Le Bouc Émissaire – Daphné Du Maurier

Daphné du Maurier : l’une de mes autrices favorites de tous les temps. Rebecca et Ma Cousine Rachel figurent parmi mes livres préférés, mais j’avais été cruellement déçue l’année dernière par La Maison sur le Rivage. Qu’à cela ne tienne : je n’allais pas me laisser décourager ainsi et ai le mois dernier jeté mon dévolu sur Le Bouc Émissaire, l’un de ses ouvrages qui semblaient globalement appréciés.
Vieille demeure, histoires de famille et substitution d’identité au programme !

John est anglais. Il est professeur d’Histoire française à Londres et traverse comme qui dirait une période de crise existentielle. Sans famille (je m’appelle Rémi, je suis sans famiiiiille)(mais non, on a dit qu’il s’appelait John), John cherche un but à sa vie et a décidé de venir passer des vacances en France, au cours desquelles il compte faire une retraite à l’Abbaye de La Trappe. Lors d’une pause faite dans le ville du Mans, il entre dans un café et se retrouve… face à lui-même. (Et non, ce n’est pas car il est saoul et s’est vu dans un miroir) Jean de Gué, comte de son état, est en tout point son sosie.
A la fin d’une soirée bien arrosée, John s’endort dans la chambre d’hôtel de Jean. Quand il se réveille, toutes ses affaires ont disparu. Le chauffeur qui vient le chercher le prend pour son double français et, après avoir tenté de faire comprendre la méprise, il finit par se résigner à rejoindre la maison des De Gué.

Passé les dix premières pages où je me suis dit que je n’allais pas réussir à lire dans son entièreté un livre où le héros passe son temps à se lamenter sur son sort et à expliquer en long, en large et en travers pourquoi il est un raté (mec, t’es probablement en dépression en fait, va voir un docteur), j’ai commencé à entrer dans l’histoire. La rencontre avec son double constitue une scène assez fascinante, qui m’a aussitôt happée. Puis une fois John arrivé dans la vieille demeure, Du Maurier commence à tisser une ambiance et une intrigue comme elle sait si bien les faire.

Voyez plutôt : John, que tout le monde prend pour Jean, arrive au beau milieu d’une famille dont il ne connaît rien. Ces femmes, qui sont-elles ? Sœur, femme, tante, belle-sœur ? Cette femme, là, doit être sa mère. Cette homme-ci ? On lui dit rapidement qu’il est son frère. Son double a-t-il des enfants ? Pourquoi ces deux femmes semblent-elles se détester ? Que veut dire sa mère, lorsqu’elle lui a demandé s’il lui avait ramené “son petit cadeau” avec des yeux presque déments ?
On se faufile avec le héros dans les couloirs, dans l’espoir de découvrir où il est censé dormir, manger, travailler. On essaye de comprendre les animosités (nombreuses) et les marques d’affections (rares), de découvrir qui est celui qu’il est censé incarner.

Si je devais faire un reproche au roman, ce serait le temps que le héros met à comprendre certains éléments que je trouvais assez évidents. Le rythme de l’intrigue en pâtit un peu et me donnait l’impression qu’elle était parfois un peu lente. Durant une bonne partie du roman, j’avais envie que John avance un peu plus vite dans ses conclusions, afin d’en apprendre plus sur les fameuses révélations en question. A noter tout de même que cela s’arrange, voire disparaît vers la fin.

Le sujet de la substitution d’identité est assez casse-gueule : je trouve que c’est assez difficile d’y croire, souvent. Que deux personnes se ressemblent au point de pouvoir se jouer de sa propre famille peut paraître assez peu crédible. Pourtant, ici, l’autrice m’y a immédiatement fait croire, probablement grâce à la scène de la rencontre entre les deux. Il y a quelque chose d’un peu fantastique qui plane dans l’atmosphère, un peu comme dans tous ses romans que j’ai lus, d’ailleurs. De la même manière que l’ombre de Rebecca flotte sur tout le roman éponyme, alors que le personnage est mort avant le début de l’intrigue, la substitution ici réussit à merveille grâce à cette ambiance un poil magique que l’autrice excelle à créer.

Une nouvelle fois, j’ai aimé l’aspect très psychologique du roman. Cette idée d’offrir exactement au personnage principal ce qu’il souhaitait au début et de voir comment il vit vraiment avec ses souhaits réalisés est assez intéressante : lui qui se rêvait français et doté d’un but dans la vie, le voilà ironiquement devenu un comte à charge d’une famille qui repose entièrement sur lui. J’ai adoré ce petit jeu qui visait à découvrir qui est le véritable comte de Gué, mais aussi à voir le héros se découvrir lui-même dans cet étrange jeu d’acteur… Enfin, est-ce pour se découvrir ou se perdre, seule la fin le dira (peut-être) !

J’ai énormément aimé Le Bouc émissaire. S’il n’est pas pour moi du niveau de mes deux œuvres préférées de l’autrice, il n’en reste pas moins un roman captivant dont j’ai absolument adoré l’idée de départ et été globalement très convaincue par la manière dont elle est traitée. Passé un certain stade de l’histoire, je n’ai plus réussi à lâcher le livre. Je voulais absolument connaître le fin mot de cette histoire sombre et captivante.
La fin en question est une fin “à la Du Maurier”, aurais-je envie de dire : pas vraiment celle qu’on souhaite, mais à la fois je n’aurais plus en imaginer une meilleure. Je ne sais pas si ce ne serait pas un léger masochisme de lectrice, mais j’ai toujours beaucoup admiré les fins un poil rageante et presque trop floues (juste ce qu’il faut pour faire cogiter ad vitam aeternam) que Du Maurier écrit. 😀

Si vous êtes également amateurs des livres de cette autrice et que vous avez des titres à me conseiller, je suis preneuse : je cherche déjà le prochain titre sur lequel jeter mon dévolu !

3 Comments on “Le Bouc Émissaire – Daphné Du Maurier

  1. Il faut vraiment que je prenne le temps de découvrir cette autrice olala ! J’avais emprunté Rebecca à la médiathèque, mais il m’avait fait trop peur et je n’avais pas osé le commencer finalement (la fille un peu barge).
    Bref cette autrice a l’air bien trop top pour que je la laisse dans un coin et puis bon ton enthousiasme quoi ! Faut que je me lance ! =D

  2. J’aimerais tellement découvrir Daphné du Maurier ça a l’air passionnant ! Merci pour cette belle chronique.

    • Elle a écrit des livres qui ont beaucoup marqué ma vie de lectrice et je suis assez fascinée par les univers/atmosphères qu’elle crée, du coup je suis vraiment contente si mon article t’a donné envie de découvrir ses livres ! Je te conseille Rebecca ou Ma Cousine Rachel, mes deux préférés à ce jour (et probablement parmi les plus faciles à trouver). Merci pour ton commentaire ! 🙂

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