En beauté – Kim Hoon

90 petites pages et un bon gros coup de poing pour moi, voilà qui pourrait résumer ma lecture de En beauté.

Le héros, un homme de 55 ans, vient de perdre sa femme. Alors qu’il doit organiser les funérailles, le héros va vite être rattrapé par son travail de directeur commercial d’une entreprise de cosmétique – qui ne peut décemment pas attendre 2 jours, hé, il y a quand même mieux à faire de d’enterrer sa femme.

Le titre original est Hwajang et j’ai beaucoup aimé la note des traducteurs, qui expliquait la nature polysémique du mot : celui-ci peut aussi bien exprimer la crémation que les cosmétiques (oui, moi aussi je me suis demandée comment c’était possible. Improbable à nos yeux de francophone, mais assez génial non ? :D). Bam, dès le titre, on connaissait les deux thèmes qui allaient s’entremêler dans le roman. On peut donc imaginer la difficulté de trouver quelque chose qui fonctionne aussi bien en français – pour ma part, j’aime beaucoup le choix adopté.

Les chapitres alternent entre le présent et les flashbacks sur les derniers mois, avec l’évolution de la maladie de sa femme. Rien n’est épargné au lecteur. C’est quelque chose que l’on comprend très vite (environ… page 3 ou 4, donc je vous garantis 0 spoiler dans cette phrase :D). L’épouse du héros a souffert le martyr, a vu son corps être détruit par la maladie, et tout ça nous est balancé en pleine face, de manière assez crue. L’auteur n’en rajoute pas, il adopte un ton très réaliste tout en étant teinté d’un humour grinçant.

D’où ma surprise lorsque, au début d’un chapitre qui s’annonçait comme les autres, le ton change soudain… On est toujours à la première personne, mais le narrateur ne semble plus le même. Il n’a plus cette froideur ironique qui caractérise le personnage principal. Au contraire, on bascule dans quelque chose plein d’émotions, presque passionné… Un instant, j’ai même eu un doute : ce n’était quand même pas un recueil de nouvelles ? Je m’étais déjà fait avoir par le passé.
Sauf que ce n’est pas le cas : il s’agit bien du même homme. Je ne vous dirai pas ce qui le transforme ainsi, mais ces passages, aussi perturbant qu’ils aient été au premier abord, apporte énormément au récit. Il donne un autre souffle au roman, qui sort de cette ironie crue qui caractérise le reste des chapitres.

Ce roman m’a perturbée. Il a quelque chose d’extrêmement dérangeant. Beaucoup de scènes peuvent susciter une sensation de gêne tant on pénètre dans l’intimité du héros. Comme si la dureté du livre ne suffisait pas, il fallait en plus que l’auteur nous mette dans la tête du personnage, au point de ne nous éviter aucune de ses pensées les plus déstabilisantes. 😀 Ces choses, ces moments que l’on garde normalement pour soi sont ici racontés.

Cela dit, ça aura été un pari gagnant me concernant : alors que j’ai terminé En beauté depuis deux jours, j’ai encore cette sensation de ne pas l’avoir vraiment fini, que son ambiance ne m’a pas tout à fait quittée. Je repense au personnage, à la réalité qu’il dénonce, et je retrouve la même sensation que durant ma lecture.
D’ailleurs, alors que j’étais censée écrire sur des livres lus avant celui-ci, je me retrouve ce matin à vous parler d’En beauté, car c’était le seul sur lequel je trouvais (plus ou moins :D) les choses à dire.

5 Comments on “En beauté – Kim Hoon

  1. Oh, tu aurais pu faire un tandem parce qu’il y a une adaptation film en 2014 sous le nom “Revivre” ! 😉
    Et sinon, ben, pareil que Mila, hein. 🙂
    Merci pour cette review intéressante, en tout cas 😉

  2. Aaa j’aime beaucoup le “jeu de mot” du titre en VO !
    Sinon je ne connaissais pas du tout, après les histoires un peu coups de poing sont parfois dures à lire (merci Sherlock^^) et je ne pense pas que ça soit ce que j’ai envie de découvrir en ce moment, mais je retiens pour quand je serais plus dans le mood ^^
    Merci pour ton chouette avis en tout cas =D

    • Oui, c’est super bien trouvé hein ?
      C’est ça, il faut vraiment être dans le mood pour lire ce genre de truc. Moi j’y suis allée un peu à l’aveugle : je l’ai démarré sans me rendre trop compte de la dureté du machin. Heureusement le moment était assez propice 🙂
      Merci à toi pour tes commentaires toujours aussi adorables !

  3. Cela a l’air super intéressant, comme livre ! (et perturbant, comme toute la littérature sud-coréenne que j’ai lue, haha). Je ne sais pas trop si j’ai envie de le lire, car la maladie est un sujet compliqué à encaisser pour moi, parfois, mais d’un autre côté j’ai quand même envie de le lire parce que tu donnes envie.

    Mais comment Mila va-t-elle se sortir de ce dilemme ?!

    La suite au prochain épisode !

    • Ahah, j’aurais tendance à être d’accord avec toi : tous les bouquins sud-coréens que j’ai lus m’ont perturbée je crois 😀
      Je comprends ton hésitation, la maladie est aussi un sujet sensible pour moi. Ici, j’ai réussi à prendre de la distance (d’une manière un peu bizarre d’ailleurs : c’était des scènes beaucoup plus “anecdotiques” qui me touchaient le plus du coup :D). Bref, dans l’absolu je recommande le livre, mais je ne suis pas sûre de te le recommander personnellement, si le sujet est compliqué à encaisser pour toi vu le côté “sans aucun filtre” du bouquin 😉

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