Les vestiges du jour – Kazuo Ishiguro

Vous aimez Downton Abbey ? Moi oui, j’adore (et pas seulement à cause de Matthew Goode, même s’il constitue un sérieux argument à lui tout seul 0:) ). Alors comment aurais-je pu résister aux Vestiges du jour lorsque j’ai appris qu’on allait se retrouver un peu dans la même ambiance que dans cette série TV que j’ai tant aimée ?

Stevens a passé sa vie à servir les autres, majordome pendant les années 1930 de l’influent Lord Darlington puis d’un riche Américain. Les temps ont changé et il n’est plus certain de satisfaire son employeur. Jusqu’à ce qu’il parte en voyage vers Miss Kenton, l’ancienne gouvernante qu’il aurait pu aimer, et songe face à la campagne anglaise au sens de sa loyauté et de ses choix passés…

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Si je peux faire deux reproches à ce livre, ce seront ceux-là : 1) je déplore certaines longueurs qui ont vraiment refroidi mon enthousiasme par moment 2) il n’y a pas Lady Violet, et l’absence de Maggie Smith dans n’importe quelle œuvre est toujours une grossière erreur.

Voilà. Maintenant, nous allons pouvoir passer aux choses sérieuses et parler un peu de la beauté de ce livre.

Ishiguro nous invite dans les pensées d’un personnage principal assez fascinant. Il emploie la narration à la première personne de la manière que je préfère : en utilisant tous les ressorts qui permettent de créer un suspense spécifique à cette narration. Stevens est un homme plein de convictions, et même s’il est quelqu’un qui réfléchit énormément, remettant souvent en question ses opinions, il reste un personnage très rigide. Ce mélange de questionnements et d’assurance en fait un narrateur passionnant à suivre : ce qu’il affirme au début et que l’on ne peut que croire, étant donné que l’on n’a que sa versions des faits, peut tout à fait être remis en question par la suite. J’adore cette manière de créer de petits retournements de situation. Parfois, ceux-ci se font sans même que Stevens s’en rende vraiment compte : certaines choses qu’il raconte seront pour nous très révélatrices au sujet d’un personnage, sans que cela ne semble effleurer l’esprit de notre narrateur.
Alors, cela a suscité une certaine compassion chez moi, envers ce majordome qui a pleinement dédié sa vie à ce qu’il pensait être la chose à faire, même si on ne peut que constater qu’il s’est parfois fourvoyé.

Car c’est de cela, que va aussi parler Les vestiges du jour : ce moment où on réalise tout ce à quoi on a pu renoncer au cours de notre vie. A-t-on fait les bons choix ? Que reste-t-il à Stevens, maintenant, lui qui a tant donné au risque de ne jamais vivre pour lui ? Le personnage a fait des choix assez extrêmes, renonçant ou passant à côté de tant de choses, juste pour toujours rester fidèle à ses convictions, à ce qu’il estimait être son devoir. Son métier est passé avant tout, et on découvre peu à peu toutes les répercutions que cela a eu sur sa vie. Stevens fait partie d’une époque révolue, en quelque sorte. Il sait bien que son métier tel qu’il l’a conçu disparaît peu à peu. Il arrive à une période où il pourrait envisager de “raccrocher”. Y arrivera-t-il, le voudra-t-il ? Dès le début, j’ai émis de sérieux doutes à ce sujet.

Les longueurs dont je vous parlais plus tôt sont dues aux longs passages où Stevens nous parle de ses valeurs et les rattache à son travail. C’est l’occasion de découvrir Stevens à une époque où il était au sommet, avec cette grande maison anglaise remplie d’hommes importants qu’il fallait servir et assister du mieux possible. Stevens se livre ainsi à de longs exposés sur les valeurs qu’un vrai majordome se doit d’avoir : la dignité, cette notion essentielle à tout bon majordome selon lui, et dont la signification évoluera tout au long du livre, l’humour (pardon, le “badinage”, comme il dit :D), qui est l’occasion de scènes assez cocasses apportant un peu de légèreté au livre, mais aussi le dévouement et la foi en celui qu’il sert… Parfois passionnants, parfois un peu longuets, ces exposés imagés de diverses anecdotes m’ont de temps en temps perdue en cours de route, même si mon intérêt revenait bien vite.

Profondément mélancolique, ce roman a su me toucher. Comment aurais-je pu rester insensible à Stevens, ce personnage dramatique d’une manière si intime ? Les scènes finales avec Miss Kenton, son ancienne collègue qu’il n’avait pas vue depuis qu’elle était partie pour se marier, m’auraient presque tiré quelques larmes. Cette manière de tout dire avec si peu de mots et d’une façon si discrète m’a énormément émue. Stevens, je l’aime bien, mais il a quand même laissé filer la femme de sa vie d’une manière qui craint pas mal, alors que ce n’est pas faute de la part de la dame en question de lui avoir envoyé tous les signaux possibles et inimaginables 😀

Une plongée dans le début du XXème siècle en Angleterre, avec un cadre historique très bien planté, mais c’est aussi – et surtout – une plongée dans les pensées d’un homme qui se questionne sur sa vie et ses choix. C’est parfois drôle, un peu grinçant, ça questionne et ça touche.

2 Comments on “Les vestiges du jour – Kazuo Ishiguro

  1. “il n’y a pas Lady Violet, et l’absence de Maggie Smith dans n’importe quelle œuvre est toujours une grossière erreur” J’adore et j’approuve ! Tu m’as bien fait rire en soulignant ce défaut essentiel ! ^^
    Sinon c’est un très beau livre qui m’avait beaucoup touchée. Je n’en ai plus de souvenirs précis (ma lecture remonte à neuf/dix ans et ma mémoire ne tient pas autant de temps), mais je me souviens d’une belle lecture qui m’avait laissé un peu mélancolique.

    • Ahhh, ravie que nous soyons d’accord. Maggie Smith est toujours indispensable 😀
      Je comprends qu’il t’ait laissée mélancolique, il m’a également laissée dans un état particulier. Si même après 9-10 ans tu te souviens encore de cette sensation, c’est que ça a été une lecture qui a très bien fonctionné sur toi !

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