Mémoires d’un frêne – Park Kun-woong

Quand j’ai vu ce livre a la bibliothèque, il m’a semblé joli. “Oh tiens les mémoires d’un arbre ! Qu’est-ce que ça va être bucolique !!”. Je m’imaginais plusieurs souvenirs différents certains durs, OK, mais aussi des gosses qui jouent a la balançoire, pourquoi pas ?
D’ailleurs le premier chapitre m’a un peu laissée penser en ce sens : on suit deux frères qui ramassent du bois. Et même si ils parlent un peu des circonstances politiques, ça reste soft.
Et puis… Paf ! Dans ta tronche le bucolique, la prochaine fois vaudra mieux lire Martine se balade en forêt.
Mémoires d’un frêne est un des livres les plus durs qu’il m’ait été donné de lire. Juste après Incendies, de Wajdi Mouawad je dirais.

Alors, j’avais quand même feuilleté le livre avant de l’emprunter, j’avais bien vu les soldats qui sont d’ailleurs aussi sur la couverture. Mais, m’étais-je dit, ça allait être un souvenir parmi d’autres. Le frêne allait aussi nous raconter des souvenirs de pique-niques en été.
Ben non. On est loin mais alors très loin du pique-nique !

Encore que … le frêne évoque souvent limage d’un grand festin. Mais c’est plus celui des mouches et des asticots que celui de la gentille petite famille avec son plaid à carreaux..

Pas de patchwork de souvenirs donc. On nous décrit bien en passant les gamins qui s’amusaient a tailler les branches, le vieil homme qui plante du ginseng, les villageois qui ramassent du bois pour le feu, mais tout cela est au service d’une seule grande histoire, celle d’un massacre de masse organisé en Corée du Sud en 1950, au début de la guerre de Corée, contre des civils. C’est horrible, poignant …
C’est raconté avec un faux détachement en raison de cet arbre-narrateur qui ne comprend pas tout mais qui est content parce que ça le sort de sa routine et fertilise sa terre…. Un tel contraste avec le récit rend le tout encore plus marquant.


On a un parallèle entre la barbarie terrible de cet événement et l’indifférence de la nature qui se moque bien des combats des hommes… Après tout ça donne manger a énormément d’espèces nous dit le frêne…
Un parallèle entre les paroles très neutres voire oniriques du frêne, et les dessins hyper expressifs – sans pour autant, il me semble, tomber dans le gore gratuit.

A plusieurs moments de ma lecture, je pensais que ça allait se calmer, et finalement, on monte encore dans l’horreur. Et pourtant je n’arrivais pas a arrêter de lire tant la narration est bien menée.

Je ne connaissais rien a cet événement avant de lire le livre, le feuillet historique final a été bien instructif pour remettre le récit dans son contexte. Si de manière émotionnelle on s’était déjà rendu compte de la cruauté de tout ça, l’explication ne l’adoucit pas : des villages massacrés par leur propre pays car dans le tas, certains étaient opposants politiques, plus ou moins affichés, pour au final entre 100000 et 200000 morts volontairement oubliés par l’Histoire coréenne.

Pour autant le livre ne m’a pas paru manichéen. Il y a bien un gros encu** pour qui visiblement la vie humaine ne vaut rien, mais sinon, c’est plutôt l’entité armée ou gouvernement qui est accusée, et non les individus. Y compris parmi les soldats coupables du massacre et obéissants aux ordres on voit bien que la plupart ne font pas ça de gaieté de cœur : certains cherchent à s’enfuir, d’autres vomissent systématiquement …

Je ne vais pas vous le cacher (et pourtant quand je lis des chroniques comme ça je passe toujours mon chemin – mais là çaurait été dommage ^^ ),  c’est une claque, un récit dur mais nécessaire … Comme le dit l’auteur : l’importance de témoigner et garder en mémoire. 

NB : si vous êtes d'un naturel sensible, je préfère vous prévenir que je n'ai pas choisi les plus dures images du livre pour illustrer cet article.

3 Comments on “Mémoires d’un frêne – Park Kun-woong

  1. Olalala j’ai très envie de le découvrir, mais en même temps peur de mes émotions à la lecture. Mais je crois que l’envie prendra le dessus sur la peur, je vais regarder s’il est dispo dans ma médiathèque ! =)

  2. Eh bé…
    Voilà voilà…
    Vouip.
    Quand j’ai vu que c’était d’un auteur coréen, jme suis dit “mmh, méfiance”, mais j’imaginais pas devoir me méfier à ce point o.o Enfin maintenant je suis prévenue. Et intéressée. Mais inquiète.

    • Pareil ! Je me doutais que ce ne serait pas JUSTE bucolique, mais, comme tu dis, pas à ce point !! ^^
      A pas lire dans un moment de blues en tout cas je dirai :p

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