La maison des oiseaux – Allan Stratton

Zoé est lycéenne. A l’école, c’est compliqué. Avec sa famille, c’est compliqué. Alors, il lui reste sa grand-mère. Celle-ci vit dans la maison des oiseaux et a décidé qu’elle y mourrait aussi. Seulement, l’état de grand-mère devient de plus en plus inquiétant selon les parents de Zoé, qui commencent à envisager de la placer en maison de retraite. Mais comment ferait Zoé sans sa seule alliée dans la vie ?

La maison des oiseaux se centre donc sur cette relation entre une adolescente et sa grand-mère. Zoé traverse beaucoup de problèmes : la question du harcèlement scolaire tient une place importante dans le livre – la gravité de la situation étant doublée du fait que sa harceleuse n’est autre que… sa cousine. Sa cousine étant beaucoup plus admirée qu’elle, Zoé va donc se heurter à l’absence de soutien de sa famille, qui ne veut la croire. On est donc sur de la très, très bonne ambiance 😀 De fait, on peut comprendre que Zoé se raccroche à tout prix à sa relation avec sa grand-mère, à qui elle a promis qu’elle finirait sa vie chez elle.

La première moitié du livre m’a paru particulièrement dure : on voit Zoé faire face à des situations très graves, se retrouver absolument seule pour gérer tout cela et n’avoir que son lien avec sa grand-mère pour lui permettre de tenir. On s’aperçoit rapidement qu’elle est dans le déni : oui, ses parents ont raison, la grand-mère ne peut plus vivre seule et conduire (sauf si le but est de cramer la maison ou de créer le plus bel accident automobile de la ville depuis des décennies)(j’ai vraiment employé le mot “automobile”, oui). Seulement, a-t-elle vraiment tort quand elle dit que la seule solution n’est pas de la placer en maison de retraite ? C’était un peu compliqué de voir les parents aussi peu se mettre à la place de leur fille, mais c’était également compliqué de voir Zoé si peu se mettre à la place de ses parents. A noter que le livre prend une direction assez différente dans la deuxième moitié (qui est spoilée dans la quatrième de couverture, ce que je regrette un peu car, pour une fois, je l’avais lue :D), qui fait bien avancer les choses et recentre les choses sur les 2 personnages principaux.

Je dois avouer que Zoé et sa grand-mère ne m’ont pas été si sympathiques que ça. Je ne les ai pas détestées (contrairement à la cousine et la famille de celle-ci, qui donnent vaguement envie de se laver les yeux à l’acide après avoir lu les absurdités qu’ils disent et font…). Cependant, grand-mère et Zoé ne sont pas non plus les personnages les plus faciles à aimer. Il faut dire par exemple que grand-mère n’est pas la plus gentille des aïeules (niveau paroles adressées à ses proches autres que Zoé, ce n’est pas toujours très poupinet). Pour Zoé, je peux plus comprendre ses décisions, étant donné sa situation, même si elle ne m’a autant touchée que l’héroïne de Mosquitoland par exemple. Je ne sais pas pourquoi, j’ai beaucoup repensé à ce livre en lisant La Maison des Oiseaux. Peut-être car ils sont tous les deux un peu dans le même registre, même s’ils diffèrent énormément au niveau de l’ambiance, des thèmes précisément abordés et de l’écriture. Je crois que le style de David Arnold est d’ailleurs plus dans mes goûts.

Ici, nous avons affaire à un style très oral, qui fonctionne d’ailleurs plutôt bien selon moi. Beaucoup (beaucoup beaucoup) basé sur les dialogues, dans un registre très familier. Je suis souvent assez réticente avec ce genre d’écriture, car cela est assez casse-gueule (allez faire sonner tout ça juste et trouver le bon ton, le bon vocabulaire… pas évident ^^). Pourtant, Allan Stratton s’en sort bien : les répliques s’enchaînent bien, sonnent naturel… Il donne vraiment vie à ses personnages.

Une autre chose que j’ai préféré dans Mosquitoland (on y revient :D) et qui m’a un peu gênée ici : dès le début, je voyais les failles dans le raisonnement de Zoé et de ses proches, et la direction dans laquelle le livre devait aller pour proposer une fin “constructive”. Dans le David Arnold, le livre a su me surprendre, me montrer comment il s’était joué de moi et combien “les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent” (hé, une bonne vieille phrase bateau de temps en temps, ça fait toujours du bien :D).
La Maison des Oiseaux abordent énormément de thèmes très intéressants, elle le fait plutôt bien, même si je trouve que la multitude des sujets en question peut le pénaliser un peu. J’ai de temps en temps eu ce sentiment de “too much” (surtout dans la première moitié), doublé de la sensation que certaines choses n’étaient pas assez développées. J’aurais aimé en savoir plus sur certains éléments, les voir plus approfondis et discutés. Mais comme je trouve la longueur du livre juste parfaite (le rythme est vraiment top, pas le temps de s’ennuyer !), j’aurais préféré voir un écrémage des thèmes, plutôt que de rajouter des pages. (Je ne vais pas citer les thèmes que j’aurais aimé voir plus développés ou ceux que je trouve un peu too much, afin de ne pas spoiler, mais sachez que ceux que je n’ai pas trouvés indispensables sont plus une accumulation de “petites” choses que les thèmes principaux… 😉 )

Moi qui regrettais un peu d’être si peu sensible à la relation petite fille/grand-mère (alors que, sérieux, si vous voulez me faire pleurer, c’est normalement LE thème à sortir :p), il faut dire que le livre se rattrape énormément sur l’épilogue. Si je suis restée très extérieure à leur relation durant le livre, cette fin m’a énormément émue. Je lui ai trouvé quelque chose de très sincère et elle a su me parler comme j’aurais aimé que l’entièreté du livre le fasse.

La Maison des Oiseaux est un livre qui se lit très vite. Assez dur et émouvant, je suis restée souvent plus spectatrice que je ne l’aurais cru, étant donné que j’ai tendance à beaucoup m’investir dans ce genre d’histoire. Après, je pense que cela vient surtout des choix de l’auteur, de l’ambiance créée, qui ne sont pas forcément les plus adaptés à moi. Malgré tout, les sujets développés sont bien traités et la fin m’a particulièrement plu 😉

Bibliothèque des gens #36 : La bibliothèque de Krysia

Parce qu’une bibliothèque ce n’est pas simplement des livres posés sur une planche de bois, parce qu’il existe autant de sortes de bibliothèques qu’il y a de lecteurs, nous avons eu envie d’une rubrique dans laquelle on pourra présenter ces bibliothèques.
Qu’elle soit parfaitement classée ou dans le bazar le plus ultime, pleine de classiques ou de Marc Levy, belle ou insolite, chaque bibliothèque est unique, propre à son lecteur ! Voyez plutôt !

(et envoyez nous une photo de la vôtre à deedr.ml@gmail.com pour apparaître dans la rubrique !)

La Bibliothèque de Krysia

Cette nouvelle bibliothèque des gens nous emmène tout droit à Varsovie, en Pologne, chez une fan de cinéma ! (c’est un peu une luciole polonaise en gros, la BD en moins :p )

Krysia travaille dans la production cinématographique, on retrouve donc tout un tas de livres techniques sur le cinéma, en polonais. Mais ce n’est pas tout : elle parle couramment français et aime beaucoup la littérature française, elle possède donc plusieurs classiques français, en français !

Et à vrai dire, c’est presque tout, avouez que c’est une association peu banale.
Pour ne pas être mauvaise mauvaise langue, Krysia est aussi un peu globe-trotteuse, sa bibliothèque très sobre est quand même décorée de très jolies photos de ses voyages.

Pour l’anecdote, je me suis motivée à commencer à apprendre le polonais dans l’espoir de pouvoir converser avec elle dans sa langue, un jour (la meuf qui doute de rien :D). Je vais conclure cette Bibliothèque en vous laissant avec quelques mots en polonais. Attention, interro à la prochaine Bibliothèque ! :p

Livre :
książka
Lecture : Czytanie
Bibliothèque (meuble) : Szafa do książek (armoire à livres)
Bibliothèque (bâtiment) : Biblioteka
J’aime lire ! : Lubię czytać !

Et pour poursuivre le voyage, si vous le souhaitez, il y a deux Balades Littéraires polonaises sur le blog : (cliquez ci-dessous).

Café-Librairie aux allures d’appartement à Cracovie : Massolit Books.
Jardins sur le toit de la Bibliothèque Universitaire de Varsovie.

Do widzenia !

Rhinocéros – Ionesco

Cette année, ma petite sœur préparait son bac de français. Le week-end qui précédait l’épreuve écrite, nous avons fouillé dans une vieille caisse de bouquins que j’avais abandonnée dans un coin et y avons trouvé Rhinocéros. Comme toute grande soeur logique, qui veut aider sa petite soeur à se détendre avant un examen je… lui ai proposé d’aller au cinéma et manger une glace ? Non, je lui ai dit “héééééé, on lit Rhinocéros ? Ce sera drôle, on fera les voix des personnages, il y a un vieux monsieur, je veux faire une voix de vieux monsieur !”
Bref, c’est comme ça que j’ai lu Rhinocéros et que je me retrouve à vous en parler aujourd’hui.
(By the way, c’est le théâtre qui est tombé à l’épreuve, et elle a parlé de Rhinocéros dans sa dissert :D)

Rhinocéros raconte l’histoire d’une ville où les gens se transforment peu à peu en… rhinocéros. La pièce appartenant au théâtre de l’absurde, on ne va pas trop s’étonner de l’étrangeté du pitch de départ, mais il faut avouer que celui-ci peu paraître assez cocasse. Le héros, Bérenger, et son ami Jean sont en train de boire un verre en ville, quand soudain, un rhinocéros traverse la ville en courant. La pièce commence ainsi, sur la surprise générale, les questions et exclamations que cela suscitent. On s’est d’ailleurs beaucoup demandé ce que cela donnait sur scène : vu le nombre de personnes censées parler en même temps (ou presque), cela doit presque ressembler à une cacophonie, ce premier acte avec sa multitudes de personnages. ^^

J’ai adoré cette lecture, et je regrette de ne pas avoir eu à l’étudier en classe, car je pense qu’elle doit être très intéressante à lire dans ce cadre-là aussi. Pour ma part, je me suis contentée d’avoir envie de tourner les pages à toute vitesse, et ce même pas à cause d’un potentiel suspense insoutenable, vu que mon copain m’avait spoilé la fin 😀 J’étais simplement fascinée par l’univers créé par Iosnesco et la critique acérée à laquelle il se livre sous le couvert de l’absurdité générale.
Présentée au début comme une sorte de maladie, une anomalie, quelque d’incompréhensible, la transformation en rhinocéros devient peu à peu LA chose à faire. On comprend assez vite la métaphore, qui semble critiquer une uniformisation de la pensée, une adhésion générale à une idéologie qui détruit peu à peu l’individualité. Comme je ne connaissais pas Ionesco (du tout), j’ai dû aller jeter un œil au dossier accompagnant mon édition de la pièce pour apprendre qu’il visait tout particulièrement l’attitude des français durant la seconde guerre mondiale, la question de la collaboration et de la résistance face au régime nazi. Honnêtement, si on ne sait pas qu’il avait écrit ça précisément pour critiquer cette époque, le message a quelque chose de très atemporel. La critique pourrait s’adapter à bien d’autres périodes et idéologies. La question de se laisser gagner ou non par la “rhinocérite” peut être adaptée à des questions bien plus “quotidiennes” : la question de savoir garder son identité (et donc son “humanité”) face à un mouvement de masse étant très universelle et adaptable à beaucoup de situations. Du moins, c’est comme ça que j’ai vu les choses, mais comme je l’ai dit, je n’ai pas étudié la pièce (ni lu en entier tout le dossier d’étude qui l’accompagnait dans mon exemplaire, donc, vraiment, je suis restée sur une lecture très très “plaisir” et “j’suis en vacances les gars, j’ai la flemme” :D).

J’ai aimé la pièce d’un bout à l’autre et j’ai trouvé le final génial. Le personnage de Bérenger m’a beaucoup plu, avec son côté “mec lambda”, qui n’a rien de très brillant en apparence : boulot banal, tendances alcooliques, on lui fait remarquer qu’il n’est même pas vraiment cultivé… pas foncièrement le genre qui vend du rêve, mais qui va se révéler bien plus qu’on pouvait imaginer au début. Ok, cela paraît très banal aujourd’hui, le côté anti-héros, mais ici c’est traité d’une manière étonnamment réussie et… subtile dans son absurdité. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire ? 😀
Après, cela reste une pièce appartenant au théâtre de l’absurde : il faut vraiment entrer dans le délire pour passer un bon moment. Je l’aurais lu à un autre moment, peut-être que j’aurais moi-même été moins réceptive, allez savoir…

Bref, Rhinocéros, c’était beaucoup trop bien, il faut que je lise d’autres œuvres de Ionesco ! (conclusion efficace)

Moi ce que j’aime, c’est les monstres – Emil Farris

Autant vous prévenir immédiatement : cet article risque d’être une nouvelle groupie-zone parce que je ne crois pas avoir repéré de défaut à cette lecture, donc je risque de n’avoir pas grand chose d’autre à dire que des « Hiiiii » hystériques et des « ooohhhh » d’admiration. 😀

Pour resituer un peu le contexte, l’auteure, Emil Farris, s’est retrouvée paralysée entre autre de la main droite suite à une maladie et ne pouvait plus dessiner. Elle a commencé à réapprendre complétement à dessiner, en se scotchant un stylo à la main.

J’ai lu Moi, ce que j’aime, c’est les monstres pendant la période du Défi sur le thème des contraintes d’écriture, je profite de ce contexte pour écrire dessus, car si dans mon article du défi (à retrouver ici) les contraintes étaient choisies par les auteurs, là elle lui est imposée par les circonstances, car si elle semble avoir retrouvé sa mobilité, elle a gardé le style bille. On a donc plus de 400 pages entièrement au stylo bille, sous la forme d’un journal tenu par Karen, le personnage principal. Et c’est grandiose.

J’ai découvert l’existence de ce roman graphique peu avant sa sortie. Mon libraire BD, généralement timide, m’en a fait un super éloge, super long, détaillé, et me précisant que pour lui, ce n’était pas seulement la meilleure BD de l’année, c’était le meilleur livre de l’année ! Sachant qu’en plus j’ai quasi les mêmes goûts que ce libraire, ça n’a pu que piquer ma curiosité ! Pourtant, à la base, ce n’est pas le genre de dessins et d’histoire vers lesquels je me tourne en premier lieu, et son prix, bien que justifié par l’épaisseur de l’ouvrage, reste assez élevé (32€). J’avais beau en avoir très envie, je n’ai pas acheté Moi ce que j’aime c’est les monstres, j’ai attendu de l’emprunter à la bibliothèque.

Et là … le choc ! Je n’ai pas lâché le livre avant de l’avoir terminé, j’y ai passé la journée, le début de la nuit.

Karen est une gamine (mi loup-garou, mi-enquêteur 😉 ) de Chigaco, qui vit dans un quartier où la misère sociale est présente à chaque coin de rue … voire à chaque pallier d’immeuble ! Sa voisine du dessus est retrouvée morte, on conclut à un suicide, mais tout ne colle pas. Le livre est alors une recherche autour de cette voisine, qui était-elle pourquoi est-elle morte, qui dans son passé pourrait lui vouloir du mal … ce passé s’entremêle au présent de Karen et de ses proches : la maladie de sa mère, son frère qu’elle admire, son ex-meilleure amie avec qui elle partageait l’amour des monstres qui finit par se plier aux exigences sociales de ce qui est bon ou non pour une petite fille …


Ca fait beaucoup de sujets, et c’est un fait : Moi ce que j’aime, c’est les monstres est incroyablement riche, dense. Différents thèmes s’imbriquent : le nazisme, la pauvreté, la prostitution, l’homosexualité, les conventions sociales, les classes sociales …
Tout y est fluide, et au final, ce sont autant d’exemples pour démontrer une chose : les « monstres » ce ne sont pas forcément ceux qu’on pense : les vampires et loups-garous à grandes dents, les gueules cassées qui font peur. Et comme le dit le résumé : il est « plus facile, ici d’être un monstre que d’être une femme. »

Je ne vais pas vous mentir, c’est aussi très dur. Tous ces sujets sont vus à travers le regard de petite fille de Karen, donc présentés très simplement, mais c’est justement ce qui en fait toute la force. Je sentais l’émotion monter au fur et à mesure du récit, mais je n’avais même pas le temps de lâcher ma petite larme tellement je le dévorais ! ^^

Les dessins au stylo sont eux aussi incroyables, les portraits surtout, sont d’une intensité troublante. Je n’arrive même pas à concevoir comment Emil Farris a réussi à réaliser une telle œuvre aussi bien assemblée, aussi dense, et je ne sais même plus par quelle bout la prendre pour vous en dire plus ! ^^

Sur cette image, Anka me fait penser à Jain ^^

Je disais que je n’y voyais aucun défaut, j’attends quand même la suite pour être sûre à 100% de ça. Certains éléments de l’histoire ne sont pas complétement bouclés, mais comme il y a certaines choses qu’on est censé comprendre un peu en sous-texte en même temps que le personnage, j’attends de voir si c’est moi qui ai laissé échappé deux-trois trucs sur la fin de ma lecture (parce qu’il était bien tard, et que je ne pouvais pas relire la fin car je devais rendre la BD le lendemain à la bibli #teamprocrastination).
En tout cas, même comme ça, pour moi c’est un coup de cœur monstrueux ! 😀