Petit Canard Blanc – Na Liu & Andrès Vera Martinez

Une lecture supplémentaire dans le défi Chine : j’ai lu Petit Canard blanc.

A vrai dire, c’est même ce livre-ci qui était plus un défi pour moi que Les Petites contemplations que j’aurai sans doute fini par lire quand même. J’avais joué la facilité, mea culpa 😀
Mais le voici ce petit canard blanc. Avec une petite pensée pour Morgana d’ailleurs qui, dès qu’on voit des canards, me parle de son “blanc-blanc” de quand elle était petite : son canard blanc préféré. Voilà, oui je l’affiche, j’suis une mauvaise amie 😀
Bref on n’est pas la pour parler du canard du Morgana mais du canard de Na Liu et Andrès Vera Martinez.
L’histoire est celle de l’autrice, Na Liu, qui relate en huit petites histoires son enfance en Chine. Et par ces petites histoires, ces anecdotes d’enfant, c’est la condition féminine qu’on aborde, la problématique de l’enfant unique, la fin de Mao … Un peu comme peut le faire L’Arabe du futur donc, des sujets très sérieux sont abordés derrière ce regard naïf d’enfant sur son pays, derrière son impression de normalité.

Le livre s’ouvre sur cette phrase : « Je crois que ma vie en Chine était des plus ordinaires ». Puis on apprend par-ci par-là au cours du récit qu’elle ne pouvait pas aller à l’école car un seul enfant par famille le pouvait et qu’elle a dû laisser sa place à sa petite sœur, que sa grand mère n’a jamais accepté que ses parents n’aient eu que des filles, la différence troublante entre la ville et la campagne … Et a mes yeux d’occidentale, tout ça n’a rien d’une enfance ordinaire ^^ mais elle conclut là-dessus également, sa part adulte ayant pris du recul, elle se rend compte de tout ça.

Derrière ces dessins très doux, très enfantins, c’est tout un monde en mutation qui est décrit. On est complétement plongé dans cette Chine des années 70. On nous montre les paysages, des représentations de ce que pouvait être les affiches de propagande par exemple … Les mots en chinois ne sont pas tous traduits dans le cœur du récit, rendez-vous au glossaire, et cela contribue encore à l’immersion.

Na Liu a quitté la Chine à 26 ans pour s’installer au Texas, l’impression que cela m’a donné est que le livre était écrit entre autre pour parler de l’histoire de la Chine a des personnes qui n’y vivent pas et qui ne la connaissent pas, mais également, comme la dédicace le précise, à sa fille Mei Lan, née aux Etas-Unis.
En ce sens, le livre est à la fois très riche en informations et très accessible aux personnes qui, comme moi, sont curieuses d’en découvrir plus sur l’histoire de la Chine, mais n’ont des connaissances que très sommaires.

Très contente d’avoir découvert cette lecture, donc. Tout le livre est aussi ponctué d’éléments très poétiques, des citations, poèmes, une grande grue blanche qui porte les petites filles sur son dos
La dernière histoire en particulier m’a beaucoup touchée avec cette métaphore du canard blanc justement.

Au-delà de la transformation de la Chine, c’est la construction et la prise de conscience de cette petite fille que l’on suit. Et c’est vraiment bien dosé et très sensible !

« J’ai lu dans les écrits de Confucius qu’il y a trois manières d’apprendre… La première en étudiant l’histoire, ce qui est le mieux. La deuxième, en imitant quelqu’un ou quelque chose, ce qui est le plus facile. Et la troisième, en faisant sa propre expérience, ce qui peut briser le cœur. »

Et je finirai avec une dernière image de canard blanc, spécialement pour Morgana. Celle-ci est tirée des Petites Contemplations, l’autre lecture de mon Défi Chine, qu’avec tout ça, je pourrais rebaptiser le Défi Canard 😀

Paris 2119 – Zep, D. Bertail

Il me semble avoir des goûts relativement variés en terme de lectures mais s’il y a quand même un genre qui ne revient pas souvent, c’est la science-fiction : j’ai lu Hunger Games , les 4 premiers tomes de Dune, et le Meilleur des Mondes. Et voilà. Je crois que c’est tout.
Pourtant, en film, je ne suis pas fan des space opera, mais les récits d’anticipation sont carrément mon péché mignon, même les nanars ! 😀 (Un de mes films préférés, c’est The Island :D) (Je sais, ça casse le mythe de la Luciole qui sirote une tisane devant Bergman, soyez pas tristes)

Bref ! Pourquoi dans ce cas en livre, je ne m’y intéresse pas plus ?
Je dois avoir un blocage, peur qu’il y ait trop de mots que je ne comprenne pas et de concepts qui m’échappent.
Et en BD ? Ben … ben … ben j’ai pas de raison !

Et du coup, je me suis dit que j’allais m’y mettre, j’ai commencé avec Presque Maintenant il y a 6 mois, et là, c’est parti pour Paris 2119. Et après mon coup de cœur pour Un bruit étrange et beau, j’avais très envie de voir ce que donnait Zep en science fiction !

Cette histoire avait tout pour me plaire.
On est en 2119, une société a révolutionné le transport, plus besoin de prendre le métro, tout le monde se téléporte ! Et pour une ex-banlieusarde traumatisée par le métro parisien, c’est le rêve absolu ! ^^

Sauf que, ce n’est pas si simple et ce n’est pas si idéal : et si on peut aller où on veut en quelques secondes, même à l’autre bout du monde, la téléportation a contribué à tout déshumaniser. Tout le monde a sa propre cabine de téléportation, qui le mène directement à une autre cabine (et prendre le métro le matin à côté d’un mec bourré qui sent le vomi c’est de la vie sociale mine de rien :p). L’extérieur est édulcoré, une sorte de bulle, d‘illusion numérique qui rend tout plus beau, plus ensoleillé, et qui cache les laissés-pour-compte et la crasse du « vrai monde ».

Un vrai beau récit d’anticipation qui m’a entraînée dans son univers et qui pose des questions sur notre monde actuel et futur.
Ces questions justement, le héro se les pose. Il refuse de prendre ces cabines de téléportation, quitte à perdre du temps dans les transports. Cela lui permet au moins de voir « l’envers du décor », et de constater que ce n’est peut-être pas aussi rose que ce qu’on leur dit.

Dans ce type de récit, souvent , il ne me faut pas plus que ça pour apprécier. L’idée de base suffit bien souvent à me sustenter, même si le traitement est moins bon.
Mais là, méga jackpot, j’ai adoré cette lecture, vraiment ! L’ambiance et l’esthétique sont très prenantes, mêlant à la fois quelque chose de très sombre et de très attractif. On sent bien, jusque dans le dessin, ce petit côté attraction-répulsion qu’on peut ressentir pour beaucoup de grosses innovations technologiques posant des questions éthiques.

J’ai aimé regarder le décor, les petits détails trouvés par les auteurs, cet univers de 2119 … Tout le contexte m’a paru crédible et cohérent. La mode, les animaux domestiques … (qui veut un fourmilier ou un tatou en laisse ?).

Et à force de dire que j’ai tout aimé, j’en viens maintenant à mon petit bémol pour cet album. J’ai trouvé très dommage qu’il y ait tout ce travail pour un unique tome.
L’intrigue pourrait être tellement grosse, l’univers a tellement de potentiel, que j’aurai bien aimer en avoir un peu plus et rester plus longtemps dans l’ambiance de Paris 2119 !
Je suis restée un peu frustrée à la fin, d’avoir eu la fin de l’histoire si rapidement, et de ne pas rester plus longtemps sur les conséquences pour le héros … Cet album est tellement riche qu’il aurait presque pu être l’introduction d’une histoire plus longue. C’est le seul point négatif que je pourrai lui trouver : j’en aurai voulu plus !

Au final une conclusion sans détour : on n’est pas loin du coup de cœur ! 😉

Les Tambours – Lao She

J’ai dit à Gwen du blog Vers l’Est : “Tu me prêtes l’un de tes romans chinois pour le défi ?” Et il m’a dit ok. J’ai ajouté “Et tu n’as qu’à choisir pour moi, ça rajoutera un défi supplémentaire” (la nana masochiste) Et il m’a encore dit ok (tu m’étonnes :D).

C’est comme ça que je me suis retrouvée à lire Les tambours, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant… et si j’en avais entendu parler, je ne pense pas que je l’aurais lu pour autant 😀 Niveau défi, on ne pourra pas dire que je ne me serai pas challengée cette fois-ci.

Sur fond de guerre sino-japonaise, Les tambours va nous raconter l’histoire d’une famille d’artistes, de saltimbanques, qui a fui sa région d’origine pour aller se réfugier dans les montagnes. Baoqing, le chef de famille, joue du tambour et chante. Avec Grâce, sa fille adoptive qui est également chanteuse, ils sont les deux membres de la famille qui subviennent aux besoins du reste de la famille : l’épouse alcoolique de Baoqing, leur fille biologique Phénix, ainsi que le grand-frère de Baoqing.

Tout du long de ma lecture, j’ai râlé. J’ai été scandalisée, horrifiée, révoltée… et je l’ai largement fait savoir autour de moi. Résultat, quand je lui ai dit que j’avais fini ma lecture, Gwen m’a demandé ce que j’en avais pensé (traduction : est-ce que je vais survivre à ce défi ou tu es déterminée à te venger pour t’avoir fait subir cette lecture ? :D).

Ai-je aimé Les tambours ?

Pas vraiment. Ce n’aura pas été une lecture plaisir. Pourtant, je ne rechignais jamais à rouvrir le livre quand j’avais un moment de libre, car il n’en aura pas moins été très instructif et assez fascinant au final. Le livre nous en apprend beaucoup sur la condition d’artiste en Chine à cette époque-là, mais c’est également un énorme questionnement sur la condition féminine. Au travers des différents portraits féminins dressés par l’auteur – celui de Grâce en tête -, on découvre les multiples facettes de la vie menée par les femmes à cette époque.

Suivre Grâce est d’autant plus douloureux qu’elle cumule les obligations de la condition de femme et celles de la femme artiste : elle n’est que la fille adoptée de la famille, ce qui signifie qu’elle n’est là que pour des raisons économiques. La femme artiste véhicule une image de prostituée, telle la concurrente de Grâce, Bijou, qui semble être la représentation parfaite des chanteuses à l’époque.
Sauf que Grâce a été adoptée par Baoqing, qui lui est profondément attaché, plus qu’il ne l’est à sa propre fille Phénix. On suit les réflexions du héros sur la vie qu’il souhaite donner à Grâce, la manière dont il se heurte à l’incompréhension de son entourage quand il déclare ne pas vouloir la vendre au plus offrant, voire lui offrir les moyens d’assouvir son envie d’érudition.

Baoqing et Grâce semblent rapidement s’affirmer comme deux êtres peu communs, en avance sur leur temps au niveau de leurs questionnements et aspirations… C’est aussi passionnant que révoltant à suivre, étant donné que l’on sait bien qu’ils ne pourront à eux seuls révolutionner tout un système. De même, le personnage de Fang l’Inutile, frère de Baoqing, a su me surprendre et m’émouvoir : lui qui est présenté au début comme une sorte de parasite vivant aux crochets de son jeune frère, finit par se révéler… Et j’ai aimé ce portrait atypique, qui représente comme une autre manière d’échapper à sa condition.

Il y aurait beaucoup à dire sur Les tambours. L’écriture très simple, à la limite du naïf, n’atténue pas pour autant tout le côté dramatique de cette histoire, qui alterne en permanence entre humour et tragique. L’apparente douceur du récit n’a rendu ma lecture que plus douloureuse… Si on est du genre à se scandaliser aussi facilement que moi face aux injustices, prévoyez des litres de tisane apaisante (ou un punching ball) 😀

Les Petites contemplations – Yao Ren

Pour ce Défi Nouvel An Chinois, j’ai pioché dans la bibliothèque de mon frère, Gwen du blog Vers l’est, il y avait du choix, même en roman graphique (manhua), que demander de plus ?

Mon choix s’est porté sur les deux tomes des Petites contemplations pour une raison toute simple : Gwen me harcèle avec ce titre depuis des mois – voire des années. Il s’agit de son coup de cœur absolu et ne tarit pas d’éloge à son sujet. Bref… il fallait que je me fasse mon propre avis !

Alors ? Coup de cœur ou pas coup de cœur pour moi ?

Les deux tomes des Petites Contemplations recueillent plusieurs courtes histoires, initialement publiées sur le blog de Yao Ren. Chaque petite histoire relate une scène du quotidien avec un regard sensible sur chaque chose. Cela va des promenades sous la pluie, aux recettes de cuisine, en passant par l’hommage d’un arbre hors du commun : toutes ces petites choses de tous les jours qu’on ne remarque pas toujours et qui ont le pouvoir de nous faire sourire ou de nous émouvoir.

En ce sens, Les Petites Contemplations m’ont fait penser à l’œuvre de Jiro Taniguchi, en particulier Le Promeneur ou L’Homme qui marche qui invitent le lecteur à observer son environnement, la ville autour de lui … J’avais terminé ces lectures avec l’envie de faire attention à chaque détail autour de moi.
J’ai retrouvé un peu de ça avec Les Petites Contemplations, peut-être un peu moins qu’avec ces livres de Taniguchi, mais je pense que pour ce genre de livre le moment de lecture choisi est vraiment primordial pour apprécier pleinement, et je n’étais peut-être pas autant dans le bon état d’esprit …

J’ai malgré tout été bien immergée dans le quotidien de Yao Ren qui m’a fait passer d’une émotion à une autre avec une grande facilité !
J’ai été très amusée par les passages où il suit les chats pour leur parler (en miaulant) (qui fait ça … ? ^^) et je suis rentrée en empathie totale avec … un cactus. Le livre très très fort quoi ! Cette histoire avec le pauvre petit cactus abandonné est celle qui m’a le plus émue, et franchement, je ne m’y attendais pas le moins du monde 😀

Toutes ces histoires sont très indépendantes, le tome 2 n’est donc pas à proprement parler une suite du 1, mais j’ai été très contente de pouvoir prolonger ma lecture à la fin du 1, je n’ai fait aucune pause entre les deux !


Un beau caméo de mon chat Fred :D

Certaines scène se font écho : on retrouve le fameux chat dans le parc, l’histoire de l’arbre n’est pas sans rappeler celle du cactus …

Mais j’ai trouvé le tome 2 un peu moins « abouti » ou moins pertinent dans les scènes choisies, je ne sais pas … Des scènes rappellent celles du tome 1, certes, mais certains passages du tome 2 font écho au blog de l’auteur. Ce n’est pas un problème en soi, mais une des histoires commence par exemple par « mes fidèles lecteurs doivent se souvenir du bocal d’alcool de riz ».

Et ben non ! * frustration ultime * ! Cela n’empêche nullement de suivre la suite mais je me suis sentie trahie 😀 « QUOIIII on me cache des choses ! Il y a des épisodes méga intéressants avec des bocaux d’alcool et je ne suis pas au courant ???! » Voilà, en gros ce qu’il s’est passé dans ma tête. Ça peut donner envie d’en voir plus sur son blog, mais je ne l’ai pas trouvé, du coup ça m’a simplement fait un peu sortir du livre … Et quand je l’ai trouvé grâce à Gwen, le blog s’est avéré être uniquement en chinois. Ben oui, à quoi m’attendais-je en même temps …  Mais du coup le livre nous parle d’un truc qu’on ne PEUT PAS avoir vu. Dommage …

Autre petit bémol pour moi : j’ai trouvé tout le passage sur les recettes de cuisine très long … J’aimais bien l’idée de départ sur la cuisine et le temps, mais au bout de la dixième recette détaillée … bon … j’étais pas là pour ça moi !

Hormis cela, là aussi dans ce tome 2, de très belles émotions.

J’ai senti le mouvement, le bruit, l’agitation intense puis l’apaisement immédiat dans l’épisode des mouettes.
J’ai senti le froid, le bruit de la pluie.
J’ai senti l’épuisement, la fièvre, la douceur

Bref, j’étais vraiment avec le personnage. Et pour ressentir autant de choses avec un personnage plutôt inexpressif de base, c’est fort, tout passe vraiment par le décor, le texte …

Alors pour répondre à la question du début : ce ne sera pas vraiment un coup de cœur pour moi à cause de ces petites choses que j’ai citées plus haut et parce qu’à force d’en entendre QUE des éloges, j’en attendais sûrement trop ^^ Mais quand même, ce fut un sacré beau moment de lecture !