Défi : Tristan et Iseult & l’adaptation L’Eternel Retour – J. Delannoy

Les défis sont de retour : cette fois-ci, le thème était “le XIIème siècle : œuvres écrites à ce siècle ou qui s’y déroulent” !
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Ah, Tristan et Iseult, ce couple qui représente si bien la pasión aussi impossible qu’interdite ! Tristan et Iseult s’aiment, mais elle est mariée à Marc, l’oncle de Tristan. Ayant absorbé un philtre d’amour qui les oblige à rester l’un près de l’autre sous peine de mourir, Tristan et Iseult vivront leur amour en secret (voilà qui promet des aventures dignes des meilleurs épisodes d’Amour, gloire et beauté, n’est-il pas ?).

Tristan et Iseult, par René Louis, 1967

Les origines de la légende sont incertaines, comme pour toute bonne légende, me direz-vous. A priori plutôt celtique, on en relève des traces dès le VIIè siècle, mais c’est au XIIème siècle que Tristan et Iseult auraient (peut-être, possiblement, éventuellement) fait leur entrée dans la littérature. On possèderait des fragments de texte écrits par différents poètes de l’époque, dont le nom nous fait froncer les sourcils et balbutier un “ouais, ça me dit quelque chose, le bac de français, tout ça… Je te ressers du gâteau ?”. Oui, oui, on reveut bien du gâteau, parce que Béroul, Ulrich von Zatzikhoven et Renaud de Beaujeu, on les aime bien, c’est bien gentil à eux d’avoir fixé à l’écrit la légende de Tristan et Iseult, mais ce ne sont pas les 20 lignes de leurs pages Wikipédia qui vont nous permettre de vraiment disserter sur les bonhommes.

La version que j’ai lue est signée René Louis, médiéviste et historien qui s’était donné la mission de proposer une version de la légende dans un français moderne. A destination du grand public, cette version viserait à ce que chacun puisse apprécier l’histoire de Tristan et Iseult, qui reste assez obscure et inaccessible dans la plupart de ses versions médiévales et morcelées. Une démarche que je trouve assez chouette, personnellement.

Jusque là, tout est très cool. Ce qui est moins cool, c’est que j’ai détesté ma lecture. Autant toutes ces histoires d’origine de la légende, l’intertextualité, les différentes réécritures, la symbolique, tous ces trucs m’ont passionnée, autant le roman en lui-même m’a surtout agacée (spéciale dédicace à mes proches qui ont eu droit à des sms légèrement vénère à ce sujet pendant ma lecture :D).

En lisant les différents dossiers et préfaces, j’étais fascinée par cette légende : elle reprend un thème assez courant dans les légendes celtique qui traitent des familles royales. Par exemple, dans les versions primitives de la légende du Roi Arthur, Guenièvre aurait également une liaison avec Mordred, le neveu préféré d’Arthur. La femme qui conquiert et lie à elle l’homme qu’elle aime serait un motif assez récurrent selon l’auteur. On peut en effet remarquer que dans le cas de Tristan et Iseult, c’est Iseult qui choisit de boire la potion et de la partager avec Tristan au de lieu de le faire avec son mari, comme c’était prévu.

Ok, sauf que dans les faits, je n’ai pas été sensibles aux archétypes proposés : Tristan, cet amoureux passionné qui s’en va occire quelques dragons de temps à autres et survivre à quelques trucs auxquels on n’est pas censé survivre… bah oui, il faut bien qu’on n’oublie pas trop que c’est un héros invincible (sauf quand il s’agit d’amouuuur, bien sûr). Et Iseult, dont on pourrait admirer la force de caractère et de décision, qui se retrouve à concentrer tous ses efforts dans les manigances pour que son mari ne découvre pas qu’elle le trompe avec son neveu. Parce que tout le monde sait, pour la liaison, sauf que personne n’arrive jamais à le prouver, because Iseult est décidément trop rusée, voyez-vous.

Toute la partie centrale du livre pourrait être résumer ainsi : 1) Tristan et Iseult veulent jouer au docteur ensemble 2) ils trouvent une astuce pour se retrouver seuls 3) zut, quelqu’un les a grillés, quel fifrelin ! (parce que les mauvais de l’histoire sont toujours ceux qui veulent dire la vérité, pas Tristan et Iseult qui prennent tout le monde pour des idiots. Et oui.) 4) Iseult réfléchit très fort et donne ses instructions à Tristan 5) ils appliquent le plan, qui fonctionne, et Marc-le-mari dit “ok, déso chérie, vraiment j’abuse, je suis un vilain jaloux, comment une créature aussi honnête que toi pourrait se taper mon neveu adoré, hein ?”.

Alors, il faut reconnaître plusieurs choses :

– certains stratagèmes sont vraiment bien trouvés et habiles
– Marc a des oreilles de cheval, et vu que la relation de Tristan et Iseult a l’air de reposer pour beaucoup sur le physique, on peut comprendre qu’elle préfère le neveu BG à l’oncle croisé avec un équidé.
– il y a des épisodes qui varient, d’accord, le début et la fin sont sympas, mais le milieu est tellement long qu’il se pourrait que j’ai caricaturé à mort tout ça (même si je maintiens tout de même que ça reste très répétitif).

Et voilà. La relation entre Tristan et Iseult pourrait être très jolie, sauf qu’elle m’a laissée très froide. Tristan trouve Iseult très belle, il est fasciné par ses cheveux, Iseult est folle de Tristan aussi, et ils ne rêvent de que passer leur temps à se rouler dans le foin ensemble. Super. (Vous le dites si je sonne comme une vieille aigrie qui vit avec ses 12 chats, hein :D). Bref, je n’ai pas été touchée par leur passion. Je sais que les amateurs de la légende auraient énormément de bons arguments pour contrer tout ce que j’ai dit et analyser pertinemment l’histoire des deux amants maudits en montrant la beauté de cet amour et la force de chaque épisode – même ceux qui m’ont paru redondants. Mais vous savez : la légende en elle-même, je la trouve toujours aussi fascinante. Je pense que mon problème majeur vient de la version, qui n’a pas su le faire avec moi. Il y a moyen que j’adore dans une autre version. D’ailleurs, la Luciole a trouvé une très chouette adaptation en film. Je vais donc lui laisser la parole, parce que je n’ai déjà que trop radoté sur combien ma lecture a été un fiasco 😀

L’adaptation moderne par Jean Delannoy (1943)
L’Eternel Retour

En cherchant une adaptation de Tristan et Iseult pour ce binôme, je me suis rendu compte à ma grande surprise qu’il n’y en avait pas tant que ça. Il y avait bien … celui-ci :

ou celui-ci … :

mais très franchement j’étais pas d’humeur et je crois que je n’aurai pas eu assez de second degré en ce moment pour les apprécier 😀 Alors même si j’avais bien envie de voir un bon petit film fantastique je me suis reportée sur tout l’inverse L’Eternel Retour.

Un petit texte signé Cocteau débute le film : « Ce titre, emprunté à Nietzsche, veut dire, ici, que les mêmes légendes peuvent renaître, sans que leurs héros s’en doutent. Eternel retour de circonstances très simples qui composent la plus célèbre de toutes les grandes histoires du cœur ».

Un titre inspiré de Nietzsche ça donne tout de suite le ton hein. :p En gros, « l’Éternel Retour » de Nietzsche peut être compris comme « mène ta vie en sorte que tu puisses souhaiter qu’elle se répète éternellement » (d’après Wotling). Nous avons donc les personnages du film L’Éternel Retour qui répètent la vie de Tristan et Iseult. Mais comme la « philosophe » du blog c’est plutôt Morgana, je ne rentrerai pas dans les détails. :p Comme le précise la citation de Cocteau, par celle-ci, L’Éternel Retour assume surtout son statut de réécriture de mythe, nous invitant à regarder le film avec ce regard-là dès le début même si Tristan et Iseult ne sont pas directement cités.

Du coup, le film propose une version modernisée et réaliste de Tristan et Iseult. Et du coup … qui dit « modernisé » dit qu’à la place de Tristan et Iseult, nous avons Patrice et Nathalie dans une petite ville de pêcheurs (accompagné d’un nain). Patrice ressemble plus à Tintin qu’à Tristan et à la place d’un géant à zigouiller, « Tristan » doit s’attaquer à un ivrogne dans une taverne. Ouaip, avec Patoche et Nathou, la partie « héroïque » du binôme est définitivement révolue 😀 C’est pour ça que j’ai un peu parlé de Nietszche, pour faire semblant de dire des trucs intéressants 😀

Passés ces détails plutôt futiles (si on garde le « tri » de Patrice, ça fait presque Tristan, et puis il y a même un château alors on va pas faire les difficiles !), l’histoire du film reprend vraiment celle du mythe. Les éléments les plus connus tels que la potion qui rend amoureux ou les pavillons blancs sur les bateaux (le canot à moteur dans le film :D) sont bien présents ainsi que les relations entre les personnages. Le film a beau se dérouler dans un cadre très différent de celui du mythe, l’histoire reste très fidèle, et contrairement à Morgana, j’ai pris un grand plaisir à la découvrir.

Il faut dire que dans cette version du mythe, contrairement à celle de Morgana, je n’ai pas eu l’impression que tous les actes de Patrice et Nathalie étaient là pour faire comprendre qu’ils couchaient ensemble. Je n’ai pas trouvé non plus que leur relation était absolument magique et romantique, mais j’ai pris grand plaisir à les suivre malgré tout :p

Le fait que le contexte soit modernisé mène à plus s’interroger sur certains éléments de l’histoire : la « potion magique » paraît un peu sortir de nulle part ici même si Nathalie précise qu’elle ne croit pas du tout à ce genre de choses, et surtout, le mariage arrangé sur lequel Nathalie ne se pose aucune question paraît plus étrange dans les années 40 que dans un contexte médiéval. Comme quoi, cela met vraiment en avant le fait que certains éléments peuvent paraître normaux dans un cadre donné et presque choquants dans un autre. ^^

J’ai donc beaucoup aimé voir cette adaptation, j’ai été très prise par l’histoire à en oublier qu’il n’y avait ni dragon ni géant (mais ça reste quand même très triste j’essaierai donc de voir l’adaptation fantasy :p). Et puis bon, ces derniers temps, entre La Belle et la Bête et tous les Fantomas que j’ai revu un peu par hasard, je suis abonnée à Jean Marais, alors si en plus il a des pantalons à la Tintin, que demande le peuple ? 😉
Allez, à la revoyure, comme on disait à l’époque de Jean ! :p

3 Comments on “Défi : Tristan et Iseult & l’adaptation L’Eternel Retour – J. Delannoy

  1. “La femme qui conquière et lie à elle l’homme qu’elle aime” > Aouch. Conquiert, ça marche aussi. :p
    “– Marc a des oreilles de cheval, et vu que la relation de Tristan et Iseult a l’air de reposer pour beaucoup sur le physique, on peut comprendre qu’elle préfère le neveu BG à l’oncle croisé avec un équidé.” > Cette phrase m’a complètement tuée. X’DD
    Je crois que j’aurais eu le même problème que toi à vrai dire, mais aussi, l’amour courtois c’est un truc que j’ai très peu étudié et qui me laisse perplexe, il faut bien le reconnaître.
    Pour la Luciole, avoir ton retour sur le premier film évoqué m’aurait super intrigué, en fait, parce je me rappelle quand il est sorti, et j’avais une amie qui voulait aller le voir et n’avait pas pu parce qu’il est resté une semaine en tout et pour tout à l’affiche. Ouaip, à Paris. 😀 Enfin bon, à la place tu as eu droit à Jean Marais et sa voix ultra nasillarde, mais si ça te convient, tant mieux. 😉 (Tu m’as un peu intriguée, je l’avoue)

    • Ahah, effectivement ! Bon, aussi, quelle idée j’ai eu d’utiliser un verbe que je n’ai jamais eu à conjuguer hein ! Heureusement que tu es là pour sauver ma conjugaison 😀
      Le meilleur, c’est que dans cette version, l’auteur visait apparemment à effacer un peu le côté “amour courtois” que beaucoup ont surexploité dans le mythe selon lui, à ce que j’ai compris. Mais visiblement, pas assez pour moi malgré tout ^^’

    • Moi j’aime Jean Marais, il est tellement désuet ça me fait rire 😀
      Le premier film m’intrigue pas mal aussi, mais je m’attends au nanar alors je préfère être dans le bon état d’esprit et un petit mojito pour l’apprécier à sa juste valeur 😀

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