Rois de Cendres – K. Ancrum

Rois de Cendres, c’est le roman qui m’a beaucoup fait parcourir les différents sites de critiques littéraires (en français et en anglais)(Beaucoup, beaucoup, beaucoup de chroniques). Avant de le lire, il me semblait que l’enthousiasme était plutôt général à son sujet, et maintenant que j’ai parcouru internet dans tous les sens, moi et mes talents de détective de haut niveau confirmons qu’il a énormément été apprécié.^^ Du coup, j’ai un peu l’impression d’arriver comme un cheveu sur la soupe (oui) en écrivant cette chronique qui ne va pas vraiment être positive.


Jack et August sont amis depuis l’enfance. Aujourd’hui lycéens, ils essayent tous deux de s’en sortir malgré des conditions familiales compliquées : globalement, les parents sont absents et les garçons doivent survivre par leurs propres moyens, pour résumer grossièrement. C’est comme ça qu’August se retrouve à vendre de la drogue pour réussir à payer les factures, par exemple.

Arg. Et là, je m’aperçois que je vais même avoir du mal à vous proposer un résumé sans déjà parler de ce qui m’a gênée dans ce livre. On nous présente Jack comme le beau-gosse sportif star du lycée qui va peu à peu sombrer dans la folie et August comme le mec discret et gentil qui est prêt à tout pour aider son pote. D’accord. Sauf que très rapidement, (dès les 10 premières pages) je n’ai pas trouvé August beaucoup plus “sain” que son ami. Dès le début, j’ai eu la sensation qu’ils avaient tous les deux un problème. Ce qui n’est pas faux en soi, vu la résolution et le sujet traité (la co-dépendance), mais j’ai eu tendance à trouver que la manière dont l’autrice les décrivait ne correspondait pas à ce qu’on ressentait en lisant. Cette idée de dire plutôt que de montrer, vous voyez ? Ce qui créé parfois des incohérences (ou du moins un sentiment d’incohérence). L’exemple des jumeaux (des amis d’August) est assez flagrant : ils sont présentés comme parlant peu et, quand c’est le cas, finissant les phrases l’un de l’autre –> cela n’arrive jamais au cours du livre ; l’un est présenté comme “méchant” –> personnellement, je ne l’ai jamais trouvé méchant à proprement parler. Très ironique, se donnant des airs mauvais, mais concrètement, je ne crois pas qu’il ait fait un seul truc méchant.

De manière générale, pour un livre ayant un aspect psychologique très important (on parle tout de même de problèmes relationnels graves et de problèmes psychiatriques), je n’ai pas été très sensible au traitement psychologique des personnages. Mais concernant ce point, cela reste un sentiment très personnel : globalement, les héros sont adorés des lecteurs. 😉

Concernant le rythme du roman, même cet aspect-là m’a laissée mitigée : pour un livre de 310 pages, il m’a paru étonnamment long. Cela dit, c’est probablement le moment de vous parler de ce que j’ai préféré dans cette lecture : l’objet-livre. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais choisi ce roman à la base. La couleur des pages noircit au fur et à mesure que le récit s’assombrit, et je trouvais le côté immersif de l’idée très chouette. De plus, différents documents (comme des photos, des rapports, des playlists…) sont proposés sur certaines pages (un peu en mode Miss Peregrine, et c’est un procédé que j’aime bien dans la littérature jeunesse). De ce point de vue là, j’ai trouvé le livre très chouette et tout le boulot éditorial très sympa !

Revenons aux choses qui fâchent. Mon principal problème avec le livre, c’est que si j’essaye de le regarder d’un oeil plus objectif (j’entends par là, sortir de mon absence de goût pour le style de l’autrice par exemple), et que je m’attarde sur les messages qu’il véhicule, je n’arrive tout de même pas à trouver le livre ok.
Les messages en question partent d’une bonne intention, la note de l’autrice à la fin en témoigne, et effectivement c’est important de traiter de sujets tels que la co-dépendance et le fait que des jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes de manière assez scandaleuse. Je suis bien d’accord avec tout ça, mais je trouve que le roman n’envoie pas un “bon” message à ce sujet. De manière plus concrète : rendre romantique une relation toxique, c’est non. (Attention, je vais SPOILER) Je déteste quand un roman fait ça. Ce n’est pas le premier roman qui fait ça, en y réfléchissant j’ai rapidement des exemples qui me viennent en tête, mais ce n’est pas pour autant que je l’excuse plus. La fin m’a pas mal scandalisée : non, je ne trouve rien de romantique au fait que deux personnes qui ont une relation malsaines et dangereuse pour leur vie décident non seulement de continuer leur relation comme avant, mais en plus de passer d’une relation amicale à amoureuse. Désolée, mais cette fin m’a juste donnée la sensation que rien n’était réglé. Outre le fait que la résolution m’a déçue (mais là on revient sur quelque chose de plus personnel : je m’étais fait tout un film comme quoi August et Jack n’étaient qu’une seule et même personne… :D), d’un point de vue que j’espère plus objectif je ne trouve pas qu’elle règle le fond du problème. Jack continue de maltraiter August dans les derniers chapitres, et ils semblent bien décider à continuer comme avant, en mode “personne ne comprend notre lien, balek on n’écoute pas les rageux”. Oui, exact, c’est très bien de ne pas écouter les gens qui savent mieux que vous ce qui est bon pour votre vie… sauf que dans ce cas-là, le livre traitait justement d’un thème difficile – une relation non saine – et ne nous propose pas une relation saine à la fin.

Je trouve de plus assez désespérant la manière dont aucun modèle d’adulte n’est présenté comme positif. Les seuls qui sont présentés comme bons sont ceux qui enfreignent la loi pour permettre à Jack et August de se revoir… Personnellement, je trouve ça dommage et assez désespérant (bis), alors que l’autrice insiste bien sur combien il est important de parler et de demander de l’aide quand on est dans des situations aussi difficiles. Ce qui pose un petit souci dans la cohérence du message, pour moi.
Aussi, j’ai eu du mal avec la manière dont tous les trucs illégaux et répréhensibles que font les garçons ne sont jamais réprouvés. Comme si, étant donné que les deux garçons sont dans des situations difficiles, ces choses-là devenaient excusables et les déresponsabilisait. Qu’elles soient compréhensibles d’un point de vue logique (ils trouvent un peu les moyens qu’ils peuvent pour survivre), d’accord, mais on ne dit jamais qu’au fond, dealer et frapper le père de son ami, non, ce ne sont pas des “bonnes choses” et que c’est important d’essayer de trouver d’autres moyens de régler ses problèmes. J’ai conscience de faire très moralisatrice, et que tout le monde n’a pas l’entourage/le milieu de vie qui permet d’envisager autre chose… mais on est justement dans un livre, et j’aurais aimé qu’August réalise à un moment que frapper au sang quelqu’un, ce n’est pas quelque chose à faire, même si cette personne a fait du mal. Bref, je trouve qu’il y aurait eu moyen d’envoyer de manière subtile des messages plus constructifs (par exemple au travers de certaines pensées d’August).

En somme, Rois de Cendres et moi, ça ne l’a pas fait du tout. J’ai fini le livre en me sentant mi-énervée mi-embêtée car je me suis demandée comme j’allais pouvoir parler de ce roman que tout le monde semble avoir aimé. Si certains d’entre vous veulent en discuter, c’est avec plaisir ! Pour ma part, c’est un gros non, mais si vous souhaitez m’expliquer pourquoi c’est un grand oui pour vous, moi, je suis tout ouïe. 😉


L’Incroyable Bibliothèque de M. Lemoncello

Cet article a beau être une chronique, j’ai décidé que j’allais y raconter un peu ma life. Pour la simple et bonne raison que je la trouve plus intéressante que le film.
Là, du coup, deux possibilités : soit j’ai une vie de ouf guedin, soit le film n’est vraiment pas fifou.
Bien commençons

Voyez vous en ce moment je suis sujette a de grosses insomnies. (Fin du suspens, vous avez la réponse a la question du paragraphe précédent). Même épuisée je n’arrive pas a dormir avant des heures mais je suis quand même fatiguée alors je ne peux rien faire de constructif. Vous voyez le topo ? (une insomnie quoi …)

Du coup je me retrouve généralement devant des sériés tout a fait passionnantes a la télé. Quand je dis “passionnantes” je veux dire que plus le tueur en série est psychopathe, plus je kiffe. (Mais ou est donc passé la luciole qui nous parlait de Doux rêveurs :'((((  ). – et la en écrivant je me dis que c’est peut être a cause desdits psychopathes que je dors pas, même inconsciemment ça doit pas être génial pour le ciboulot tout ça 😀

Bref ! Ce soir il n’y avait pas de sociopathe qui me plaisait. Alors j’ai regardé Gulli. (Revoilà la luciole qui parle de Doux Rêveurs !) et non, je n’ai pas d’entre deux entre le Winx Club et le Silence des Agneaux. A la limite je pourrai envisager un mix entre les deux mais rien que l’idée me terrifie plus que Le Silence des Agneaux tour seul ! 

En fait j’ai regardé Gulli parce que ça parlait de limoncello. Et que de vous à moi c’est la liqueur que je préfère. J’aime bien l’amaretto aussi, mais je trouve ça un peu trop sucré.
(Je vous avais prévenu que j’en raconterai ma vie et surtout ses détails les plus insignifiants :D).

Avant de me perdre toute seule dans mes parenthèses, revenons à nos moutons, limoncello n’avait hélas strictement aucun rapport avec le breuvage – si ce n’est la couleur, il s’agit en fait d’un énergumène qui ouvre une bibliothèque escape game et ça fait sensation dans la ville. Bien… Ce Lemoncello est concepteur de jeux et tire au sort des enfants pour les enfermer dans sa bibliothèque dont ils doivent s’échapper. Si vous trouvez que ça n’a pas trop de sens, vous n’êtes pas au bout de vos peines.

Moi, j’ai une passion dans la vie, ce sont les nanars. Surtout les nanars de SF qui ne savent pas qu’ils sont des nanars. Là ce n’est pas de la SF mais c’était pas mal non plus…

En terme de scénario on est quand même sur quelque chose d’assez boiteux (à cause de l’excès de limoncello probablement). On est dans un mix entre Charlie et la Chocolaterie (d’heureux élus qui découvrent le lieu fabuleux d’un personnage excentrique) – Hunger Games (parce que même si aucun enfant ne meurt, toute la ville suit ce qu’il se passe sur des écrans géants et est prévenue des éliminés du jeu) – et Scooby-Doo (pour le ton et les sorcières). Mélange détonnant !

La “Moisson” devant la Chocolaterie

L’idée pour ces enfants est de trouver des indices dans la bibliothèque pour en sortir… Ça ferait un escape game très sympa. Mais… Filmer une partie d’escape game avec des énigmes résolues par des enfants de 12 ans c’est paaaaas super funky. En plus le film dure 1h, donc vraiment le temps d’un escape game – vous ne louperez rien de la résolution des énigmes !

Mais c’est justement là que ça pèche, parce que à la limite pourquoi pas ça peut être un concept sympa. Mais les énigmes n’ont pas de grande cohérence… Les enfants ont le choix entre plusieurs genres littéraires à visiter : fantastique, horreur, classique, jeunesse, science, à un moment j’ai vu la porte vers l’univers BD, j’ai croisé les doigts, mais ils n’y vont pas. C’est bien le problème : ils vont là où ils veulent, ils ne vont pas partout MAIS par la magie du cinéma tous les indices étaient là où ils sont allés ! Yeah !!

Ne soyons pas médisant tout ne roule pas comme sur des roulettes. Y’a des super péripéties. Du genre un gamin hautain en costume cravate qui met des bâtons dans les roues des autres (ou la le vilain) et qui libère toutes les créatures des livres. Un porcelet qui bouffe des livres ce qui occupe notre ami Lemoncello et la bibliothécaire pendant un bon moment. Une oie qui a apprit le Kunfu entre deux visites des enfants, alors attention danger …

A ce point je ne savais même plus si c’était censé être drôle exprès, drôle malgré soi, ou juste ridicule ^^

Mais au moins j’aurais apprit que pour faire fuir une sorcière faut lui balancer de l’eau. Et pour se débarrasser d’un ptérodactyle il faut lui accrocher une dizaine de ballons rouges comme celui de Ça au bout de la queue. Retenez bien, ces infos pourraient vous être utiles un jour.

Bon … Bibliothèque oblige, les références à la littérature sont nombreuses : Roméo et Juliette, Mère l’Oie, Dracula, le Magicien d Oz, Jack et le haricot magique … C’est très centré sur les références classiques américaines mais ça a le mérite d’être la. Et comme dans le groupe d’enfants y’a une petite intello, on a toutes les dates des premières éditions. 👍
Le film cherche vraiment à mettre en avant l’intérêt de la lecture. Comme quoi quand on lit on devient libre et que l’imagination y’a rien de plus beau. Tout ça tout ça.

(Attention,image de synthèse)

Je ne doute pas que certains aient pu apprécier ce film et son univers farfelu, c’est vrai que ça peut donner à rêver, cette idée de voyager dans l’univers des livres, mais pour moi ça ne l’a pas fait du tout, je trouve qu’il existe bien meilleur sur le même thème ^^ Le film est tiré d’un livre, sans doute est-il bien meilleur !

Donc, à part l’oie ninja, je l’avoue, je n’ai vraiment rien à retenir de ce film … X). Je n’étais même pas dans le bon mood pour en rire, échec total, mais aucune déception je m’y attendais 😀

Bon sinon, des questions sur mes troubles du sommeil ou mon goût pour la liqueur de citron ?

PS: article garanti sans cynisme ni mauvais esprit

Dividing Eden, T2 – Joelle Charbonneau

J’avais fini le tome 1 de Dividing Eden en disant : 1) j’avais tout deviné, le scénario est quand même un peu pété 2) le style de l’autrice ne m’a pas convaincue 3) il n’y a qu’un seul personnage que j’ai vraiment aimé, et il a une place très secondaire 4) c’est quand qu’on mange ? (bon, ça, je le demande toujours)

Chronique sur le tome 1 ICI

Pourtant, me revoilà, prête à vous parler du second tome. Parce que malgré tout ça, il fallait avouer que je n’avais pas réussi à lâcher le tome 1 et que j’avais envie de savoir comment ça allait (vraiment) se terminer. En effet, j’avais plusieurs théories à ce sujet et… et bien aucune n’a été la bonne. Du coup, malgré tous les reproches que je m’apprête à faire au livre, ce n’était pas une si mauvaise idée de le lire ! 😀

Est-ce pour autant de bonne augure concernant mon avis sur cette suite et fin ? Malheureusement, non. Autant le premier tome s’est lu rapidement et facilement d’un bout à l’autre, autant celui-ci m’a de plus en plus perdue en cours de lecture. Ici aussi, les parties de Carys m’ont plus intéressée que celles d’Andreus. Mais si dans le tome 1, j’avais plutôt aimé son côté « héroïne badass et courageuse (excusez-moi qui faut que j’aille décimer une armée entière à moi toute seule pour sauver le royaume et je reviens) », je suis restée plus sceptique concernant son traitement dans cette suite. Carys a beau continuer d’être badass au point que sa cape flotte toute seule autour d’elle toutes les dix pages (j’exagère à peine)(oui mais elle contrôle le vent alors ceci explique cela)(mais quand même, ça m’a fait rire), cela m’a paru encore plus artificiel que dans le premier tome. Trop pour moi. Quant à Andreus, il rame sévère durant tout le livre pour essayer de se racheter une conduite, mais cela m’a laissée vraiment indifférente. Son comportement dans le tome 1 avait l’avantage de me scandaliser et me donner envie de tout casser lire la suite pour savoir jusqu’à quel point il allait déconner… ^^

Je regrette vraiment que l’autrice n’ait pas choisi de plus développer son univers. L’idée de la cité qui fonctionne grâce aux vents, du fonctionnement des prophètes, le passé de la mère des héros… les éléments qui m’intéressaient le plus ne sont qu’évoqués de manière superficielle. Du coup, cela donne une intrigue que je trouve personnellement super bancale, même si elle a réussi à me surprendre à la fin. Mais là aussi, les révélations auraient pu faire l’objet de développements assez chouettes et enrichir les problématiques des personnages. Ou pas… le livre en tant que tel aura probablement séduit beaucoup de lecteurs, mais une chose est sûre : il n’a pas su jouer avec les éléments qui me plaisent dans un roman de fantasy. Même ses moments les plus dramatiques n’ont pas su me toucher, tant j’étais occupée à essayer de comprendre pourquoi l’autrice avait construit sa narration de cette manière (attends… mais il est déjà mort le mec, pourquoi il se bat encore avec lui alors qu’il a une main en moins et la gorge tranchée ? Ah, elle a fait un flashback de dix secondes en arrière du point de vue de la sœur ? Ou pas ? Comprends rien.)

Bref, la narration et moi, ça ne l’a clairement pas fait. La manière dont l’autrice raconte ses histoires n’a pas l’air de me convenir. Si je n’en étais pas certaine à la fin du tome 1, la lecture du tome 2 aura l’avantage de m’avoir fixée à ce sujet. Vu le succès de ses romans, elle a su parler à bien d’autres, mais pour ma part, je ne réitérerai sans doute pas l’expérience, même si je suis contente d’avoir eu le fin mot de l’histoire de Dividing Eden !

Mémoires d’un frêne – Park Kun-woong

Quand j’ai vu ce livre a la bibliothèque, il m’a semblé joli. “Oh tiens les mémoires d’un arbre ! Qu’est-ce que ça va être bucolique !!”. Je m’imaginais plusieurs souvenirs différents certains durs, OK, mais aussi des gosses qui jouent a la balançoire, pourquoi pas ?
D’ailleurs le premier chapitre m’a un peu laissée penser en ce sens : on suit deux frères qui ramassent du bois. Et même si ils parlent un peu des circonstances politiques, ça reste soft.
Et puis… Paf ! Dans ta tronche le bucolique, la prochaine fois vaudra mieux lire Martine se balade en forêt.
Mémoires d’un frêne est un des livres les plus durs qu’il m’ait été donné de lire. Juste après Incendies, de Wajdi Mouawad je dirais.

Alors, j’avais quand même feuilleté le livre avant de l’emprunter, j’avais bien vu les soldats qui sont d’ailleurs aussi sur la couverture. Mais, m’étais-je dit, ça allait être un souvenir parmi d’autres. Le frêne allait aussi nous raconter des souvenirs de pique-niques en été.
Ben non. On est loin mais alors très loin du pique-nique !

Encore que … le frêne évoque souvent limage d’un grand festin. Mais c’est plus celui des mouches et des asticots que celui de la gentille petite famille avec son plaid à carreaux..

Pas de patchwork de souvenirs donc. On nous décrit bien en passant les gamins qui s’amusaient a tailler les branches, le vieil homme qui plante du ginseng, les villageois qui ramassent du bois pour le feu, mais tout cela est au service d’une seule grande histoire, celle d’un massacre de masse organisé en Corée du Sud en 1950, au début de la guerre de Corée, contre des civils. C’est horrible, poignant …
C’est raconté avec un faux détachement en raison de cet arbre-narrateur qui ne comprend pas tout mais qui est content parce que ça le sort de sa routine et fertilise sa terre…. Un tel contraste avec le récit rend le tout encore plus marquant.


On a un parallèle entre la barbarie terrible de cet événement et l’indifférence de la nature qui se moque bien des combats des hommes… Après tout ça donne manger a énormément d’espèces nous dit le frêne…
Un parallèle entre les paroles très neutres voire oniriques du frêne, et les dessins hyper expressifs – sans pour autant, il me semble, tomber dans le gore gratuit.

A plusieurs moments de ma lecture, je pensais que ça allait se calmer, et finalement, on monte encore dans l’horreur. Et pourtant je n’arrivais pas a arrêter de lire tant la narration est bien menée.

Je ne connaissais rien a cet événement avant de lire le livre, le feuillet historique final a été bien instructif pour remettre le récit dans son contexte. Si de manière émotionnelle on s’était déjà rendu compte de la cruauté de tout ça, l’explication ne l’adoucit pas : des villages massacrés par leur propre pays car dans le tas, certains étaient opposants politiques, plus ou moins affichés, pour au final entre 100000 et 200000 morts volontairement oubliés par l’Histoire coréenne.

Pour autant le livre ne m’a pas paru manichéen. Il y a bien un gros encu** pour qui visiblement la vie humaine ne vaut rien, mais sinon, c’est plutôt l’entité armée ou gouvernement qui est accusée, et non les individus. Y compris parmi les soldats coupables du massacre et obéissants aux ordres on voit bien que la plupart ne font pas ça de gaieté de cœur : certains cherchent à s’enfuir, d’autres vomissent systématiquement …

Je ne vais pas vous le cacher (et pourtant quand je lis des chroniques comme ça je passe toujours mon chemin – mais là çaurait été dommage ^^ ),  c’est une claque, un récit dur mais nécessaire … Comme le dit l’auteur : l’importance de témoigner et garder en mémoire. 

NB : si vous êtes d'un naturel sensible, je préfère vous prévenir que je n'ai pas choisi les plus dures images du livre pour illustrer cet article.