L’été meurtrier – Sébastien Japrisot

Article écrit il y a plusieurs mois. Je me suis dit que le début de l’été 2018 était une excellente excuse pour le publier (enfin !) 😀

Jusqu’à il y a quelques mois, ma relation à l’œuvre de Sébastien Japrisot se limitait à mon vieil exemplaire d’Un long dimanche de fiançailles, acheté d’occasion des années auparavant et que je n’ai jamais ouvert depuis (note de la Luciole : mais peut-être qu’on fera un jour en binôme, qui sait ? ;)). Et puis, il y a eu le défi été. Personnellement, j’ai rapidement voté pour que la Luciole et moi-même fassions un binôme sur L’été meurtrier. Mais la Luciole a résisté – chose que je ne comprends toujours pas : moi, je regarderais n’importe quel film où il y a moyen de voir la tête d’Alain Souchon entourée de son nuage de bouclettes (vous ai-je déjà parlé du fait que c’était l’un de mes chanteurs préférés quand j’étais enfant ? Non , vraiment ? :D). Bon, en réalité, elle n’a rien contre Alain et ses bouclettes, c’est plutôt la présence d’Isabelle Adjani qui la rebute.


Isabelle choquée que la Luciole n'apprécie pas ses talents d'actrice. (Au moins, elle a droit à un câlin d'Alain Souchon et ses bouclettes.)

Bref, c’est finalement le binôme Bonjour tristesse qui a été choisi. Sauf que je n’ai pas renoncé à L’été meurtrier, ma curiosité avait trop été piquée… et c’est comme ça que je me retrouve à vous en parler aujourd’hui.

Une famille composée du père handicapé, de la mère autrichienne et de leur fille Éliane dite Elle, une pin-up, s’installe dans un petit village de montagne. Très vite, Éliane s’intéresse à Florimond, garagiste et pompier surnommé Pin-Pon. Leur liaison passionnée heurte la mère de Florimond, d’autant plus qu’Éliane pose des questions sur le père décédé de Florimond. Il s’avère qu’Éliane est le fruit du viol de sa mère par trois inconnus (le mari de sa mère ne l’a jamais reconnue) ; Éliane pense que le père de Florimond est l’un des trois. Elle met au point une machination pour se venger

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J’ai très vite compris. Dès les premières pages, j’ai compris que ce livre allait être très difficile à lâcher. L’absence de chapitre n’allait pas m’aider à sortir le nez du bouquin : quand c’est une lecture qui traîne, cela peut vite devenir pénible, mais dans le cas d’un page-turner, cela devient juste une parfaite excuse pour tout lire d’une traite – ou presque.
Pas de chapitre, mais 6 parties : le bourreau, la victime, le témoin, l’acte d’accusation, la sentence, l’exécution. Chacune racontée à la première personne par le personnage concerné. Je me suis très vite attachée à Florimond, qui “aurait voulu se nommer Robert, mais que tout le monde appelle Pin-Pon”. Il est touchant, Florimond, et c’est d’autant plus terrible de sentir arriver le drame dans la vie de ce pauvre personnage qui était juste un mec gentil et sans histoire. L’emprise d’Eliane, la fascination qu’elle exerce sur lui va peu à peu le transformer. La mère de Florimond le dit d’ailleurs à un moment, lui qui était “le plus gentil” des trois frères, sa propre mère n’arrive plus à reconnaître son propre fils.
En tant que lecteur, on ne peut qu’assister impuissant à l’entreprise d’Eliane, qui joue avec Florimond sans que celui-ci ne s’en rende compte. Il a tellement d’admiration pour elle, il veut tellement être à la hauteur, il ne comprend tellement pas comment “une telle fille” peut s’intéresser à un homme “tel que lui”. Je n’avais qu’une seule envie, le prendre par l’épaule et lui dire “Ah mais, moi, je peux t’expliquer pourquoi mon vieux“, plusieurs personnages essayent d’ailleurs… sauf qu’Eliane est décidément trop fascinante. Florimond ne peut pas la voir comme nous la voyons dès le début : avant même d’être invité “dans la tête” du personnage (elle n’est narratrice que dans les parties 2 et 5), on sait que quelque ne va pas chez elle.
En effet, le personnage d’Eliane est au fond tout aussi tragique que ce pauvre Florimond. Elle n’est pas “simplement” un monstre qui va le conduire à sa perte. Eliane, c’est un personnage traumatisé, qui perd de plus en plus pieds mais essaye tant bien que mal de faire justice. C’est un personnage profondément blessé, qui tente d’avoir recours au peu de moyens qu’elle a – croit avoir ? – pour rétablir l’équilibre.

J’ai trouvé Japrisot extrêmement maître de son histoire et de la psychologie de ses personnages : la narration nous plonge dans la tête de chacun, et j’ai rarement lu un  roman choral où la voix de chaque personnage m’a semblée aussi définie et vraie. Chacun a sa manière de s’exprimer, ses tics de langage qui donnent l’impression de se fondre dans leurs pensées.

Le tout prend la forme d’un puzzle : chaque narrateur livre tour à tour ce qu’il sait ou croit savoir, et on comprend peu à peu ce qu’il se passe. Certains éléments peuvent paraître très vite évidents : on se doute de ce qui est arrivé à la mère d’Eliane, on se doute du petit jeu que joue Eliane elle-même… cela peut paraître frustrant et donner un peu trop donner confiance en ses capacités de déduction. En tout cas, ça a fonctionné sur moi, car j’ai refermé le livre un peu sonnée par les révélations finales et en répétant “mais quel gâchis…” dès que je pensais aux événements finaux.

Est-ce que ce fut une lecture parfaite ? Non. Honnêtement, la cinquième partie, où Eliane se charge à nouveau de la narration, m’a paru bien longue. J’ai trouvé dommage la baisse de rythme que j’ai connue durant ma lecture de ce passage et qui a un peu brisé mon élan. Malgré tout, la fin m’a suffisamment saisie pour que j’en oublie ces longueurs. Pour tout vous dire, cela fait un petit moment déjà que j’ai fini ce livre, et il m’a fallu plusieurs semaines pour le digérer. Si j’avais écrit cet article avant ça, vous auriez eu droit à 48 pages d’analyse sur les relations entre les personnages (j’ai encore tous mes petits papiers coincés entre les pages du livre, avec mes réflexions hautement philosophiques :D). Cela aurait-il été plus ou moins intéressant que l’article en son état actuel, je ne sais pas, mais je peux vous dire que c’est en tout cas bien plus reposant, maintenant que j’ai un peu de recul sur cette lecture 😀

One Comment on “L’été meurtrier – Sébastien Japrisot

  1. Haaan les bouclettes de Souchon ♥
    Ouii pardoon, je n’ai pas retenu QUE ça de ta chronique promis ^^
    Je ne connaissais pas du tout ce livre, ni l’adaptation d’ailleurs, en vrai ça m’a juste fait pensé à “Souviens toi l’été dernier”, ce qui est complétement couillon du coup hé.
    Enfiin, tu le vends bien, ça me donne envie de plonger (jeu de mots avec l’été toussa) dans cette histoire mais si elle a l’air un peu dure !

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