Long Way Down – Jason Reynolds

Long Way Down est le troisième roman en vers libres que je lis, après Songe à la douceur (obviously) et Inséparables, deux lectures que j’avais adoré (ou a-do-ré si vous préférez). Thème et ambiance très différents pour celui-ci : cercle de la violence et de la vengeance dans un milieu difficile, le livre traite d’un sujet de société grave. Pourtant, je n’en suis pas ressortie avec le cœur en mille morceaux, mais plutôt avec la sensation d’avoir été sensibilisée à une réalité très lointaine de la mienne.

SOIXANTE SECONDES.
SEPT ÉTAGES.
TROIS LOIS.
Quand quelqu’un est tué dans le quartier de Will, il faut respecter les trois Lois :
1) Ne pas pleurer.
2) Ne pas balancer.
3) Se venger.
Et Shawn, le frère de Will, vient d’être assassiné.

J’aime beaucoup cette quatrième de couverture. Et je vous assure que je ne dis pas ça à la légère : je suis la première à bouder les quatrièmes car je les trouve souvent mal fichues : elles en disent trop ou suscitent des attentes pas en phase avec le véritable contenu du livre. Résultat, je les lis presque toujours en diagonale (et je ne sais donc quasi-jamais ce que je vais lire avant d’ouvrir un bouquin “ouais, ouais, y a marqué géranium, gaufre et manoir du XIXème siècle, du coup je suppose que je vais bien aimer” “ah ???”).

Alors que celle de Long Way Down, j’ai tout lu et je me suis dit que le concept avait l’air vraiment pas mal. Bref, wahou, une quatrième de couverture a réussi à me vendre le bouquin pour laquelle elle a été conçue 😀

Gros travail éditorial sur la mise en page du livre : sur chaque page, un poème plus ou moins long, avec des fonds dans des teintes de gris. Niveau livre-objet, c’est ultra agréable et convaincant.
Le livre se lit très vite : en soi, le manuscrit ne doit pas contenir tant de signes que ça. Ajouté à ça le concept de l’intrigue qui se déroule sur soixante secondes (le temps pour Will de descendre en ascenseur les 7 étages de son immeuble), le rythme même du récit fait que les pages se tournent très vite.

Honnêtement, je n’ai pas été bouleversée à proprement parler par le livre. Je pensais qu’il allait choper mon cœur et le broyer bien comme il fallait (cela a l’air d’avoir été le cas pour beaucoup de lecteurs, d’ailleurs), mais ce n’est pourtant pas ce qui s’est passé. Le roman est finalement assez pudique : sans doute grâce à son personnage principal, Will, qui a été élevé dans cette idée qu’il devait être fort, qu’il ne devait pas pleurer et simplement appliquer les fameuses lois (oui bonjour je suis un ado mais là il est de mon devoir d’aller abattre un mec de sang-froid. Ouais, ouais, non mais ça va… presque). Le livre transmet d’ailleurs de manière assez habile cette dualité : Will est un gamin, doté d’une sensibilité, qui a perdu son père et son frère, dont la mère est effondrée, sauf qu’il n’a pas le droit de faire pareil. On ressent pas mal la froideur à laquelle il se contraint, sans pour autant ne pas deviner le pauvre gosse perdu qu’il y a au fond.
Rapidement, j’ai compris le mécanisme du roman et où le scénario nous emmenait. Comme l’idée ne me déplaisait pas, cela ne m’a pas pour autant gâché la lecture, mais peut-être qu’un peu plus de surprise aurait contribué à susciter des émotions plus fortes chez moi ?

L’autre jour, je vous expliquais que je n’avais pas aimé un autre roman car il me donnait l’impression de toujours justifier et excuser coûte que coûte le comportement des personnages. Cela m’a d’autant plus frappée en lisant Long Way Down, qui réussit parfaitement pour sa part à parler de personnages pris au piège de leur propre vie et qui se retrouvent à commettre des actes répréhensibles, mais qui ne m’a pas pour autant donné l’impression de les approuver. Il donne une voix aux personnes dans la situation de Will, leur donne une existence, dénonce, mais j’ai trouvé qu’il responsabilisait Will et envoyait un message d’espoir. Quelque chose comme “je comprends pourquoi tu fais ça, c’est terrible que tu aies à vivre comme ça, mais ça ne change pas le fait qu’aller tuer quelqu’un à ton tour va juste perpétuer ce cycle de la violence“. D’ailleurs, le moment de ma lecture qui m’a vraiment émue est la note de l’auteur à la fin, lorsqu’il dédit ce livre à toutes les personnes dans la situation de Will et qui sont en prison.

Pour conclure, je dirais que j’ai moins été sensible au thème de Long Way Down, qu’à ceux des précédents romans en vers libres que j’avais lus. Mais cela reste un goût personnel, car objectivement je ne le trouve pas forcément moins bon, mais qu’il a tout simplement moins fait écho chez moi. Il n’en reste pas moins une lecture que j’ai beaucoup apprécié, probablement une des meilleures que j’ai faites ces derniers temps ! J’ai aimé voir ce thème abordé, j’ai aimé l’angle adopté par l’auteur, que ce soit au niveau de la forme ou du fond, et je trouve que pour les amateurs d’une littérature jeunesse proposant une démarche originale, il vaut le détour.

2 Comments on “Long Way Down – Jason Reynolds

  1. Je ne savais pas que ce livre était écrit en vers libres. J’ai très envie d’en découvrir un mais je n’en ai toujours pas eu l’occasion. Ce livre me semble pas mal 🙂

  2. J’ai vu ce livre sur le blog de Lou lit là qui l’avait énormément touchée, et je m’étais dit qu’il fallait que je le découvre, et maintenant toi aussi tu en parles ! Comment ne pas craquer ! =D
    Du roman en vers libre en plus ! Trop de tentation !
    J’espère qu’il me plaira au moins autant qu’à toi ! =)

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