Edition Spéciale Prague : Trains étroitement surveillés – Bohumil Hrabal, Jiří Menzel

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Edition Spéciale Prague : Trains étroitement surveillés - Bohumil Hrabal, Jiří Menzel

L’avis de Morgana sur le livre :

Trains étroitement surveillés, Bohumil Hrabal, 1964

Edition Spéciale Prague : Trains étroitement surveillés - Bohumil Hrabal, Jiří Menzel

 

Une petite gare de Bohême pendant la guerre. Un stagiaire tente de s’ouvrir les veines par chagrin d’amour. L’adjoint du chef de gare profite d’une garde de nuit pour couvrir de tampons les fesses d’une jolie télégraphiste. Mais il y a aussi l’héroïsme, le sacrifice, la résistance. Dans un pays qui a donné tant de richesses à la littérature mondiale, Hrabal est un des plus grands.

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Dès les premières lignes, j’ai aimé l’écriture de Bohumil Hrabal. Ce court roman de 125 pages est écrit à la première personne. C’est Milos, le stagiaire évoqué dans le résumé, qui pose un regard très tendre et presque enfantin sur ce qui se déroule sous ses yeux.

 

Le ton est assez absurde, du coup. Milos parle de sujets assez graves, mais avec une légèreté très décalée. Il revient tout de même d’un arrêt maladie car il a tenté de se suicider. En plus c’est la guerre. Sauf qu’il y a toujours cette innocence un peu triste dans la voix du personnage. On dirait vraiment un enfant, ce Milos. Un enfant avec des problèmes d’adulte, je dirais presque !

Le roman s’ouvre sur le trajet du héros jusqu’à la gare, et ensuite presque tout s’y déroule, puisque c’est le lieu de travail de Milos. Dans cet endroit, j’ai eu l’impression de voir tous les problèmes du pays à l’époque. Les problèmes causés par la guerre, avec les violence et les horreurs que cela comporte, puis les problèmes à une échelle plus personnelle. Toujours avec ce goût d’absurde, qui m’a permis de passer du rire à l’horreur en très peu de pages. Les descriptions des horreurs de la guerre sont parfois assez violentes, certaines m’ont été à la limite du supportable (mais je suis un petit peu trop sensible pour mon propre bien, donc bon… :D).

Cela dit, j’ai vraiment ri durant cette lecture : entre l’aventure des tampons et les pigeons que le chef de gare élève (et qu’il semble aimer plus que tout au monde), j’avais souvent un grand sourire débile sur les lèvres. Ce livre avait un côté très addictif sur moi, je n’avais pas envie de le reposer, je voulais juste continuer à me laisser porter par l’écriture de Hrabal.

Ce n’est pas vraiment une écriture prise de tête, contrairement à L’Autre Ville. C’est littéraire (et tant mieux, vu que les sujets sont souvent peu raffinés :D), mais ça se lit facilement. Evidemment, comme pour toute oeuvre un peu absurde, je pense qu’il faut réussir à entrer dans l’univers et se laisser porter.

Cela dit, Trains étroitement surveillés est sans doute l’oeuvre la moins surréaliste des trois que j’ai découvertes à l’occasion de cette spéciale Prague. C’est aussi sûrement celle que j’ai le plus aimée, alors que les sujets traités sont initialement de ceux qui m’intéressent le moins. L’écriture de Hrabal semble avoir fait des miracles, il me reste donc à me procurer d’autres ouvrages de lui !

L’avis de la Luciole sur le film :

Trains étroitement surveillés, de Jiří Menzel, 1967

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Pour ma part, cet avis va être plus compliqué à écrire que d’habitude parce que je ne sais pas si j’ai bien aimé ou pas.

Je ne m’étais pas particulièrement fait une idée du film avant de le voir (ça m’arrive), mais si j’avais dû m’en faire une, ça n’aurait pas du tout été celle-ci …

Tout d’abord, la bande-annonce m’a induite en erreur. Quand on l’a trouvée avec Morgana, elle nous avait bien fait rire, elle augurait quelque chose de complètement absurde et très drôle.

Deuxièmement, l’année de réalisation (1967), me laissait penser à une façon de traiter le thème de la séduction bien différente.

J’étais déjà bien déstabilisée quand je me suis rendue compte que je n’avais quasiment pas étudié ni le cinéma tchèque, ni l’histoire tchèque (à part Milos Forman, mais ça restreint un peu …), je n’avais aucune base pour le comprendre. Bien !

Je me suis donc retrouvée face à ce film, qui est plutôt amusant, certes, mais pas de la manière que j’imaginais. Il était au final bien moins surréaliste et absurde que ne me l’avait laissé penser la bande-annonce. (Ceci dit, je ne suis pas ici pour faire la critique de la bande-annonce :p) Et comme toutes les œuvres tchèques dont on a parlé dans cette édition spéciale étaient surréalistes d’une manière ou d’une autre, je pensais en toute bonne foi que ce serait le cas ici aussi.

Donc pas vraiment de surréalisme, mais un côté un peu décalé.

Reprenons le synopsis :

Miloš travaille dans une petite gare tchèque pendant la deuxième guerre mondiale. Tourmenté par sa timidité, il n’arrive pas à séduire la jolie contrôleuse qui pourtant s’offre à lui. Devant cet échec et désespéré de pouvoir prouver qu’il est un homme, il tente de se suicider. Une jeune fille va tenter de lui faire surmonter ses craintes.

Quand je le relis après avoir vu le film, tout me paraît très limpide, mais ce n’est pas aussi subtil que ça dans le film, et le fameux Miloš est surtout perturbé par le fait d’être « éjaculateur précoce » comme il le précise à qui veut bien l’entendre. Vous l’aurez compris, une grande partie de l’intrigue porte surtout en-dessous de la ceinture. Mais c’est toujours mise en scène avec la naïveté du personnage de Miloš, et avec une telle franchise que le tout devient plutôt décalé et burlesque. Et surtout, ce n’est absolument pas lourd !

 

Hé ! Mais c’est que tu as raison !

(oui, exceptionnellement, je vais faire un petit aparté dans la partie de La Luciole :D)

 

Figurez-vous que quand la Luciole a eu vu le film, elle m’a envoyé ce sms « Je ne sais pas si c’est pareil dans le livre, mais ça parle que de cul » (on est toujours aussi raffinées, nous aussi, oui :D). Je suis restée vraiment très, très bête. Parce que j’ai soudain réalisé que c’était un peu ça dans le livre également, sauf qu’en le lisant, je ne l’avais pas du tout senti 😀 En me renseignant un peu, j’ai d’ailleurs vu qu’on avait souvent dit de Hrabal qu’il était grossier, proche de la pornographie dans ses oeuvres… C’est vrai qu’il ne fait souvent pas dans la dentelle, mais le regard si tendre du personnage et l’humour de l’auteur que l’on sent derrière, m’a presque totalement fait passer à côté de ça. Il y a eu un moment au début, où j’ai un peu tiqué (une tirade du chef de gare, il me semble), mais après je suis juste entrée dans l’univers, et comme je vous le disais, le ton m’a tellement séduite que l’auteur aurait pu m’expliquer la reproduction des pigeons du chef de gare, ça m’aurait été égal je crois 😀

Et puis, comme va vous l’expliquer la Luciole, ça ne s’arrête pas là. A l’image du livre, il n’y a pas que des sujets triviaux qui sont traités.

 

Retour au film …

Eh oui, ça pourrait s’arrêter là, mais ce serait trop simple. Trains étroitement surveillés est un film appartenant au courant de la Nouvelle Vague Tchèque dont Jiří Menzel, le réalisateur, est un des représentant. Il aurait été donc très étonnant que ce film se contente d’une histoire d’éjaculateur précoce …

Le titre nous met sur la voie (de train). Non, le film ne s’appelle pas « La vie sexuelle palpitante et presque désastreuse de Miloš », mais bien « Trains étroitement surveillés ».

Il est donc question de ces trains, transportant des marchandises pour participer à l’effort de guerre des Nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et Miloš se retrouve un peu par hasard et sans trop savoir comment dans un acte de résistance contre un de ces trains qui passent dans la gare. Rapporté au contexte contemporain du film (1967), on peut penser que c’est une façon détournée de parler du régime tchèque, de la situation du pays de cette époque-là, comme l’a dit Morgana.

Au final, ce film rejoint dans un certain sens le côté surréaliste dont on vous parlait dans l’introduction de cette édition spéciale, puisque l’humour lui permet d’aborder pas mal de sujets de manière indirecte et en évitant la censure.

 

Ceci dit, qu’est-ce que j’en ai pensé de manière tout à fait subjective ?

 

Si ce n’est que Milos a une bonne tête 😀

Comme je vous l’ai dit, je m’attendais à autre chose et je suis restée assez perplexe devant ce film. Il m’a plus fait rire a posteriori, quand j’en parlais avec Morgana, qu’au moment où je l’ai vu.

A part les plans que j’ai trouvés vraiment beaux, la réalisation ne m’a pas particulièrement séduite, comme ce fut le cas de Morgana avec l’écriture du livre, pour que j’accroche entièrement.

Pourtant je sentais que je passais à côté de quelque chose, et le fait d’en connaître si peu sur l’histoire du cinéma tchèque a vraiment été un manque pour pleinement apprécier le film.

Je garde malgré tout un bon souvenir du film puisque je repense à certaines scènes en me demandant quelle pourrait être la métaphore, et j’ai bien envie de me renseigner un peu plus sur le cinéma tchèque de cette époque-là !

 

En conclusion à ce binôme : le contenu du livre et de son adaptation nous a surpris, on ne s’attendait pas à ça lorsque nous nous sommes dit que ce binôme était une fabuleuse idée 😀 On s’attendait à plus de burlesque. Même s’il y en a beaucoup, ce n’est qu’une façade.

Morgana a complètement adhéré au style de Bohumil Hrabal.

La Luciole est un peu plus mitigée, mais a l’impression d’être passée à côté d’une grande partie du film et le reverra donc sûrement après quelques recherches pour mieux l’apprécier.

En tout cas, pour découvrir la littérature et le cinéma tchèques, Trains étroitement surveillés est une bonne solution: à la fois pas trop prise de tête dans le traitement, en apparence léger, mais en restant de très bonne qualité ! 🙂

L’Edition Spéciale Prague :

 

Sommaire

Binôme : Le Procès, de Kafka et son adaptation par Orson Welles

L’Autre Ville, Michal Ajvaz

Alice de Jan Svankmajer : adaptation surréaliste et un peu dérangeante d’Alice au Pays des Merveilles

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