Défi : Tristan et Iseult & l’adaptation L’Eternel Retour – J. Delannoy

Les défis sont de retour : cette fois-ci, le thème était “le XIIème siècle : œuvres écrites à ce siècle ou qui s’y déroulent” !
Pour plus d’infos, toutes les infos sur la page dédiée et n’hésitez pas à nous rejoindre sur le groupe Facebook ou Twitter

Ah, Tristan et Iseult, ce couple qui représente si bien la pasión aussi impossible qu’interdite ! Tristan et Iseult s’aiment, mais elle est mariée à Marc, l’oncle de Tristan. Ayant absorbé un philtre d’amour qui les oblige à rester l’un près de l’autre sous peine de mourir, Tristan et Iseult vivront leur amour en secret (voilà qui promet des aventures dignes des meilleurs épisodes d’Amour, gloire et beauté, n’est-il pas ?).

Tristan et Iseult, par René Louis, 1967

Les origines de la légende sont incertaines, comme pour toute bonne légende, me direz-vous. A priori plutôt celtique, on en relève des traces dès le VIIè siècle, mais c’est au XIIème siècle que Tristan et Iseult auraient (peut-être, possiblement, éventuellement) fait leur entrée dans la littérature. On possèderait des fragments de texte écrits par différents poètes de l’époque, dont le nom nous fait froncer les sourcils et balbutier un “ouais, ça me dit quelque chose, le bac de français, tout ça… Je te ressers du gâteau ?”. Oui, oui, on reveut bien du gâteau, parce que Béroul, Ulrich von Zatzikhoven et Renaud de Beaujeu, on les aime bien, c’est bien gentil à eux d’avoir fixé à l’écrit la légende de Tristan et Iseult, mais ce ne sont pas les 20 lignes de leurs pages Wikipédia qui vont nous permettre de vraiment disserter sur les bonhommes.

La version que j’ai lue est signée René Louis, médiéviste et historien qui s’était donné la mission de proposer une version de la légende dans un français moderne. A destination du grand public, cette version viserait à ce que chacun puisse apprécier l’histoire de Tristan et Iseult, qui reste assez obscure et inaccessible dans la plupart de ses versions médiévales et morcelées. Une démarche que je trouve assez chouette, personnellement.

Jusque là, tout est très cool. Ce qui est moins cool, c’est que j’ai détesté ma lecture. Autant toutes ces histoires d’origine de la légende, l’intertextualité, les différentes réécritures, la symbolique, tous ces trucs m’ont passionnée, autant le roman en lui-même m’a surtout agacée (spéciale dédicace à mes proches qui ont eu droit à des sms légèrement vénère à ce sujet pendant ma lecture :D).

En lisant les différents dossiers et préfaces, j’étais fascinée par cette légende : elle reprend un thème assez courant dans les légendes celtique qui traitent des familles royales. Par exemple, dans les versions primitives de la légende du Roi Arthur, Guenièvre aurait également une liaison avec Mordred, le neveu préféré d’Arthur. La femme qui conquière et lie à elle l’homme qu’elle aime serait un motif assez récurrent selon l’auteur. On peut en effet remarquer que dans le cas de Tristan et Iseult, c’est Iseult qui choisit de boire la potion et de la partager avec Tristan au de lieu de le faire avec son mari, comme c’était prévu.

Ok, sauf que dans les faits, je n’ai pas été sensibles aux archétypes proposés : Tristan, cet amoureux passionné qui s’en va occire quelques dragons de temps à autres et survivre à quelques trucs auxquels on n’est pas censé survivre… bah oui, il faut bien qu’on n’oublie pas trop que c’est un héros invincible (sauf quand il s’agit d’amouuuur, bien sûr). Et Iseult, dont on pourrait admirer la force de caractère et de décision, qui se retrouve à concentrer tous ses efforts dans les manigances pour que son mari ne découvre pas qu’elle le trompe avec son neveu. Parce que tout le monde sait, pour la liaison, sauf que personne n’arrive jamais à le prouver, because Iseult est décidément trop rusée, voyez-vous.

Toute la partie centrale du livre pourrait être résumer ainsi : 1) Tristan et Iseult veulent jouer au docteur ensemble 2) ils trouvent une astuce pour se retrouver seuls 3) zut, quelqu’un les a grillés, quel fifrelin ! (parce que les mauvais de l’histoire sont toujours ceux qui veulent dire la vérité, pas Tristan et Iseult qui prennent tout le monde pour des idiots. Et oui.) 4) Iseult réfléchit très fort et donne ses instructions à Tristan 5) ils appliquent le plan, qui fonctionne, et Marc-le-mari dit “ok, déso chérie, vraiment j’abuse, je suis un vilain jaloux, comment une créature aussi honnête que toi pourrait se taper mon neveu adoré, hein ?”.

Alors, il faut reconnaître plusieurs choses :

– certains stratagèmes sont vraiment bien trouvés et habiles
– Marc a des oreilles de cheval, et vu que la relation de Tristan et Iseult a l’air de reposer pour beaucoup sur le physique, on peut comprendre qu’elle préfère le neveu BG à l’oncle croisé avec un équidé.
– il y a des épisodes qui varient, d’accord, le début et la fin sont sympas, mais le milieu est tellement long qu’il se pourrait que j’ai caricaturé à mort tout ça (même si je maintiens tout de même que ça reste très répétitif).

Et voilà. La relation entre Tristan et Iseult pourrait être très jolie, sauf qu’elle m’a laissée très froide. Tristan trouve Iseult très belle, il est fasciné par ses cheveux, Iseult est folle de Tristan aussi, et ils ne rêvent de que passer leur temps à se rouler dans le foin ensemble. Super. (Vous le dites si je sonne comme une vieille aigrie qui vit avec ses 12 chats, hein :D). Bref, je n’ai pas été touchée par leur passion. Je sais que les amateurs de la légende auraient énormément de bons arguments pour contrer tout ce que j’ai dit et analyser pertinemment l’histoire des deux amants maudits en montrant la beauté de cet amour et la force de chaque épisode – même ceux qui m’ont paru redondants. Mais vous savez : la légende en elle-même, je la trouve toujours aussi fascinante. Je pense que mon problème majeur vient de la version, qui n’a pas su le faire avec moi. Il y a moyen que j’adore dans une autre version. D’ailleurs, la Luciole a trouvé une très chouette adaptation en film. Je vais donc lui laisser la parole, parce que je n’ai déjà que trop radoté sur combien ma lecture a été un fiasco 😀

L’adaptation moderne par Jean Delannoy (1943)
L’Eternel Retour

En cherchant une adaptation de Tristan et Iseult pour ce binôme, je me suis rendu compte à ma grande surprise qu’il n’y en avait pas tant que ça. Il y avait bien … celui-ci :

ou celui-ci … :

mais très franchement j’étais pas d’humeur et je crois que je n’aurai pas eu assez de second degré en ce moment pour les apprécier 😀 Alors même si j’avais bien envie de voir un bon petit film fantastique je me suis reportée sur tout l’inverse L’Eternel Retour.

Un petit texte signé Cocteau débute le film : « Ce titre, emprunté à Nietzsche, veut dire, ici, que les mêmes légendes peuvent renaître, sans que leurs héros s’en doutent. Eternel retour de circonstances très simples qui composent la plus célèbre de toutes les grandes histoires du cœur ».

Un titre inspiré de Nietzsche ça donne tout de suite le ton hein. :p En gros, « l’Éternel Retour » de Nietzsche peut être compris comme « mène ta vie en sorte que tu puisses souhaiter qu’elle se répète éternellement » (d’après Wotling). Nous avons donc les personnages du film L’Éternel Retour qui répètent la vie de Tristan et Iseult. Mais comme la « philosophe » du blog c’est plutôt Morgana, je ne rentrerai pas dans les détails. :p Comme le précise la citation de Cocteau, par celle-ci, L’Éternel Retour assume surtout son statut de réécriture de mythe, nous invitant à regarder le film avec ce regard-là dès le début même si Tristan et Iseult ne sont pas directement cités.

Du coup, le film propose une version modernisée et réaliste de Tristan et Iseult. Et du coup … qui dit « modernisé » dit qu’à la place de Tristan et Iseult, nous avons Patrice et Nathalie dans une petite ville de pêcheurs (accompagné d’un nain). Patrice ressemble plus à Tintin qu’à Tristan et à la place d’un géant à zigouiller, « Tristan » doit s’attaquer à un ivrogne dans une taverne. Ouaip, avec Patoche et Nathou, la partie « héroïque » du binôme est définitivement révolue 😀 C’est pour ça que j’ai un peu parlé de Nietszche, pour faire semblant de dire des trucs intéressants 😀

Passés ces détails plutôt futiles (si on garde le « tri » de Patrice, ça fait presque Tristan, et puis il y a même un château alors on va pas faire les difficiles !), l’histoire du film reprend vraiment celle du mythe. Les éléments les plus connus tels que la potion qui rend amoureux ou les pavillons blancs sur les bateaux (le canot à moteur dans le film :D) sont bien présents ainsi que les relations entre les personnages. Le film a beau se dérouler dans un cadre très différent de celui du mythe, l’histoire reste très fidèle, et contrairement à Morgana, j’ai pris un grand plaisir à la découvrir.

Il faut dire que dans cette version du mythe, contrairement à celle de Morgana, je n’ai pas eu l’impression que tous les actes de Patrice et Nathalie étaient là pour faire comprendre qu’ils couchaient ensemble. Je n’ai pas trouvé non plus que leur relation était absolument magique et romantique, mais j’ai pris grand plaisir à les suivre malgré tout :p

Le fait que le contexte soit modernisé mène à plus s’interroger sur certains éléments de l’histoire : la « potion magique » paraît un peu sortir de nulle part ici même si Nathalie précise qu’elle ne croit pas du tout à ce genre de choses, et surtout, le mariage arrangé sur lequel Nathalie ne se pose aucune question paraît plus étrange dans les années 40 que dans un contexte médiéval. Comme quoi, cela met vraiment en avant le fait que certains éléments peuvent paraître normaux dans un cadre donné et presque choquants dans un autre. ^^

J’ai donc beaucoup aimé voir cette adaptation, j’ai été très prise par l’histoire à en oublier qu’il n’y avait ni dragon ni géant (mais ça reste quand même très triste j’essaierai donc de voir l’adaptation fantasy :p). Et puis bon, ces derniers temps, entre La Belle et la Bête et tous les Fantomas que j’ai revu un peu par hasard, je suis abonnée à Jean Marais, alors si en plus il a des pantalons à la Tintin, que demande le peuple ? 😉
Allez, à la revoyure, comme on disait à l’époque de Jean ! :p

Défi XIIème siècle : Temudjin – Ozanam & Carrion

Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve que “Temudjin”, ça sonne bien. Ça pourrait même faire le titre d’un tube de l’été. « Tee-mu-djiiiin, Roi des steppes de Mongoliiiiie ! (Voilà, mon destin n’est pas d’être parolière, rassurez-vous). Mais à part le titre de ma super chanson, Temudjin, c’est le prénom de Gengis Khan, et le titre de la duologie de BD que j’ai choisie pour le défi XIIème siècle !

Pour resituer un peu ce Défi, après notamment les thèmes lire un livre dont la couverture est jaune, lire des livres de nationalités tirées au sort (croate, et mongole), lire un livre écrit par un auteur qui a les mêmes initiales que nous etc … Cette fois, il fallait lire un livre dont l’intrigue se situe/ qui a été écrit pendant un siècle tiré au sort. En l’occurrence le 12ème siècle.

Ça peut paraître un peu relou mais en vrai ya plein d’œuvres chouettes sur le thème du 12ème siècle et en plus du binôme Tristan et Iseult qu’on vous proposera en commun avec Morgana, je voulais découvrir autre chose, et si possible sortant un peu de l’histoire occidentale. Gengis Khan par exemple ?

Yeah ! 😀 Tout ça pour ça, ça se voit que ça faisait longtemps que je n’avais rien publié sur le blog et que ça me manquait 😀

Bon, qu’ai-je pensé des deux tomes de Temudjin ?

Temudjin, c’est donc le prénom de celui qu’on connaît sous le nom de Gengis Khan, souverain et fondateur de l’empire de Mongolie (c’est le défi Mongolie qui devait me manquer 😉 ). Ces deux BD s’intéressent donc à comment le jeune Temudjin est devenu l’empereur que l’Histoire a retenu, de sa naissance à l’apogée de son règne. Enfin presque, parce qu’ici ce n’est pas tellement le côté historique qui compte, mais le côté légendaire, et c’est ce qui m’intéressait ! 😉 Comme pour beaucoup de personnages historiques de cette envergure, la légende bâtie autour de Gengis Khan est aussi importante, si ce n’est plus, que la réalité historique.

Dans la BD, Histoire et monde onirique se mêlent sans cesse et s’imbriquent tellement que je n’arrivais parfois plus à les distinguer l’un de l’autre.

Temudjin serait le fils de l’esprit du Loup, un grand Loup bleu qui aurait mis la mère de Temudjin enceinte. Du coup, en bon fils d’esprit du loup, dès son enfance, Temudjin peut communiquer avec les esprits, et notamment l’esprit de l’arbre, une grande blonde avec une grosse … frange qui devient plus ou moins sa femme dans son monde intérieur. Ça va, je ne vous ai pas perdus ? 😀

Ça, c’est le tout début de la duologie, certains éléments semblent vraiment correspondre à la légende existante de Gengis Khan, mais les auteurs ont sans doute ajouté leur touche et leur interprétation.

En tout cas, ce parallèle entre la réalité dans laquelle vit le Gengis Khan de la BD et le monde des esprits, qui existe majoritairement à l’intérieur de lui-même m’a vraiment bien plu. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé comment les esprits sont représentés, avec des traits plus clairs, sur un fond bleu sombre, et quelques touches de couleurs, comme une photo en négatif. Tous ces dessins en numérique s’intègrent très très bien. J’ai trouvé toutes ces cases très belles et j’ai regretté qu’il n’y en ait pas plus. D’autres au contraire, surtout dans le tome 2, m’ont gênée tant elles semblaient moins travaillées, aux traits plus grossiers, et parfois avec une perspective bizarre, ça faisait un sacré contraste entre les autres cases que je trouvais si belles …

A part ce détail, je n’ai pas grand chose à reprocher au tome 1. J’aurai peut-être aimé qu’on suive un peu plus Temudjin enfant avant qu’il devienne adulte, mais globalement l’histoire m’a bien transportée.

Je crois que ça s’est gâté pour moi dans le tome 2.

Là, le personnage de Temudjin m’était beaucoup moins sympathique (ce qui peut être cohérent par rapport à la réalité historique) et je n’arrivais plus vraiment à faire la distinction entre le monde réel et le monde onirique. Cela aurait pu avoir un côté très sympa et je pense que c’est volontaire, mais j’étais complétement paumée 😀

Dans ce tome 2, Temudjin est vraiment devenu Gengis Khan (le « souverain universel »), il est le chef de son peuple et entreprend les conquêtes militaires qu’on lui connaît. Et là, c’est typiquement le genre de récit que j’ai du mal à suivre, alors si en plus la moitié du temps ça se passe dans sa tête, et avec des hommes buffles, c’est même plus la peine pour moi d’essayer de faire la distinction entre ce qui est historique, ce qui appartient à la légende, et ce que la BD crée elle-même. Même en lisant et relisant la page wikipédia, je galère encore 😀 Je n’ai pas bien suivi qui était ce premier Temudjin dont le héros de la BD devait suivre la destinée par exemple.

Alors, certes, ce n’est pas forcement le but du jeu, mais quand même j’avais envie d’en savoir plus, et voir comment légende et histoire s’entremêlait m’intéressait vraiment ! Entre les Légendes du Roi Arthur, Tristan et Iseult, j’ai l’impression que c’est un peu la marque de fabrique des récits traitant de cette époque :p Et nous cet enchevêtrement fiction-réalité, on aime ça, ça nous avait déjà bien occupées dans l’article sur la Princesse de Montpensier :p

Bref ! Je vais encore plus m’emmêler après et croire que Temudjin est en couple dans sa tête avec la Princesse de Montpensier, ça va être le bordel !

J’ai donc moins adhéré à ce deuxième tome, si les esprits sont très présents, on retrouve moins ces cases en « négatif » qui m’avait tant plu dans le tome 1, et j’ai franchement galéré avec l’histoire. En soi, si on ne cherche pas trop à distinguer le « vrai » du « faux » ça reste compréhensible, je me suis sans doute posé trop de questions ^^

Temudjin n’a pas été une mauvaise lecture, au contraire, j’ai passé un bon moment avec ces deux tomes, qui changent vraiment de ce que j’ai l’habitude de lire, mais j’en attendais plus et j’ai un petit sentiment de frustration. L’histoire me laisse un peu sur ma faim, je pense que j’aurai eu envie de creuser cet univers des esprits et du parallèle réalité/fiction. Mais bon, dans l’ensemble, pourquoi pas :p

(Je viens aussi de me rendre compte qu’Antoine Carrion, l’illustrateur de Temudjin, est aussi celui de Nils, une BD qui me fait de l’œil depuis bien longtemps ! Je crois que ça va me motiver pour de bon à la découvrir et à comparer avec Temudjin 😉 )

La Maison sur le Rivage – Daphné Du Maurier

Écrire cet article me brise le cœur. Pourquoi me fais-je autant de mal ? me demanderez-vous. Mais parce que je vous dois la vérité, rien de moins ! 😀 L’année dernière, mon article sur Ma Cousine Rachel s’était  transformé en déclaration d’amour où je vous disais (presque) que je comptais consacrer ma vie à Daphné du Maurier et son génie littéraire. En ce début 2018, je suis au regret de vous annoncer que l’un de ses livres m’a déçue. Beaucoup.

En Cornouailles, dans une très ancienne demeure, un homme cède à la tentation de vérifier les effets d’une nouvelle drogue mise au point par un savant réputé. C’est le début d’un long voyage, au cours duquel il va se retrouver plongé dans un passé vieux de plus de six siècles. Mais les troublantes scènes dont il va être le témoin invisible sont-elles pure illusion ? Les personnages qu’il croise ne sont-ils que des fantômes nés de son imagination ?

________

Qu’on soit d’accord : je n’avais AUCUNE idée de ce dont allait parler La maison sur le rivage. Mon cerveau avait vaguement retenu les mots “Cornouailles” et “mystère”… Du Daphné du Maurier, quoi. Et j’en étais ravie. Je n’attendais qu’une seule chose : plonger dans ces ambiances si particulières qu’elle seule sait créer et me laisser prendre par la psychologie des personnages fascinants qui ne manqueraient pas d’être au rendez-vous…

Non, ils n’oseraient pas ne pas être au rendez-vous, n’est-ce pas ?

Eh bien si.

Pour du Daphné du Maurier, on a été sur la fascination très, très légère. La preuve : je n’arrive même plus à me souvenir du nom du héros (“quelque chose” Young, il me semble), alors que j’ai terminé le livre la semaine dernière.

Parlons du thème : en débutant, je me suis demandée si on n’allait pas plus pencher vers le fantastique que dans les autres romans de l’auteure que j’avais lus. Au final, pas vraiment. Mais justement, cette frontière si fine entre réalité et folie, qui est ce que j’adore chez Du Maurier, n’a ici pas bien fonctionné sur moi. Pire, je l’ai même trouvée très moyennement exploitée. Si ça avait été écrit par quelqu’un d’autre, peut-être aurais-je été très indulgente, mais là, j’avais juste envie d’écrire une lettre à Daphné pour lui demander ce qui lui était arrivé. “Chère Daphné, Qu’est-ce que c’est que ce bordayl ? Tu as rangé ton génie dans un tiroir ou…?”.

Pourtant, avec cette histoire de drogue, tout était là pour créer le doute et faire monter le suspense. Mais, mais, mais… Peut-être qu’un passionné d’Histoire serait plus intéressé que moi, mais les débuts des “voyages dans le temps” du héros m’ont juste complétement paumée. “Attends, Sir John c’est qui ? Le cousin par alliance de la sœur de la nana dont j’ai oublié le nom mais qui est une vraie connasse ?” *30 secondes plus tard* “Ok, ça doit être ça, mais je n’ai toujours pas compris ce que ça veut dire concrètement, si ce n’est qu’ils sont tous consanguins.”
En vérité, ça ne doit pas être si compliqué que ça, mais le récit peinait tellement à m’accrocher que j’ai fait preuve d’une mauvaise volonté assez balèze.

J’ai fini par me laisser porter par le récit et, très vite, je me suis aperçue que l’histoire d’Isolda & co (les personnages du passé) ne m’intéressait que très peu. J’ai trouvé leur psychologie très sommaire et, pour le dire franchement, je m’en battais un peu la race contrefichait de ce qui avait pu leur arriver.

Par contre, les événements de la “réalité” m’intéressaient bien plus. Notamment Magnus, l’ami scientifique du héros qui est à l’origine de la drogue, est celui qui s’approche de plus près des personnages “du maurien” comme je les aime. Il est mystérieux, impertinent et on ne le comprend jamais tout à fait sans pouvoir tout à fait s’empêcher d’essayer. Voilà, là on est sur du personnage intéressant ! 😀

Même l’ambiance et le cadre pâtissent du côté très historique, qui donne un côté plus froid et concret que dans les univers habituels de Du Maurier. J’ai souvent trouvé que ces informations faisaient parfois plaquées. Les pérégrinations du héros dans la région, à la recherches des différents sites et de ce qu’ils sont devenus depuis l’époque où l’emmène la drogue ne m’ont clairement pas beaucoup fait palpiter. L’ambiance gothique typique de Du Maurier n’est pas autant au rendez-vous qu’espéré, et j’ai moins été sensible au cadre médiéval des “voyages” du héros.

Je reconnais cependant que, plus on avance, plus le livre a réussi à me happer. Au fur et à mesure que le héros semble perdre le sens des réalités, La maison sur le rivage se faisait de plus en plus captivant, à jouer avec mes nerfs et à laisser s’infiltrer l’incertitude. A partir d’un certain événement très marquant, l’intrigue connaît un tournant et apparaît alors ce malaise qui fait redouter la suite autant qu’il suscite le besoin de la connaître.

La fin m’a plutôt convaincue, elle mêle surprise et incertitude, même si elle conserve un petit goût d’inachevé. Mais même ça, c’est presque ce que j’ai préféré.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à manger beaucoup trop de chocolat pour oublier. Ou à lire très vite un nouveau Du Maurier, en espérant qu’il soit du niveau de ceux que j’avais lus précédemment. Allez, Daphné, je t’excuse, on ne peut pas être toujours au top, et puis ce roman aura sans doute été au goût de beaucoup d’autres lecteurs !

Riverkeep – Martin Stewart

Dans 3 jours, Wull aura 16 ans. Ce sera alors à lui de succéder à son père et de devenir le Riverkeep, celui qui garde le fleuve Danèk. Si vous imaginiez un joli petit cours d’eau tranquille, oubliez : le Danèk charrie essentiellement des cadavres et des créatures maléfiques. Mais comme si la vie de Wull n’était déjà pas assez meugnonne comme ça, il faut en plus que l’une des créatures décide de posséder son père. Pour le sauver, Wull va devoir se lancer dans un périple qui lui réserve bien des surprises…

Voilà, bienvenue chez Wull. Si vous avez une phobie des mots tels que “borborygmes”, “croûtes”, “intestins”, “entrailles”, “moignon”… évitez, vraiment. Car ce sera l’un des principaux reproches que j’ai à faire à Riverkeep : on l’a compris on est sur un livre qui veut faire frissonner mais qui préfère utiliser pour ça des tonnes de mots peu ragoûtants plutôt que de jouer véritablement avec notre peur. Enfin, peut-être que l’auteur voulait vraiment faire un livre blindé d’adjectifs et de de noms répugnants. Dans ce cas c’est réussi, l’univers est rempli de trucs et de passages pas très mignons. Seulement, vu le potentiel du livre, j’aurais aimé qu’il me fasse véritablement frissonner, qu’il joue avec notre peur, avec le non-dit plutôt qu’avec trop descriptif, qui a juste eu pour effet de me dégoûter… ou de me faire rire, quand c’était vraiment trop. Et comme ma sœur le lisait avec moi, j’avais quelqu’un avec qui partager ces moments de frustrations intenses quand l’auteur n’exploitait pas une scène qui aurait pu s’avérer terriblement inquiétante mais s’avérait juste… sale.

Bon, après, c’est un parti-pris et une affaire de goût.

A côté de ça, l’aspect humoristique est beaucoup mieux géré. Les dialogues, qui frôlent souvent l’absurde, sont assez savoureux. L’auteur a créé une bande de personnages bien tapés très hétéroclites qui lui permet des interactions très drôles. Point négatif ? C’était souvent très long, ces dialogues. Du coup, on finissait par être un peu lassées des chamailleries de Till, Remedie et Mix, les compagnons de route de Wull. De manière générale, il faut dire que j’ai trouvé que le roman souffrait d’un sérieux souci de rythme : j’ai bien mis une cinquantaine de pages à me prendre au jeu et à entrer dans le livre, mais même une fois “dedans”, l’intrigue me paraissait bancale. Ok, je m’étais attachée aux personnages et j’avais fini par adhérer au ton général, mais plusieurs péripéties m’ont paru assez inutiles : je ne trouvais pas qu’elles servaient de manière pertinente l’intrigue principale.

D’ailleurs, c’est peut-être cela mon principal problème : l’intrigue principale ne m’a pas paru assez exploitée, au profit d’épisodes secondaires extrêmement sympas mais censées être… secondaires, tout simplement (le Croquebotte, l’équipe qui poursuit Till, Clutterbuck l’étrange scientifique, Mme Wurth, Mme Vihv…). Ce sont tous ces épisodes qui nous captivaient ma sœur et moi, nous faisaient rire ou nous ont parfois émues. L’axe du père de Wull nous a laissé assez froides au début (on était encore dans la phase où on essayait d’apprivoiser le livre, voyez-vous) et la fin, si elle est assez touchante, tombe très rapidement. Alors qu’on sent bien que l’auteur la prépare depuis le début (logique), elle m’a tout de même donné la sensation d’arriver de nulle part et de comporter de nombreuses zones d’ombres qui auraient mérité d’être éclaircies. De même pour certaines intrigues secondaires, qui m’ont laissée sur ma fin – ce qui m’a doublement frustrée car, je vous le rappelle, les intrigues secondaires sont ce que j’ai le plus aimé.

Je trouve tout de même cela dommage, car l’histoire de Wull et de son père est très jolie : on parle de transmission, de lien filial,  d’affronter ses peur et de se dépasser par amour, bref, de découvrir de qui on est et quel genre d’adulte on veut devenir… Du coup, je regrette que cela n’ait pas été encore plus exploité. J’apprécie presque plus cet aspect du livre en vous en reparlant maintenant que durant ma lecture.

Riverkeep a été un moment de lecture partagé avec ma sœur et restera un bon souvenir grâce à cela. Si je l’avais lu seule, peut-être cela aurait-il été différent : il y a quand même beaucoup de points du livre qui m’ont déplu, même si l’univers atypique reste très sympa et la bande de personnages souvent hilarante, parfois touchante.
A voir selon le type d’éléments qui vous séduisent dans un livre 😉