Krimo, mon frère – Mabrouck Rachedi

Krimo, mon frère, c’est le livre que j’ai choisi en me disant “s’il est bon, il va te faire chialer” (ces moments de masochismes qu’on vit lorsqu’on est lecteurs, quand même :D).
Est-ce que j’ai pleuré ? Non, mais le livre a si bien su me toucher que c’est tout comme. Bref, on va parler d’une jolie découverte, aujourd’hui !

Lila a 19 ans, et elle vient de perdre son petit frère, Krimo, 16 ans. Alors, même si Krimo les a tous beaucoup déçus, elle et sa famille, Lila ne parvient pas comme ses parents à refuser à Krimo ses dernières volontés. La voilà qui se retrouve à faire le plus grand voyage de sa vie, afin d’aller répandre les cendres de Krimo au Japon.

Ne nous mentons pas : le début du livre m’a pas mal broyé le coeur. On découvre petit à petit la vie de Lila, son contexte familial, mais on fait également la connaissance de Krimo, au travers du journal qu’il tenait avant sa mort. On suit donc Lila dans le présent, qui est ensevelie sous les attentes de sa famille et son chagrin, tandis que le petit frère se révèle terriblement attachant au fur et à mesure que Lila lit les pages de son journal. La découverte de qui était Krimo est d’autant plus percutante que l’alternance avec le point de vue de Lila rappelle sans cesse que le jeune homme est décédé.

Mais ce n’est pas tout. Krimo, mon frère se révèle posséder une intrigue plutôt bien construite : dès le début, un mystère plane sur les dernières volontés du petit frère de Lila. En effet, bien que leur famille soit musulmane, Krimo a demandé à être incinéré, puis à ce qu’on répande ses cendres en haut d’un immeuble particulier de Kyoto, un jour particulier, à une heure particulière. Ce qui est d’autant plus curieux que Krimo… n’a jamais mis les pieds au Japon. On est donc dès le début aussi intrigués que l’héroïne concernant ce qu’elle va trouver en allant les répandre les cendres de son petit frère. Et, ma foi, les révélations m’ont plutôt bien convaincue. Elles réussissent à rendre la fin à la fois terriblement émouvante et positive, ce qui n’était pas évident vu comment l’histoire partait 😀

D’autant plus que j’avais trouvé que le récit avait tendance à légèrement retomber vers le milieu… quoi que “retomber” ne soit pas vraiment le mot. Disons plutôt que le récit se porte sur la découverte du pays par Lila, ainsi que sa relation avec un autre français qu’elle a rencontré dans l’avion. Le dénommé Adel est un personnage que j’ai trouvé fort bienvenu : il amène quelque chose de plus léger au récit, et permet, entre autres, d’approfondir l’aspect “récit de voyage” du roman. Étant donné qu’il est, pour sa part, venu pour découvrir le pays (et dévaliser tous les magasins pour les fans de mangas :D), il s’avère être un parfait guide pour Lila.
En somme, cette légèreté est très sympathique, mais elle donne un récit moins fort que le début… ce qui m’a un peu inquiétée pour le dénouement. Mais heureusement, je m’en étais fait pour rien, puisque le roman nous réserve une jolie fin, comme je vous le disais plus haut.

Krimo, mon frère, est un roman qui réussit à aborder avec sensibilité pas mal de thèmes assez délicats, comme le deuil, la pression familiale, des problématiques liées aux zones sensibles (précisément ici, une banlieue parisienne)… Vous en parler plus en détails reviendrait à vous spoiler ce court roman. D’ailleurs, je crois que cela pourrait être mon seul vrai reproche : j’aurais volontiers lu 100 pages de plus de l’histoire de Lila ! Mais ceux qui passent régulièrement par là le sauront déjà : quand je dis que j’aurais aimé que le livre soit plus long, c’est presque toujours bon signe. 😀

Un récit initiatique qui aura su me toucher !

Pereira prétend – Tabucchi

L’année dernière, j’avais découvert avec enchantement la plume de Tabucchi. Nocturne Indien avait été l’une de mes meilleures lectures de 2018, et lorsque ce mois-ci j’ai découvert Péreira Prétend dans une boite à livres près de chez moi, cela a clairement été l’une de ces petites choses qui illuminent ma journée (dans le même genre, il y a quand mon chat a décidé qu’il ne faisait pas sa diva ce jour-là, et qu’il accepte de faire un câlin à une simple humaine telle que moi :D).

Si Nocturne Indien nous emmenait en Inde, Pereira prétend se déroule pour sa part au Portugal, sous la dictature de Salazar (suis-je la seule qui ne peut s’empêcher de penser à Harry Potter dès que je vois ce nom x) ?). Pereira est un journaliste qui se charge de la page culturelle d’un journal hebdomadaire. Passionné de littérature française, il mène une vie bien rangée, qui a quelque chose d’assez terne, voire un peu mortifère. On entre rapidement dans la vie de ce veuf très solitaire ; si solitaire qu’il parle à un tableau représentant sa femme, placée dans l’entrée de son appartement (ouioui). Pereira gère sa page culturelle, mange ses omelettes, boit ses citronnades (je viens réellement de vous résumer l’intégralité de son régime alimentaire) et… se pose des questions sur la mort.
Jusqu’au jour où il décide de contacter un certain Monteiro Rossi : fraîchement diplômé, le jeune homme a rédigé son mémoire sur la mort, et Pereira espère trouver en lui quelqu’un avec qui discuter de ses préoccupations à ce sujet – doit-il craindre la résurrection de la chair ? Lui qui souffre de son surpoids craint d’avoir à vivre une autre vie dans cette enveloppe qu’il ne supporte plus.
Sauf que Monteira Rossi lui avoue bien vite assez plagié son mémoire sur celui de quelqu’un d’autre, et qu’il n’est de toute façon pas intéressé par la mort. Monteiro Rossi aime la vie, Monteiro Rossi est jeune et il veut vivre, vivre, vivre ! Ce qui n’est pas forcément compatible avec le régime politique en place…

Une nouvelle fois, la magie de Tabucchi a opéré sur moi. Même si je dois avouer une petite préférence pour Nocturne Indien, cette deuxième lecture m’a totalement charmée. L’ouvrage est court, il pourrait se lire d’une traite – ce que j’aurais volontiers fait ! Tabucchi réussit à raconter énormément et à donner cette impression d’avoir parcouru un long chemin avec Pereira, alors que l’ouvrage fait à peine 200 pages.
Ce personnage principal est pour le moins atypique. Il n’a rien d’héroïque, rien n’est fait pour le mettre en valeur. Pourtant, il ne m’a jamais paru antipathique. Dès le début, Pereira est intrigant, voire touchant, avec ses questionnements intérieurs, ses conversations avec le tableau… Très vite, sa rencontre avec Monteiro Rossi commence à le révéler : que ce soit ses envies d’avoir un fils, qu’il n’a jamais pu avoir avec son épouse, ou encore lui faire ouvrir les yeux sur la situation actuelle de son pays
J’ai adoré ce mélange qui se crée : une sorte de nostalgie doublée d’un second souffle dans la vie de Pereira.
Le rythme du récit est assez tranquille, et ce rythme de croisière se poursuit jusqu’au grand final, qui s’avère pour sa part explosif (et émouvant).

Que vous dire de plus ? Le livre est court et je ne voudrais pas trop en révéler. Si je m’écoutais, la suite de l’article consisterait une description de mes moments préférés du livre et de pourquoi Tabucchi est trop fort. Mais je vais m’abstenir de faire ça et simplement vous recommander de découvrir Pereira prétend : c’est un roman qui passe comme un éclair mais qui réussit à dresser en peu de mots le portrait d’un homme et d’une époque, d’une manière que j’ai trouvée forte et émouvante. Pour ma part, je m’en vais consulter la bibliographie de l’auteur afin de voir laquelle de ses oeuvres il me dirait de découvrir prochainement !

La maison de cendres – Hope Cook

La maison de cendres, ça aurait pu être bien, voire très très bien – du moins, si l’on aime comme moi les ambiances de romans victoriens et de voyages dans le temps. Le côté maison hantée était parfait pour cette période halloweenesque, mais, clairement, le roman n’aura malheureusement pas réussi à me convaincre.

D’un côté, nous avons Mila. Jeune fille de 17 ans vivant au XIXème siècle, qui se retrouve à déménager loin de chez elle avec sa soeur et sa mère, afin d’aller vivre chez le nouveau mari de cette dernière. Déjà qu’elle trouvait quelque chose de louche à son tout nouveau beau-père, lorsqu’elle arrive dans la demeure de celui-ci, l’étrangeté des lieux n’a rien pour la rassurer, d’autant plus qu’elle va vite faire d’étranges découvertes. Et à partir de là, tout tourne au cauchemar.
De l’autre côté, Curtis, même âge, mais dont l’histoire se déroule de nos jours. Gérant difficilement (normal, ce n’est pas son rôle me ferez-vous habilement remarquer) son père souffrant de graves maladies mentales, le jeune homme attend avec impatience le jour de ses 18 ans afin de pouvoir obtenir la garde de sa petite soeur et commencer une meilleure vie. Mais un jour, il commence à entendre des voix dans sa tête : serait-il atteint par la même maladie que son père, ou s’agirait-il d’autre chose ?

Dès les premiers chapitres, une chose a été certaine : autant les parties avec Mila fonctionnaient très bien, autant celles avec Curtis ne parvenaient pas du tout à me convaincre.
Pour la partie où l’on suit la jeune fille, j’ai beaucoup aimé l’ambiance instaurée durant la première moitié du livre. L’autrice fait monter la tension durant le trajet jusqu’à Gravenhearst – la fameuse demeure – et la découverte des lieux a réussi à m’intriguer. Je me suis volontiers laissée porter par cette ambiance “maison hantée”, même si l’autrice avait tendance à un peu trop aimer répéter les mots “ténèbres”, “sombre” et tout autre qualificatif destiné à bien nous faire comprendre à quel point l’ambiance est glauque (et sombre)(et ténébreuse)(et enténébrée)(et noire). De manière générale, j’ai trouvé que le texte souffrait de pas mal de tics d’écritures (la lune est toujours une “fente”, même si l’adjectif qui suit varie), ainsi que de tournures de phrases maladroites – mais n’ayant pas lu le texte en vo, je ne peux savoir s’il s’agit du texte original ou de la traduction ?
Pour Mila, mon principal reproche est finalement qu’il n’y avait pas assez de texte qui lui était consacré. Je ne sais pas si les chapitres qui la suivent sont moins nombreux que ceux consacrés à Curtis, mais ils sont en tout cas moins longs. Le résultat est que son histoire semble au final assez “fragmentée”, et le découpage entre XIXème siècle et présent ne m’a pas paru toujours le plus propice à créer du suspense. Je ne sais pas, mais quand on alterne comme ça le point de vue, ce n’est pas l’occasion rêvée pour jouer aux auteurs sadiques et passer d’un personnage à l’autre aux moments les plus tendus ? Bref, la construction de l’intrigue ne m’a pas vraiment convaincue (j’y reviendrai d’ailleurs).

Du côté de Curtis, dès les premières lignes du premier chapitre le concernant, j’ai commencé à faire la grimace. Tout m’a paru tellement forcé le concernant : Curtis est torturé, Curtis souffre, Curtis part faire des trucs dangereux sur sa moto parce qu’il est extrêmement torturé (bis)… Pourtant, le personnage sorti d’un roman victorien est Mila.
Curtis est complétement seul, ou presque, et il veut le rester (parce qu’il est un héros). Alors abandonner son seul ami au beau milieu de nulle part, parce que celui-ci ne croit pas à ses histoires de bosquet qui parle, c’est d’accord. Battre jusqu’au sang ses camarades de lycée, c’est d’accord (parce qu’ils l’ont provoqué, que Curtis est seul au monde et qu’il ne doit faire confiance à personne). Curtis aime plus que tout au monde sa petite soeur, mais il ne l’écoute apparemment pas du tout lorsque celle-ci essaye de faire son coming out auprès de lui.
Bref, ce ne sont que des choses qu’il aurait été possible de faire passer si elles avaient été exprimées autrement : effectivement, Curtis n’est pas fou (même s’il aurait besoin d’aide pour gérer sa colère, probablement… enfin, d’aide et de soutien tout court), les lycéens n’ont pas eu un comportement approprié, et il a beaucoup de chose sur le dos pour un ado de 17 ans, penser à autre chose pendant que sa soeur lui parle, ça peut arriver… Sauf que la manière dont cela est écrit, l’accumulation de beaucoup, beaucoup d’éléments de ce genre font que je n’ai juste pas pu supporter le personnage.

Je vous disais que j’allais revenir sur l’intrigue et sa construction ? Nous y revoilà. Vous l’aurez compris, je n’ai jamais apprécié les parties sur Curtis, mais j’avais dit avoir apprécié la première moitié de celle de Mila. Oui, seulement la première moitié, malheureusement. Arrivé à la seconde, je me suis tout simplement demandée ce que l’autrice allait pouvoir raconter, car tout était allé si vite que j’avais l’impression qu’elle avait déjà exploité tout ce qui pouvait être intéressant. Et, effectivement, à partir de là, ça commencé selon moi à piétiner. Pire, ça a un peu été la dégringolade de Mila dans mon estime (boy, le nombre de fois où elle décide de répéter qu’elle est dorénavant “une diablesse”. D’accord, Mila, s’tu veux, hein, je ne vais pas contrarier une diablesse).
Et, malheureusement, les derniers chapitres virent pour moi au grand n’importe quoi (à partir du moment où la moto de Curtis, a.k.a “La Bête”, entre dans le game de la prise d’otage – ceux qui ont lu verront de quoi je veux parler -, j’ai définitivement lâché tout espoir d’avoir une fin qui me convaincrait). Pour couronner le tout, la toute fin m’a paru laisser énormément de choses irrésolues.

Pour résumer, La maison de cendres, ça aura été pour moi une très bonne lecture de 100 pages. Le seul problème étant que le livre en fait 400. Je ne peux donc pas vous dire que ce livre aura fonctionné sur moi. Dommage, car j’étais très enthousiaste à son sujet !

D’amour et d’ombre – Isabel Allende

Une chose est sûre : je ne suis absolument pas calée en littérature latino-américaine. La première fois que j’ai entendu le nom d’Isabel Allende, c’est grâce à la série Jane the virgin (a.k.a l’une de mes séries préférées de tous les temps). Isabel Allende y est citée comme l’autrice préférée de Jane, mais ce n’est que lorsque l’écrivaine y fait un caméo que j’ai fini par me dire “hé, mais ce ne serait pas une véritable autrice par hasard ?” (que voulez-vous, le temps que ça monte au cerveau n’est pas toujours très glorieux, je dois le reconnaître :D).
Fin août, j’ai dû préparer mon déménagement et essayer de faire le tri dans les livres que j’allais emmener avec moi (réponse : pas beaucoup par rapport à la masse qui allait rester chez ma famille, alors autant vous dire que j’ai retourné toutes mes étagères dans tous les sens pour être certaine de ceux que j’allais sélectionner pour faire partie du voyage). Là, surprise, je m’aperçois que dans la masse de livres récupérée un peu au pif au cours de ces dernières années, se cachait le deuxième roman écrit par Isabel Allende. J’étais en plein visionnage de la dernière saison de Jane the virgin, la tristesse était présente en cette période où j’allais devoir quitter tous les personnages, et je me suis dit que découvrir l’autrice préférée de Jane serait un bon moyen pour me consoler. Et voilà comment D’amour et d’ombre s’est retrouvé sélectionné pour venir avec moi.

On se retrouve plongée en pleine dictature militaire, dans un pays sud-américain qui n’est jamais nommé mais qu’on peut supposer être le Chili, étant donné la nationalité d’Isabel Allende et le fait qu’elle a elle-même vécu les années de répressions sous Pinochet (le fameux général dont l’ombre place sur tout le livre ?).
Irène est une lumineuse jeune femme issue d’une famille bourgeoise, journaliste de son métier, fiancée à militaire (beau)(et fort)(et qui sent bon le sable chaud). Dans ses reportages, elle est accompagnée par Francisco, un docteur en psychologie qui, n’ayant pas trouvé de travail dans sa branche, s’est reconverti en photographe. Fils d’immigrants qui ont échappé à la guerre civile, son milieu et les convictions de sa famille font de lui quelqu’un très éloigné de l’univers dans lequel a grandi Irène. Pourtant, au cours d’un de leurs reportages, Irène et Francisco vont être entraînés dans une affaire qui va obliger la jeune femme à ouvrir les yeux sur la réelle situation de son pays, bien éloignée du confort et de la sécurité auxquels elle a jusqu’ici été habituée…

Je l’avoue, je ressors assez mitigée de cette lecture. Le premier tiers m’a plutôt plu, le deuxième m’a emportée, le dernier m’a laissée plutôt froide, avec l’envie de finir le roman le plus vite possible.

Du côté du style d’Isabel Allende, là aussi, mon appréciation a énormément varié. Tantôt je lui trouvais une beauté indéniable, à laquelle j’étais très sensible, tantôt je trouvais qu’elle devenait étonnamment froide et factuelle, tantôt elle me faisait l’effet d’en faire beaucoup trop. Évidemment, je ne peux que juger partiellement ce point-là : mon niveau en espagnol ne me permettant clairement pas de me plonger dans la vo (passé le “holà que tal ?” je perds étrangement toute éloquence :D), je ne peux que voir la manière dont le traducteur a réussi à retranscrire son récit en français. J’imagine que certains passages sonnent beaucoup mieux en langue espagnol. Je pense notamment aux scènes romantiques entre Irène et Francisco, dont la surabondance d’adjectifs et de métaphores m’ont parfois laissée très sceptique. Le côté “télénovela très premier degré”, avec le destin des héros qui est de s’aimer à jamais et pour toujours, ce n’est décidément pas trop pour moi. 😀 Pourtant, cela ne m’a pas empêchée d’apprécier la beauté de nombre de passages, qui savent être émouvants, particulièrement lorsqu’il s’agit de décrire les liens entre certains personnages, tels que la famille de Francisco, ou Mario, le coiffeur et indéfectible ami des héros.

L’histoire a eu le mérite de me plonger dans une période que je connais très peu et de me sensibiliser à une situation (les dictatures militaires) que je n’ai que brièvement étudiée qu’en terminale pour préparer mon bac d’espagnol (et à l’époque, je savais dire plus que Holà que tal ?, croyez-le ou non :D). Le mauvais côté de ça, c’est que j’ai de fait très peu de recul sur l’objectivité de l’autrice concernant les faits historiques (celle-ci est la nièce du président du Chili, qui a été tué lors du coup d’état de Pinochet, d’après ce que j’ai lu). Cela dit, D’amour et d’ombre reste un roman, et je n’attends pas de lui qu’il fasse le travail d’un manuel d’histoire, mais je reste assez curieuse concernant certains personnages et leur implication possible dans l’Histoire. Je pense notamment au Cardinal, présenté comme le seul qui puisse faire face au Général. Y a-t-il eu un Cardinal qui s’est véritablement opposé à Pinochet ? Quel était la véritable position de l’église ? Aucune idée de mon côté, mais j’avoue que ce fort parti pris m’a laissée assez interrogative durant la dernière partie du roman. Les événements qui s’y déroulent sont beaucoup moins propices aux scènes que j’ai le plus préférées dans le roman – à savoir les scènes plutôt intimes, qui portent sur la vie des gens, la manière dont ils sont les uns avec les autres dans une telle situation politique, plutôt que sur la situation politique en elle-même ou les scènes romantiques. Cela m’a donc laissée pas mal de temps pour me questionner en même temps sur la correspondance entre événements réels et fiction, puisque je ne parvenais plus à être véritablement emportée par ce que je lisais.

Malgré tout ce qui m’a déplu, je ressors de cette lecture en étant contente 1) d’avoir enfin lu du Isabel Allende 2) d’être sortie de ma zone de confort, à savoir la littérature française, anglophone et asiatique. Pour un connaisseur de la littérature latino-américaine, cette chronique pourra paraître assez naïve : je ne doute pas du fait qu’il me manque pas mal d’éléments pour saisir avec un peu plus de pertinence ce qu’Isabel Allende dépeint dans ce roman. Cela dit, avec tout ça, si je tombe sur un autre de ses titres, je le lirais volontiers.