Ma chère soeur – Alf Kjetil Walgermo

Qu’on ait un compte ou pas dessus, on sait plus ou moins comment fonctionne Facebook et quel est son but : comme pour tous les réseaux sociaux, ce qu’on veut, c’est communiquer, avec des gens qu’on connaît plus ou moins (ou acheter du pain, mais ça marche moins bien en général). Sauf qu’Eli Anne va l’utiliser d’une manière quelque peu inhabituelle : celle à qui elle écrit, Amalie, elle la connaît bien – et pour cause, c’est sa soeur. Sauf que voilà, Amalie est morte, et Eli Anne va pourtant lui parler chaque jour. Chaque jour, un message, pour lui dire toutes ces choses qu’elle aurait voulu pouvoir lui dire avant qu’elles soient séparées pour toujours.

Ma chère soeur est un livre court et qui se lit dans un souffle. La forme du texte (les fameux messages Facebook) donne un rythme rapide, où se succèdent les anecdotes, états d’esprits et émotions d’Eli Anne. Souvent, les pages ne sont remplies qu’à moitié et le ton correspond bien à celui des messages que l’on peut envoyer via internet. Le pari est réussi de ce côté-là : on ne tombe pas dans la parodie de lettre manuscrite, qui aurait sonné assez artificielle vu le contexte instauré, mais sans pour autant se laisser aller à un langage trop “jeune” voire sms, que j’aurais trouvé très peu agréable à lire personnellement. ^^ L’auteur a su donner juste ce qu’il fallait de poésie à ses mots, tout en laissant s’exprimer la voix d’une adolescente en deuil.

Mais il me faut bien reconnaître que concernant la manière dont le texte touche le lecteur, je lui reproche un gros manque de puissance. Le texte m’a touchée, mais n’est pas parvenu à m’émouvoir. Pourtant, je suis très sensible à ces thèmes-là, et j’aurais cru qu’en tant que grande soeur, je serais même d’autant plus entrée en empathie avec Eli Anne et la terrible perte qu’elle a subi. Je ne suis pas restée insensible, certains passages ont touché du doigt quelque chose, mais toutes ces émotions n’étaient que trop passagères pour que le livre laisse vraiment chez moi une empreinte.

J’ai apprécié le lien entre soeur qui était montré là, avec ses nuances : entre Eli Anne et Amalie, malgré leur proximité, tout n’a pas toujours été parfait en raison de leurs caractères si différents, de ce qu’elles n’ont pas pu se dire et dont Eli Anne a besoin de se défaire aujourd’hui…

J’ai lu Ma chère soeur juste après L’autre fille d’Annie Ernaux, et j’ai trouvé très intéressant de voir les deux manières dont le lien fraternel peut être traité et vécu. Dans les deux cas, on parle de perte d’une soeur, mais là où le personnage d’Eli Anne vit le décès de sa soeur comme la perte de toute une partie de son existence, de ce qui la constitue elle, Annie Ernaux évoque la perte de sa soeur d’une manière plus surprenante et dérangeante : comme la condition de sa propre existence, de ce qui a fait qu’elle-même allait pouvoir exister. L’une est détruite par l’absence et essaye de se reconstruire malgré ça, l’autre s’en fortifie et conçoit même sa construction comme fondée là-dessus.
Alors, oui, tout est histoire de contexte : dans les deux livres, ils sont extrêmement différents, mais j’ai beaucoup aimé voir comment une même situation peut donner deux romans différents à l’extrême, et dont on ressort avec des sentiments tout aussi différents, alors que l’on parle dans les deux cas de la perte d’une soeur.

Ma chère soeur est une jolie lecture, bien écrite, avec des personnages plutôt attachants, même si je garde un goût d’inachevé, de “pas assez poussé”.

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