Pygmalion – Bernard Shaw & son adaptation : My Fair Lady

Nous vous proposons cet article dans le cadre du Challenge « Théâtrons Booktube » organisé par trois super booktubeuses. (plus d’infos en fin d’article)
Pourquoi s’en tenir à Booktube, nous aussi on veut lire du théâtre et en voir les adaptations 😉
Alors avec leur autorisation nous nous intégrons dans cet événement avec le blog et on vous présente en binôme une des œuvres qu’elles ont proposées sur le thème des pièces qui ont donné naissance à une comédie musicale : Pygmalion (en bas d’article, en turquoise, par Morgana), ainsi que son adaptation au cinéma : My Fair Lady (en orange, par La Luciole). C’est parti !

Higgins n’a pas besoin d’amour. Il se passionne pour les différences de classes et choisit la vendeuse de fleurs Eliza comme modèle. Grâce à une meilleure prononciation, le professeur pense en faire une dame de la société.

My Fair Lady, de George Cukor, avec Audrey Hepburn, 1964

(j’ai toujours adoré cette affiche :D)

Quand Morgana m’a proposé cette idée de binôme, j’ai tout de suite trouvé que c’était une très bonne idée : on ne parle pas souvent de comédies musicales sur le blog, pas souvent non plus de films américains des années 60, et c’est pas faute d’aimer ce genre de films ! En plus celui-ci, lui ai-je dis, je l’ai déjà vu, et je sais que je l’aime beaucoup, et surtout j’adore Audrey Hepburn. Mais je n’avais aucun souvenir de passages musicaux, et pour une comédie musicale c’est assez curieux, vous ne trouvez pas ?

Alors j’ai cherché My Fair Lady dans mes films … et je ne l’ai pas trouvé, mais j’étais convaincue de l’avoir. Ou presque. Depuis le début mon cerveau pensait à Breakfast at Tiffany’s … le seul point commun entre les deux films … c’est Audrey Hepburn ! Et effectivement ça ne chante pas beaucoup dans Breakfast at Tiffany’s !:D

C’est dommage, j’avais vraiment très envie de revoir Breakfast at Tiffany’s, mais ce n’est pas grave, c’était l’occasion de découvrir ce film que donc, je n’avais jamais vu finalement … (hum… ^^). Par contre, autant mon avis sur Breakfast at Tiffany’s aurait été dithyrambique (je pense en tout cas, ça fait longtemps que je ne l’ai as vu), autant celui sur My Fair Lady est un peu plus mitigé

Le début a été assez éprouvant pour moi.

Je trouvais le professeur Higgins horrible et horripilant, le père d’Eliza pathétique et agaçant, et Eliza elle-même assez insupportable avec sa voix criarde ^^ C’est assez difficile de se concentrer sur un film quand AUCUN personnage ne trouve grâce à nos yeux de spectateur ^^

Audrey Hepburn ne m’a pas parue crédible en vendeuse de rue. On sent qu’elle modifie son phrasé, son accent (en tout cas en VO), sa gestuelle également, mais j’ai trouvé le tout très forcé et très peu naturel. Je n’arrivais pas à croire une seconde au fait qu’elle soit une pauvre vendeuse de fleurs. Pour moi c’était plus une « Lady » déguisée en « pauvre », alors que c’est l’inverse dans la suite de l’histoire. C’est peut-être fait exprès, sa façon de parler et de hurler est tellement insupportable que je n’attendais qu’une chose : que le professeur Higgins prenne en main sa phonétique et son élocution ^^ et effectivement il a fait des miracles … en même temps, en partant d’Audrey Hepburn, ça aurait été le comble, il aurait mieux fallu embaucher Higgins pour lui apprendre à « mal parler… »

Du coup, passée cette première partie, la suite m’a paru tout de suite bien plus crédible et je l’ai regardée avec beaucoup de plaisir !

Je me suis prise d’empathie pour le personnage d’Eliza, qui s’est retrouvée là car on lui a dit qu’apprendre à « parler plus joli » pouvait améliorer sa condition. On sent donc qu’elle a envie de s’en sortir, et pourtant elle est prise entre un père bon à rien qui profite d’elle pour gagner trois piécettes (qu’il dépense en boisson …), et un pygmalion qui certes a le pouvoir de la changer en « lady » mais qui la méprise, tient des propos misogynes, la traite presque comme un objet, et en tout cas simplement comme l’objet de son pari qui va lui valoir pas mal de thunes si il réussit à la changer… Cool ta vie. Et comme elle est loin d’être bête, elle se rend bien compte de tout cela et ça lui fait beaucoup de mal, on la comprend …

On peut voir dans le film un petit côté féministe (d’ailleurs on voit brièvement des suffragettes) : Eliza est une femme qui ne reste pas à se tourner les pouces, qui veut travailler, entretenir son mari s’il le faut, et qui n’hésite pas l’ouvrir quand Higgins abuse un peu trop. Je trouvais les passages où elle lui dit ses quatre vérités absolument jouissifs 😀
Mais juste après, sans transition, elle est amoureuse et se plie complètement à ses décisions.
Puis ça ne dure pas longtemps, elle l’envoie ch*** assez régulièrement. Pour moi c’est une partie du film qui n’est pas très bien développée : je n’ai pas senti l’évolution des relations entre les personnages, ça me paraissait tellement passer de l’un à l’autre en un claquement de doigt, tellement peu amené que je me demandais sincèrement pourquoi elle tombait sous son charme. A part l’effet syndrome de Stockholm Fifty Shades of Grey façon 1964 : il me méprise et me traite comme un objet mais il a dansé 5 minutes avec moi alors je l’aime trop ! Je ne vois pas.

En spectatrice attentive, très vite je me suis dit « bon, ces deux-là ils vont finir ensemble », dans un film hollywoodien, ça paraissait logique.

Pourquoi pas si ce professeur Higgins arrive à devenir moins prétentieux, méprisant et misogyne, à s’adoucir en côtoyant Eliza. Je l’imaginais tomber sous son charme lorsqu’elle serait apprêtée et parlerait comme une princesse, et je trouvais ça horrible comme morale : en femme du peuple je te méprise, mais sinon t’es bien jolie, viens on fait des bébés. Je trouvais ça horrible, horrible, et espérais que ça ne finisse pas comme ça ^^

La fin n’est pas exactement celle à laquelle je m’attendais, suspens et faux espoirs jusqu’au bout mais … j’ai détesté cette fin ! Sérieusement j’ai boudé pendant une heure ^^ Et je ne sais pas si elle est mieux que celle que j’ai décrite.
C’est vraiment une grande incompréhension pour moi. Je ne veux pas dévoiler la fin, mais vraiment … pourquoi tout ce foin sur « je veux devenir professeur », ne plus avoir à compter sur quelqu’un, et surtout pas quelqu’un qui la traite avec aussi peu de considération que son père ou Higgins, pour dans la scène suivante en arriver là … non vraiment je n’ai pas suivi. Et ça m’a énervée ! C’est un peu à l’image du reste du film concernant les relations entre les personnages : on ne sait pas d’où viennent certaines réactions … Moi, je décide d’en conclure qu’elle est bipolaire 😀
D’ailleurs George Shaw (l’auteur de la pièce) n’aimait pas cette fin non plus. Mais il a cédé au producteur, qui visiblement pensait que c’était la meilleure solution pour une femme à cette époque …

Bon j’arrête là avec mon coup de gueule ^^ je vais essayer d’occulter cette fin parce que dans l’ensemble, c’est un film qui m’a bien plu, que j’ai trouvé rythmé, agréable … Certains passages m’ont vraiment fait rire : lorsqu’ils vont voir une course de chevaux par exemple, et qu’Eliza a bien travaillé son phrasé, qu’elle a un ton très classe, mais que ses propos ne suivent pas : « Move your blooming arse ! » (Magne-toi le cul), ça crée vraiment un décalage très drôle 😀

A part les détails dans les relations dont j’ai parlé, j’ai aimé la caractérisation des personnages, bien qu’un peu clichés, et Eliza m’a été vraiment attendrissante dans la deuxième partie. En même temps, vu sa passion pour le chocolat (c’est quand même le chocolat qui l’a convainc de rester chez Higgins …) je ne pouvais que m’identifier un minimum 😀

Ceci étant dit, je ne suis pas sûre d’avoir envie de le revoir, la prochaine fois je regarderai Breakfast at Tiffany’s 😀

Et tu pourras même nous en parler, puisque Breakfast at Tiffany’s est adapté d’une nouvelle de Truman Capote ! :p

Je ne savais pas, Chouette, chouette, chouette 😀
(oui, on travaille tellement en ce moment qu’on n’a plus le temps de se parler, alors on discute ensemble via nos articles Deedr. C’est triste hein :p)

Enfin bref,

Parlons maintenant de la pièce de théâtre qui est à l’origine du film ! Pygmalion, Bernard Shaw, 1914

La Luciole ayant été très inspirée, j’ai une pression de dingue pour vous parler de la pièce, maintenant (plaignez-moi, merci). Nos avis convergent pas mal concernant le film : j’avais vraiment apprécié mon premier visionnage – ça chante, c’est drôle, ça parle de chocolat, que demander de plus ? -… jusqu’à cette fin. Vraiment, les 10 dernières secondes réussissent le tour de force de me gâcher le film dans son intégralité. Lorsque je l’avais vu à l’âge de 16 ans, ça avait été le cas et le visionnage que je viens de faire confirme que c’est toujours valable.

Qu’en est-il de la pièce ?

La pièce, elle, a tout simplement réussi à me réconcilier avec l’histoire. Pourquoi ? Vous l’aurez probablement deviné : la fin n’est pas la même, ce qui  donne tout de même à l’ensemble une bien plus grande cohérence selon moi.

Je n’ai pas vraiment étudié le mythe de Pygmalion et Galatée, mais son impact sur la pièce me semble rester assez flagrant : Pygmalion est un sculpteur qui s’est voué au célibat (coucou Higgins qui nous bassine avec son statut de « old bachelor » bien décidé à le rester), mais qui tombe amoureux de Galatée, statue qu’il a lui-même créée.
Ici, on ne parle pas vraiment d’amour. Toute la pièce développe donc une réflexion autour de ce « façonnage » d’Eliza par Higgins. Eliza n’est pas grand-chose d’autre qu’un morceau de marbre/d’ivoire/de glaise/de chocolat bref, un matériau brut juste bon à être ciselé par son savoir à lui.

Il n’a rien à faire d’Eliza, tout ce qui compte, c’est l’expérience : « What is life but a series of inspired follies ? » (« Qu’est-ce qu’est la vie, sinon une série de folies inspirées ? » –> Oui, cette traduction est nulle, pardon, c’est un exercice que je ne maîtrise pas :D). Eh bien voilà, Higgins considère son expérience comme un petit coup de génie. Pour l’amour de la science, voyez-vous. Pas pour l’amour ou, soyons fou, le respect d’Eliza. Rien de philanthrope là-dedans, rêvez pas les enfants !

Si on était dans un Disney, Higgins deviendrait un vrai prince charmant, et il finirait par ouvrir une école visant à offrir une éducation à tous ceux qui comme Eliza veulent « sortir du ruisseau ». Sauf que ce personnage, c’est l’immuabilité faite homme, rien de moins. « I can’t change my nature « , dit-il à Eliza. Oui, ça, mon vieux, pas besoin d’un dessin pour qu’on le comprenne 😀

La pièce est en 5 actes, et j’ai beaucoup aimé sa construction. On voit bien l’avancée des personnages, pour un résultat que je trouve plus cohérent que dans le film, comme je vous le disais plus haut. Même si j’ai regretté l’absence de certaines scènes du film : celle du champ de course notamment (dont a parlé la Luciole), qui est du coup un ajout que je trouve très… inspiré (n’est-ce pas, Higgins ? :D). Non pas que ça manque à la pièce, en soi. C’est juste un caprice personnel, entendons-nous bien 😀

Je remarque cependant que j’ai été encore plus agacée par le comportement d’Higgins que dans le film. On sent plus la désapprobation de Shaw, dont le ton semble pencher en faveur des droits des femmes (sujet qui était alors particulièrement d’actualité en Angleterre il me semble). Dans le film, Audrey Hepburn (Audrey <3) donne un tour comique à l’ensemble, alors qu’à la seule lecture du texte, j’ai plus ressenti de la peine pour Eliza. J’ai plus perçu le côté dramatique de sa lutte pour se défaire de son « créateur ». Disons qu’il n’y avait pas de jolies chansons pour détourner mon attention, en fait 😀 Après, tout doit dépendre de la personne qui l’interprète, mais le texte en lui-même m’a laissée souvent énervée et triste pour elle. Jusqu’au dernier acte, ou je trouve Eliza particulièrement brillante.
Le ton général de la pièce est assez mordant, les piques que les personnages se lancent sont sans pitié. Mais cet acte final avec ses répliques acérées et criantes de vérités m’a énormément plu.

« The difference between a lady and a flower girl is not how she behaves, but how she’s treated » (« Ce qui différencie une lady d’une fleuriste n’est pas la manière dont elle se comporte mais celle dont elle est traitée »). Higgins donne à Eliza tout le savoir d’une lady mais n’en fait jamais une. D’abord, car elle n’aura jamais ce rang-là aux yeux de la société vu sa classe sociale, mais également car il ne l’a traite même pas comme la lady qu’il a voulu en faire. Super, mec. Heureusement que tu as décidé de rester célibataire.

Voilà pour ce premier rendez-vous de Théâtrons booktube (et la blogo, en l’occurence :D). Si vous aussi, vous voulez découvrir des pièces de théâtre avec nous, vous pouvez rejoindre le groupe Facebook géré par les 3 organisatrices (Perseline (Il était une fois Perseneige), Ophélie (Around the Beauty Moon) et Elodie (Les Rêves Ekphrasis). Elles proposeront tous les 2 mois de nouvelles pièces à lire autour d’un thème. Viendez, c’est cool. Pour l’amour de la kultur, tout ça… :p

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5 Comments on “Pygmalion – Bernard Shaw & son adaptation : My Fair Lady

  1. Hello !

    J’adore vos avis ! Vraiment c’est très claire et ça donne envie d’en savoir encore plus sur la lecture 🙂 C’est bien d’avoir des avis mitigés comme les vôtres, je trouve très intéressant de lire des avis qui se justifient !

    Kiss & Love :*

    • Coucou ! Merci beaucoup Élodie, cela fait super plaisir ce que tu dis ! 🙂

  2. une amie m’a dit la même chose concernant Audrey Hepburn, elle la trouve beaucoup plus crédible dans la 2ème partie, en même temps, elle a trop de classe!

  3. Oh, chouette ! J’aime bien Shaw. Bon après, il faut savoir que les transcriptions phonétiques d’accents sont fréquentes chez lui (j’ai été voir Major Barbara au théâtre en Angleterre, je voulais lire la pièce avant histoire d’être sûre de ne rien manquer, bilan : je comprenais mieux l’accent cockney à l’oral qu’à l’écrit. :p), ça peut être un peu pénible (ou juste incompréhensible, donc) pour certain(e)s. ^^’
    Au passage, il y a une adaptation en film-non-chanté de la pièce donc Milady a (très bien) parlé ici >> http://www.milady-s-stuff.fr/2016/03/make-over-de-l-extreme-pygmalion.html
    mais comme elle change elle aussi la fin, pas sûre que ça vous aurait davantage plu !
    Bon, malgré cette fin j’aime toujours cette comédie musicale, essentiellement parce que j’aime la chanter dans ma douche, ou devant mon ordinateur (j’espère que les voisins apprécient). ;p Et puis le côté linguiste m’a toujours fascinée, on ne se refait pas. 😀
    Je suis contente que vous lisiez du théâtre et nous en parliez ! (Aller au théâtre aussi, c’est génial. Mais cher, souvent. ;__;)

    • Coucou SALT !
      C’était la première fois que je lisais une pièce de Shaw, je t’avoue ! Au début j’étais catastrophée, je pensais que je ne comprendrais rien de ce que Eliza racontait… clairement, je n’ai pas un assez bon niveau en anglais pour comprendre des transcriptions phonétiques d’accents. J’essayais de prononcer les répliques à l’oral pour mieux comprendre les sons et voir si je retrouvais le mot en question… Je ne te raconte même pas mon soulagement quand Shaw annonce qu’il va maintenant écrire les répliques de la jeune femme de manière « normale » pour faciliter la compréhension 😀
      J’avais déjà lu cet article de Mila, oui, merci de me rappeler son existence ! Ça peut être intéressant à voir (mais bizarre quand on a l’habitude de l’autre version) 🙂 J’aime énormément le côté linguiste de la pièce, moi aussi. A chaque fois ça me donne envie de me pencher sur la question, vu que je n’étudie pas la linguistique, ça pourrait être sympa en amateur. Sauf que je ne vais jamais bien loin dans cet élan. Du coup, je me contente de chanter les chansons du film, moi aussi (mes voisins ont récemment déménagé précipitamment, je me demande si ça a un lien :D).
      La Luciole et moi sommes allées voir Novecento de Baricco au théâtre l’année dernière. Chère comme sortie, mais tellement chouette ! Je suis d’accord, aller au théâtre c’est génial, j’aimerais pouvoir me le permettre plus souvent !
      En tout cas, vraiment ravie que tu aimes quand on parle de théâtre ! Ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas fait, mais avec ce nouveau RDV, ça pourrait être plus régulier à partir de maintenant !

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