L’hiver dernier, je me suis séparé de toi – Nakamura Fuminori

L’hiver dernier, je me suis séparé de toi. C’est ce titre qui a attiré mon attention il y a deux ans maintenant, lors de la sortie du roman en grand format. Quelques mois auparavant, j’avais adoré Pickpocket, le précédent livre de l’auteur. Cet argument aurait suffi à éveiller ma curiosité, mais il y avait également ce titre, que je trouvais étonnamment émouvant. Je m’étais alors promis de le découvrir lors de sa sortie poche et, à ma grande surprise, c’est exactement ce que j’ai fait (come on, ne faites pas comme si, nous, lecteurs compulsifs, n’avions pas tendance à nous faire 12000 promesses de ce genre-là dès qu’on met les pieds dans une librairie :p).

Un journaliste est engagé par un éditeur pour écrire un livre sur un photographe accusé d’avoir tué deux femmes et qui va être condamné à mort. Le roman s’ouvre sur cette fameuse phrase “C’est bien vous qui les avez tuées… n’est-ce pas ?” Dès le début, le doute est posé, pourtant, je ne m’attendais pas à une intrigue qui me “baladerait” autant. Bien plus noir que Pickpocket, dont je garde un souvenir plus mélancolique que vraiment glauque, ce nouveau roman va bien plus loin dans la noirceur que son prédécesseur. Ce que, soit dit en passant, je n’avais pas forcément anticipé (et oui, je ne lis toujours pas les quatrièmes de couverture correctement. Sinon, celle-ci a le mérite d’être bien claire sur le côté “ici, on n’est pas chez les bisounours, ok ?”). Mon coup de coeur pour le titre, la couverture, la réussite du roman précédent de l’auteur et la lecture des premières lignes avaient suffi à me convaincre que j’avais besoin de ce livre dans ma vie. 😀

Le roman s’ouvre sur les recherches du journaliste, ses entrevues avec les principaux protagonistes de l’affaire. Au risque de se perdre, il se plonge dans cette étrange histoire, dont les tenants et les aboutissants semblent finalement assez peu clairs. La clarté est d’ailleurs le mot le moins approprié pour décrire ce roman : que ce soit au niveau de son ambiance, comme de son intrigue. ^^ Pour ce dernier point, il risque de gêner pas mal de lecteurs, alors que, personnellement, il représente l’un des aspects que j’ai le plus aimés du roman. A la limite, la seule chose que cela complique, c’est la rédaction de cette chronique, car il est bien plus simple de parler d’un roman au déroulé linéaire… 😀

J’aime la manière dont la narration reflète si bien l’esprit des personnages : tout est retors, on flirte avec la folie ou on tombe carrément dedans par moment. Le puzzle de l’intrigue se reconstitue peu à peu, d’une manière qui demande à la fois vigilance et lâcher-prise. On commence à entrapercevoir certaines vérités sans pouvoir exactement les comprendre, et cela m’a parfois fait craindre de ne pas pouvoir tout saisir au moment de la résolution : étant donné que je lisais alors que j’étais fatiguée, je craignais de passer à côté de certains éléments essentiels, mais les explications finales restent tout de même assez claires pour que l’on puisse remettre chaque chose à sa place (du moins, selon mes critères de lectrice qui aime les intrigues qui ne sont pas parfaitement linéaires ^^).

L’hiver dernier, je me suis séparé de toi est un livre qui peut mettre mal à l’aise et dans lequel il peut être un peu compliqué d’entrer si l’on n’est pas sensible au style, je pense. Pour ma part, je l’ai commencé doucement et, passé un certain stade, je n’ai tout simplement plus pu le lâcher. Il faut dire qu’il est assez court, et les moins de 200 pages défilent très vite si l’on est happé. Beaucoup de thèmes assez dérangeants sont traités, tous les personnages dégagent plus ou moins quelque chose de malsain, du moins aucun ne peut vraiment être considéré “bien comme il faut”. J’avais déjà un peu ressenti ça, dans une moindre mesure, avec Pickpocket : l’auteur parle de personnes qui font des choses répréhensibles, mais d’une manière qui peut nous faire entrer en empathie avec eux (dans le cas de ce roman, soyons d’accord : pas tous, du moins pour ma part j’en serais incapable :D). J’ai adoré le moment où la vérité finit par se faire jour, lorsque l’on apprend à qui s’adresse la phrase du titre et qui la prononce. Voilà exactement le genre de passage où je ne peux approuver ce que fait le personnage en question, mais l’auteur réussit tout de même à m’émouvoir énormément à son sujet.
Et rien que pour ça, j’ai déjà envie de découvrir Revolver, le seul roman de l’auteur traduit en français que je n’ai pas encore lu. Histoire de voir s’il est capable de me faire ressentir une fois de plus ce sentiment si étrange et particulier.

Je vous avoue que je me sens un peu frustrée : j’ai l’impression de ne pas avoir su parler correctement de ce roman, qu’il y aurait encore énormément à dire, sauf que cela nécessiterait des spoilers qu’il serait dommage de faire. ^^

L’hiver dernier, je ne me suis séparé de toi est un roman (très) noir, au style aussi particulier que dérangeant, mais qui a parfaitement fonctionné sur moi. L’une de mes meilleures lectures depuis le début de l’année, que je recommande aux amateurs du genre.

4 Comments on “L’hiver dernier, je me suis séparé de toi – Nakamura Fuminori

    • Chouette, s’il a su te parler ! Si tu lis le livre, dis-le moi, je lirais volontiers ton avis dessus 🙂

  1. Eh bien je la trouve très chouette ta chronique moi ! Elle m’a carrément donné envie de découvrir ce roman et cet auteur ! =)

    • Oh, yeah alors ! De cet auteur, je te recommande aussi Pickpocket, surtout qu’il est moins dur je trouve tout de même, si tu as envie d’un truc un peu moins éprouvant pour ton petit coeur de lectrice 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.