Hommage à Agnès Varda : Les Créatures

Vous avez sans doute appris la nouvelle du décès d’Agnès Varda, vendredi dernier.
Je dois dire que ça m’a beaucoup émue
. C’est une réalisatrice que j’aime énormément, autant pour son cinéma que pour ce qu’elle représente. Et malgré tout ça, je me suis rendue compte que je n’en avais jamais parlé sur le blog.

Bon, si vous nous suivez un peu, vous connaissez le principe du blog et vous savez qu’on ne parle pas de tous les films, il faut qu’ils aient un lien avec la littérature : adaptations, biopic, ou dans l’histoire… donc ça aurait pu être logique que je n’en ai pas fait d’article. Mais là, j’avais vraiment envie de parler d’Agnès Varda, alors j’ai cherché si elle n’avait pas réalisé un film en rapport avec la littérature, et je suis tombée sur Les Créatures qu’elle a réalisé en 1966.
Je n’en avais jamais entendu parlé – apparemment, malgré son méga casting (Catherine Deneuve et Michel Piccoli !), il a fait un flop a sa sortie, et il n’est pas facilement trouvable aujourd’hui (vous pouvez le voir ici). Mais au-delà du fait que j’avais envie de faire, si ce n’est un hommage, au moins un au revoir sur Deedr, le synopsis m’interpelait vraiment !

Dans l’île de Noirmoutier, un écrivain et son épouse s’installent dans un fort, où ils vivent en réduisant au minimum les contacts avec la population. La femme a perdu l’usage de la parole après un accident. Le mari est écrivain. À proximité vit un ingénieur retraité, misanthrope. Des faits troublants se produisent : plusieurs habitants de l’île semblent perdre le contrôle d’eux-mêmes. Les réalités s’entremêlent : l’écrivain trouve un sujet pour un roman fantastique, tandis que l’ingénieur manipule les îliens à distance grâce à une machine de son invention.

Tout ceci étant dit … je vais aller regarder le film. J’ai écris cette intro avant de la voir, alors si mon enthousiasme retombe d’un seul coup au paragraphe suivant, vous saurez pourquoi ^^

Bon et bien voilà, je suis bien embêtée car je ne sais pas par quel bout prendre les choses … Et pourtant j’avais de quoi m’y attendre : le film est réalisé en 1966, soit juste après la période de la Nouvelle vague dont Agnès Varda était l’une des chefs de file, on sent donc forcément son influence. Et il m’est très difficile de parler de ce genre de film et d’avoir dessus un point de vue “émotionnel”. (Et passé la récitation bête et méchante des éléments représentatifs de la Nouvelle Vague, je serai bien incapable de les analyser également.) du coup c’est cool, j’ai rien à dire, salut 😀

Siiii bon, un peu quand même … Alors évidemment on retrouve quelques éléments caractéristiques de la Nouvelle Vague (c’est le moment récitation) : un montage par moment abrupt, une musique contemporaine un peu dissonante, et puis ces écrans colorés rouges et roses qui m’ont rappelé ceux du Mépris (d’ailleurs je voulais parler du Mépris un de ces quatre, j’adoooooore ce film :D).

Mais voilà, pour le reste, on est dans un film fantastique à donf’ ! Et c’est le moment où je vais me perdre dans mes explications parce que le film répond vraiment à sa logique propre et que pour tout suivre alors que j’avais mal dormi la veille, il a fallut que je m’accroche !

En gros, nous avons donc un personnage d’écrivain, qui écrit un roman, dans lequel un savant prend le contrôle des gens. Il vit avec sa femme dans une sorte de fort avec un pont levis, genre mini-château assailli par des marchands de draps (j’adore rajouter des détails comme ça, on dirait que c’est complétement fucké :D). Jusque là, ça va (même les marchands de draps). Il s’avère qu’autour de cet écrivain, toutes les personnes du village semblent appartenir à son histoire ET qu’il y a vraiment un ingénieur qui a construit une machine pour les contrôler à distance (et qui serait un peu pédophile que ça ne m’étonnerait pas – mais ça ne semble inquiéter personne dans le film). Mais l’écrivain peut également à peu près les contrôler puisque c’est lui qui écrit … vous suivez 😀 Pour résumé, c’est un peu une double mise en abîme.

S’ensuit donc un COMBAT épique de la muerte (du genre partie d’échec, mais en épique de la muerte) dans lequel s’affronte le bien (l’écrivain) et le mal (l’ingénieur) avec des pions (les villageois) et que l’enjeu, ben c’est tout bonnement la vie ou la mort. Vouala, rien que ça.
Toutes les facettes du film tournent autour de la notion de jeu, de destin, de volonté … Même  la femme de l’écrivain, qui ne fait pas partie du “jeu” ne semble être qu’un pion : déjà elle ne peut pas parler, elle ne sort pas, personne ne la voit, son mari la porte tout le temps … (genre elle peut pas marcher ou quoi ?) et elle porte un corset. En gros elle est réduite à une condition d’épouse au foyer qui fait à manger pour son mari, et voilà … un pion. Agnès Varda étant une grande féministe, ce n’est peut-être pas si anecdotique.

Dans l’esthétique même du film, à partir du moment où la partie d’échec entre en jeu, il y a des quadrillages PARTOUT ! les vêtements, les nappes, les sols, les coussins …

Un quadrillage, dans un quadrillage, dans un quadrillage !

Côté “intellect”, le film m’a vraiment bien parlé, même si je suis sûre de ne pas avoir tout saisit. Côté émotionnel, je n’ai pas tout saisit non plus 😀 Les Créatures m’a mis dans un état que j’ai rarement ressenti devant un film. J’étais à la fois troublée, amusée, agacée, fascinée La musique fait très rapidement peser une ambiance sombre sur l’histoire : je ne savais pas trop ce qui clochait, mais c’était sûr, il y avait un truc … !

Alors est-ce que c’était vrai ou est-ce que l’accident de voiture a fait dérailler notre pauvre écrivain (d’ailleurs, il parle aux chevaux et aux lapins, qui lui répondent, donc bon…), on ne peut pas trop le savoir mais en tout cas, tout est louche, et en même temps pas vraiment plombant. Ouais, bon, j’admets que ce n’est pas très compréhensible comme explication … je vous l’avais dit : sorti du factuel, sur ce type de film j’ai vraiment du mal à dire ce que j’ai ressenti parce que je ne suis pas sûre d’avoir moi-même compris ^^ En tout cas ce qui est sûr c’est que derrière tout ça, des sujets pas si légers sont abordés, ce qui a créé un sentiment ambivalent chez moi, et qui fait que j’ai beaucoup aimé, même si je pense que je suis restée un peu sur ma faim.

Je pourrais aussi lui trouver quelques longueurs, notamment vers la fin de la première partie que je commençais à trouver un peu longuette quand la partie d’échec a ravivé mon intérêt, mais globalement, j’ai passé un très bon moment devant ce film.
Je n’avais vu que des documentaires d’Agnès Varda, aucune de ses fictions, c’est maintenant chose faite, et j’en suis très contente.
Et maintenant, pour clore cet article, je dis au revoir à cette immense réalisatrice, et je m’en vais cueillir des patates en forme de cœur <3

5 Comments on “Hommage à Agnès Varda : Les Créatures

  1. Ça a l’air étrange mais ça m’intrigue ! (Bon puis les carreaux dans les carreaux dans les carreaux, j’avoue que j’ai envie de voir ça :p) Je viens de voir que le film était franco-suédois, du coup ça m’a fait rire, rapport à la partie d’échecs épique de la muerte (et parce que j’aime bien Bergman et qu’il ne m’en faut pas beaucoup). ;p Et sinon, j’ai du Lucien Bodard (le type qui joue l’ingénieur et qui était, ironiquement, surtout un écrivain) dans le CDI, et je m’apprête à m’en débarrasser parce que franchement, qui lit ça de nos jours chez les 15-18 ? Personne. ^^’ Mais merci pour le lien, j’essaierai de regarder ça à l’occasion !!

    • Je pense que ça pourrait bien te plaire oui ! En fait c’est difficile à décrire mais quand on le regarde, ce n’est pas si étrange que ça 🙂
      J’ai faillit évoquer Bergman dans l’article mais il était déjà bien fourni et je ne lui ai pas trouvé de petite place, mais évidemment cette partie d’échecs contre la mort est plus qu’un gros clin d’oeil au Septième Sceau :3 ! Je comptais sur toi pour le faire remarquer, tu ne m’as pas déçue !! 😀

  2. Eh bah ! Tu m’as sacrément intriguée !
    Déjà ça m’a fait un peu pensé à Shining et à Call me Ruby (c’est le titre anglais, je sais plus le titre français tout va bien xD) dans les thèmes (écrivains un peu cinglés, manipulation des personnages toussa) ! Après je n’ai jamais vu de films de la Nouvelle Vague (pardooooon), du coup ça me titille encore plus !
    Merci pour le lien du coup, je vais essayer de le regarder un de ces quatre !
    Et ton dessin est juste bien trop chouette !
    Des bisous !

    • Est-ce que c’est “Elle s’appelle Ruby”, en français ? J’avais vraiment bien aimé, et j’en avais parlé également il y a quelques temps 🙂 Ya un côté un peu comme ça avec les personnages, mais moins “frontal”, disons que les habitants de l’île existent sans doute sans l’écrivain, mais sont les même que dans son roman, tu vois ? ^^ C’est un peu compliqué à décrire, tout se croise en fait !
      Franchement, tu n’as pas à t’excuser, je n’aurai pas fait d’études de ciné, je ne suis pas sûre que j’aurai vu des films de la Nouvelle Vague ^^ ou très peu :p
      Si tu le vois, je serais curieuse de savoir ce que tu en penses du coup !
      Bisous !

      • Haa ouii, je crois que c’est ça le titre ! =)
        Huhu en tous cas merci de prendre le temps de nous faire découvrir des films comme ça ! =3

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