Je suis encore là-bas – Samir Dahmani

Eh ! Un roman graphique sur le déracinement à l’autre bout du monde, ça faisait longtemps qu’on n’en avait pas parlé non ? Ah non …
Et un livre d’influence asiatique ! Ah, non plus, Morgana m’a devancée ce week end avec ce roman japonais …
Tant pis, je ne vais pas me démonter, je vais vous parler de Je suis encore là-bas, de Samir Dahmani.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’avais envie d’aborder le contexte dans lequel ce livre a été écrit. Vous avez peut-être entendu parlé de son « jumeau » : Je ne suis pas d’ici, de Yunbo, qui n’est autre que la compagne de Samir Dahmani. Ces deux livres (dont je n’arrête pas de confondre les titres) se font écho et sont en quelque sorte deux facettes du même thème, et de l’expérience personnelle de Yunbo.

Je ne suis pas d’ici raconte l’histoire d’une jeune coréenne qui vient d’arriver à Paris pour y suivre des études d’art.

Je suis encore là-bas, celle de Sujin, une femme coréenne qui, depuis qu’elle est rentrée en Corée après avoir fait ses études en France, se sent déracinée dans son propre pays. (Ya pas besoin de chercher loin pour voir le lien n’est-ce pas :p) Elle doit accompagner Daniel, un français, pour son travail, et notamment traduire les divers rendez-vous.
Cette rencontre est l’occasion pour elle de renouer avec la langue française, de faire remonter des souvenirs, d’interroger son ressenti dans tout ça et de se confier à Daniel.

Je suis encore là bas. Daniel et Sujin

On suit alors toutes ces interrogations de Sujin. Comme dans Retour à Bandung, dans lequel l’auteure raconte son retour en Indonésie, son pays d’origine, le personnage de Je ne suis pas d’ici porte un regard extérieur sur son propre pays. Le fait de partir un temps en France, dont la culture et le mode de vie sont bien différents de ceux de la Corée lui fait prendre du recul sur ce qui lui plait et ce qu’il lui plait moins dans sa vie en Corée. Elle se sent différente voire incomprise de ses proches, ses collègues, sa famille : son séjour à l’étranger l’a changée et la société coréenne a évolué pendant son absence. Pour faire écho au titre, je trouve qu’on voit bien qu’une partie d’elle est « encore là-bas », encore en France, alors même qu’elle est revenue en Corée. A la lecture, on la sent tiraillée, un peu perdue, elle a du mal à trouver sa place.

Au début du livre, le lecteur est prévenu : les dialogues en coréen seront en noir, ceux en français seront en bleu. J’ai beaucoup aimé que la distinction soit faite, c’est rarement le cas dans les livres qui parlent de cette thématique, et pourtant je trouve ça vraiment important de distinguer explicitement les deux langues. Et comme je ne lis pas le coréen (je sais que vous êtes très étonnés et déçus par cette déclaration !), cette astuce des couleurs m’a paru plus pertinente que des renvois avec la traduction tels qu’on peut les voir parfois.
Au fur et à mesure de l’histoire, Sujin, l’héroïne, se teinte de plus en plus de bleu, seule note de couleur dans les dessins noir et blanc. Je ne sais pas si il faut vraiment y voir un message, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir l’écho des dialogues français en bleu, comme si au contact de Daniel, elle retrouvait un peu cette partie d’elle restée en France.

J’ai aimé toutes ces thématiques et la façon dont elles étaient traitées, de manière à la fois très « vraie », sans filtre, et très pudique. C’est le genre de livre qui, de base, a toutes les chances de me plaire, pas de surprise donc à ce niveau-là, même s’il ne m’a pas transcendée. (sans blague ! je dois parler de ce genre de livre dans un article sur deux. Vous me dites hein, quand vous en avez marre 😀 je passerai eux livres parlant de hockey sur glace.) En revanche, je trouve que le côté diptyque est très intéressant, et me donne vraiment envie de découvrir Je ne suis pas d’ici et les parallèles et passerelles qui doivent apparaître entre les deux ouvrages.

Je suis encore là-bas a aussi la particularité d’être écrit non pas par Yunbo elle-même, mais par son compagnon. Je trouve que cela confère à l’ouvrage un côté à la fois forcément moins personnel, et paradoxalement plus intime, plus vrai, car plus objectif et distancié. Samir Dahmani a également nourrit son récit de témoignages d’étudiants coréens rencontrés lors de son master, et de ses propres voyages en Corée.

Je suis encore là-bas propose donc un regard très intéressant et original sur le déracinement, l’expatriation et le fait de se sentir ou non à sa place dans la société. Une lecture qui, a mon avis, prend tout son sens en lisant également l’ouvrage de Yunbo, mais qui a été pour moi un très bon moment.

 

4 Comments on “Je suis encore là-bas – Samir Dahmani

  1. Très marrant car j’ai déjà lu je ne suis pas d’ici et je m’apprête à lire celui là 😀

    • Oh super ! je serai curieuse d’avoir ton retour sur la façon dont ces deux livres se répondent dans ce cas ! 🙂 Bonne lecture à toi ! 🙂

  2. Haha, encore un livre de chez Steinkis, les grands esprits se rencontrent ! 😉 Bon, et sinon j’attends ton article sur un roman graphique qui parlerait d’un hockeyeur sur glace en exil, hein. :p

    • Ca doit bien exister remarque … 😀 Je ne suis pas sûre que ca ma passionerai mais je jetterai un oeil voir si ça se trouve Aha 😀

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