Quiz Show – Kim Young Ha

Quiz Show - Kim Young Ha

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J’ai acheté ce roman sans avoir jamais entendu parler de cet auteur, sans savoir que Quiz Show existait avant de le trouver en rayon de ma librairie favorite. Cela peut paraître stupide, mais c’est quelque chose que je n’avais pas fait depuis des années, acheter une oeuvre sans avoir consulté les avis en ligne ou les recommandations d’un proche. J’ai eu l’impression de faire quelque chose d’un peu fou en achetant ce livre à 11 euros 50. Et c’était extrêmement agréable. Lorsque je l’ai ouvert, j’ai eu le sentiment de pénétrer en territoire inconnu (ne riez pas dans le fond, je vous vois).

 

Minsu, la vingtaine finissante, n’a jamais connu ses parents. Il a été élevé par sa grand-mère et, au décès de celle-ci, il découvre qu’elle ne lui laisse que des montagnes de dettes. Contraint de quitter la maison où il a toujours vécu, il doit se décider à trouver du travail, à faire quelque chose de sa vie… mais que faire de sa vie ? Entre désenchantement, procrastination et mensonges qu’il se fait à lui-même, il va faire son chemin.

 

Le roman est à la première personne, et nous connaissons donc toutes les pensées de Minsu. Il nous livre ce qui se passe pour lui, explique ses choix. Il est jaloux, il est souvent feignant, il est faible parfois aussi, il ne sait plus où il en est, il a des regains d’énergies, qui retombent comme des soufflets peu de temps après, en somme, il est terriblement humain. Certains de ses réactions sont méprisables, mais ce sont des réactions que nous pouvons tous avoir. Sa manière de ne pas réussir à résister à la manipulation de son ex, les accès qu’il a lorsqu’il attend un signe de Ji-Won ; en fait, j’ai eu l’impression de lire le journal d’un ami, un ami qui livre ses actes sans cacher la part « honteuse » de ses émotions et comportements. Minsu a énormément suscité mon empathie finalement.

De plus, même si les événements racontés sont souvent assez pesants, vu la précarité de la situation du héros, à la rue, sans le sous, et qui n’arrive pas à se construire une situation, voire même à se construire tout court, je dois reconnaître que l’humour est très présent. Les premières pages particulièrement m’ont beaucoup fait sourire, lorsqu’il raconte sa relation avec sa grand-mère et comment elle lui a dit que sa mère s’était réincarnée en pigeon. Minsu tourne souvent en dérision ses propres réactions, il a parfaitement conscience du ridicule ou de l’immaturité de certaines. Le tout est bourré de diverses références à des films, livres (ou autres) internationaux, chose que j’ai adoré, et qui colle parfaitement à la peau de ce personnage qui a une culture très variée (ce qui est plus pratique pour répondre à des quiz, il faut avouer :D).

Dès le début, ce sont les Quiz qui sont au coeur de l’intrigue ; c’est pour ainsi dire la principale activité du héros, répondre à des questions. Tout débute avec cet « espace quiz » sur internet sur lequel Minsu passe son temps, puis il participe à une émission en direct et cela monte en épingle jusqu’à la fin. Chaque nouvel « espace quiz » dans lequel il entre semble signer une évolution du personnage. La dernière partie est d’ailleurs vraiment étrange, voire carrément surréaliste, et j’ai beaucoup aimé suivre cette évolution. Minsu essaye de se frayer un chemin dans cette société qui ne lui offre rien qui lui plaise vraiment. Dans sa situation, il ne peut espérer obtenir un bon travail, mais il n’a plus l’argent pour avoir les diplômes nécessaires, et quant à passer les concours pour entrer dans les entreprises où il sera traité comme un moins que rien… Comment trouver sa place ? Va-t-il la trouver ?

Sa relation avec Ji-Won est également un point que j’ai apprécié. Elle débute de manière peu commune, presque onirique, puis lorsque la part du rêve cède à la réalité, lorsqu’il faut découvrir l’autre dans la réalité, il est plus difficile d’accepter qu’elle peut être aussi bien même sans mystère.

 

(Je vais parler de la fin dans ce dernier paragraphe, sans donner de détails, je parle de son ton général donc si vous ne souhaitez vraiment pas à quoi vous attendre, rendez-vous directement à la conclusion 😉 )

Je dois dire que la fin m’a quelque peu frustrée, mais cela correspond au roman dans son entier : des questions qui auraient été résolues normalement dans un roman (l’identité de ses parents, ce que voulait lui dire La Fille d’à Côté, etc…) ne le sont pas ici et je réalise combien on est habitué à ce que tout nous soit expliqué à la fin des livres. Ici, c’est plus à l’image de la vie, tous les fils secondaires ne sont pas démêlés, et ce n’est pas grave. Je m’attendais presque à une fin où Minsu se découvrait un héritage qui allait lui permettre de partir étudier à l’étranger ou une passion qui donne du sens à sa vie, comme par miracle. Mais non, Minsu est simplement encore en chemin, et il essaye de tirer des leçons de tout ce qu’il a vécu. Ce qui est déjà beaucoup, je le reconnais.

 

En somme, un livre atypique, avec un héros qui m’a paru réel, un ton plein de sincérité (ou parfois de mauvais foi de la part du héros, mais une mauvaise foi… sincère, étrangement :D) et une plongée dans la vie d’un jeune coréen désargenté qui n’arrive pas à se résoudre à l’existence à laquelle il est censé se résoudre. Une recherche de soi-même où, à défaut de répondre aux questions qu’il se pose sur lui, il tâche de répondre à celle des divers quiz auxquels il se retrouve à participer.

– Depuis Dangun, nous sommes la génération la plus éduquée, la plus intelligente, la plus multilingue, la plus habile avec le matériel électronique dernier cri, pas vrai ? Presque tout le monde est passé par la fac, notre niveau d'anglais est au top mondial, on sait apprécier les films d'actions hollywoodiens sans sous-titrage, notre frappe au clavier est d'environ trois cent lettres par minute, la taille moyenne est plus élevée, on sait jouer d'au moins un instrument de musique, eh oui, toi aussi tu joues du piano, non ? Le nombre de livres lus est largement supérieur à celui des générations précédentes. Dans la génération de nos parents, par exemple, si on savait faire correctement une seule de ces choses, […] on pouvait mener une vie tranquille. Alors comment expliquer que, nous, avec ces chiffres mirifiques, nous ne faisons que glander ? Pourquoi on est tous chômeurs ? Mais qu'est-ce qu'on a fait de mal pour mériter ça ?
– On n'a rien fait de mal.

Dame Choe n'avait apparemment pas envisagé les éventuels effets secondaires. Elle avait probablement pensé qu'il serait moins choquant pour un enfant de croire que sa mère volait dans le ciel que de savoir qu'elle était morte point barre. Le résultat avait été complètement inverse. Des pigeons, il y en avait partout et chaque fois que j'en voyais un, je pensais à ma mère inconnue. Si mamie avait évoqué un zèbre ou un serpent à sonnette, voire un tamanoir, ça aurait quand même été plus facile.


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