Les Tambours – Lao She

J’ai dit à Gwen du blog Vers l’Est : “Tu me prêtes l’un de tes romans chinois pour le défi ?” Et il m’a dit ok. J’ai ajouté “Et tu n’as qu’à choisir pour moi, ça rajoutera un défi supplémentaire” (la nana masochiste) Et il m’a encore dit ok (tu m’étonnes :D).

C’est comme ça que je me suis retrouvée à lire Les tambours, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant… et si j’en avais entendu parler, je ne pense pas que je l’aurais lu pour autant 😀 Niveau défi, on ne pourra pas dire que je ne me serai pas challengée cette fois-ci.

Sur fond de guerre sino-japonaise, Les tambours va nous raconter l’histoire d’une famille d’artistes, de saltimbanques, qui a fui sa région d’origine pour aller se réfugier dans les montagnes. Baoqing, le chef de famille, joue du tambour et chante. Avec Grâce, sa fille adoptive qui est également chanteuse, ils sont les deux membres de la famille qui subviennent aux besoins du reste de la famille : l’épouse alcoolique de Baoqing, leur fille biologique Phénix, ainsi que le grand-frère de Baoqing.

Tout du long de ma lecture, j’ai râlé. J’ai été scandalisée, horrifiée, révoltée… et je l’ai largement fait savoir autour de moi. Résultat, quand je lui ai dit que j’avais fini ma lecture, Gwen m’a demandé ce que j’en avais pensé (traduction : est-ce que je vais survivre à ce défi ou tu es déterminée à te venger pour t’avoir fait subir cette lecture ? :D).

Ai-je aimé Les tambours ?

Pas vraiment. Ce n’aura pas été une lecture plaisir. Pourtant, je ne rechignais jamais à rouvrir le livre quand j’avais un moment de libre, car il n’en aura pas moins été très instructif et assez fascinant au final. Le livre nous en apprend beaucoup sur la condition d’artiste en Chine à cette époque-là, mais c’est également un énorme questionnement sur la condition féminine. Au travers des différents portraits féminins dressés par l’auteur – celui de Grâce en tête -, on découvre les multiples facettes de la vie menée par les femmes à cette époque.

Suivre Grâce est d’autant plus douloureux qu’elle cumule les obligations de la condition de femme et celles de la femme artiste : elle n’est que la fille adoptée de la famille, ce qui signifie qu’elle n’est là que pour des raisons économiques. La femme artiste véhicule une image de prostituée, telle la concurrente de Grâce, Bijou, qui semble être la représentation parfaite des chanteuses à l’époque.
Sauf que Grâce a été adoptée par Baoqing, qui lui est profondément attaché, plus qu’il ne l’est à sa propre fille Phénix. On suit les réflexions du héros sur la vie qu’il souhaite donner à Grâce, la manière dont il se heurte à l’incompréhension de son entourage quand il déclare ne pas vouloir la vendre au plus offrant, voire lui offrir les moyens d’assouvir son envie d’érudition.

Baoqing et Grâce semblent rapidement s’affirmer comme deux êtres peu communs, en avance sur leur temps au niveau de leurs questionnements et aspirations… C’est aussi passionnant que révoltant à suivre, étant donné que l’on sait bien qu’ils ne pourront à eux seuls révolutionner tout un système. De même, le personnage de Fang l’Inutile, frère de Baoqing, a su me surprendre et m’émouvoir : lui qui est présenté au début comme une sorte de parasite vivant aux crochets de son jeune frère, finit par se révéler… Et j’ai aimé ce portrait atypique, qui représente comme une autre manière d’échapper à sa condition.

Il y aurait beaucoup à dire sur Les tambours. L’écriture très simple, à la limite du naïf, n’atténue pas pour autant tout le côté dramatique de cette histoire, qui alterne en permanence entre humour et tragique. L’apparente douceur du récit n’a rendu ma lecture que plus douloureuse… Si on est du genre à se scandaliser aussi facilement que moi face aux injustices, prévoyez des litres de tisane apaisante (ou un punching ball) 😀

2 Comments on “Les Tambours – Lao She

  1. Je note ce titre, il a l’air très intéressant !
    (et de prévoir de quoi me défouler aussi :p)

  2. J’ai lu “les tambours”, je puise allégrement dans la bibliothèque de Gwen lorsque je suis “en panne” de lecture. Contrairement à Morgana, ça a été pour moi une lecture plaisir, justement, dans cette humanisation par le héros (et donc par l’auteur) des conditions des femmes. Mettre en scène, non pas une compilation de malheurs, mais les éclairer et les adoucir par un personnage transgressif, qui ose aimer sa fille adoptive achetée, ça m’a plu.
    Calire

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