Noir sur blanc – Tanizaki Jun’Ichiro

De Tanizaki, j’avais beaucoup aimé Eloge de l’ombre, qui est un essai sur l’esthétique japonaise. Oui, je sais, ça n’a pas l’air bien drôle dit comme ça, et pourtant j’avais été très surprise par le ton souvent ironique et l’humour de l’auteur, qui m’avait beaucoup changée des œuvres que j’étais habituée à lire pour mes cours de philo de l’art.
Tanizaki en tant que romancier aura-t-il su autant me séduire qu’en tant qu’essayiste ?

Un personnage réel assassiné dans un roman. Une maîtresse sans nom qui disparaît sans laisser d’adresse. Une liaison piquante et secrète. Un meurtre privé de mobile et d’alibi. Un inspecteur incrédule, grand lecteur du romancier incriminé. Un dénouement saisissant.
Tanizaki se met en scène avec beaucoup d’humour dans cet écrivain diabolique et paresseux, qui se trouve pris au piège de sa propre imposture…

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Dès les premières lignes, l’expérience s’annonce assez particulière : l’auteur se met très ouvertement en scène au travers de son personnage, sauf qu’il est loin de nous proposer une “Mary-Sue” : le personnage ne sera pas une projection de lui-même qui réussit tout et possède un sens moral hors-normes. Au contraire, Mizuno est d’office présenté comme flemmard et maître en l’art du mensonge. Il maltraitait sa femme, et maintenant qu’il est partie, il n’y voit que des avantages. D’ailleurs, cela lui laisse tout le temps de martyriser ses éditeurs. Mizuno est aussi dépensier, de préférence quand il s’agit d’objets inutiles et qui coûtent bien plus que ce qu’il possède en banque.

Bref, un amour.

Mizuno a tout pour être méprisable, il le sait, et il s’en satisfait. Sauf que lorsque le livre débute, ce héros parfaitement calculateur s’aperçoit qu’il a fait une terrible erreur : dans son dernier roman – assurément son plus grand chef-d’œuvre -, s’est glissé une coquille qui pourrait le mener à sa perte.

En lisant ça, on ne peut s’empêcher de se dire que Mizuno est paranoïaque. Paranoïaque ou particulièrement intelligent et prévoyant ? Allez savoir. Le résultat n’en reste pas moins le même : la fiction du roman de Mizuno et l’histoire de Mizuno lui-même finissent par s’entremêler. Et plus il essaye de se défaire de la fiction, plus celle-ci s’invite dans sa réalité et l’entraîne dans une descente aux enfers hors du commun…

J’ai aimé la manière dont le livre questionne la création littéraire, le rapport entre honnêteté, vérité et écriture de fiction. C’est dans cet acte que Mizuno s’estime le plus vrai, le plus honnête, et en cela bien meilleur que la plupart des hommes, lui que tout le monde craint et méprise en tant qu’humain.

Autre point qui m’a frappée : Tanizaki semblait bien connaître la culture occidentale et son roman est truffé de références et de réflexions qui sortent de la culture nippone. Cela m’avait déjà interpellée dans Éloge de l’ombre, où il semblait s’adresser avec beaucoup d’humour aux occidentaux, jouant et s’amusant des clichés que nous aimons tant cultiver au sujet de son pays.

Par contre, j’ai connu des difficultés à entrer dans le roman, que j’ai lu assez lentement. J’ai la sensation d’être presque toujours restée très extérieure. Difficile d’être en empathie avec un tel personnage, de surcroît s’il lui arrive des aventures tellement improbables qu’on se croirait souvent perdus dans un grand délire entre rêve et paranoïa, tant les réalités de Mizuno et de ses romans s’entrecroisent.
Mais au-delà de cet aspect, le rythme du roman m’a paru très curieux. J’ai ressenti comme un manque de lien entre les différents moments du romans.

Malgré tout, je garderai un bon souvenir de cette lecture. J’ai apprécié découvrir Tanizaki dans ce registre, et je retenterai avec plaisir l’expérience, peut-être avec l’un de ses ouvrages plus connus ?

One Comment on “Noir sur blanc – Tanizaki Jun’Ichiro

  1. Je ne connaissais pas cet auteur (ouii je saiis je connais riiien ^^), et baaah écoute, moi j’ai eu envie de découvrir ce roman !
    Bon j’ai un peu peur de m’y perdre et de rien comprendre, mais en même temps je suis assez curieuse ! =)

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