Défi N.o.e.l : Nocturne Indien – Tabucchi et le film de Alain Corneau

C’est parti pour le début de ce défi en 4 parties ! Pour ce mois de décembre, nous vous proposons 4 binômes, dont les premières lettres des titres forment le mot NOEL. Même si il aurait été pratique pour nous de le faire dans le désordre (comme le fait que la Luciole n’a pu récupérer le film à la médiathèque que la veille de la date prévue pour l’article …), on commence par le N avec Nocturne Indien ! 😉 Pas grand chose à voir avec l’esprit de Noël et hivernal donc … encore que … les rêveries sont bien de saison ! Alors bienvenue dans le voyage de Roux / Rossignol 😀

en turquoise : l'avis de Morgana sur le livre / en orange : l'avis de la Luciole sur l'adaptation cinématographique.

Nocturne Indien est un livre qui se déroule un peu comme un rêve. Quand on est dedans, tout semble cohérent, et à peine refermé, je me suis aperçue que j’aurais été bien en peine d’expliquer correctement tout se qui s’y passe. Je pourrais essayer, mais je me perdrais très vite (et vous savez que je me perds déjà bien assez comme ça dans mes articles :D). Mais je ne renonce pourtant pas à vous en parler, car je tiens là l’une de mes meilleures découvertes de 2018 !

Nocturne Indien se déroule bien en Inde. Les endroits où le héros passe sont décrits avec une telle précision qu’on a la sensation qu’on pourrait nous aussi reproduire ce voyage. Pourtant, Nocturne Indien n’a rien d’un livre de voyage : si vous voulez découvrir l’Inde, ce n’est pas vers lui qu’il faut se tourner. L’histoire ne se prête pas aux grosses découvertes culturelles. On suit le narrateur dans une balade onirique envoûtante, où il est à la recherche d’un ami depuis longtemps perdu.

Les chapitres se suivent, parfois aucun lien particulier ne semblent les lier entre eux, un peu comme si l’on sautait d’un rêve à l’autre. Mais comme lorsqu’on quitte un rêve pour en commencer un autre, cela semble très naturel durant la lecture. Très vite, j’ai préféré adopter une posture de lâcher-prise le plus total : c’est bien simple, c’est le genre de lecture où, soit on se laisse porter et on accepte ce qui vient, soit on devient dingue. 😀
Plus sérieusement, malgré tout ce que je dis, je trouve que le livre reste très accessible. On comprend facilement qu’il s’agit en réalité d’une quête de soi-même à laquelle se livre le héros, on est sur un registre métaphorique et le voyage est bien plus intérieur “qu’extérieur” (d’où la fameuse absence du côté reportage, dont je parlais plus haut ^^). Je lisais le soir, fatiguée et pourtant je ne peinais pas à suivre. Au contraire, c’était d’autant plus agréable de retrouver le narrateur dans ces nuits indiennes surréalistes.

Le roman est court, il peut se lire d’une traite et je l’ai trouvé parfaitement dosé du début à la fin. A chaque chapitre, je me demandais si ça n’allait pas se casser la figure, si l’ennui n’allait pas arriver. Mais la quête de Roux (please, le héros s’appelle Roux, n’est-ce pas la garantie d’un roman absolument parfait ? En toute objectivité bien sûr 0:) ) n’a cessé de me fasciner. J’ai aimé chacun de ces épisodes, et la fin m’a énormément émue. Je ne saurais même pas vous dire exactement pourquoi, d’autant plus que c’est dans les derniers chapitres que tout devient de moins en moins clair si l’on cherche à rationaliser ce qui se passe. En somme : moins je comprenais, et plus j’étais touchée (ooooookay. maisouibiensûr). Il ne restait plus que les émotions, et cette envie de relire aussitôt le livre.

Bref, grâce à ce défi, j’ai fait l’une de mes meilleures lectures de l’année. Et je vous recommande très chaudement Nocturne indien, si l’idée d’être plongé dans un rêve ne vous déplaît pas ! ^^

Nocturne Indien, Alain Corneau, 1989

Lorsque nous préparons un binôme, surtout lorsqu’il s’agit d’une œuvre comme celle de ce défi que nous ne connaissions ni l’une ni l’autre, je me retiens de lire la partie de Morgana avant d’avoir vu le film, pour que cela n’influence pas mon jugement. En général, je suis entièrement d’accord avec elle. Et cette fois-ci n’aura pas fait exception ! 😀 Voilà, je peux m’arrêter là, ça va me faire gagner du temps 😀

Le fait qu’on ait vraiment l’impression de se retrouver nous-même en voyage en Inde est aussi ce qui m’a frappée au début de mon visionnage. Les différents épisodes sont ponctués par les hôtels ou lieux dans lesquels le personnage dort chaque nuit. J’en suis venue à me dire que ça ferait une bonne pub pour Booking.com 😀 Même si certains hôtels sont loin de me donner envie d’y séjourner! ^^

Je me suis très vite laissée portée par le film. Le but de la quête de ce personnage (qui s’appelle Rossignol dans le film, et pas Roux, Sorry Morgana ^^) est devenu pour moi très accessoire, et je m’en moquais de savoir si il allait retrouver son ami ou non, j’ai apprécié simplement ce voyage en lui-même. Je pense que c’est ce que visait le film et qu’en cela il est réussi.

La mise en scène de cet homme sur les traces de son ami est concrète : lorsque la première personne qui indique au personnage où peut être passé cet ami lui indique où il se rendait, on voit les lieux, vides, les uns après les autres. Dans ces mêmes lieux et mêmes plans, un peu plus tard, c’est Rossignol  qui s’immisce, toujours à la recherche de son ami.

C’est peu à peu que je me suis rendue compte du but véritable de la « quête » (parce que comme d’hab, je ne lis pas les résumés). Je regrette par contre un peu les explications finales. (sans spoiler) Au restaurant avec une femme, le personnage explique ce que nous aurions dû comprendre. Si cela est beau et intéressant sur certains éléments, je trouve que le film est un tout petit peu trop précis, et que cela aurait été plus subtil, voire plus émouvant de laisser le spectateur deviner jusqu’au bout. Là, ayant « deviné » bien avant (car le film est fait en sorte qu’on s’en rende compte), ces explications m’ont un peu retiré ce plaisir. Ceci dit, la frontière entre l’histoire en elle-même et le fait que ce soit un film se brouille à ce moment-là, et ça fait de cette scène un passage assez prenant !

Pour moi aussi Nocturne Indien est une super découverte de cette fin d’année ! Je n’y avais pas pensé, mais je trouve que Morgana dans sa partie a trouvé les mots juste en comparant ce film à une succession de rêves.

Le rythme est relativement lent, il ne se passe pas énormément de choses, les personnages rencontrés ne semblent pas en apparence vraiment aider Rossignol à retrouver son ami, et pourtant, je me suis laissée porter, je me suis prise au jeu de ces recherches, des bizarreries des personnages, sans forcément avoir des réponses à tout (qui sont ces deux femmes auxquelles le Rossignol cherche à écrire … ?).

Une histoire un peu fascinante, une belle découverte que je suis vraiment contente d’avoir faite d’avec ce défi ! Et dire qu’on n’était pas très partantes au début et qu’on n’arrivait pas à se fixer sur le titre à lire et voir pour le N !

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