Conte d’Halloween participatif : “La potion interdite de Mira”

Joyeux (ou terrifiant) Halloween à vous !

Nous sommes super heureuses de vous retrouver avec un nouveau conte participatif réalisé sur le principe du cadavre exquis ! Une nouvelle fois, les participants ont su briller par leurs idées aussi géniales que farfelues, donc merci à eux (vous avez a-ssu-ré !).

On vous souhaite à tous une bonne lecture 🙂

Chapitre 1 :Au fond de la sombre forêt

Dans le coin le plus sombre de la plus sombre des forêts, vivait une communauté de sorcières qui terrifiait toute la contrée. Tous les ans, elles étaient fort affairées à préparer Halloween, moment crucial pendant lequel les plus jeunes sorcières étaient officiellement admises dans le clan et devenaient à leur tour magnifiquement laides et fabuleusement cruelles.

Dans ce contexte des plus bucoliques, se morfondait Mireille-Améthyste, l’une des petites sorcières pour lesquelles la cérémonie allait être organisée cette année, à son grand désarroi.

Tout en observant sa tante Hilde-Granit épiler les trois poils de sa verrue nasale, Mireille-Améthyste cherchait activement une solution avec Mouftard, sa citrouille de compagnie :

– Mireille-Améthyste, Mireille-Améthyste, disait Mouftard en se mirant dans le miroir, ne suis-je point la plus belle des citrouilles ?

Mouftard avait effectivement été élu Mister Citrouille 1862. Depuis, du temps avait passé, et Mireille-Améthyste était aujourd’hui sa dernière admiratrice :

– Ton orange chatoie toujours autant mon beau Mouftard ! Mais que penses-tu de mon idée de potion ?

Mireille-Améthyste avait en effet découvert qu’il existait une potion qui lui permettrait de rester gentille, et ce même après la cérémonie d’Halloween.

– Tu comprends, ce n’est pas tant la verrue que je redoute, reprit-elle, ça donne un certain charisme, mais je ne tiens pas à devenir aussi bête et méchante que tante Hilde-Granit !

Il ne restait plus qu’à Mouftard et Mireille-Améthyste à trouver une solution pour parvenir à réaliser cette potion qui enfreignait la loi la plus importante du code des sorcières : « Laideur et cruauté, nos deux plus grandes fiertés ».

A pas de loup, ils se dirigèrent vers l’orée de la lugubre forêt. En effet elle ne trouverait certains des ingrédients nécessaires à la potion salvatrice que dans le monde des mold… (ah non … je ne suis pas sûr que l’on ait les droits pour ce mot-là …) on l’appellera le monde des Didiers, ce prénom était proscrit parmi les sorciers et sorcières à cause des agissements de Didier III ALTOR, aussi appelé “Didier le prince des ténèbres”.

Mais bon, tout le monde ne passe pas incognito dans ce monde où s’appeler Didier n’est pas un sacrilège. D’autant plus lorsqu’on est une sorcière qui s’appelle Mireille-Améthyste, accompagnée d’une citrouille quasi-bicentenaire nommée Mouftard – citrouille qui parle de surcroit – et que tout ce petit groupe voyage sur un balai volant chantant nommé Gustave-Crin de poney.

Mais Mireille-Améthyste avait l’habitude, elle s’évadait souvent de sa forêt lugubre pour échapper à sa méchante tante Hilde-Granit. Elle avait même quelques amis chez les Didiers (et étrangement aucun ne s’appelait Didier d’ailleurs), ils la connaissaient sous le nom de Mira. Et Mouftard, ayant apprit durant sa longue existence à se transformer en tout ce qui était orange, devenait un grand chat roux.

Mais aujourd’hui elle ne venait pas voir ses amis, elle venait quérir quelques ingrédients lui permettant d’éviter de succomber au rituel d’Halloween et de devenir laide et méchante comme toutes les autres sorcières passant à l’âge adulte. Elle saisit sa liste et, s’élançant vers une porte, s’écria : “Première étape !”

Ne crie pas ! En plus d’être mal accompagnée, tu es bruyante ? la réprimanda une jeune femme. Je suis Hizanaya, si tu survis assez longtemps, nous aurons peut-être l’occasion de faire plus ample connaissance.”

Derrière elle se tenait un homme immobile et… de dos. La femme remarqua le regard interrogateur de Mira.
– Puhpuhpuh, ne t’occupes pas de lui, la seule raison de son existence est de faire acte de présence. Mais dis moi… Puhpuhpuh, réalises-tu que pour obtenir de la mandragore, il va te falloir réussir mon épreuve ? Et tu es accompagnée de Jack-o’-Lantern en plus de ça ?
– En réalité, il s’appelle Moufta… essaya de corriger Mira.
– Je me fiche de ton avis ! Voyons … quelle épreuve vais-je t’imposer… ? Ton âme y résistera-t-elle ? Puhpuhpuh.”
Une chansonnette, probablement poussée par Gustave resté à l’extérieur, brisa le silence et sembla remplir tout l’espace. Mira le remercia intérieurement, aussi dure que puisse être cette épreuve, elle n’avait pas le choix : elle avait besoin de mandragore pour son rituel, pour pouvoir enfin se débarrasser des chaînes de Hilde-Granit.
Hizanaya, toujours plongée dans ses pensées jeta un bref coup d’œil à l’homme, immobile et de dos, puis esquissa un sourire.
” – Puhpuhpuh. Ô ! âme en peine, condamnée à errer sans but jusqu’à la fin des temps !
Lors des nuits les plus noires de l’année, nuits où les frontières de la réalité se déchirent.
L’innocent peut entendre le son de tes pas. Tu l’attires à l’aide de ta lanterne. Mais qui es-tu ?
Petite sorcière, pourras-tu me donner le nom de cet être maudit ? “
Le silence s’abattit soudainement sur le petit groupe. Même Gustave semblait avoir arrêté de chanter. Aucun son n’était audible, aucune respiration perceptible. Le temps lui même semblait s’être figé.
Plusieurs minutes s’écoulèrent.
Après qu’encore plus de minutes se soient écoulées, Mouftard sentit qu’il lui fallait agir et soutenir Mira, briser ce silence ! Il lança :

“- Salut ! On doit réunir des ingrédients pour ce rituel qui libère des chaînes, là, et, euh, votre aide ne serait pas de refus ? Siouplait, M’sieur. », acheva précipitamment la citrouille de compagnie, à qui on avait inculqué les bonnes manières.

– Qu’est-que tu fabriques, Mouftard ? chuchota Mira, affolée. On est censés résoudre cette énigme seuls, je te signale ! Pas demander un vote du public ou appeler un ami ! Pour qu’Hizanaya nous donne la mandragore, il faut qu’elle sache… »

Elle s’interrompit. L’homme, ou plutôt ce qu’elle avait d’abord pris pour un homme immobile, s’était retourné, comme en réaction à l’apostrophe de Mouftard, et entreprenait de se déplier… et de se déplier encore, et encore… et encore. La silhouette grotesquement étirée et immense devint bientôt celle d’une créature qu’on ne pouvait qualifier d’humanoïde que faute d’un meilleur élément de comparaison : certes, ça avait deux bras et deux jambes, et un tronc. Une tête, aussi. Une tête dans laquelle l’absence d’yeux vous fixait pourtant avec une avidité frôlant le désespoir (mais comment pouvait-on en être aussi affreusement sûr, alors même qu’on ne distinguait aucun organe ?), et dont le gouffre béant de la gueule laissait échapper une terrible plainte, qui tenait pourtant du grincement lent de gonds mal graissés. Et lentement, la créature décharnée et affamée (c’était une certitude) commença à se mouvoir, se rapprochant de Mira. Elle bondit en arrière et s’écria d’une voix stridente :

«NON !! Je suis vénéneuse. La preuve, j’ai des cheveux verts. C’est ma tante Calendula qui me l’a dit, et elle sait de quoi elle parle, vu que les siens ont une couleur purée de brocolis. Moi ça serait plutôt vert absinthe… Comme la fée verte… Sauf que je ne suis pas une fée. Et vous devez nous laisser réfléchir à l’identité de l’âme errante à la lanterne, sinon c’est de la TRICHE !! »

Dehors, Gustave le balais approuva bruyamment ses propos – en chanson, naturellement. Il ne serait pas dit que sa musique n’arriverait pas à calmer la faim de l’abominable créature qui se rapprochait de plus en plus de Mira et Mouftard prêt à en faire son quatre heures. Effectivement, l’homme, qui n’était pas un homme (rappelons-le) était très inspiré par la chanson de Gustave. On l’entendait chanter “L’araignée Gipsy monte à la gouttière. Tiens ! Voilà la pluie… Gipsy tombe par terre, mais le soleil a chassé la pluie”. L’homme se balançait sur le rythme de la chanson, ce qui donnait tout à coup une allure très comique à ce personnage auparavant si effrayant. Cependant, Mira et Mouftard n’avaient toujours pas trouvés les ingrédients permettant d’exaucer le rituel pour libérer les chaînes de la porte. Ils se mirent à fouiller partout dans le grimoire de Mira en quête d’inspiration. Après tout, ils ne leur manquaient qu’un ingrédient pour réussir le rituel, ça ne devait pas être si compliqué !

“L’identité de l’âme errante à la lanterne… qui cela peut-il bien être?” Soudain, Mira eu un éclair de génie, si tant est qu’on puisse vraiment lui attribuer ça car n’importe qui aurait été capable de résoudre cette énigme, mais bon admettons. Où en étais-je? C’est bien compliqué d’être narrateur avec de tels personnages… Ah oui ! Elle eut donc un éclair de génie et s’écria :

“C’est à Gustave de s’affoler de la paille ; à lui de trouver l’ultime ingrédient finalisant le rituel !”

En effet l’abominable créature à peine apaisée de s’être dodelinée au rythme des épopées de Gipsy, continuait de se rapprocher.

Mouftard toujours la tête dans le grimoire, se momifiait, absorbé par ses immenses pages et ne prêtant aucune attention aux réflexions (plutôt bruyantes d’ailleurs pour des pensées intérieures) de Mira… ou était ce le son entêtant du toc-toc-toc de Krouchouc le pivert ?

Toujours est-il que Mouftard ne se rendait pas compte que Mira s’était tranquillement installée auprès du feu, profitant de la chaleur et de la luminosité des flammes vacillantes, semblables aux halos de la lanterne de “l’âme errante”.
Krouchouc voulant seconder Mira, Mouftard et Gustave s’était joint à ce dernier. D’où ils étaient, ils percevaient déjà les gargouillements de l’homme qui n’en était pas vraiment un.
“Toc-toc-toc”
Et soudain Mira s’aperçut que le Toc-Toc-Toc susnommé n’était pas dû à Krouchouc, mais venait en réalité d’une personne frappant obstinément à la porte depuis un long moment déjà. C’était la livraison d’un paquet par les services postaux de Kiki, fidèle amie de Mireille. L’ouverture du paquet fut laborieuse, non pas que le paquet fut scellé magiquement, mais seulement parce que nos amis ne sont qu’une bande de bras-cassés. Le paquet enfin ouvert, Mira découvrit à l’intérieur une poudre verte, drôlement fine, et étonnamment phosphorescente, accompagnée d’un petit mot de son amie Kiki l’informant de l’utilisation appropriée de cette poudre. Après avoir suivi à la lettre les instructions de Kiki (Suffit de verser la poudre dans ta potion), Mira s’aperçut (magie du Show-business), que la poudre en question était en réalité que le dernier ingrédient nécessaire à la création de son élixir.
L’énigme contournée et la potion finalisée et embouteillée, il ne lui restait plus qu’à livrer cet élixir au grand mage Gripari, très reconnu dans la profession, bien qu’internationalement reconnu comme étant incompétent. Mireille-Améthyste pris donc ses compagnons Mouftard la citrouille et Gustave le balai et partit vers le nord, vers la tour de Gripari, et c’est le sourire au lèvre qu’elle quitta Gipsy, Krouchouc et l’abominable créature, avec l’espoir de ne plus jamais revoir tous ces individus malfaisants. Mira et Mouftard débutèrent donc leur périple vers le nord, au rythme de Seven Nation Army des White Stripes, chantonné gaiement par Gustave.

Chapitre 2 : Les Marécages

Ce que Mira ignorait c’est que la tour du Mage Gripari jouxtait un marécage. Comme dans tous les marécages, on y trouvait un tas de créatures nauséabondes : autant de moustiques phosphorescent que de cafards à oreilles, des rats joufflus et des serpents en porte-feuilles. Mais on y trouvait également, particularité du Marais de Gripari, des espèces inconnues ailleurs : des draibhearans rampant et fumant et les ignobles Taics hirsutes exhalant le malt pourri.
Arrivés à proximité de la grise tour du Grand Mage Incompétent, Mira rêvassait, fourbue par son périple, la tête posée sur Mouftard, la ronronnante citrouille, bercée par la musique des White Stripes. Allait-elle enfin voir l’achèvement de sa quête ? Le puissant mage Gripari lui délivrerait-il la clé des secrets de l’élixir ? Qui allait-elle effrayer, cette année, pour soutirer quelques friandises ? Elle n’eut pas le temps de trouver de réponse à cette dernière question que, soudainement, une boule de cuir vint frapper l’équipage. Gustave le balai cabra, sursauta et perdit rapidement de l’altitude, assommé par le projectile. Mira, agrippée à son sac contenant la fiole d’élixir, chuta lourdement au sol. Heureusement pour elle, quelques arbres à toile vinrent amortir son atterrissage.
Mira allait s’enquérir de l’état de ses compagnons lorsqu’elle se sentit soulevée sans ménagement par le bras ! Le temps d’accommoder sa vision, Mira vit, avec effroi, que celui qui la tenait si fermement, n’était autre qu’un de ces Taics ébouriffé. Mira se trouva rapidement portée à quelques centimètres du visage du Taic éructant. Ce dernier se mit à hurler, dans une langue approximative : “Toi voler musique à moi !”

Mira analysa rapidement la situation : elle était bel et bien immobilisée par ce foutu Taïc et sa bande ! Incapable de jeter un sort sans l’usage de ses mains… C’est alors qu’elle aperçut, cachés derrière les broussailles du marécage son fidèle balai Gustave et Mouftard sa citrouille bien aimée. Ouf, ils n’avaient pas l’air d’avoir trop souffert de leur atterrissage forcé.
Elle demanda au Taïc : “Mais de quelle musique parles-tu donc ? Je ne t’ai rien volé !”
“Musique magique, mage Gripari, toi voler musique” hurla la créature hirsute avec une haleine assez houblonnée.
Se pourrait-il que l’antenne qu’elle avait malencontreusement arrachée aux abords de la tour du Mage Incompétent ait un lien avec cette histoire ?..L’heure n’est plus à la réflexion mais à l’action ! Mira sifflota un air bien à elle, et aussitôt Mouftard se mit à l’œuvre. Elle entonna le chant magique paralysant les créatures enchantées, Mira en profita aussitôt pour se libérer et retrouver ses compagnons.
Elle sortit de son sac l’élixir pour vérifier qu’il n’avait rien. Elle se rendit compte que sa couleur argentée de ce matin s’était transformée en jolie robe arc-en-ciel…Peut-être que son incantation puis la voix de Mouftard y était pour quelque chose ?? Elle décida de tenter une nouvelle expérience pour percer le mystère de ce flacon. Elle en déposa une goutte sur les cheveux du Taïc. La transformation fut époustouflante !


“Je dois rencontrer ce Gripari au plus vite” se dit Mira, “cet élixir est vraiment bien étrange et Halloween se rapproche à grands pas ! ”

Mira, prenant conscience de l’inéluctable avancement du temps, remit avec mille précautions, le flacon d’élixir aux propriétés inconnues et merveilleuses, dans son sac. Elle jeta un dernier coup d’œil au vil Taïc, qui l’avait lâchement agressée, maintenant métamorphosé en doux agneau bêlant, et se mit en route vers la tour du Mage Gripari. Elle était suivie de son fidèle balai Gustave et de sa fière citrouille Mouftard.

Elle allait mettre les points sur les i !! Oser l’accuser, elle, de “vol de musique”, quel affront!! Elle qui savait, en duo avec Mouftard, ensorceler tous les auditoires et jusqu’aux plus rebelles créatures! Il allait voir ce Gripari!  Elles allaient lui entonner leurs plus suaves refrains, il en resterait abasourdi. La musique vivante allait tellement  l’enchanter, qu’il n’aurait plus jamais besoin d’antenne pour capter les musiques maléfiques.

La tête pleine de ces belles dispositions, confiante en ses pouvoirs, et riche du précieux élixir couleur arc-en-ciel, elle marchait à grands pas vers la Tour Gripari. Gustave osa alors, d’une toute petite voix timide, se rappeler à son bon souvenir, et lui faire remarquer, que si les sorcières avaient des balais, ce n’était pas pour ramasser la poussière !

C’est donc en volant en amazone sur son balai, Mouftard dans ses bras tel un air-bag, qu’elle passa au dessus de l’obstacle constitué par les Monts Crapeux. Elle vit alors apparaitre à l’horizon, ce qu’il faut bien appeler un coup du sort…

Il fallait s’y attendre, arriver à la Tour Gripari sans accroc aurait été comme grimper à la Tour Eiffel en skateboard. Les turbulences et les vents violents ne se firent pas attendre. Les problèmes de carburateur de Gustave n’arrangeaient rien (faut dire que ça n’était pas un balai nouvelle génération, il était encore sous XP, c’est vous dire…). Il fallut toute la science du vol de Mira et sa vigilance accrue pour ne pas s’écraser au sol plusieurs fois.
Au loin, la tour du Mage Gripari, tel un nid d’aigle, apparaissait, perchée sur son éperon rocheux aux allures d’un cierge trouant le ciel (c’est beau non?) Mira et Mouftard suivaient habilement les évolutions désordonnées de Gustave, qui, bravant les bourrasques et se prenant au jeu, commençait à se croire dans Top Gun. Malgré leurs efforts conjoints, la tour semblait s’éloigner au furet à mesure (animal magique équipé d’un mètre sur les poils) que les 3 compères avançaient. Mira s’aperçut de la supercherie: “nous sommes victimes d’un sort, les amis, il va falloir utiliser les grands moyens!!” Elle posa Gustave dans une ornière voisine, enfin, elle tenta de le faire avant qu’il ne se plante dans le sol violemment, l’éjectant ainsi, elle et sa cucurbitacée magique. Instantanément les vents cessèrent et le calme revint.
Mira, la tête enfoncée dans la boue et le séant vers le ciel, cherchait à tâtons sa paire de lunettes à double foyers(et oui, elle est bigleuse en plus) tandis que Mouftard (quelle joyeuse drille celle là) roulait en pouffant vers un ruisseau en contrebas. (il vaut mieux une Moufte qui pouffe, qu’une pouffe qui moufte, vieux proverbe portuaire finlandais)

Une fois l’équipe remise de ses émotions, Mira fit le point de la situation avec ses 2 acolytes. Afin de contrer le sort qui les empêchaient d’atteindre la Tour Infernale (ça fait plus suspense je trouve) elle mit au point un contre-sort qu’elle trouva dans son livre de chevet “La magie pour les Nuls, édition 2” . C’est alors, que, tout à coup soudain, de manière inopinée (et non pas in Opinel, car ça ne veut rien dire) arriva la pluie. Parce que, clairement, le sort en avait après eux. Il arriva la pluie, et ce fut tout. Ce qui était bien dommage, parce que Mira n’était plus très sûre de vouloir y aller à cette Tour Infernale du mage Gripari, qui portait bien son nom, et pas un nom de bon augure. Elle aurait bien aimé qu’une porte dimensionnelle s’ouvre et les emporte loin de là, ou, à la limite, qu’un quelconque magicien (séduisant, si possible) leur vienne en aide et transforme la Tour Infernale en Station Balnéaire Paradisiaque. Mais rien ne se passa du tout, ce qui la déçut fortement, et n’est pas non plus très exictant pour le lectorat. Mais bon, c’est comme ça : des fois la vie, c’est pas ouf.Mira se reconcentra donc sur son contresort, et entreprit de le lancer. Aussitôt la Tour cessa de reculer. Par contre, pour la météo, il n’y avait rien à faire, et il faudrait bien se faire à arriver trempés, et drôlement secoués… A moins… à moins qu’il y ait un autre passage, finalement ? Après tout, qui avait décidé qu’il fallait forcément passer par les airs ? Certes, à un moment donné, il faudrait bien monter, mais en attendant, on pouvait bien voyager au sec, et sans risquer de se prendre un arbre (ou le sol) à tout moment. Gustave serait déçu de ne pas pouvoir démontrer ses talents de pilote, mais au Diable Gustave ! Mouftard et Mira, elles, avaient envie de continuer au sec, et pour cela, il y avait un moyen très simple : feuilletter un peu ce livre de Magie pour les Nuls, et trouver la formule permettant d’invoquer Yngrid, la Grande Taupe Cosmique (qui n’était pas cosmique du tout, mais elle aimait se faire appeler comme ça quand même, et était du genre susceptible, donc mieux valait optempérer), qui leur creuserait un chemin jusqu’à la Tour Infernale.

Mira se redressa, et frappa deux fois des talons par terre, en répétant l’incantation indiquée dans le manuel. Puis, elle frappa des talons une troisième fois, et le sol se mit à trembler si fort qu’elle fut à deux doigts de regretter son idée. La terre se fendit, et dans toute sa splendeur (c’est-à-dire pas beaucoup non plus) apparut Yngrid, la Grande Taupe Cosmique, visiblement agacée. De sa voix tonitruante, Yngride rugit : “Quoiiiiii, qui vient m’emmerder pendant “L’amour est dans la taupinière” ?!?”. Surprise par cet accès de colère (et de vulgarité) totalement injustifié, et un peu impressionnée par cette Grande Taupe aussi cosmique que Gustave était bien luné, Mira se mit à débiter à toute vitesse “Bonjour-Dame-Yngrid-Ô-Grande-Taupe-Cosmique-je-suis-Mireille-Améthyste-voici-Gustave-mon-balai-et-Mouftard-ma-citrouille-de-compagnie-je-cherche-à-rejoindre-la-Tour-Infernale-du-mage-Gripari-pour-lui-remettre-une-potion-mais-c’est-un-peu-loin-et-il-pleut-beaucoup-donc-je-me-suis-dit-que-vous-pourriez-m’aider, conclut-elle en tentant un sourire ravageur. Se demandant pourquoi cette inconnue à la chevelure hirsute la dévisageait avec cet air hébété (à croire que le sourire ravageur ne l’était que dans l’esprit de Mira), Yngrid soupira bruyamment et retourna sans un mot à ses occupations télévisuelles passionnantes. Savoir si René et Myrtille allaient passer le weekend à faire de la spéléologie était sa priorité du moment, n’en déplaise à cette étrange personne, aussi mignonne soit sa citrouille de compagnie.

L’histoire aurait donc pu s’arrêter là, laissant Mira dépitée devant ce trou béant…
Mais prise d’un léger remords (et parce que c’était la pub), Yngrid revint vers la petite sorcière :
” – On peut peut-être trouver un arrangement…”
Chapitre 3 : La Tour Gripari

” – Ma brillante magie cosmique n’a pas d’effet sur moi, or j’ai quelques poils disgracieux dont je n’arrive pas à me débarrasser. Si tu arrives à les faire disparaître, je peux te creuser un tunnel jusqu’au vieux Gripari”.

Se souvenant avoir vu une formule pouvant convenir dans son livre de Magie pour les Nuls, Mira sauta sur l’occasion de mettre son talent à exécution (sans faire trop de dégâts, a priori) et s’empressa d’accepter. Par un heureux hasard, probablement la chance du débutant, la formule fonctionna du premier coup et Yngrid honora sa promesse, non sans oublier de râler un peu, pour la forme cosmique. Elles se séparèrent sans heurts ni effusions au pied de la tour, que Mira s’empressa d’escalader, suivie de Gustave et Mouftard. Arrivée au sommet, la sorcière frappa timidement à la porte, qui s’ouvrit aussitôt, comme si l’arrivée de la joyeuse troupe était attendue. En pénétrant dans le vestibule, quelle ne fut pas la surprise de Mira lorsqu’elle constata que les murs étaient ornés de trophées d’un genre particulier : des têtes humaines aussi vilaines que bruyantes. Bien décidées à rendre sourds la pauvre Mira et ses acolytes, elles commencèrent à chanter, non sans ironie, I will survive en canon, et de manière la plus fausse possible. Cette cacophonie, que l’étroitesse du vestibule rendait assourdissante, fit perdre la tête à la jeune sorcière qui se mit à hurler tellement fort que chaque tête éclata. Devant le carnage, du sang et des morceaux de cervelles tapissant les murs et le sol, Gustave entreprit de faire la chose la plus sensée en pareille situation : balayer. Durant ce laps de temps, Mira revint à elle et aida, grâce à un petit sort de nettoyage, le pauvre Gustave que rien, dans sa carrière de balai magique, ne prédisposait à vivre une telle scène. C’était décidé, de retour chez lui, il se syndiquait !

La sorcière, remise de ses émotions, décida de visiter la maison ; après tout, elle avait une mission à remplir. D’un pas prudent et dans un silence quasi monacal, elle s’avança jusqu’à tomber devant un majestueux et somptueux escalier. Elle osa un timide “Bonjour, je suis Mira, je cherche le sage Gripari pour lui remettre une potion” qui n’obtint aucune réponse. Résignée, elle s’apprêtait à gravir la première marche de l’escalier quand un enfant, portant une cape de magicien bien trop grande pour lui, apparut comme par magie et s’empara de Mouftard. Il lança ensuite d’une voix joyeusement enfantine “sorcière ou pas, si pas de fraises Tagada, ta citrouille est à moi !” avant de s’élancer à toute vitesse en dehors de la maison. De toute évidence, il avait déjà ingéré une dose de sucre assez conséquente pour plusieurs jours.
Ni une ni deux, elle partit à sa suite. Il courait autour de la maison en réclamant ses bonbons. Malheureusement, elle était à court et distribuer des sucreries aux gamins était bien le cadet de ses soucis. Dans la main du garçon, Mouftard exprima son mécontentement. La surprise se lut sur le visage du garçon qui commença à penser qu’il avait fait une mauvaise affaire. Il tint bon néanmoins et retourna dans la maison. Avant que la sorcière ne lance un sort, Mouftard fut libérée et le garçon disparut comme il était venu. Mira s’assura que sa citrouille allait bien, se calma et décida qu’elle avait perdu assez de temps comme cela. Elle devait absolument trouver le sage Gripari et lui transmettre la potion. C’est alors qu’elle prit conscience de la pièce où elle se trouvait, son regard se posa sur un bibelot en particulier.
A peine l’eut-elle effleuré qu’une voix résonna : “ Je suis celui que tu cherches”.
Le son provenait de d’un alambic à fluxion latérale droite qui laissa Mira très perplexe… Dieu sait si elle connaissait ce genre d’instrument mais le gonflement fort exagéré à droite de ce récipient était surprenant. C’est alors qu’elle eut la sensation d’un léger sourire ironique mais pourtant bienveillant.  Elle n’osait rire de la situation cocasse, quoique légèrement inconfortable pour le mage, qui visiblement souffrait d’un abcès proéminent. Mouftard qui n’avait pas perdu son sens de l’humour, mit les pieds dans le plat avant même qu’elle pût intervenir: ” Ah ! ben ça alors mon beau mage, voilà un renflement unilatéral citrouillesque qui doit quelque peu vous encombrer ?”. Trop tard ! Un flot de liquide jaune virant à l’orangé se mit à couler hors de l’alambic, un flot continu, de plus en plus puissant qui envahit la pièce. Mira sauta sur Gustave qui, arrivant fort à propos, lui évita d’être submergée. Pendant ce temps, Mouftard, voguait élégamment sur ce flux visqueux et translucide.
C’est alors qu’un chant discret mais très mélodieux se fit entendre par une ouverture de l’alambic qui capta instantanément l’attention de Mira pour qu’elle se souvienne du but réel de sa venue. Elle plongea sa main au fond de son sac de sorcière pour prendre le flacon contenant la potion, le saisit et s’apprêta à l’ouvrir mais avant qu’elle n’eut l’occasion de l’utiliser, des hurlements affreux retentirent. Surprise, Mira lâcha le flacon. Elle leva les yeux pour repérer d’où venaient ces cris d’horreur mais elle s’en aperçut bien assez tôt quand deux êtres lui tombèrent dessus. Déséquilibré, Gustave virevolta avant de s’écraser sur un tonneau qui flottait. Un peu sonnée, Mira reprit vite ses esprits pour découvrir ses assaillants. Ils ne semblaient pas être très dangereux. L’air ébouriffé, l’un était un petit lutin et l’autre un poney. *

Vraie maquette en 3D de Luthien avec tous les protagonistes sur un tonneau !

« Oh Gustave, mes pauvres fesses ! » s’exclama le lutin.
Le poney lui répondit alors en chantant un étrange poème :
« Toutes roses
Elles ne sont plus
Mais rouges
Sont-elles devenues. »
Mira était de plus en plus déconcertée par l’apparition de ces étranges créatures. Toutefois elle avait une mission à mener. Cherchant son flacon, elle s’aperçut que celui-ci s’était brisé sur le mage-alambic déversant alors sa potion magique ! Elle avait donc accompli sa mission par la force des choses mais le flot visqueux qui envahissait la pièce ne s’arrêtait pas pour autant de monter.
Elle appela son balai : « Gustave ! »
« Que puis-je pour vous chère demoiselle ? »
Depuis quand son balai savait-il parler ? Décontenancée, elle s’aperçut que ce n’était pas son balai qui lui avait adressé la parole mais le poney. Mais d’où pouvaient bien venir ces deux énergumènes ?
C’est alors qu’elle repéra une étrange ouverture dans le plafond où l’on ne voyait qu’un paysage blanc. Les deux inconnus venaient certainement de cette contrée lointaine. Montant sur son balai, Mouftard avec elle, saisissant le lutin par son bonnet et le poney par sa crinière, elle s’envola…
Mira tenait tout ce petit monde bien accroché, sans savoir exactement ce qui allait se passer…Mais une chose, une seule, était sûre, rien ne se passerait comme prévu…Car l’odeur qui montait de la potion n’avait rien à voir, mais alors rien à voir avec ce qu’elle attendait… Mortifiée, elle cala le lutin devant elle sur le balai pour se libérer une main, elle plongea à nouveau dans son sac et vit avec horreur que le flacon de potion était toujours là, coincé entre un bec-de-canard et une fleur séchée d’Asphinie.
“La bouteille d’huile essentielle d’ail !!!! c’est ça, cette terrible odeur” pensa-t-elle. “Je l’avais achetée pour le jardin de Mamé et je l’ai oubliée depuis…” Le poney et le lutin avaient d’ailleurs acquis en quelques minutes une couleur vert foncé qui en disait long sur l’état de leur estomac. Une seule issue, désormais obligatoire : l’ouverture lumineuse qui les aspirait. En quelques secondes, Mira et son étrange équipage furent de l’autre côté (si l’on peut dire qu’il y avait l’un et l’autre côté). Une grand jardin extraordinairement reposant s’offrait à leur vue et Mira sourit alors angéliquement (ce qui, pour une sorcière, est assez inhabituel): ” ça y est, je suis enfin parvenue à mon but !”
Épilogue

Par chance juste avant que le liquide doré n’envahisse ce monde également, le passage s’était refermé. Mira et toute la troupe (parce qu’on ne va pas tous les énumérer non plus …), suivant le petit lutin qui connaissait bien la contrée, avaient trouvé refuge dans une bicoque abandonnée. Enfin presque abandonnée… elle était habitée par de nombreuses araignées et par un personnage translucide et à la tête bringuebalante étrangement familier à Mira, mais qui effrayait le lutin. Quelle chochotte celui-là !

Ils s’installèrent confortablement au coin du feu. Mira retira ses bottines pour se mettre à l’aise et faire danser ses orteils dépassant de ses chaussettes trouées.

– Tu as encore troué tes chaussettes ?! rouspéta Mouftard. J’en ai assez de les rapiécer sans arrêt !

Témoin de la conversation, le fantôme vint discrètement souffler sur les chaussettes qui se retricotèrent magiquement !

– Whouuua, pensa Mira. Enfin de la magie utile et gentille ! Ce n’est certainement pas tante Hilde-Granite ou Mamé qui auraient fait ça ! Ça existe donc les endroits où l’on peut faire de la magie tout en restant gentil !

Mira était très fière d’avoir réalisé cette potion si difficile pour rester gentil, elle qui ratait toujours d’ordinaire le moindre petit filtre de pousse de furoncle ! Elle avait trouvé seule tous les ingrédients, l’avait testée avec brio sur l’horrible Taic, et avait même été sur le point de la mélanger dans le mage-alambic Gripari pour rendre ses effets permanents ! Même le terrifiant homme-plié, les taics, les tempêtes et le petit assistant gourmand de Gripari n’avaient pas réussi à arrêter sa quête ! Si seulement il n’y avait pas vu cet abcès … ! Mais dans tous les cas elle n’en aurait pas besoin car elle comptait rester là un petit bout de temps avec ses nouveaux amis, et que le passage vers ce monde annulait les effets de la cérémonie d’Halloween. Ses consœurs la ferait sans elle, et c’était bien mieux ainsi. Et elle aurait bien le temps de voir pour l’année prochaine !

Ses pensées furent interrompues par le fantôme qui tenait à servir à Mira de la soupe à la citrouille, hélas glacée en raison de la température extérieure … Mira déclina poliment:

– Non merci Sir Nicholas de Mimsy-Porpinpin….. truc. Enfin, non merci Nick. Je vais d’abord faire une petite sieste.

C’est ce moment-là que Gustave, en compagnie de Gustave, car ils s’étaient décidément bien trouvés ces deux-là, choisirent pour pousser une chansonnette de circonstance que le lutin et Mouftard suivirent avec allégresse à renfort de rythmes approximatifs.

 

PARTICIPANTS : Pibou, Twinkel, SALT, Mickettte, Lucette, Gwen, Manu, Owlygirl, Calire, Kepritz Telitti, Mila, Cha, Light and Smell, Ichmagbücher, Fleur, Luthien, Chris / Intro et épilogue : Morgana et la Luciole

 

 * Ces deux personnages, Gustave le poney et le lutin sortent tout droit du conte participatif de Noël de l’année dernière ! 😉 et oui, certains avaient envie d’un cross-over ! 😉 Si vous ne l’aviez pas lu, il est par ici.

Pour se faire un petit souvenir, nous avons prévu de réaliser un format papier des contes participatifs organisés sur le blog. Et tant qu’à faire, une fois la maquette prête, autant vous le proposer également si cela vous intéresse 🙂 Le formulaire est ci-dessous si vous souhaitez commander un des deux contes au format papier, environ 15cm sur 20cm, à 17,75€ (prix Vistaprint actuel, tant qu’il y a la promo). Nous ne touchons pas de bénéfice là-dessus, il s’agit uniquement du prix d’impression + frais de port que nous dépenserons par livre.

2 Comments on “Conte d’Halloween participatif : “La potion interdite de Mira”

  1. Muhuhuhu j’ai bien ri, merci à vous 2 et à tous les participants ^^

  2. Hé bien, bravo, félicitations pour ce conte.
    Quelle imagination débordante !!Je me suis bien amusée en le lisant.
    Continuez votre blog pour notre plus grande satisfaction.

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