Bac L 2019 : Hernani, Victor Hugo – La Bataille d’Hernani

Binôme : L'avis de Morgana sur la pièce en turquoise, et l'avis de la Luciole sur le film traitant du contexte historique en orange.

L’article traditionnel de la rentrée des classes : l’œuvre au programme de l’année au Bac L ! (enfin, “traditionnel de la rentrée” sauf quand on prend du retard dans notre planning et qu’on ne le publie qu’en avril comme l’année dernière 😀

En tout cas pour cette année, on vous présente avec plaisir Hernani, et le téléfilm La Bataille d’Hernani qui parle du contexte de l’œuvre ! Et cette année au Bac, il y a aussi La Princesse de Montpensier de Mme de Lafayette et le film de Bertrand Tavernier, dont on a parlé ici 😉

Hernani Victor Hugo, 1830

A force d’entendre parler de la fameuse “Bataille d’Hernani”, on finit souvent par oublier qu’Hernani c’est aussi une pièce de théâtre. Je ne sais pas vous, mais personnellement, je pourrais encore vous parler de la fameuse bataille (alors que le cours que j’avais eu sur le sujet remonte maintenant à 7-8 ans #coupdevieux :D), mais Hernani… ça parle de quoi Hernani ? Dans ma tête, c’était presque devenu un lieu Hernani.

Mais non, la bataille d’Hernani, c’est la Luciole qui vous en parlera dans sa partie. Nous on va s’intéresser à Hernani-tout-court, qui est un homme, plus précisément un bandit éperdument amoureux de la belle doña Sol. Sauf qu’il n’est pas le seul à convoiter la belle (ambiance feux de l’amour ON) : Don Ruy Gomez, l’oncle de la jeune femme, et Don Carlos, roi d’Espagne, sont aussi décidés à la conquérir. Face à de tels concurrents, comment le jeune homme réussira-t-il à vivre son amour avec Doña Sol, qui l’aime pourtant en retour ?
(attention, ça va spoiler 😉 )

Victor Hugo (alias l’ami Totor), en jeune écrivain romantique, entendait bien envoyer balader les règles qui définissaient le théâtre classique : très vite, on a bien la preuve que la règle des 3 unités a été envoyée voir ailleurs si Totor y était.


Salut toi (oui, Totor prend toujours la même pose sur les photos, 
sauf qu'il faut avouer que sans barbe et avec les cheveux longs ça rend très... différemment :D)
L’unité de lieu ?

Cela donne un rendu bien trop faux aux yeux des romantiques, eux visent un réalisme affirmé (c’est d’ailleurs pour ça qu’ils se défont également de la règle de bienséance : au programme maintenant, assassinats, suicides et autres actions violentes ; ça existe, et il faut donc le montrer). Dans le théâtre classique, toute l’action se déroulait dans une antichambre/un vestibule. Enfin, se déroulait… on nous racontait ce qui se déroulait ailleurs, et ça, ça ne va pas du tout à Totor, qui dit à quel point ce procédé donne envie de crier “vraiment, mais conduisez-nous là-bas ! On doit s’y bien amuser, cela doit être beau à voir”* (bah ouais, c’est vrai quoi, crions-le, assister aux meurtres et trahisons en direct, c’est quand même vachement plus palpitant :D). Il veut de véritables scènes, pas des récits ou des descriptions !

*les citations dans ma partie proviennent de la préface de Cromwell, l’un des textes fondateurs du romantisme que vous pouvez retrouver ici par exemple 😉

L’unité de temps ?

La durée de l’action est censée coïncider avec la durée de la représentation… Ils étaient bien gentils les auteurs classiques, ils laissaient une petite marge : 24h, c’était la durée moyenne acceptée pour une bonne pièce classique. Pour le coup, Hernani s’écoule sur plusieurs mois, donc je n’ai vraiment pas à vous démontrer par A + B à quel point Victor Hugo n’a pas suivi cette règle-là. J’ai d’ailleurs été frappée par la richesse des lieux, ses décors d’une puissance assez impressionnante et qui ont de quoi donner quelque chose de très fort lors des représentations. Le fait que beaucoup de scènes se déroulent la nuit donne d’ailleurs une ambiance assez spéciale à la pièce, qui contribue à ce quelque chose de sombre et intime qui s’en dégage, je dirais.


Hernani, mis en scène Nicolas Lormeau, 2004
Et la règle de l’unité d’action ?

Celle-là, Totor l’estime être “la seule vraie et fondée” et “aussi nécessaire que les deux autres sont inutiles”. Mais si cela lui paraît être une évidence, ce n’est pas le cas de tous les romantiques : la bachelière que j’ai été et qui a passé son bac de littérature sur Lorenzaccio de Musset en sait quelque chose… je ne suis pas sûre de réussir à pardonner un jour à Alfred le nombre d’heures passées à faire des fiches sur les différentes actions qui se déroulent dans cette gigantesque pièce romantique. 😀

Alexandrie Alexandra… voici l’alexandrin

(Au cas où vous vous poseriez la question, j’assume moyen la blague dans ce titre. Voilà.)
Il y a un autre pilier du classicisme que Totor revoit à sa sauce : on parle bien du beau, du fort, du fabuleux, de l’inévitable alexandrin. Personnellement, j’ai beaucoup aimé le style d’Hernani : ça sonne terriblement bien, j’ai passé mon temps à m’extasier devant la beautey de ses phrases, bref c’est du Totor. Mais il faut dire que Hugo a bien réfléchi à ce qu’il fallait faire pour écrire des vers qui claquent sévère sont aussi beaux que vivants (ou comme il le dit, bien mieux que moi “libre, franc, loyal, osant tout sans pruderie, tout exprimer sans recherche”). Donc, pour des vers de qualitay : la rime (“cette suprême grâce de notre poésie”, carrément, oui), ok, sauf qu’il est essentiel de “déguiser la monotonie” de l’alexandrin : d’où la grande présence d’enjambement dans la pièce (le renvoi au vers suivant d’un mot – ou plusieurs, soyons fous – qui sont pourtant nécessaires à la compréhension du premier vers : ce sont les fameux vers que je ne savais jamais comment lire à voix haute personnellement, je butais toujours en ne sachant pas comment poser ma voix tellement la “cassure” créée dans la phrase me perturbait. Ah c’est sûr, ça brisait la monotonie… de ma lecture :D).

Et les personnages ?

Les personnages romantiques ne sont plus aussi stéréotypés que leurs ancêtres. Le romantique, c’est les tourments intérieurs, les destin d’êtres uniques (quoiqu’ils soient réunis par ce fameux sentiment, ce fameux “mal du siècle” qui caractérise “le” romantique).

Hernani et Doña Sol

Alors, Hernani et Doña Sol sont des êtres particuliers, tous deux dotés de leurs caractères et de leurs histoires. J’ai d’ailleurs retrouvé dans Hernani le fameux thème de la fatalité, dont on avait déjà parlé dans Oedipe-roi. Mais là, il ne s’agit plus de la fatalité en tant qu’une sorte de malédiction divine. Ici, Hernani est bien maudit, mais il m’a semblé se battre contre son destin en tant qu’homme en lutte contre d’autres hommes (les autres prétendants, mais aussi son devoir de vengeance ?). Chacun de ses choix le ramène vers cette destinée, j’aurais même tendance à dire que ce sont ses principes qui le maudissent quelque part : s’il n’était pas homme d’honneur, Hernani se verrait heureux depuis le début, puisque Doña Sol l’aime et se déclare dès le début prête à tout pour être avec lui. Il faut reconnaître que le personnage féminin fait preuve d’une grande détermination, décidée à suivre jusqu’au bout son cœur, quel qu’en soit le prix à payer. Si elle est surtout définie par sa grande beauté, Doña Sol ne se contente pas d’être un joli élément du décor, même si on pourrait faire remarquer que, pour quelqu’un censé être au cœur de l’intrigue, elle se retrouve avec bien moins de scène ou de vers que les personnages masculins, ce qui pourrait expliquer mon impression première d’un personnage assez peu marqué et marquant. Alors qu’en y réfléchissant maintenant, je trouve assez frappante sa propre lutte contre son destin, qui semble être celui de ne pas pouvoir être avec Hernani le bandit maudit et contre lequel elle se débat durant toute la pièce.
D’ailleurs, malgré la fin en apparence tragique de la pièce, les deux amants maudits obtiennent quelque part ce qu’ils souhaitaient depuis le début : être ensemble. D’ailleurs, Ruy Gomez s’exclame à leur sujet (alors qu’ils sont en train d’agoniser, entendons-nous :D) : “Qu’ils sont heureux” !

Don Carlos et Ruy Gomez

A côté de ça, les deux autres personnages principaux, le roi et l’oncle, connaissent chacun une évolution – assez ironiquement contraire l’une à l’autre : Carlos passe de petit roi qui aime abuser de son pouvoir pour pouvoir vivre son libertinage tranquilou-bilou, à un empereur qui sait pardonner et se montrer juste. C’est d’ailleurs dans le comportement presque ridicule au début de ce personnage que j’ai le plus perçu l’aspect “comédie” dans la pièce (l’emploi du grotesque étant selon Totor la différence fondamentale entre littérature romantique et classique) : il va quand même jusqu’à planquer le roi dans une armoire car il ne faut pas que l’oncle de Doña Sol le surprenne chez sa nièce en pleine nuit, car il était venu lui conter fleurette dès que Ruy Gomez avait eu le dos tournée ! Bonjour la crédibilité du roi 😀
Ruy Gomez, quant à lui, d’homme juste et fidèle à sa parole, sombre dans la noirceur, jusqu’à… perdre son humanité et devenir une espèce d’âme tourmentée ? Il finit d’ailleurs par être uniquement identifié au masque qu’il porte ; d’ailleurs, l’un des personnages secondaires se demande s’il ne serait pas le diable. Et il est vrai qu’à la fin il m’a clairement donné l’impression de faire office d’envoyé venu chercher l’être maudit qu’est Hernani…

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Coucou, c'est ton destin !

Maintenant, place à la Luciole qui, sur la base du film La Bataille d’Hernani va parler du contexte de la création de la pièce, de son rapport à la censure, et de pourquoi on parle de “bataille” !

La Bataille d’Hernani

téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe, 2002, à voir à la fin de l’article.

Comme l’a dit Morgana, on entend presque plus parler de la Bataille d’Hernani que d’Hernani elle-même. A tel point qu’à un moment je pensais que c’était le nom complet de la pièce et que ce n’était que par fainéantise qu’on disait « Hernani » :p Mais non, La Bataille d’Hernani n’est pas le nom de la pièce et le film dont je vais vous parler n’est pas une adaptation mais une sorte de biopic sur Victor Hugo qui retrace le contexte dans lequel la pièce a été écrite, depuis le début de sa création jusqu’à sa première représentation ! (contrairement à Morgana, je n’appellerai Victor Hugo Totor, parce que c’est ainsi que mon prof de littérature appelait son ordinateur. Ce qui fait naître en moi des souvenirs très contradictoires :D)

Un film très complet sur l’histoire de la création de la pièce

Pour tout vous dire, au départ j’ai commencé à regarder ce film un peu à reculons : un téléfilm avec Arielle Dombasle … ce ne sont pas les mots clés les plus efficaces pour m’inciter à regarder un film voyez-vous … Mais je me suis dit qu’un film entier sur le contexte de la pièce ça pouvait quand même faire un binôme bien intéressant et je me suis surprise au final à vraiment bien aimer ce film !

Je l’ai trouvé vraiment très complet, bien documenté, très bien expliqué et agréable à regarder. Sans blague, ça fait beaucoup de compliments tout ça !
Qu’on ait lu la pièce ou non, on peut y trouver son compte. Le film commence par une discussion entre Victor Hugo et le roi : en quelques phrases, le film donne le contexte historique, les œuvres précédentes de Victor Hugo, ses contemporains, définit son genre littéraire … une vraie petite intro de dissert, c’est incroyable 😀 Puis quand Victor Hugo s’apprête à écrire Hernani, il en fait le résumé à sa femme. Et là, hop, même sans connaître la pièce, on est paré pour suivre le film !

Représentation de la pièce, dans le film

Comme on suit toute la création de la pièce, c’est l’occasion de voir les répétitions et donc avoir des minis-analyses et explications du texte, d’assister à des extraits de la représentation pour se rendre de compte de la façon dont c’est joué et même de voir des extraits d’autres pièces pour bien ressentir la différence avec les pièces de théâtre classique.
On découvre le Cénacle, l’école littéraire du romantisme qui gravitait autour d’Hugo, composé de nombreux écrivains très connus tels qu’Alexandre Dumas et qui se réunissait chez Victor Hugo à Paris. On apprend même que les chansons à boire étaient déjà celles qu’on connait actuellement dans une scène de toute beauté dans laquelle les compères d’Hugo chantent « De Nantes à Montaigu, la digue la digue ! », vous, voyez, très complet vous dis-je ! :p

Maison de Victor Hugo, place des Vosges à Paris.

Bien souvent, les films de ce genre visent soit un public qui connaît déjà le livre, soit un public qui n’y connait rien du tout, mais quand ils essayent de faire un peu les deux, ça finit mal, et ça ne satisfait pas grand monde. Là je crois que le film a réussi le pari de pouvoir parler autant aux deux types de publics, ce qui est déjà pas mal.

Hernani et la censure

La plupart du film tourne autour de la censure, car c’est ce qui fait qu’Hernani est autant resté en mémoire.

On apprend au début du film que la pièce précédente d’Hugo, Marion de Lorme, vient d’être interdite en 1829 par la censure car s’attaquant trop à la monarchie. Victor ne se laisse pas faire, il écrit donc une nouvelle pièce dont l’histoire ne devrait pas être interdite : il place par exemple l’intrigue à la cour d’Espagne pour ne pas être accusé de s’en prendre à la cour du Roi de France.
Mais la pièce s’affranchit des règles du théâtre classique (que Morgana a rappelé dans sa partie en turquoise). Et là, c’est l’incompréhension, faut les comprendre les gars, ça fait 200 ans qu’on fait comme ça, ils ne comprennent pas pourquoi on va tout changer.
« Le théâtre a atteint son point de perfection au XVIIème siècle. Pourquoi changer ? »
(les citations de ma partie viennent du film)
Et oui Victor, pourquoi changer ? C’est comme si tout à coup tu décidais d’exposer un urinoir dans un musée, ça va pas bien non ?

Quoi ? Ah on l’a fait après. Ah pardon. Bon, détruire les alexandrins c’est pas trop choquant alors…
Mais faut croire qu’en 1830 demander l’heure dans une pièce de théâtre (tout ce qui est “trivial” était considéré comme vulgaire dans le théâtre) et s’affranchir des règles des Trois unités, c’est comparable à un urinoir dans un musée.

Du coup, c’est pas gagné l’affaire, mais Hernani passe la censure. Non pas parce qu’ils trouvent que la pièce est sympa, mais plutôt parce qu’ils pensent qu’elle est si horrible que ça devrait vacciner les autres de l’envie de suivre Hugo. Sympa :p Et là je l’ai dit de manière soft, parce que l’avis de censure ressemble plutôt à ça : « il est bon que le public voit où peut aller l’esprit humain affranchi de toute règle et de toute bienséance. » Limite ils traitent Victor Hugo de pervers quoi, mais bon …

La « bataille »

Du coup, entre ceux qui veulent s’affranchir de ces règles et ceux qui veulent absolument que tout reste comme avant, c’est pas la grande amitié. Et c’est la que la bataille commence !!!

De nombreuses scènes sont mises en scène comme une véritable bataille digne de Braveheart avec une musique épique. C’est une véritable guerre d’idées et d’idéologie entre les classiques et les romantiques. On parle « d’ennemis », précise que « nous sommes en guerre », et on organise la première représentation d’Hernani comme une bataille à livrer, avec stratégies, plans de bataille, alliés à convaincre de nous rejoindre etc…

Bataille dans Braveheart

Et effectivement, dans le film c’est un peu manichéen, mais ce sont vraiment deux camps qui s’affrontent le jour de la première représentation, ce sera à celui qui fera la plus de bruit ! Les romantiques, coiffés en punk, imitent des cris de volailles pour accueillir les « classiques », ça s’insulte, à base de magnifiques punchlines du 19ème siècle : « nous dévalisons les vieilles cervelles. Ça ne vous concerne pas, vous n’en avez pas. » Et boooum prends ça !

Bon ça finit par en venir aux mains, tout le monde se tabasse dans le théâtre … Quand on vous dit que c’est une bataille c’est pour de vrai hein 😀 Autant dans l’idée que dans les faits. Et les caricatures d’époque en attestent (et attestent même des crêtes de punks :p)

Parallèle entre théâtre et société

Alors là, avec le paragraphe précédent on a presque oublié qu’on parlait d’une pièce de théâtre. Va falloir se calmer, parce que se taper dessus parce qu’on n’est pas d’accord sur la qualité du jeu d’Arielle Dombasle de la pièce de Victor Hugo, c’est un peu abusé, vous trouvez pas ?

Genre, moi, je ne suis vraiment pas fan de Star Wars, et ben c’est pas une raison pour que j’aille dans la salle de cinéma au moment des avant-premières pour taper à coup de sabre laser sur les spectateurs déguisés en Chewbacca. Bon, déjà parce que si je me bats contre Chewbacca, je perds. Mais même, je le ferai pas.

Ils seraient pas un peu nerveux les gugus’ là ? Si ils n’aiment pas Hernani, ils n’ont qu’à pas aller voir la pièce et ils laissent les autres tranquilles !
Alala si seulement c’était aussi simple …
Tout le long du film, les différents personnages insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas que de ça. Ils insistent tellement que je crois que si il y a UNE chose dont il faut se rappeler à la fin du film, c’est bien de ça 😀

«  – Je me demande pourquoi ils sifflent comme ça …
– Parce qu’ils ont peur. Parce qu’il ne s’agit pas que de théâtre, et ils le sentent bien. »

Merci pour ta participation Arielle, mais de quoi s’agit-il alors ?

En brisant les règles et en contournant la censure, Victor Hugo remet pas mal de choses en question. Morgana a cité les différents éléments qu’il bouleversait dans Hernani, on peut se dire que tout va bien, ce n’est que sur la forme, et pourtant comme il est dit dans le film, cela ne peut être que le début.

Quand on lui dit qu’il risque d’être censuré, Victor Hugo demande :
« – Vous croyez qu’une nouvelle façon d’écrire le théâtre peut faire s’écrouler une société ?
– Non, mais ça peut jouer comme un signal ».

Et boum !! vas-y Totor, lance le signal !! (ça y est j’ai dit Totor …). ” Si vous bouleversez l’alexandrin, vous jetez à bas la morale, la religion, la monarchie.” Rien que ça.

On peut ainsi se rendre compte une nouvelle fois à quel point la société et l’art sont imbriqués, l’un se nourrissant de l’autre et vice-versa. Ce n’est pas par hasard que lorsqu’une dictature s’installe elle commence par faire taire les artistes. L’art donne à penser, favorise l’imaginaire, la réflexion et les idées … et donc, comme il est mis en scène, dans le film, une censure qui brime une œuvre, que ce soit sur le fond ou sur la forme, empêche les artistes de dire aux spectateurs ce qu’ils ont a dire.

« La censure est le pire fléau qui puisse s’abattre sur une nation. Elle paralyse le mot, donc la pensée. Une nation qui ne pense pas est une nation desséchée et morte. »

Première représentation d'Hernani
L’héritage d’Hernani

Hernani et ses contemporains romantiques, notamment sous l’influence du cénacle hugolien, ont donc sacrément participé à faire progresser le théâtre et la littérature. On peut facilement imaginer que cela a fait évoluer la censure : rien que Marion de Lorme censuré juste avant Hernani a été autorisé à peine un an après.

Si on sort du contexte littéraire, même si les circonstances de ce qui va suivre ne peuvent absolument pas être réduites à cette explication, le film joue jusqu’au bout avec l’image de la bataille et avec l’idée qu’un bouleversement dans l’art peut bouleverser la société. Dès la fin de la représentation de la pièce dans le film, une pierre est jetée dans les fenêtres de Victor Hugo, puis la Commune de Paris (1871) est évoquée. On passe d’une bataille plus métaphorique à une véritable insurrection particulièrement sanglante.

Mais le film s’arrête là et vous n’en saurez pas plus sur la Commune. Déçus n’est-ce pas ? :p Si c’est le cas, et même si ça ne l’est pas, je vous conseille de faire comme moi et d’aller lire la BD L’Écureuil, le fait d’évoquer la Commune m’a vraiment donné envie de la relire. C’est une BD adorable et Victor Hugo est là, avec une barbe ! De quoi se consoler de le voir sans barbe pendant toute la durée du film ! 😀

Voir La Bataille d’Hernani

Cette partie 2 commence directement par un extrait de la représentation de la pièce.
Un peu plus sur Victor Hugo ?

Retrouvez nos balades littéraires :
Sa maison place des Vosges à Paris
Se balader sur ses pas en Baie de Somme

Article sur ses autres œuvres :
Les Misérables

4 Comments on “Bac L 2019 : Hernani, Victor Hugo – La Bataille d’Hernani

  1. Tout comme la Luciole, la mention d’Arielle ne me fait pas me précipiter… Mais ce qui m’interpelle, c’est que le film soit de 2002, vu la mauvaise qualité de ce qui est disponible sur Youtube (pas très légalement, sans doute, mais même comme ça…) : j’aurais parié sur les années 70 et leurs teintes verdâtres. :p
    Merci en tout cas pour votre bel article détaillé qui mettra sans doute les futurs bacheliers en joie ! 😉

    • Tu m’étonnes ^^ Mais dans ce film ça passe, vu qu’elle interprète la comédienne qui joue Dona Sol, son côté ultra théâtral passe plutôt pas mal 😉
      Je n’ai effectivement pas trouvé le film autrement que sur Youtube, et au moins je me dis que ça permet de le mettre dans l’article 🙂 Il s’agit d’un téléfilm enregistré sur VHS avant d’être mis sur Youtube, du coup je ne suis pas sûre qu’on puisse se fier à l’étalonnage x) Le côté téléfilm, les cadrages et formats que ça implique, ainsi que le côté film en costumes accentue peut-être aussi encore cette impression de film des années 70 ? ^^

  2. Je ne sais pas si je lirai cette pièce un jour maus en tout cas je suis contente d’en savoir plus à son sujet :p

    • L’avantage de cette pièce, c’est que si un jour elle croise ton chemin, elle est quand même bien plus rapide à lire que Les Misérables et on hésite peut-être moins à se lancer dans la lecture. Enfin, je parle pour moi, mais les 1500 pages m’avaient demandé un petit peu plus de réflexion concernant le moment où j’allais les lire, car il faut être prêt à rester un petit moment dans le même livre.
      Bref… 😀
      Vraiment contente que l’article t’ait intéressée en tout cas 🙂

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