Défi n.O.e.l. : Ondine – Jean Giraudoux et l’adaptation de Neil Jordan

Au risque de vous surprendre, Ondine raconte l’histoire… d’une ondine, nymphe des eaux qui vient de la mythologie germanique. Ondine va tomber amoureuse de Hans, chevalier tout ce qu’il y a de plus humain et déjà promis à une autre femme. Mais ils décident malgré tout de vivre leur amour, même si, selon la loi des ondins, si Hans trompait un jour Ondine, il mourrait et elle se verrait frappée d’amnésie et forcée de retourner auprès des siens. Vous vous dites qu’il y a du drame dans l’air ? Vous avez raison, mais du très joli drame : sans vouloir griller tout le suspense de cet article (hum), j’ai adoré lire Ondine.

De Giraudoux, j’ai lu Intermezzo il y a très longtemps et je n’en garde qu’un vague bon souvenir. A l’époque, j’avais plus dû me concentrer sur l’intrigue en elle-même que sur le style du dramaturge. Et c’est bien dommage, car si Intermezzo est écrit pareillement à Ondine, cela me donne envie de faire une relecture dans l’heure !

En effet, la première chose dont j’ai envie de vous parler au sujet d’Ondine, c’est de l’écriture : on ne va pas se perdre dans une analyse stylistique de haute volée, non, mes capacités à la matière auraient plutôt tendance à se résumer à “putaing c’est beau“… même si on va essayer d’étayer un peu tout ça. 😀 Vraiment, j’ai énormément aimé la poésie contenu dans Ondine. On est dans dans le domaine du merveilleux, avec une féérie omniprésente qui s’exprime autant dans les décors et l’intrigue que dans les mots des personnages. La grâce et la naïveté du personnage principal contribue sans doute énormément à cette beauté globale.

Pourtant, Ondine et Hans restent des personnages assez classiques dans les rôles qui leur sont attribués : Ondine est la jeune fille pure et innocente, qui porte un amour inconditionnel et sincère à Hans, le fort chevalier pas forcément très futé (mais teeeeeellement beaaaaau)(véridique, Ondine dit cash que Hans est bête – et à plusieurs reprises s’il vous plait -, je n’interprète RIEN ici :D). En soi, les personnages avaient tout pour me déplaire, voire me gâcher ma lecture.

De plus, il faut avouer qu’on est sur une vision assez pessimiste de l’amour, où l’amour humain (celui d’Hans) n’échappe jamais au mensonge, à la trahison et qui ne peut rendre heureux. Cet amour est opposé à celui presque “divin” d’Ondine, qui ne connaît ni limite, ni faille et au travers duquel elle conçoit son bonheur le plus total et sa raison d’être. Mais qu’il soit question d’amour humain ou surnaturel, dans les deux cas, les êtres sont conduits à leur perte…
Cool. Quelqu’un n’aurait pas un bon vieux Disney ? Qu’on puisse aller chanter “L’amour brille sous les étoiles” avec Simba et Nala, en se roulant dans la guimauve, les plaids et les chatons, histoire de se remettre un peu ? 😀

Mais voilà, au risque de me répéter : “putaing que c’est beau !“. Et oui, c’était tout ce qui me venait durant ma lecture, entre deux éclairs de lucidité où je me disais que je détestais ces personnages. 😀 Je me laissais juste envoûter par cette pièce aux allures de conte et de poème. Avec une affection particulière pour le deuxième acte, qui propose une mise en abyme intéressante avec des personnages (l’illusionniste, le chambellan et le poète) qui jouent avec l’écoulement du temps : ont-ils envie de savoir comment les retrouvailles de Hans et Bertha (l’ancienne fiancée) vont se dérouler ? L’illusionniste fait avancer le temps, de la même manière que nous, lecteurs, pouvons tourner les pages plus vite pour connaître la suite de l’action, même si celle-ci se déroule 1 ou 10 ans plus tard. Ce jeu autour de la temporalité accentue le côté inéluctable du destin des héros : la vie ressemble alors à un spectacle de magie, où le numéro est déjà prévu du début à la fin, et où l’on ne peut que décider de si on veut en voir la suite ou immédiatement en connaître la chute.

Ok… une fois de plus, on est sur du très joyeux. Vous voulez qu’on rappelle Simba et Nala pour aller chanter sous les étoiles ou ça ira ? 😀

La fin également m’a énormément plu (putaing c’était beau), et j’ai aussitôt relu les dernières scènes.

En conclusion : Ondine, c’est la pièce qui avait tout pour m’énerver au moins autant que Tristan et Iseult, mais qui a réussi à m’ensorceler sans que je n’ai eu le temps de comprendre ce qui m’arrivait. Ma pièce de théâtre préférée de l’année !

Il est temps que je vous laisse avec la Luciole, qui nous a dégoté une petite adaptation libre de la pièce.

Adaptation libre
Ondine, de Neil Jordan, 2010

Ondine, de Neil Jordan est une adaptation de ces légendaires créatures que sont les Ondines. On retrouve cette relation Ondine/Hans de la pièce de Giraudoux avec la relation Ondine/Syracuse. Bon, la première question c’est : pourquoi donc un pêcheur irlandais porte-t-il le nom d’une ville de Sicile … ça n’a aucun sens … mais si on commence à se poser de telles questions dès le début de l’article, je peux vous assurer qu’on n’en verra pas le bout, alors faisons mine qu’il a un prénom normal et logique. 😀

Dans ce film, Ondine est donc une jeune femme repêchée des eaux par ce fameux pêcheur Syracuse, et ils vont petit à petit tomber amoureux.
Ce dernier a une fille très mûre pour son âge, pétillante et pleine d’imagination qui arrive à convaincre tout le monde – du moins son père et Ondine, que celle-ci en est vraiment une, une Ondine. Ou plus précisément, une selkie : c’est à dire une sirène à la sauce écossaise, au lieu d’une femme avec une queue de poisson brillant de mille feux, c’est une femme-phoque… Moins sexy, mais plus local ! 😀

Tout le monde y croit plus ou moins, ou fait semblant d’y croire. Tout le long, le film est teinté d’un peu de fantastique : la pêche devient miraculeuse, Ondine nage incroyablement bien, elle chante d’une voix cristalline dans une langue inconnue. Pas de doute, ni d’autre explication rationnelle évidemment : elle est bien une femme-phoque.

Je me suis vraiment prise au jeu en regardant le film, même si j’attendais de savoir ce que cela cachait VRAIMENT. Là-dessus, je n’ai pas été déçue – ce qui est souvent le risque dans ce genre de film à mystères. J’ai trouvé la fin plutôt pas trop mal amenée mais si elle m’a paru un peu stéréotypée et que le film, changeant un peu de registre à ce moment-là, m’a semblé moins maîtrisé sur ces scènes d’action-thriller. Heureusement le passage était court !

Tout le reste du film est plutôt dans une ambiance un peu mélancolique, douce-amère, qui m’a bien plu, et m’a donné envie de croire à toute cette histoire.

Contrairement à ce que Morgana a pu reprocher aux personnages d’Ondine de Giraudoux, ici ils ne sont pas tous lisses. Mais au final, ça fait presque « trop » de drame qui semble collé sur les personnages pour essayer de leur donner une profondeur un peu artificielle et pleine de bons sentiments. Syracuse est un ancien alcoolique qui devient violent quand il boit – mais qui a arrêté de boire pour s’occuper de sa fille – qui est en fauteuil et en attente de greffe de rein pour cause d’insuffisance rénale – et qui vit avec sa mère qui est, elle, encore alcoolique et passe ses soirées à jouer au billard dans un pub – et qui vit avec un mec pas net mais ça va quand même. Je vous l’ai dit : presque trop. Du coup lorsqu’on en apprend un peu plus sur le véritable passé d’Ondine (que je ne dévoilerai pas ici), … c’est bien, mais on avait déjà eu notre dose de too much. ^^

Il est clair qu’on est loin de la pièce de Giraudoux, mais les grands thèmes restent les mêmes : cet amour entre une ondine et un humain, les risques que cela implique, la présence de cet ancien amour du personnage principal …

C’était franchement pas le film de la décennie mais j’ai passé un moment plutôt agréable devant. J’ai surtout aimé être plongée dans ces paysages irlandais, ces légendes écossaises, bravant les eaux sur des bateaux de pêcheurs et enterrant des peaux de phoques au fond des jardins 😀

2 Comments on “Défi n.O.e.l. : Ondine – Jean Giraudoux et l’adaptation de Neil Jordan

  1. Comme il est beau ! Comme je l’aurais aimé !
    (Sinon je suis contente que ça t’ait plu Chouquette : j’aime cette pièce. ^^)

  2. Et bah déjà j’ai carrément envie de découvrir la pièce, moi aussi je veux pouvoir dire “putaing c’est beau” hé !
    Bon par contre j’avoue que le film me tente un peu moins… Je suis pas trop fan du drame sur du drame sur du drame ^^

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