Quelques minutes après minuit – Patrick Ness (+ l’adaptation cinéma)

Binôme : l’avis de Morgana sur le livre (en turquoise), suivi de l’avis de La Luciole sur les illustrations et sur le film (en orange)

C’est la sortie du film qui a attiré mon attention sur Quelques minutes après minuit. Depuis que l’on blogue à deux, la Luciole et moi avons développé une espèce de radar à « binôme potentiel ». C’est presque maladif, dès qu’un livre est adapté, on se sent obligé de questionner l’autre sur son envie de faire un article binôme dessus. Si on renonce régulièrement à en faire certains, (non, je ne lirai pas les 600 pages de Fifty Shades, même si j’aurais adoré voir la Luciole analyser le film :D) la liste des binômes qu’on voudrait absolument faire ne cesse de s’allonger. Concernant Quelques minutes après minuit, ça a de suite été une évidence : on avait BESOIN de ce livre putaing !

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« Depuis que sa mère a commencé son traitement, Conor, treize ans, redoute la nuit et ses cauchemars. A minuit sept, un monstre vient le voir, qui a l’apparence d’un if gigantesque, quelque chose de très ancien et de sauvage. Mais pour Conor, le vrai cauchemar recommence chaque jour: sa mère lutte en vain contre un cancer, son père est devenu un étranger, et il est harcelé à l’école. Au fil des visites du monstre, l’adolescent comprend que son vrai démon est la vérité, une vérité qui se cache au plus profond de lui, terrifiante. »

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Je ne vais pas vous mentir, je suis un peu en galère, là. Je ne sais pas vraiment comment vous parler de ce livre. En effet, je me suis un peu prise à mon propre piège : quand j’ai proposé ce binôme à la Luciole, je n’avais pas anticipé qu’il puisse autant me bouleverser. Je ne sais pas si j’avais déjà autant pleuré en lisant un livre. Quand j’ai annoncé à la Luciole que j’avais fini ma lecture, elle m’a simplement envoyé un « Alors, combien de paquets de mouchoirs ? » (oui, elle me connaît un peu trop bien, je vais devoir l’éliminer, un de ces quatre). Les thèmes abordés et la manière de les aborder ont trouvé un fort écho chez moi, et c’est pourquoi j’ai du mal à analyser ce livre : dès que j’y pense, je bascule immédiatement sur un mode où l’émotionnel écrase ma rationalité en mode « va faire un tour, je m’occupe de tout« .

Bref… on n’avance pas beaucoup. Je voudrais juste pouvoir vous dire à quel point ce livre parle bien de la perte d’un être cher. Du moins, étant donné que chacun doit le vivre d’une manière différente, il rend extrêmement bien la manière dont un jeune garçon pourrait vivre la chose.  J’ai été impressionnée par la justesse de son ton. L’écriture est jeunesse, pas de doute, mais un jeunesse d’une grande maturité. Cette grande maturité pourrait donner un côté faux à l’ensemble : Conor pourrait paraître plus vieux, on pourrait ne pas croire au fait qu’il ait 13 ans. Pourtant ça n’a pas été le cas : Conor, je l’imaginais parfaitement comme ce jeune ado désespéré car il ne sait plus comment gérer cette situation insoutenable. On sent combien il est proche de sa mère, et c’est d’autant plus dramatique qu’elle est le seul adulte sur qui Conor peut compter.
Son père ? Remarié, il vit aux États-Unis et n’a pas de place pour Conor dans sa nouvelle vie (oui, rien que ça, ça fait un peu-beaucoup mal au cœur et ça donne envie de secouer le père tout en prenant Conor dans les bras… ou l’un après l’autre, peut-être, si c’est vraiment trop compliqué :D).
C’est avec sa grand-mère maternelle que Conor devra apprendre à s’entendre, même si elle et lui sont si différents. Leur relation naissante est aussi l’occasion de voir comment chacun vit son deuil à sa manière. La grand-mère de Conor, on la voit d’abord comme cette dame un peu stricte, qui a du mal à s’entendre avec son petit-fils. Puis on la découvre comme cette mère qui sait que sa fille va mourir. Voir Conor et elle réaliser qu’ils traversent au final la même épreuve et essayer de se comprendre, c’est un autre des aspects qui m’a le plus touchée. En somme, voir comment la vie va devoir continuer pour ceux qui restent, et toute la reconstruction de cette nouvelle vie qui s’annonce.

La construction du livre est assez géniale. Elle alterne entre les scènes du quotidien, très ancrées dans la réalité et qui se déroulent le jour. Puis il y a celles qui basculent dans le fantastique. La nuit, Conor se retrouve littéralement face à ses plus grandes peurs, celles qu’il essaye tant d’enfouir durant le jour. Il est confronté à toutes ses « zones d’ombres », celle qu’il arrive à repousser tant que le jour est là. Toutes ces émotions, toutes ces questions inconscientes auxquelles il ne peut plus échapper.
Cette acceptation de certaines vérités, elle va passer par ses rencontres avec le monstre. A chacune de leurs rencontres, ce dernier raconte une histoire à Conor. Une fois qu’il lui aura raconté 3 histoires, ce sera au tour de Conor de lui raconter quelque chose : il devra lui avouer ce qu’il cache, ce secret que le jeune héros refuse de dévoiler (même à lui-même, d’ailleurs). L’auteur arrive à créer une sorte de suspense et à faire monter la tension dramatique. Quelle est la vérité que Conor ne veut pas (s’)avouer ? Il ne faut pas s’attendre à une révélation à la Starwars, on reste dans le drame très intérieur. Et c’est justement ça qui m’a tant touchée. Conor a du caractère, une manière de vivre les choses bien à lui, mais ses émotions et ses problématiques restent assez universelles susciter une très forte empathie.

J’ai vu que certains n’ont pas forcément été aussi réceptifs que moi ou la Luciole. Pour ma part, je crois pouvoir dire que c’est d’ores et déjà l’un des livres qui auront marqué ma vie de lectrice.

Je vous laisse maintenant avec la Luciole !

Qu’est-ce que j’ai pleuré moi aussi en lisant ce livre !

On avait prévu de le lire en même temps avec Morgana, alors, comme je lis bien moins vite qu’elle, quand elle m’a dit qu’elle l’avait commencé, je me suis empressé de faire de même pour ne pas prendre trop de retard. Et je l’ai terminé dans l’après-midi AVANT Morgana ! Outre le fait que je suis ultra super méga fière de cette petite victoire personnelle ( :p ) je dis surtout ça pour illustrer le fait que j’ai été happée par le livre. Et ça faisait bien longtemps qu’une lecture ne m’avait pas fait un tel effet !

Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, puisque comme d’hab, je n’avais pas lu le résumé. Je ne suis pas concernée personnellement par le sujet traité par le livre, pourtant, j’ai été très touchée et très émue par toute cette histoire, par le cheminement interne de Conor, la relation avec son père, la position de la mère … Mais tout ça, Morgana l’a déjà dit, et je ne suis on ne peut plus d’accord avec elle et son ressenti.

Cet article étant un binôme, ma tâche est plutôt de vous parler des illustrations du livre …

Je tenais absolument à lire ce livre avec les illustrations, même si ma librairie ne le proposait qu’en version poche sans illustration, ou en grand format avec illustration + photos du film + 10€ de supplément. Oui, mais non…

D’ailleurs, madame la libraire la réponse à « mais ça exiiiiiste?? » en version illustré sans les photos du film est « oui »… bref ! J’ai fini par l’avoir dans l’édition que je voulais ! Il le fallait, parce que quand même, c’est Jim Kay l’illustrateur. Jim Kay que j’ai découvert avec les éditions illustrées de Harry Potter. J’aime beaucoup son travail, sa façon de mélanger les techniques, d’utiliser la particularité de chaque médium, de se servir à son avantage de ce qui pourrait être considéré dans un autre contexte comme des imperfections : coulures, éclaboussures

Je trouve que ses dessins dégagent une vraie force, un vrai mouvement, et embarquent immédiatement dans l’univers de leur créateur. J’en dis plus sur mon ressenti sur le travail de Jim Kay dans l’article sur Harry Potter, et en attendant concentrons-nous sur Quelques minutes après minuit. J’ai trouvé que les illustrations se fondaient parfaitement dans le récit, y ajoutaient un côté sombre et onirique.

J’ai presque fini par les oublier, non pas parce qu’elles ne me plaisaient pas, au contraire, mais parce qu’elles faisaient vraiment partie intégrante du livre, et que j’arrivais à les apprécier et à me laisser porter sans y accorder une attention consciente. Aucun regret donc d’avoir insisté pour avoir la version illustrée, que je vous recommande chaudement !

Ce binôme est en réalité un trinôme 😀 :

parlons maintenant de l’adaptation cinématographique

J’appréhendais un peu de voir ce film, vu le sujet, ça pouvait vite être catastrophique et ultra mélodramatique … il n’en est rien ! Le scénario a l’avantage d’avoir été écrit par Patrick Ness lui-même, l’auteur du livre.

L’adaptation est ainsi naturellement très fidèle et les changements apportés m’ont parus totalement justifiés. Dans le film, Conor est passionné de dessin, et est même très bon en dessin. Il m’a semblé que cela apportait une certaine épaisseur au personnage qui était nécessaire : en y repensant, dans le livre, Conor ne fait pas grand chose la plupart du temps, il est simplement dans sa chambre et on suit le fil de ses pensées. Visuellement, on est d’accord que ça ne rendrait rien un gamin assis sur son lit avec une voix off reprenant ses réflexions … Le dessin est le moyen pour le montrer rêveur, timide, très imaginatif, angoissé également… tout ce qu’on « sait » grâce à ses pensées à la lecture, mais qui doit être « montré » dans le film.

L’importance du dessin ne s’arrête pas là : les histoires racontées par le Monstre sont des passages d’animation dans le film. Animations que j’ai trouvées très sympa d’ailleurs. Elles font évidemment échos aux dessins de Conor, mais je n’ai pas pu m’empêcher de leur trouver une résonance avec les dessins de Jim Kay. Pas sûr que ce soit volontaire, mais quand on vient de lire le livre, le clin d’œil est agréable.

Autre grosse modification : l’ajout d’un épilogue par rapport à la fin du livre. Je ne spoilerai pas, ne vous inquiétez pas, je dirai juste que j’ai vraiment apprécié cette fin du film, elle m’a apporté un nouveau regard sur le déroulé de l’histoire, et des questions assez intrigantes ! 😉 Et encore une fois, le scénariste étant l’auteur lui-même, cette fin un peu différente ne dénature nullement le livre, elle appuie simplement sur une question qu’on pourrait se poser mais qui reste très discrète à la lecture.

Une belle adaptation bien réussie donc, même si le film m’a bien moins émue que le livre. Peut-être parce que j’avais lu le livre très peu de temps avant et étais encore dans cette émotion-là. Emotion que je n’ai pas toujours retrouvée dans le film, excepté à quelques moments clés, comme lors de la discussion entre Conor et sa mère. Je ne me suis pas transformée en flaque d’eau comme à la lecture du livre 😀 Autre supposition que je ferai pour expliquer cela : dans le livre, on suit réellement les pensées, les émotions de Conor. Le film n’a pas recours à la voix off pour rendre ces pensées (et heureusement), il a recours à des astuces plus visuelles, comme le dessin évoqué précédemment. Je me suis du coup sentie moins proche du personnage, moins investie, et plus extérieure à son histoire. Deuxième petit reproche que je ferais : je trouve dommage que le film nous montre dès le début la fin du cauchemar de Conor. Ce suspens avait aussi beaucoup participé à mon intérêt pour l’intrigue, et à l’émotion ressentie.

Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier le film, et … c’est suffisamment rare pour que je le souligne : je n’ai rien à redire sur la modélisation 3D du Monstre. Si, si je vous jure, il me plaît bien ce Monstre-If du film ! 😉

Je n’ai plus qu’une chose à dire : je vous encourage vivement à découvrir ces petits bijoux d’émotion, beaux et sensibles. En espérant que vous y serez aussi réceptif que Morgana et moi !
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2 Comments on “Quelques minutes après minuit – Patrick Ness (+ l’adaptation cinéma)

    • Je te le conseille vraiment ! Certains ont été moins réceptifs car ils ne se sont pas sentis concernés par le sujet. Pour ma part même sans être concernée j’ai trouvé que c’était une très belle histoire. Je serai curieuse de savoir ce que tu en penses 🙂

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