Défi Contraintes d’écriture : Vanité – E. Lécroart & Le dessin – M.-A. Mathieu

Le dernier Défi en date portait sur l’écriture sous contrainte. Et quand on parle d’écriture sous contrainte, ça ne veut pas dire lettre de suicide écrite sous la contrainte d’un flingue sur la tempe, ou témoignage sur papier toilette comme dans V pour Vendetta.

Bon si vous avez choisi ça comme lecture, on ne peut pas dire que vous ne soyez pas dans le thème, mais … c’est un peu glauque ! 😀

A part de sombres activités mafieuses, l’écriture sous contrainte, ça peut être un exercice intéressant pour l’auteur, et une expérience sympa pour le lecteur. C’est l’auteur qui se donne comme défi d’écrire autour d’une contrainte donnée, et pas forcément confiée au lecteur à l’avance. Le mouvement le plus connu c’est l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), notamment avec La Disparition, de Perec qui s’est donné comme mission d’écrire tout un livre sans la lettre E. Il existe la même chose en BD : c’est l’OuBaPo ; et j’étais très curieuse de voir ce que ça pouvait donner !

Vanité, d’Etienne Lécroart

Je vais donc vous parler de mon aperçu de ce mouvement dans ce défi avec Vanité, d’Etienne Lécroart, l’un des fondateurs de l’OuBaPo en 1992.

Difficile de parler de ce petit livre sans trop en dévoiler. Vanité (titre à comprendre dans son sens artistique : représentation symbolique de la mort et de l’insignifiance de l’existence), est une succession de dernières fois. Des dernières fois importantes (la dernière fois qu’on embrassera quelqu’un), ou plus anodines (la dernière fois qu’on se roulera dans l’herbe) – (libre à vous d’inverser les deux exemples selon votre propre hiérarchie :p). On passe souvent du coq à l’âne, certaines énumérations font sourire, rappellent des souvenirs, pour nous emmener inévitablement vers la Fin ! 💀

A chaque « dernière fois », une case. Prise une par une, on ne remarque rien, mais elles s’agencent comme les pièces d’un puzzle pour former une grande image qui résume le tout, et je crois que c’est là que réside la vraie contrainte, et c’est vraiment bien fait ! C’est une lecture qui m’a touchée, autant dans la forme que dans le fond, quelques pages qui m’ont vraiment happée et que j’ai été très contente de découvrir.

Le Dessin de Marc-Antoine Mathieu

J’ai également lu Le Dessin de Marc-Antoine Mathieu, qui lui, n’appartient pas à l’OuBaPo, mais se rapproche du principe. Pour le coup je ne suis pas trop entrée dedans – et c’est le cas de le dire vu la thématique du récit !
Le Dessin, c’est l’histoire d’un homme qui, à la mort de son ami, peut récupérer UNE œuvre d’art parmi une multitude entreposée. Son attention se porte sur un tout petit dessin, et il ne sait même pas trop pourquoi : de son propre aveu tous les autres tableaux sont bien plus qualitatifs. Pourtant, en rentrant chez lui, il se rend compte que chaque partie, chaque détail du tableau est à son tout composé de très nombreux détails, qui sont eux même encore détaillés, et encore et encore … Par exemple : un miroir dans lequel il voit la fenêtre dans face, dans laquelle il y a un tableau, qui représente une ville, jusqu’à quasiment l’infini.

Sur la base, c’est une idée qui me séduisait bien, mais je n’ai pas trop vu où était la contrainte d’écriture. Imaginer les différentes couches successives de détails, ok, mais j’ai trouvé la réalisation finale de la BD un peu « simple ». J’aurai aimé que le concept soit peut-être un peu plus poussé et j’ai trouvé que ça manquait un peu de rythme. Bref, même si normalement j’aime bien les lectures comme ça « à énigmes », je ne m’y suis pas trop retrouvée… Ceci dit, peut-être que si je n’avais pas lu la BD dans le cadre du défi, avec cette attente que ça implique autour de la contrainte d’écriture, je l’aurai un peu mieux appréciée ?

Ces deux exemples de BD avec contrainte d’écriture, sont déjà très différents, mais il en existe beaucoup d’autres très variés. Si vous en voulez un peu plus, dans le cadre du Défi Deedr, Owlygirl a écrit ICI au sujet des Trois Chemins, de Lewis Trondheim, l’un des plus connus des fondateurs de l’OuBaPo (dont j’ai par ailleurs un peu parlé ICI avec Coquelicots d’Irak).

Et puis pour continuer un peu dans cet esprit, je vous retrouve prochainement avec une autre lecture avec contrainte … imposée par les circonstances cette fois ! 😉

One Comment on “Défi Contraintes d’écriture : Vanité – E. Lécroart & Le dessin – M.-A. Mathieu

  1. Haaan Vanité a l’air si beau ! Ça m’a presque mis les larmes aux yeux juste ces petites cases !
    J’aime bien ce défi, moi ça me fait tout de suite penser à Exercices de Style de Queneau que j’adoooore !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.