Dans la nuit de New York – Anna Woltz

Emilia vient de voir sa vie bouleversée. Par quoi ? On ne le sait pas exactement au début du livre. Mais une chose est sûre, c’est assez grave pour que l’adolescente de 14 ans décide de fuir à l’autre bout du monde. La voilà donc qui part des Pays-Bas, direction New York. Seule. Sans avoir averti ses parents.

Le pitch de départ paraît assez fou, et c’est d’ailleurs l’impression qui m’a accompagnée au début de ma lecture, cette sensation de surréalisme le plus total. On est tout de même sur une très jeune adolescente qui pique la carte bleue de son père et qui se retrouve confrontée à des situations extrêmement dures dans un pays où elle ne connaît personne… et s’en sort tout de même quasi-miraculeusement à chaque fois. Sauf que, paradoxalement, dès les premières pages, j’ai été happée par ce livre. Je me disais que beaucoup de choses sonnaient peu réalistes mais, à la fois, on m’aurait demandé ce que je pensais de ma lecture, dès les premières pages, mon avis aurait été quelque chose comme “c’est trop, trop chouette !” (avant de retourner résolument à ma lecture, car ça ne se fait pas de déranger quelqu’un qui est aussi absorbé dans sa lecture, d’abord :D).

Emilia m’a de suite fait l’effet d’une petite sœur attachante. On comprend très vite que ce qu’elle a vécu est un peu plus grave que quelque chose comme “j’ai cassé le vase préféré de maman et elle va me tuer”. Emilia est sens dessus-dessous et on sent qu’elle agit en étant sous le choc. Petit à petit, la vie qui est la sienne aux Pays-Bas va se dessiner. Pas de révélation fracassante, on devine petit à petit son quotidien et ce qui l’a chamboulé, mais ce n’est pas bien grave. Je n’ai pas eu le sensation que l’auteure misait beaucoup sur le suspense et les retournements de situation. On est plus sur une intrigue psychologique et humaine, où l’évolution se fait petit à petit et où l’on suit les héros dans leur cheminement.

Car Emilia ne va pas rester bien longtemps seule : elle sera vite accompagnée de Seth, un adolescent qui sait coder comme personne mais bien moins parler avec un être humain, Abby, sa petite sœur de 9 ans, aussi incontrôlable qu’attachante et Jim, un jeune homme au physique de star hollywoodienne, complétement perdu mais qui maîtrise les discours politiques comme personne. Quelle équipe ! ^^

Je n’ai pas envie de vous spoiler l’intrigue, même des éléments qui arrivent avant la moitié. Sachez seulement que l’auteur choisit de situer son intrigue à un moment historique important pour la ville de New York, qui va obliger les adolescents à s’entraider plus que jamais, les obliger à se confronter à certaines de leurs plus grandes peurs et, aussi, créer une ambiance très particulière que j’ai beaucoup aimée. On va parler de phobie, de deuil, de famille, de harcèlement via les réseaux sociaux et même si certaines résolutions peuvent paraître un peu rapides, j’ai trouvé que tous ces thèmes étaient traités de manière émouvante, parfois très jolie, et surtout sans manichéisme, ce qui n’est pas toujours évident…

J’ai dévoré Dans la nuit de New York. Vraiment, je n’ai pratiquement pas reposé ce livre à partir du moment où je l’ai commencé. Je trouve que c’est un livre qui fait du bien. Il traite de sujets peu évidents mais garde quelque chose de très positif. Peut-être le côté peu réaliste vient-il aussi de là, les héros s’en sortent globalement toujours bien, mais j’ai bien aimé le côté “doudou” que cela donnait au récit. C’était tellement agréable à lire que, finalement, j’aurais bien aimé en avoir plus. Le livre est assez court, et j’aurais volontiers lu une cinquantaine de pages supplémentaires, afin de voir mieux approfondi certaines problématiques des personnages, même si la fin plutôt ouverte me convient très bien.

Dans la nuit de New York réussit à joliment traiter pleins de sujets difficiles. Cela peut sembler parfois un peu surréaliste, mais j’ai aimé l’espoir qui se dégageait du roman. Ça se dévore et ça fait du bien !

Grisha T3 – Leigh Bardugo

Et voilà, Grisha, c’est fini pour moi. Avec L’oiseau de feu, Leigh Bardugo mettait un point final à sa trilogie de fantasy, et vous vous doutez que je me suis empressée de le dévorer (le livre, pas l’oiseau, je suis végétarienne les gars). Pour le petit récap : j’avais adoré le tome 1, un peu plus été mitigée concernant le tome 2, qui souffrait d’une grosse baisse de régime au milieu de son intrigue. J’étais pleine d’espoir pour ce dernier tome, aura-t-il su satisfaire mes attentes ?

Présence de spoilers sur les tomes précédents, mais vous pouvez toujours lire la conclusion ou mes chroniques sur les tomes 1 et 2 ICI et ICI 😉

On retrouve Alina prisonnière de la cathédrale blanche, plus près que jamais de ses amis et pourtant coupée d’eux à cause de l’Apparat qui contrôle chacun de ses gestes et chaque minute de son emploi du temps. Privée de ses pouvoirs, elle sait qu’elle doit rapidement les retrouver, sans quoi rien ni personne ne saura opposer la plus petite résistance aux rêves fous du Darkling.

Au début de ce tome, Alina est plus éloignée que jamais de la jeune fille qu’elle était au début du tome 1. Considérée comme une sainte par la plupart des gens, la jeune fille se questionne sans cesse sur le rôle qu’elle a à jouer, la responsabilité qu’elle a, ce qu’elle peut accepter ou non. Elle qui était si timide, réservée et insignifiante aux yeux des gens, elle est mise à l’épreuve de la tentation de ce pouvoir immense auquel elle pourrait accéder en trouvant le troisième amplificateur. Où est donc passée la Alina qui refusait catégoriquement de tuer le cerf, premier amplificateur ?

Cette hésitation est comme personnifiée par les 3 hommes qui évoluent autour d’elle : le Darkling, qui a perdu son humanité mais dont le pouvoir immense attire irrémédiablement Alina en faisant écho au sien. J’avais trouvé leur relation assez fascinante dans le tome 1 et avais été déçue de la manière dont elle avait été si peu exploitée dans le tome 2. Ici, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans le premier tome. J’ai aimé le traitement de ce personnage, dont on attend aucune rédemption mais qui parvient tout de même à émouvoir grâce à ce qu’il dévoile au travers de sa relation avec Alina. Et oui, je n’ai pas résisté au côté tragique du Darkling, et il restera sans doute comme l’un de mes méchants préférés. 😀

D’un autre côté, il y a Mal, l’ami de toujours, le soldat, bon et droit, que Alina aime depuis l’enfance mais dépourvu de tout statut social et qui convient si bien à la jeune fille qu’elle a été… mais ne peut plus prétendre à celle qu’elle est devenue en découvrant ses pouvoirs. Je sais, en lisant tout ça, que ce soit pour le Darkling ou Mal, vous allez vous dire “bienvenue au festival du cliché !”. Ok, ces personnages et leurs relations ne sont guère originaux, mais comme souvent tout est dans le traitement qu’on en fait et j’ai adoré la manière dont Leigh Bardugo a exploité ces schémas-là. Dans le tome précédent, j’avais trouvé que la relation Alina/Mal avait pris un tour assez agaçant, mais cela a été plutôt bien rattrapé dans ce dernier tome. Même si leur relation a quelque chose de bien moins électrisant que celle entre Alina et le Darkling, on peut apprécier la douceur qui s’en dégage. On est sur du drame qui s’en va du côté Roméo et Juliette de la force. Mal fait écho à ce qu’il y a de bon en Alina, et ils sont les deux amants maudits qui savent qu’ils ne peuvent lutter contre le destin qui veut les séparer… :p

Enfin, Nikolai, le prince aussi rusé que drôle. Nikolai, je l’adore. Depuis sa première apparition dans le tome précédent, j’ai béni Leigh Bardugo pour avoir pensé introduire un personnage qui mettait autant d’humour et de folie dans cette série. Ses dialogues me font toujours autant rire, même si le personnage bénéficie aussi de quelques retournements dramatiques très bien dosés. Nikolai, c’est l’homme de pouvoir, mais dans un registre très différent du Darkling. C’est celui qui est le plus proche de la vision du pouvoir pour laquelle Alina tente de lutter. Nikolai, c’est un peu le pont entre la Alina d’avant et la Alina de maintenant, aux prises avec des responsabilités et un statut auquel elle n’aurait jamais pensé accédé.

Pour en finir avec les personnages, j’ai beaucoup aimé le groupe qui suit Alina durant ce tome-là. Un peu de solidarité et des moments plus chaleureux ne sont pas de trop vu l’ambiance générale de ce tome, et on découvre sous un autre jour des personnages comme Zoya, qu’on aimait détester depuis le tome 1. Pas de panique, elle ne devient pas soudainement la meilleure amie d’Alina, mais disons que c’est l’occasion de la voir différemment. 😉

Côté rythme, j’ai trouvé que le tome se lançait plutôt bien dès le début. S’il était resté comme ça tout du long, j’aurais déjà été contente, mais tout s’emballe environ vers la moitié et j’ai complétement retrouvé le rythme haletant et cette difficulté extrême à lâcher le livre que j’avais connue avec le tome 1.
J’ai beaucoup aimé la fin que Leigh Bardugo offre aux personnages. Plus douce dans le faits que ce que j’aurais cru, la mélancolie qui s’en dégage en fond n’en est que plus réussie. Les fins douces-amères comme celle-ci sont sans doute mes préférées. Les personnages survivants devront apprendre à vivre avec tout ce qu’ils ont traversé et perdu, et pour une fois dans un livre, j’ai apprécié l’épilogue, que j’ai trouvé très joliment écrit.

Pari réussi avec ce dernier tome, qui clôture très bien cette trilogie de fantasy jeune adulte qui restera sans doute comme l’une de mes favorites !

 

Trois courts-métrages d’animation adaptant les contes de fées

Après Hôtel Echo, un film qui utilise Barbe-Bleue pour parler des violences conjugales, nous avons découvert trois courts-métrages adaptant librement des contes : La Petite sirène, La Belle au Bois Dormant, ou encore les contes de fées façon Disney … Trois films très différents les uns des autres, originaux et très beaux, qu’on avait très envie de vous présenter !

Et là vous voyez, je suis dans un dilemme de blogueuse absolument insurmontable : est-ce que je commence par vous parler du court métrage amusant, du beau, ou du beau et amusant ? Là est la question ! Mais en fait, peu importe, vous pouvez même lire les paragraphes dans le désordre si ça vous fait plaisir :p

Et quant à moi, je commence avec La Belle au Bois d’Or.

La Belle au Bois d’Or, de Bernard Palacios – 2001, 12min

Pour celui-ci, pas besoin de chercher très loin, on comprend tout de suite qu’il s’agit d’une adaptation de La Belle au Bois Dormant. Le film commence lorsque la Belle est endormie, attendant son Prince. Un lapin arrive et l’embrasse. Juste un lapin, même pas un Prince Lapin, mais ça marche et la Princesse se réveille. Habile n’est-ce pas ? Bon le lapin s’en va, rassurez-vous, on ne passe pas direct sur « ils se marièrent et eurent beaucoup de lapereaux ». On pourrait croire que le fait que le lapin arrive avant le Prince n’est qu’une question de timing, mais la Belle a dormi loooongtemps. Beaucoup trop longtemps. Et le Prince l’a tout simplement oublié. Sympa, il avait sans doute autre chose à faire le fifrelin. Comme chasser des lapins par exemple … Quoi qu’il en soit, la Belle au Bois d’Or se réveille à notre époque, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est déboussolée… A ce moment-là on est un peu dans un mix entre Les Visiteurs et la Cendrillon de Téléphone, mais le court-métrage reste poétique et mignon. La Belle ne finit pas alcoolique comme dans la chanson et est recueillie dans un cirque comme chanteuse, avec un cheval blanc trop chou. Et toute la question est de savoir si elle finira par trouver son prince pour réaliser son destin de princesse :p

Ce court-métrage d’animation a été l’un de nos préférés des programmes courts. Nous avons aimé le dessin très doux et rond, faisant penser à un album pour enfants. La princesse se réveillant dans une époque qui n’est pas la sienne en fait un film un peu décalé, amusant, tout en restant touchant.

Malheureusement, il me semble que le court-métrage est difficilement trouvable *, mais si vous êtes curieux, le documentaire Dessine-moi un film de Martin Figere propose l’analyse du court-métrage Le haut pays des Neiges, du même réalisateur. Nous l’avons vu également à la suite de La Belle au Bois d’Or, l’occasion de rencontrer un yéti femelle se comportant comme un chat et absolument adorable :p

Potr’ et la fille des eaux, de Jean-François Laguionie – 1974, 12min

Le film est présenté comme un conte celte écrit par Laguionie, mais nous n’avons pu nous empêcher d’y voir une ressemblance avec La Petite Sirène. Alors même si ce n’est pas forcément voulu par le réalisateur, on vous propose d’en parler ici comme d’une réécriture de La Petite Sirène à la sauce celtique :p Et revenant tout juste de Bretagne au moment où j’ai vu le film, des bignous et du beurre encore dans le cœur (pas littéralement.)(Encore que après tant de kouign amann, le cholestérol n’est pas loin), je n’ai pu qu’aimer ce court-métrage. Il s’agit de l’histoire de Potr’, un pilleur d’épave un peu rustre, «  plus proche de la bête que du chrétien » dit le conte, et j’ajouterai : bien loin du prince charmant.

Mais peu importe, c’est lui le héro de ce conte, et il rencontre une Morwreg, c’est-à-dire, une sirène en breton, et pour le coup, elle, elle a tout de la sirène. (Et d’ailleurs, kassdédi à Morgana, puisque c’est même racine, et que Morgana veut dire « née de la mer », je suis sûre que c’est elle la sirène du film:D). Bref, Potr’ et la Morwreg tombent amoureux, inévitablement, mais ils ont un problème : Potr’ ne peut pas rester longtemps sous l’eau (sinon il meurt … eh oui), et la Morwreg ne peut pas rester longtemps sur terre (sinon elle sèche). L’amour compliqué à la base quoi. Et comme dans La Petite Sirène, peut-être qu’un vœu est possible pour arranger les choses et qu’ils puissent vivre ensemble… Peut-être :p C’est dur de raconter un court-métrage sans spoiler tellement on arrive vite aux premières péripéties :p

Comme tous les films de Laguionie (on vous parlera de certains dans un prochain article), nous avons beaucoup aimé Potr’ et la filles des eaux, doux et un peu cruel. Je trouve qu’on se prend d’empathie pour ce petit couple qui ne peut pas vivre ensemble, et que le côté bourru du pilleur d’épave ne se sent vite plus du tout.

Ce n’est pas forcément dans nos habitudes de vous dire où les films sont visionnables, mais pour ces courts-métrages peu disponibles, on va faire une exception, celui-ci, vous pouvez le voir dans le livre-DVD « Laguionie, la demoiselle, la traversée, et autres courts » *, que j’ai d’ailleurs acheté au festival et qui, entre croquis et nouvelles originales précédant les scénarios est des plus intéressants 😉

 

Citrouille et vieilles dentelles, de Juliette Loubières – 2010, 9min

Dans son esthétique, Citrouille et vieilles dentelles se distingue des deux autres. Potr’ est animé grâce aux papiers découpés, La Belle au bois d’Or aux celluloïd (feuilles transparentes superposées), deux techniques différentes mais dont la base reste le dessin. Citrouille et vieilles dentelles quant à lui, à recours à des marionnettes animées, ce qui donne un résultat plus en volume.

Là je vais être obligée de dévoiler un tout petit peu l’histoire, car au départ on ne sait pas que cela va avoir un lien avec les contes de fée, mais si je ne vous le dis pas, je ne peux même pas parler du film 😀 Ne vous inquiétez pas, le doute n’est pas très longtemps permis.

Nous avons donc un photographe qui arrive dans une maison de retraite pour faire un casting : il cherche un petit vieux pour une publicité pour je ne sais plus trop quoi de super pas sexy (type couches absorbantes). Et il faut bien se l’avouer cette maison de retraite s’avère tout de suite bien chelou et un poil flippante … : il y a un monsieur en fauteuil roulant qui arpente les couloirs à la recherche de chair fraîche et renifle notre bon photographe, une petite vieille qui se terre sous sa couette … un poil flippante donc, mais surtout, sacrément drôle !

On se rend vite conte – « compte » pardon, ce n’est même pas une blague, ce sont mes doigts qui font des lapsus tout seuls en tapant au clavier … – que tous les résidents de cette maison de retraite ne sont autre que les personnages de contes de fées. Et comme on ne nous dit jamais dans les contes ce qu’il se passe après « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », la surprise est bien grande ! Et le Prince sacrément lubrique ^^ On a trouvé que toutes les références étaient très drôles et avons passé un super moment devant ce court-métrage. Il n’y a que le prétexte du personnage-photographe pour entrer dans cet établissement qui me paraît un peu moins bien trouvé, mais why not … il fallait bien un regard extérieur ahuri sur tout ce qu’il se passe là pour en rajouter à l’humour. :p
(Pour voir ce film, si vous êtes au Canada, vous pouvez le visionner ici, par contre, pour ce qui est de la France, il ne semble pas trouvable pour l’instant … *)

Tous ces courts-métrages étaient bien savoureux,

et tous tellement différents les uns des autres que nous ne saurions pas lequel choisir … Cela nous a fait beaucoup de bien de voir les contes de fées adaptés d’une autre façon de ce qu’on a l’habitude de voir, le sujet est tellement vu et revu, qu’en général les adaptations tournent toujours un peu en rond, mais ici nous leur avons trouvé un certaine originalité.

Par contre, pour ce qui est de l’originalité, ils n’arrivent pas à la cheville de l’adaptation très libre de Barbe Bleue que nous avons également vue au festival et dont je vous ai parlé ici. Préparez-vous, c’est un film très particulier :p

* Si vous avez des pistes pour trouver ces courts-métrages (DVD, plateformes internet), vous pouvez nous les partager :)

Des mirages plein les poches – Gilles Marchand

Venez, on va se balader dans une brocante et y retrouver, comme par magie, tous les objets qui ont marqué notre vie. Ou alors, allons au restaurant, et commandons chacun deux demi-truites – parce que deux demi-truites, ça fait presque un quart de plus qu’une portion entière, voyez-vous. Ou alors, on peut partir faire du shopping, à la recherche de chaussures qui courent vite.
Bref, et si on allait faire un petit tour dans l’univers de Gilles Marchand ?

Je vous ai rarement parlé de recueils de nouvelles sur le blog. Quand je dis peu, je veux dire… 1 ou 2, et probablement uniquement de Zweig, car je ne lis pratiquement que des nouvelles de Stefan Zweig. Le format nouvelle et moi, on ne se déteste pas, mais on ne s’aime pas non plus à la folie. Les nouvelles ont tendance à me mettre un peu trop vite à la porte, alors que, moi, j’aime bien pouvoir m’installer dans une histoire – il faut que j’ai le temps d’aller chercher un plaid, me faire un thé, le boire, puis peut-être en refaire un, si le chat veut bien bouger de mes genoux… En fait, j’aime avoir l’impression de faire un bon bout de chemin avec une histoire, et les nouvelles ne satisfont pas ce petit caprice de lectrice.

Alors pourquoi, soudain, je me suis dit que lire Des mirages plein les poches allait être une bonne idée ?

L’année dernière, j’avais lu (et beaucoup aimé) Un funambule sur le sable, du même auteur. Quand j’ai vu débarquer ce recueil de nouvelles au titre si joli, je me suis dit que c’était peut-être bien l’occasion de retourner faire un petit tour dans l’univers si particulier de Gilles Marchand.

Pas de doute, on reconnaît dès les premières lignes le style de l’auteur du Funambule sur le sable. On retrouve immédiatement ce cadre en apparence des plus réalistes dans lequel se glisse soudain l’improbable, l’absurde et le magique. J’ai trouvé que les nouvelles s’articulaient particulièrement bien les unes aux autres et formait un ensemble d’une cohérence très réussie. Résultat, la brièveté des histoires ne m’a pas laissée avec cette sensation de frustration – logique mais assez déplaisante pour moi – qui accompagne souvent ma lecture de nouvelles. Là, je suis ressortie de ma lecture avec l’impression d’être restée dans le même univers durant 130 pages, où histoires et personnages se répondaient.

Tous ces héros ont quelque chose de dramatiques, avec leurs rêves – satisfaits, insatisfaits, ou qu’ils essayent de satisfaire – auxquels ils croient jusqu’au bout. Pour cela, il invite un peu de fantaisie dans leur vie pour pouvoir continuer à y croire et vivre ce que la réalité ne leur donne pas. En commençant ma lecture, j’ai très vite été surprise car je ne m’attendais pas à la puissance de la mélancolie qui domine le recueil.

J’ai d’ailleurs aimé retrouver les mêmes références que dans Un funambule dans le sable, particulièrement les références musicales (résultat, j’écoute Jefferson Airplane en rédigeant l’article :D). Cela m’a donné une sensation de complicité assez curieuse, hé oui, t’inquiète monsieur le narrateur, moi aussi j’ai fréquenté un certain Stradi et son copain Max, je vois de quoi tu parles. 😀

Les nouvelles de ce recueil m’ont souvent agréablement surprise, parfois déçue, glacée ou scandalisée (mais, mais, mais, ça ne va pas se finir comme ça ? :O)(si), touchée – ou pas -, mais jamais laissée totalement indifférente.