Le Sculpteur – Scott McCloud

Le Sculpteur, c’est la BD qui m’a donné envie de m’intéresser au roman graphique, qui m’a montré qu’il existait d’autres formes que la classique franco-belge ou que les BD fantasy type Lanfeust. Au moment de ma lecture ça a été une véritable révélation, cette réécriture du mythe de Faust, tout en bleu noir et blanc. J’en garde le souvenir du traitement du mouvement de manière incroyable. Et ce n’est pas rien quand le cœur de l’histoire c’est la sculpture, massive et immobile.

Bref une révélation. Ça avait été un coup de cœur intersidéral ! J’en avais d’ailleurs parlé, ma première chronique se trouve en bas de cet article.
Je ne l’ai pas relu depuis, et j’avais très envie de le faire, maintenant que j’ai découvert d’autres livres du genre, dont de grosses références et beaucoup de coups de cœur. Du coup relire Le Sculpteur me faisait un peu peur … Et si je ne l’aimais pas autant que la première fois ? Et si le fait que j’ai été transportée à ma première lecture était dû au fait que je ne connaissais pas le genre ? Et si en en découvrant d’autres, mes goûts de romans graphiques avaient changé ?
Ouaip, l’entreprise était périlleuse. Je risquais d’être déçue je le sais. Mais je suis une aventurière qui vit dangereusement, qui mange des frelons et se baigne avec les crocodiles 😀 (non).
Alors j’ai pris mon courage à deux mains, je me suis attelée à cette relecture et je viens vous en reparler ! 😉

Le Sculpteur - Scott McCloud

En mal d’inspiration, David Smith, jeune sculpteur torturé se voit proposer un pacte qui lui permettra de réaliser son rêve d’enfance : sculpter ce qu’il souhaite à mains nues. Mais rien n’est éternel et tout a un prix. En échange de sa vie, il aura deux cents jours pour créer son OEuvre. Et il va le payer encore plus cher : au lancement du compte à rebours, il rencontre le grand amour… De quoi ébranler toutes ses certitudes.


J’ai débuté ma relecture avec une petite appréhension, et puis elle s’est très vite envolée.

J’ai de nouveau été transportée par ma lecture, par le rythme, la profondeur des personnages. J’ai redécouvert l’histoire que j’avais un peu oublié en fin de compte.

Je reste d’accord avec mon avis d’il y a deux ans : j’adore la vie que Scott McCloud a su insuffler à ses personnages, mais aussi à la ville, aux lignes de fuites très intenses, le côté mythe de Faust et la mort qui joue aux échecs comme dans Le Septième Sceau, la sensation de mouvement et au sentiment que certaines pages se lisent plus vite que d’autres tant je trouve que le rapport au temps est bien géré dans cette BD.

Cette réédition propose un long entretien (très intéressant) avec l’auteur, sa façon de travailler, le parallèle avec sa vie … Et il le dit lui-même qu’il voulait qu’on ait l’impression que le temps s’accélère à mesure où les jours comptés à David passent, puis ralentissent, et que cela se ressente réellement dans la lecture. En lisant ça je n’ai été on ne peut plus ravie de l’avoir remarqué lors de ma lecture sans savoir que c’était un peu le but ultime de l’auteur :p Et encore plus ravie que cela fonctionne aussi bien !

Malgré tout, si j’ai retrouvé tout ça, j’ai été surprise de voir que ce qui m’a marquée cette fois-ci, ne sont pas forcément les mêmes choses que lors de ma première lecture. Je m’étais suffisamment extasiée sur la technique lors de ma première lecture, j’ai pu mieux entrer dans l’histoire. En tout cas de ce que j’en m’en souvenais. Le personnage de Meg ne m’avait pas tant frappée la première fois, alors qu’elle m’a cette fois-ci profondément émue. Il faut dire que je crois que je me suis un peu identifiée … ^^ Le rapport au temps, à la mort, au fait de savoir ou non les jours qu’il nous reste à vivre … je trouve Le Sculpteur incroyablement puissant, et j’ai (encore) finit en larmes après l’avoir lu d’une traite 😀 Heureusement que ce n’était pas le même exemplaire du livre (la première fois c’est un ami qui me l’avait prêté), sinon il va finir détrempé le pauvre sculpteur 😀

Lire l’entretien au départ m’a aussi permis d’y voir des choses qui ne m’aurait pas forcément touchée autrement.

L’influence des comics par exemple, le fait que David est une sorte de super-héros avec des super-pouvoirs … Oui ben oui, sculpter tout type de matériaux à mains nus, ce n’est pas très humain comme pratique à la base … Mais je ne sais pas, ça ne m’avait pas effleurée au départ. Je ne suis pas une adepte des comics et des super-héros. Je n’en ai jamais lu et je n’aime que le Joker-Heath Ledger, parce que c’est Heath Ledger, et les Superman des années 70 parce que je regardais ça quand j’étais petite ^^ Ouais, ma culture en comics est plus que limitée, du coup ce n’est pas ce que j’avais retenu du livre. Pourtant c’est bien là, et je trouve ça très intéressant de voir comment cette influence des comics prend corps dans le livre, comment la ville y devient presque un personnage à part entière …

Tout ça pour dire qu’il me semble que Le Sculpteur est un livre incroyablement riche, autant sur les thèmes abordés que sur les influences de l’auteur. Je l’ai lu deux fois, et en ai retiré des choses très différentes, selon mon état d’esprit, la période de ma vie etc … et je suis sûre que chaque personne peut en tirer des choses très différentes les unes des autres également – être plutôt attiré à la base, comme moi, par le côté sculpture et réflexion sur le procédé créateur quasi-destructeur de l’artiste, ou plutôt par le côté super-pouvoirs, l’histoire sentimentale … J’ai l’impression qu’énormément de lectures sont possibles !

Scott McCloud écrit surtout de la non-fiction, des livres SUR la bande-dessinée.

Les sources, la théorie de cet art, les techniques pour passer d’une case à une autre, à faire progresser le temps, représenter les ellipses … Je suis épatée de voir à quel point il arrive à mettre en pratique ce qu’il dit en théorie, et à quel point visiblement ça fonctionne. (En tout cas sur moi ça fonctionne :D.) J’ai l’impression que ce n’est pas toujours le cas les bons critiques et théoriciens ne sont pas forcément de bons artistes, et vice-versa. Je n’ai pas lu les non-fictions de l’auteur, mais ça me donne vraiment envie de les découvrir maintenant !

C’est fou parce qu’en général, lorsque j’écris sur un coup de cœur, je n’ai pas tellement de chose à dire à part « c’est géniiiiaaaal !!! » et là, ça à beau être la deuxième fois que j’écris sur Le Sculpteur, je continue à ne pas tarir d’éloges et à avoir l’impression que je pourrai continuer longtemps 😀 J’ai vraiment adoré relire ce livre, et le dossier du début a vraiment apporté quelque chose à ma lecture, un peu comme l’avait fait celui de La Forêt Millénaire. Très intéressant et très complet, il m’a permis d’en découvrir plus sur l’auteur et sa manière de travailler, de porter un regard un peu différent sur le livre.

Bref, cette fois-ci comme la première fois, Le Sculpteur est un coup de cœur, et je crois bien qu’il le restera !

 


Mon avis après ma première lecture : 6 janvier 2016

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Les Dames du Lac – Marion Zimmer Bradley

Voilà des années que j’entends parler des Dames du lac. D’abord en bien (grand bien), puis des avis mitigés m’avaient refroidie. Le défi XIIème siècle avait relancé mon envie de lire cette duologie. Alors, au final, Les dames du lac : bonne surprise ou déception ?

Quand je dis que cela fait des années que j’entends parler de ces livres, j’entends par là une bonne dizaine d’année. Il y a environ 3 ans, j’avais trouvé des exemplaires d’occasion pour quelques centimes, mais cela correspondait au moment où des copines blogueuses l’avaient lu et avaient été déçues. Et ça a été ainsi à chaque fois que j’ai été tentée de les lire ces dernières années : à chaque fois, quelqu’un me disait juste à ce moment-là que “rhôô oui, c’est culte mais franchement ça m’a pas transcendé, il y a mieux à lire”. Bon.  Les exemplaires sont donc restés dans ma bibliothèques, consacrant leur temps à récolter toute la poussière disponible chez moi.

Super, merci pour le moment 3615 my life, mais au final, ça parle de quoi, Les dames du lac ?

C’est tout simplement une réécriture des aventures de oui-oui, mais durant la seconde guerre mondiale, bien sûr !
… ou peut-être qu’il s’agit d’une réécriture des légendes arthuriennes racontées du point de vue des femmes, en particulier Morgane la fée, mais aussi sa mère Ygerne, sa tante Viviane ainsi que Guenièvre.
(l’une de ces deux réponses est fausse, à vous de deviner laquelle)

L’histoire débute alors que Morgane est encore une petite fille, et c’est sa mère Ygerne qui tient lieu de personnage principal au tout début. Ygerne, fille de l’ancienne dame du lac et soeur de Viviane, la dame du lac actuelle, a été mariée au roi de Tintagel, qui est chrétien (vous me suivez ?). Tout le dilemme d’Ygerne, partagée entre ses origines (Avalon, royaume des druides et cultes païens) et le monde dans lequel elle doit maintenant évoluer (qui se christianise de plus en plus), plante d’office le thème principal des Dames du lac : croyances anciennes VS nouvelles croyances.

Chacune des femmes au coeur du récit prendra position. Morgane se placera vite du côté d’Avalon. Son lien avec Viviane se crée très tôt : très vite, on sait qu’elle se sent plus fille de la dame du lac que de sa mère Ygerne. Morgane sera donc, à la suite de Viviane, celle qui luttera pour que les anciennes croyances perdurent, même si cela signifie comploter et tirer les ficelles du pouvoir.
J’ai beaucoup aimé les personnages de Morgane et Viviane. Elles comptent sans aucun doute parmi mes préférés : la liberté que leur offre leur culte, qui est un culte matriarcal, en fait des femmes très actives, des femmes de pouvoir qui prennent des décisions, s’assument et occupent une part importante dans le déroulement des intrigues.
En comparaison, Guenièvre, – très chrétienne et représentant le “camp adverse” -, semble assez fade (dans le meilleur des cas) voire terriblement énervante (souvent, malheureusement). Guenièvre est jalouse, souvent injuste, fait la morale à chacun alors que sa conduite n’est pas forcément plus morale que la leur, a peur de tout. Et lorsqu’elle se réveille soudain pour faire preuve d’une peu de caractère et imposer ses décisions, c’est régulièrement pour faire appliquer les idées les plus absurdes qu’elle aurait pu trouver… On n’est donc pas sur le traitement le plus flatteur qu’on aurait pu faire de Guenièvre. Ce qui est sans doute un peu regrettable, car l’opposition Morgane/Guenièvre aurait peut-être été plus intéressante si le traitement offert à cette dernière avait été plus subtil ?

Résultat : dans mon coeur, c’était la victoire par K.O de Morgane et de la team Avalon.

Cela dit, ce n’est pas pour autant que j’ai toujours adhéré au comportement et aux actes de Morgane. Soyons honnêtes : dans le deuxième tome, elle déraille sérieusement à un moment, même si je n’ai pas pu rester complétement insensible face à tous les drames qui lui arrivaient.
D’ailleurs, de manière générale, le deuxième tome m’a beaucoup moins plu que le premier. Autant le premier a été un page-turner de l’extrême, autant le deuxième a plus longtemps traîné sur ma table de chevet. Comment expliquer cela ? Je résumerais ça par : de manière très subjective, je trouvais que tous les personnages déconnaient sévère et j’étais moyennement motivée à l’idée de rouvrir le livre quand je savais que j’allais les retrouver en train de monter des plans complétement WTF chacun dans leur coin pour que leur religion écrase l’autre.
Pourtant, c’était également ce qui se passait dans le premier, sauf que là, ça fonctionnait moins bien sur moi. Les intrigues me passionnaient moins, plusieurs de mes personnages favoris étaient morts. Bref, ça faisait trop.

On est donc sur un sentiment de lecture partagé : le tome 1 m’a complètement emportée, j’ai plongé avec plaisir dans cette période de grands changements pour la Grande Bretagne, j’ai aimé rencontrer les personnages et les voir grandir, assister à la créations de leurs liens et parfois à leur destruction et me dire que la morale de l’époque n’est décidément pas celle d’aujourd’hui. Enthousiasme qui est beaucoup redescendu lors de ma lecture du tome 2.

Je finirai quand même en saluant le personnage d’Arthur.

Il faut reconnaître que c’est celui qui m’a paru faire le moins de conneries le plus sympathique et avisé d’un bout à l’autre du bouquin. On nous le vend comme un roi sage, juste et courageux. Et bien écoutez, j’aurais tendance à être assez d’accord.

Pëppo – Séverine Vidal

Pëppo, c’est un petit livre qui se dévore : au programme de la tendresse (beaucoup), de la loufoquerie (souvent), et des inventions culinaires plutôt inspirées.

Salut mon frère
Je pars à La Jonquera.
Occupe-toi des petits.
Je reviendrai.

Elle a déconné, Frida.
J’ai déjà du mal à m’en sortir quand j’ai que moi à gérer, alors je comprends pas comment elle a pu croire une seconde que je pourrais faire ça. Tout seul.
Je sais même pas comment on chauffe un biberon.
Mettre une couche dans le bon sens.
D’ailleurs tout le monde le dit toujours, et Tonton Max en tête : Pëppo t’as pas de bon sens.
Je suis coincé.
Pëppo, mon gars, t’es coincé. Gravement.
Et tout ce que tu vas faire, à partir d’aujourd’hui et jusqu’au retour de Frida, tu le feras deux mômes sur les bras.
Ou dessous.
Je sais même pas comment ça se porte des bébés.

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Pëppo n’a rien du personnage stéréotypé qui est là pour vendre du rêve. Pëppo, il est décalé, bizarre, mais un “bizarre-attachant” au possible. Il semble vivre un peu dans son monde, comme tous les personnages de ce roman, cela dit. Une équipe de marginaux qui fonctionne parfaitement ensemble… enfin, parfaitement, c’est vite dit : sinon, pourquoi Frida serait-elle partie comme ça ? En moins de 200 pages, on va voir comment l’équilibre-déséquilibré qu’ils s’étaient créé vole en éclat et doit se reconstruire. Le héros va se retrouver face à la notion de responsabilité pour la première fois de sa vie : l’esprit libre et naïf qu’est Pëppo va devoir redescendre un peu sur Terre et réaliser que, s’il a pu vivre comme ça jusqu’à présent, c’était un-peu-beaucoup grâce à sa soeur qui tenait tout à bout de bras.

Alors, je ne suis pas certaine que la méthode de Frida ait été la plus… raisonnable (laisser ses deux nourrissons à son petit frère de 16 ans qui sait à peine s’occuper de lui-même… niveau espérance de survie des bambins, on est sur un gros bof :D), mais Pëppo est plein de surprise, et elle est sans doute la personne qui le connaît le mieux. Alors, finalement, j’ai trouvé que ça fonctionnait bien et que ça donnait un récit terriblement attachant et touchant. Plein de sujets graves sont abordés, mais l’atmosphère un peu surréaliste en fait un livre plutôt doudou, qui donne chaud au cœur.

Et puis, qu’est-ce que c’est drôle ! L’écriture est vive, le ton sonne juste et m’a arraché de nombreux sourires. Et en bonus, on a droit à l’histoire d’amour la plus improbable et réaliste que j’ai vue :  voir le regard de Pëppo sur Marie-Lola évoluer a été l’une des meilleures choses de ce livre, tant c’est amené d’une manière singulière, juste et drôle (#coeurcoeurcoeur).

En bref, Pëppo, tu m’invites quand tu veux à manger des “trempés-choco” (des palmiers trempés dans du nutella fondu, est-ce qu’on n’aurait pas là l’invention du siècle, là, les gars ?!) et à boire un café-chaussette (tant que la chaussette en question a été lavée).

Presque Maintenant – Cyril Bonin

Ces derniers temps, j’avais un peu moins de motivation pour lire et pour écrire des articles (remarquez, traîner sur son téléphone a aussi du bon puisque c’est ce qui a permis l’article sur Hogwarts Mystery :p). Mais ça y est, la motivation est revenue, à tel point que j’avais envie de lire et d’écrire sur un roman graphique d’un genre et d’un thème que je ne pense pas encore avoir abordés sur le blog. Il s’agit du triangle amoureux … ouuuh passionnant :D, oui, mais, dans un récit d’anticipation.

(je crois qu’avec les deux je sors de ma zone de confort, autant le triangle amoureux que l’anticipation :p)

Presque Maintenant est l’histoire d’Anna, violoniste, qui rencontre deux mecs colocataires (et célibataires, ya pas beaucoup de lettres à changer avec colocataires héhé). L’un, Alexis, est étudiant en lettres, futur écrivain ; l’autre, Félix, étudiant en biotechnologie qui souhaite élaborer une pilule révolutionnaire : les Nanopills. Ces pilules sont composés de nanoparticules qui passent dans les organes et qui communiquent avec votre téléphone ou votre ordinateur pour vous donner en temps réel votre taux … de tout : cholestérol, glucose, battements du cœur et même votre espérance de vie. Oh yeah 😀 ouais non, c’est flippant 😀

Forcément, les deux mecs, que tout semble opposer tombent amoureux d’Anna, et Anna tombe un peu amoureuse des deux. Sinoooon c’est pas drôle !

Cette histoire de pilules “intelligentes”, c’est typiquement le genre de thèmes que j’affectionne tout particulièrement en film, (surtout quand le film est mauvais :D), mais j’y suis souvent assez hermétique en lecture – sauf les très très bons titres, du genre Le Meilleur des Mondes mais on ne demande pas à tout le monde d’être Aldous … :p – Plus habituée à des films longs donc, c’est sans doute ce qui a fait que j’ai trouvé le sujet trop rapidement traité, j’aime beaucoup l’idée de base et j’aurai aimé la voir plus développée, d’ailleurs j’ai été surprise par la toute petite épaisseur du livre lorsque je l’ai reçu (72 pages).

Pourtant, même si j’aurai adoré en avoir le triple, en 72 pages la BD aborde énormément de thèmes et pose énormément de questions.

La question du choix, du destin et du hasard, parce qu’au final si Anna choisit un des mecs plutôt que l’autre c’est plutôt une question de timing. Et ce sont comme deux chemins de vie qui s’offrent à elle : l’un en compagnie d’Alexis, plus bohème qui aime la Russie, Rome, Dostoïevski et Audrey Hepburn. L’autre avec Félix, monomaniaque du vivre sainement qui lui hurle dessus quand elle prend une cigarette. Pour schématiser : c’est la science ou les arts. Mmh je crois que ça se sent dans ce paragraphe, je n’aurai pas hésité longtemps à la place d’Anna. ^^ Félix m’a très très vite insupporté dès le début et de plus en plus au fur et à mesure de ma lecture, se transformant presque en spot télévisé « ne mange pas trop gras, trop sucré, trop salé », « FUMER TUE ! ».

Mais je pense que ce portrait de Félix était volontaire de la part de l’auteur, car au-delà de questionner sur ces fameuses pilules de Félix, le livre les critique. C’est évidemment LE sujet principal du livre, questionner cette envie de tout contrôler y compris son organisme, (et celui des autres !), et s’interroger sur à quel point il faut se tout maîtriser, voire se restreindre pour vivre sainement. Faire du sport régulièrement oui, ne pas manger n’importe quoi, OK. Mais pour les personnages, leur connaissance et leur contrôle grâce aux Nanopills sur ce qu’ils mangent, ce qu’ils respirent, ce qu’ils touchent devient dans le livre tellement obsessionnel qu’ils en oublie de vivre, de se faire plaisir, et que c’est leur moral et le psychisme qui en pâtit. Because savoir qu’un verre de vin ou carré de chocolat, ou la visite de telle ville plus polluée que la moyenne, nous fait perdre tant d’espérance de vie, c’est un peu anxiogène et culpabilisant 😀

Bon, résumé comme ça, ça fait un peu article de prévention contre la dépression, c’est pas fifou 😀 Mais j’ai trouvé que le livre traitait tout ces sujets avec beaucoup de justesse et de finesse. Et les relations entre les personnages m’ont vraiment émue. Entre ce triangle amoureux et ces questionnements profonds et qui peuvent susciter un débat très intéressant, j’ai finit ma lecture un peu chamboulée. Pour moi, c’est vraiment un roman graphique aux dessins doux et vivants et à l’histoire vraiment originale. J’adhère ! 😉