Neverwhere – Neil Gaiman

Vous pensiez en avoir fini avec nos articles sur le thème de Londres ? Eh bien non. Enfin, presque, puisque cet article sera le dernier (ce qui me rend extrêmement triste, puisque cela signifie que notre séjour dans la capitale anglaise aura déjà pris fin… la tristitude infinie, quoi).

Richard Mayhew vit à Londres une vie sans histoire, travaille dans un bureau, s’apprête à se marier, lorsqu’il sauve la vie de Porte, une jeune fille qui a le don de savoir ouvrir tout ce qui peut s’ouvrir. Cet évènement fait basculer sa vie. Sa fiancée le quitte, ses proches ne le voient plus, sa vie semble n’avoir jamais existé.
Il découvre alors qu’il existe un Londres d’En Bas, souterrain, peuplé de mendiants qui parlent aux rats, et de toute une société féodale et magique. Il décide de suivre Porte à la recherche des assassins de son père, dans l’espoir de trouver un moyen de reprendre une vie normale.

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Neverwhere, c’est un fabuleux mélange entre une jolie balade dans Londres et une plongée dans un monde complètement déjanté qui démontre d’une imagination terriblement débordante.

Le livre ne cache son jeu : très vite, il dévoile son côté un peu absurde (j’adôôôre l’absurde), avec des dialogues qui m’ont souvent fait rire toute seule (big up à M. Croup et M. Vandemar, deux méchants comme on devrait en voir plus souvent). J’ai trouvé ça admirablement dosé et j’ai très vite adhéré à cette ambiance.

J’ai commencé de lire ce livre avant notre départ pour Londres et je l’ai terminé à notre retour. Après avoir sillonné la ville pendant 5 jours, j’ai bien plus pu halluciner avec Richard lorsque celui-ci découvrait le Londres d’En-bas et ses mystères. Un arrêt de métro au British Museum, ah bon ? Et l’arrêt appelé “Blackfriars” (“les frères noirs”) qui est vraiment habité par des moines en noir ? Et dois-je parler de “Earl’s court”, qui devient vraiment le lieu de la cour d’un comte (un peu frappé sur les bords, mais est-il besoin de le préciser vu le ton du livre ? :D) ?
Bref, ma petite semaine londonienne m’a vraiment permis d’être en empathie avec le pauvre héros qui voyait son monde malmené, mais aussi d’apprécier plus pleinement l’utilisation que Neil Gaiman faisait de la véritable géographie londonienne. Mais même avant ça, alors que je découvrais le début de Neverwhere dans l’avion, je goûtais déjà la joyeuse folie qui empreignait l’univers du roman, ainsi que la capacité de l’auteur à imbriquer imagination et réalité. Son monde se coule parfaitement dans le monde que nous connaissons.

Neil Gaiman confie le rôle principal à un héros que j’ai trouvé très touchant. Richard n’est pas parfait, pas particulièrement brillant : c’est un type bien, un peu maladroit, qui mène une vie tranquille métro-boulot-dodo. Les personnages féminins comme Porte et Chasseur ont bien plus souvent que lui les rôles badass à jouer. Il n’a rien d’éblouissant, et jusqu’au bout il va garder son côté “monsieur tout le monde” qui le rend d’autant plus émouvant. Tout ceci n’est-il qu’un délire ? A-t-il vraiment perdu les pédales ou découvert “autre chose” ? Il demande d’ailleurs à l’un de ses amis s’il s’est “déjà demandé s’il y avait autre chose”. Au fond, Richard, il me semble que c’est ce “nous” qui a peur qu’il n’y ait que ça, que cette monotonie, sans espoir de retrouver la moindre petite parcelle de folie, de magie et de rêve dans notre existence. C’est celui qui refuse la réponse de son ami pour qui “c’est ça, la réalité”, la monotonie et la prévisibilité, qu’il estime rassurante au final.
Richard ne vend pas du rêve au premier abord, il paraît terriblement banal. Mais n’est-ce pas parce qu’il est persuadé que c’est ce qu’il est ? Banal, fait pour la monotonie. C’est amusant, car pendant tout le livre, il ne fait que prouver le contraire : au fond, Richard est un personnage qui fait preuve d’un grand courage. Alors qu’il doit affronter certaines de ses plus grandes peurs, même s’il lui arrive de commencer à reculer, il finit toujours par y aller. Richard, c’est un personnage qui se découvre aventureux et courageux alors qu’il se vendait comme un mec plan-plan de première catégorie, qui n’arrivait même pas à dire “non” à sa fiancée au début du roman. Mais ce qui est très habile, c’est que cette évolution ne se fait pas d’une manière artificielle : Richard reste Richard, avec ses peurs et son côté banal, mais il découvre qu’il n’est pas que ça et qu’il est capable de bien plus que ce qu’il pensait, en étant tel qu’il est.

J’aurais pu vous faire 12 paragraphes encore sur Porte, aux pouvoirs tellement cool, sur le marquis de Carabas, au panache flamboyant, sur Old Bailey et ses oiseaux, ou sur la très chouette – et très fournie – galerie de personnages secondaires mais, au fond, tout ça, c’est l’histoire de Richard. Les autres restent fidèles à eux-mêmes, alors que Richard voit sa perception du monde évoluer.

Le tout est porté par une intrigue assez bien construite, même si beaucoup d’éléments sont assez aisément devinables et sont peut-être amenés de manière un peu maladroite me semble-t-il. L’auteur laisse peu de temps morts et offre plein de retournements de situation qui relancent bien le rythme. Cela aurait peut-être pu être encore mieux de ce point de vue là, mais je ne peux m’empêcher de penser que ce n’est pas ça l’essentiel dans ce roman.

Une rencontre avec la plume de Neil Gaiman qui s’avère des plus concluantes ! Les amateurs de l’auteur, des conseils concernant ses autres romans que je devrais découvrir ? 😉

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Édition Spéciale Londres

Balades littéraires à Londres :
Les Studios Harry Potter
The British Library et ses expositions
Sur les traces de la littérature londonienne : Baker Street, Bloomsbury, Notting Hill & Voie 9 3/4

Chroniques rédigées à l’occasion de notre week-end à Londres :
Binôme : Mrs Dalloway, de Virginia Woolf, et son adaptation
The Hours, film de Stephen Daldry, adaptation libre de Mrs Dalloway
– Neverwhere, de Neil Gaiman, pour voir Londres autrement !

 

 

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16 Comments on “Neverwhere – Neil Gaiman

  1. Quelle bonne idée de lire ce livre pendant un séjour à Londres 🙂 Il est très chouette ce livre. J’ai lu Stardust et De bon présages (avec Sir Pratchett) avec autant de plaisir que celui-ci.

    • Je ne pensais pas que ce serait aussi chouette de le découvrir dans le même temps que je sillonnais la ville, je t’avoue. Ça a vraiment été une belle surprise, de voir que ça donnait au livre une véritable dimension supplémentaire – ainsi qu’à mon voyage du coup. Voir les deux s’enrichir mutuellement a vraiment été très cool 🙂
      J’ai Stardust et De bons présages dans ma liseuse, donc je note ta recommandation et essayerai de les découvrir prochainement !

  2. Ouiiiiii lis Pratchett !!! >_< LIS LEEEE !!!! Et tu peux commencer par Les chtis hommes libres pour commencer le disque-monde et tester si ca te plait. (Je conseille de toute facon de commencer par les romans sur les sorcieres, ou ceux sur la Mort.) Et si tu preferes une stand alone novel, Nation est tres bien aussi. (La je sais quoi recommander parce que j'ai du reflechir a la question pour Mila, qui a mon profond desespoir n a rien lu de cet auteur non plus, ARG.)

    • Je t’avoue que je voulais faire ça dans l’ordre, pour le Disque-monde (mon côté psychorigide :D). Mais j’ai entendu beaucoup de bien des romans sur les sorcières et la Mort, qui ont l’air d’être les préférés de beaucoup !
      (Whaaa, tu n’as toujours pas réussi à convaincre Mila ? Va falloir que je lise du Pratchett, et après je viendrai t’aider pour la convaincre d’en lire :D)

  3. J’avais commencé à lire American Gods l’année dernière en allant à Disney (oui c’est précis comme souvenir^^), mais je pense que ce n’était pas du tout ce que je voulais lire à ce moment là et je l’ai posé sans le réouvrir. Mais c’est un auteur qui m’intrigue tellement, je pense que je finirai bien par dévorer ses œuvres à un moment où à un autre ! Et Neverwhere me fait très envie grâce à toi =D

    • Ah oui, ça c’est précis ! 😀 Il faut être dans l’état d’esprit pour lire ce genre de livre à l’ambiance et au ton si particulier je pense oui ! Je ne peux pas te dire pour American Gods, mais je peux au moins te recommander Neverwhere pour un deuxième essai, maintenant que je l’ai lu :p

    • Ah ! Je comprends ton affection pour son travail, il a l’air d’avoir un univers bien à lui 🙂

  4. Ça fait très envie ! je ne connais pas encore Gaiman, et pourtant il est sur ma liste des auteurs à découvrir depuis un moment !

    • Salut Zina ! J’étais dans le même cas que toi, et là je suis ravie d’avoir enfin trouvé l’occasion de découvrir son travail ! Je ne peux donc que t’encourager à essayer de lui faire une petite place dans tes lectures 🙂

  5. “comte de Carabas” >> Aaah mais noooon, c’est un marquis !! >_< *a passé son enfance à lire le Chat Botté :p* Sinon je sais que les Blackfriars sont les moines dominicains, parce que c'est tout ce que j'ai retenu de Cadfael (et du coup ce traumatisme quand dans l'adaptation TV ils en font des… Je sais pas quel ordre, mais des types en froc marron ! BREF.). :p
    Je trouve aussi que le livre devient encore plus fun quand on connaît un peu la géographie londonienne, ou au moins le plan de métro (Serpentine, The seven sisters… Angel et Islington…) !! L'audiobook est super sympa (James McAvoy en Richard, Natalie Dormer en Door, Benedict Cumberbatch en Islington…), la BD m'a assez peu marquée mais c'est drôle de voir le look cyberpunk qu'ils ont donné aux personnages, et il faut vraiment que je me décide à regarder la série TV qui a précédé le roman, parce que le monstre final qui est joué par une vache, ça m'a l'air de valoir son pesant de cacahuètes. 😉
    Et les héros de Gaiman ont toujours un côté un peu "terne" au premier abord (je pense aussi que ça facilite l'identification ?), mais moi ça ne me dérange pas. ^^

    • Oh la honte T_T Tu sais qu’en plus, à chaque fois que je me suis relue, je me disais qu’un truc clochait, le nom claquait moins que durant ma lecture ? 😀 Merci SALT !
      Cadfael, je n’ai lu que le tome 1 et n’ai jamais vu l’adaptation, mais je comprends le traumatisme :p
      Oui, j’ai d’autant plus aimé après avoir passé plusieurs jours à utiliser le plan du métro londonien 😀 Et j’ai même compris grâce à Neil Gaiman certains éléments qu’on avait croisés, c’était une jolie manière de continuer un peu le voyage, héhé !
      Je note l’audiobook, dont les noms des interprètes vendent un peu du rêve ! Il faudrait aussi que je regarde la série TV, par curiosité (surtout s’il y a une vache en guise de monstre final).
      Quant aux héros, je ne suis pas mécontente d’apprendre que c’est quelque chose d’assez récurrent chez lui !
      Quels sont tes romans préférés de Neil Gaiman ? Je ne sais pas trop vers lesquels me tourner après celui-ci 🙂

      • Elle est trop dure, ta question !! >_< J'aime énormément Coraline, et American Gods (en plus maintenant il y a une série), Anansi Boys était aussi très réussi (et très drôle à certains moments, mais très angoissant à d'autres… Il est un peu moins homogène dans le ton qu'American Gods (dont il reprend un des personnages, donc à lire après)). The Graveyard Book/L'Étrange Vie de Nobody Owens (jeunesse, comme Coraline) était très agréable à lire… Oh et Stardust était sympa aussi (et là aussi, il y a un film, youhou). Je crois que je t'ai cité les 3/4 de son œuvre romanesque (et encore, je me suis retenue pour les BDs et les albums), donc en bref, je ne t'ai pas aidée du tout, mais bon ! XD

        • Ok… Au moins je sais que c’est un auteur que tu trouves globalement très bon XD J’ai aussi entendu du bien de son bouquin avec Pratchett !

          • J’aime beaucoup son livre avec Pratchett, en effet, mais c’est plus du Pratchett avec un peu de Gaiman que du Gaiman (qui a surtout écrit les cavaliers de l’Apocalypse, dedans). :p Mais oui, De bons présages plait souvent à… ben, presque tout le monde… Y compris à des gens qui sinon ont du mal avec Pratchett (SHAME ON THEM è_é). 🙂

          • Je n’ai jamais lu de Pratchett, j’avoue (shame on me, c’est ça ? :p). Mais je vais essayer de découvrir ça prochainement !

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