nous aimons beaucoup rédiger nos articles dans cette forme-là 🙂
      Si jamais tu relis Woolf, je serai curieuse de savoir si tu as changé d’avis !
      (Et Londres c’était génial, on va essayer d’en faire vite des articles! 🙂 )

      • Aaah avec plaisir, si je peux aider ^^
        Ouii c’est une super idée de format je trouve, c’est dynamique et tout ! =)
        Haa faudrait que je prenne mon courage à deux mains et que je saute dedans (comme dans Mary Poppins xD)
        (Hâte de voir vos jolies phoootooos ! =) )

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