Bonsái – Cristián Jimenez

Je ne sais pas ce qu’il se passe sur le blog ces temps ci, il souffle comme un vent d’Amérique latine, qui sent bon le maté et la salsa (vive les clichés :D). Allez, vous êtes prêt pour un bon petit film chilien qui parle de littérature et de botanique ? 😀

J’en suis la première étonnée, d’habitude mon cœur balance plus vers l’Asie mais là, entre Vies Volées se déroulant en Argentine, ce film-ci, et un autre à venir également chilien, je sors doucement de ma zone de confort. Parce que franchement, le cinéma chilien et globalement d’Amérique latine, j’y connais rien ! 😀 ça vous annonce la couleur tout de suite, comme Bonsái qui s’ouvre sur une annonce : un des personnages mourra à la fin du film. Ok chouette … Les spoilers je connaissais, mais le film qui s’auto-spoile ça ne m’étais pas encore arrivé je crois ! ^^  Alors qu’on le regardait avec Morgana, on s’est dit un truc qui ressemblait à “bon ben ça c’est fait …” 😀 et ça nous a terriblement intriguées !

On le sait, le plaisir qu’on a à regarder un film n’est pas uniquement pour sa chute, mais c’est vrai qu’on a tendance à se dire que si on connaît la fin, ça ne vaut pas trop le coup de le voir. Bonsái bouleverse d’un coup cette idée reçue, et nous donne envie de suivre le cheminement, d’apprécier les évènements et les personnages pour ce qu’ils sont, d’apprécier le voyage plus que la destination en gros (c’est y pas beau ça ? :D)

Qui meurt, on ne vous le dira pas, mais on peut vous dire que Bonsái est l’histoire de Julio, un étudiant en littérature fan de Proust cherchant à écrire un roman et qui tombe amoureux d’Emilia. Ouaip le pitch tout ce qu’il y a de plus banal, et les personnages ne nous ont pas été de prime abord très sympathiques. Il faut dire qu’ils ne débordent pas de bonheur et de vitalité et qu’ils nous ont plutôt donné envie au début du film de sortir une corde ^^ (qui a dit qu’on avait trop d’empathie ?).

C’est lent, contemplatif avec de très beaux plans sur les arbres et la végétation , et avec une image quasi-documentaire. Sauf que le film est rempli d‘originalités (en plus d’annoncer la fin des le début je veux dire) et on est entré dedans rapidement, dès que nous avons constaté sa structure particulière !

On suit l’histoire de Julio et Emilia sur deux temporalités : à partir de leur rencontre à la fac, la façon dont ils se sont mis ensemble, leurs petites attentions, leur trèfle, leurs lectures avant de se coucher (généralement Proust, dont l’intégrale d’A la recherche du temps perdu repose sur leur table de nuit …), leur vie intime, et leur difficultés de communication (sérieux, on a trouvé qu’ils passaient leur temps à ne pas se comprendre en dehors du sexe …).
Et en parallèle, leur relation 8 ans plus tard, interrogations, écriture de roman, mensonges, doute, et un bonsaï qui fait échos à leur petit trèfle d’étudiants et qui symbolise leur amour. En gros un peu comme la fleur de E.T. qui fane quand il est sur le point de mourir quoi :p (c’est un vrai film de science-fiction en fait Bonsái :D). Et on alterne entre ces deux temporalités pour suivre leur histoire.

Ce montage alterné nous a semblé donne un vrai rythme au film que nous aurions bien moins apprécié si la chronologie avait été linéaire et pas mal de retournements de situation ne nous aurait pas surprises.

Vous avez dû repérer que si je parle de bonsaï et que c’est le titre du film, c’est qu’il doit être important ce petit bonsaï. Bon déjà c’est super beau je trouve. Ça pourrait être une raison suffisante pour en mettre partout dans le film et pour en faire un titre. Mais bon, les gaufres aussi c’est joli (si si je vous assure, avec ces petites alvéoles bien régulières saupoudré de sucre glace :D) et c’est pas pour autant qu’on fait un film qui s’appelle Gaufres et dans lequel les personnages passeraient leur temps à bouffer des gaufres … En vrai ça serait pas impossible et je serai la première à vouloir le voir, mon exemple est nul .. mais ce que je voulais dire c’est que c’est pas simplement pour le kiffe pour le coup 😀
On a relevé une citation qui nous a bien plu dans le film. Julio est en train de tailler son bonsaï très consciencieusement, alors que la voix off énonce :

“Bonsaï désigne le récipient et l’arbre. Hors du récipient, l’arbre cesse d’être un bonsaï. Écrire, c’est comme s’occuper d’un bonsaï.”

Vous avez 4h.
Honnêtement, cette citation pourrait vraiment faire l’objet d’une dissert, mais ce n’est pas le but ici. Si cette histoire de récipient nous a paru très intéressante c’est surtout de “écrire c’est comme s’occuper d’un bonsaï” dont j’ai envie de parler. La phrase prend tout son sens dans le film, Julio organisant son temps entre l’écriture (du roman d’un autre mais qui n’est pas celui de l’autre, ça veut rien dire mais ne vous laisse voir le film pour comprendre :D) et l’entretien de son bonsaï.

On y voit la patience que ça demande, l’entretien régulier, la coupe soigneuse, le dosage pas si facile à trouver, la fragilité de l’objet… Tout comme l’écriture du roman …

Et puis vous vous rappelez mon histoire de trèfle précédemment dans l’article non ? Le bonsaï symbolise aussi leur amour, l’amour qui demande également patience, dosage, écoute, qui est fragile et harmonieux… 
Qui aurait cru qu’un si petit arbre pouvait être autant de choses dans un film ! Métaphore de l’amour, métaphore de l’écriture d’un roman, et par extension du film. Tous trois, à l’image du bonsaï ne sont pas en ligne droite, sont plein de nœuds et de virages (la structure non linéaire du film et ses personnages mystérieux et un peu torturés le montrent bien) et, si on s’en occupe bien, donnent un très beau résultat 😀

Pu**in, moi qui n’arrive pas à garder une plante en vie, je ne pensais pas un jour écrire un article entier sur le jardinage … La vie est pleine de surprises ! 😀

C’est à la base un film que j’ai emprunté à la bibliothèque pour son lien avec la littérature. Allant chez Morgana, je me suis dis que c’était l’occasion de préparer un article film pour le blog, je ne m’attendais pas à être si attendrie par ce film. Passé la mini-difficulté à entrer dedans, on a toutes deux été touchées par sa poésie, sa structure et par cette image du bonsaï (moins par les personnages en eux-même, je l’avoue..). Du coup, je vais m’y mettre au cinéma d’Amérique latine, un nouveau champ d’étude s’ouvre à moi 😀

 

4 Comments on “Bonsái – Cristián Jimenez

  1. Je te soutiens dans le gang des gens qui n’ont pas la main verte. Par contre, j’ai peur que le côté très long et contemplatif du film novelas un peu. En fait, j’avoue qu’à force de regarder des séries j’ai un peu de mal à me poser pendant une heure et demie deux heures ou plus devant un film. Et c’est vraiment dommage, parce que je rate plein de pépites, notamment celle-ci apparemment. Je me la note tout de même au cas où.

    • C’est amusant, j’ai le réflexe inverse : je comprends qu’avec les série on ait du mal à se poser devant des films plus longs, mais au contraire, moi c’est le côté addictif et très long des séries avec lequel j’ai du mal. J’ai l’impression que c’est interminable, au moins le film au bout de 2h, c’est bouclé pour de vrai 😀
      Mais celui-ci est bien lent effectivement, je pense qu’il faut avoir le temps et l’envie de se poser vraiment pour l’apprécier 🙂

    • C’est un très joli film oui 🙂 Tu as des gens dans ton entourage auxquels il plairait particulièrement ? 🙂

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