Le Château des Brumes – Kerstin Gier

Un vieil hôtel charmant perdu au beau milieu des montagnes enneigées, une jeune stagiaire qui a tendance à un peu trop facilement se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment… le nouveau roman de l’auteure de Rouge Rubis a de sacrés arguments. Prêts pour un petit séjour au château des brumes ? 😉

Fanny Funke a 17 ans et est en décrochage scolaire. Au grand désarroi de ses parents, elle a décidé de ne pas retourner au lycée cette année et d’aller plutôt travailler dans l’hôtellerie.
On est immédiatement plongés dans le quotidien de la jeune fille, qui se retrouve à occuper divers emplois au cours de ses journées, tels que la garde des turbulents enfants des clients de l’hôtel ou assister l’extravagant M. Heffelfinger à l’espace bien-être.

Dès les premières pages, l’ambiance est là. Le château des brumes s’impose immédiatement comme un personnage à part entière, vieux bâtiment plein de caractère et d’histoire(s). Avec une narratrice telle que Fanny, dont l’affection pour la bâtisse est immédiatement palpable, je suis moi aussi très vite tombée sous le charme de ce bon vieil hôtel plein de recoins secrets et de mystères. D’ailleurs, l’ambiance un poil Downton Abbey est tellement réussie que, arrivée à une quarantaine de pages, j’ai soudain été très choquée de voir Fanny sortir un smartphone de sa poche ! J’aurais limite hurlé à l’anachronisme le plus scandaleux que l’histoire de la littérature ait connu ! 😀 (ma sœur qui faisait la lecture avec moi a d’ailleurs bien ri de ma tête scandalisée… elle avait compris depuis le début, apparemment les neurones n’ont pas été répartis également dans la fratrie :D). Sauf que non, l’histoire se déroule bien à notre époque, le château des brumes est juste resté un peu bloqué à une autre époque et c’est ce qui fait que ses employés l’aiment tant… ou que certains voudraient bien s’en débarrasser.

Le château des brumes est une histoire qui sent bon Noël. D’ailleurs, elle se déroule à cette époque-là, mais en plus de cela, on est vraiment plongés dans une ambiance digne des contes de notre enfance, qui aurait été adaptés à un public plus âgé. C’est sans doute cet aspect-là que j’ai le plus adoré dans l’histoire, avec l’humour omniprésent. Car, oui, j’ai quelques reproches à faire au livre : d’abord, son intrigue aurait tendance à avoir une ligne directrice un peu trop flou durant la majorité du livre. Cela ne m’a pas énormément dérangée durant la plus grande partie du livre, mais arrivée à la moitié, je me suis tout de même demandée où l’auteure voulait en venir et quel type d’intrigue elle souhaitait réellement développer. J’aimais tellement suivre le quotidien de l’hôtel que cela n’était pas une énorme gêne, mais je sentais que le livre pouvait facilement retomber comme un soufflé si l’auteure ne nous réservait pas un final assez surprenant pour donner un peu de panache au livre… vous voyez ce que je veux dire ou je délire toute seule ? 😀
Heureusement, le final plein d’adrénaline a largement rattrapé ce point-là.

Par contre, s’il y a une chose que je n’approuverai jamais, c’est les goûts de Fanny en matière de garçon. Ouais ouais, on est sur de la critique de qualitay, mais il fallait faire éclater la vérité au grand jour : Fanny Funke fait des choix amoureux aussi incompréhensibles que désastreux. Voilà. 😀 Entre Ben et Tristan, il n’y a pas photo pour moi (ni pour ma sœur et ma mère. Ouaip, c’était lecture familiale et on était trois à être absolument scan-da-li-sées :D). Si vous voulez savoir qui, du fils du propriétaire de l’hôtel ou du rat d’hôtel j’ai préféré, il vous suffira donc… de lire le livre, et de pleurer avec moi pour celui qui se fait honteusement jeter par notre héroïne. 0:)

Le château des brumes, c’est toute une galerie de personnages ultra-attachants, (M. Rocher, Pavel, et tant d’autres…), une ambiance extrêmement bien plantée et parfaitement adaptée à la saison, beaucoup d’humour, une intrigue qui commence doucement et finit en apothéose… C’est frais, un poil naïf et plein de bons sentiments par moment, je ne sais pas si c’est la “magie de Noël” qui commence à me tourner la tête, mais en tout cas, c’était une lecture que j’ai beaucoup aimée ! 😉

Dans le même genre, j’avais adoré (à la folie, passionnément) : L’étrange hôtel de Secret’s Hill, de Kate Milford.

Mô et le maître du temps – Catherine Louis & Marie Sellier

Mô est une petite fille curieuse de ce qui l’entoure et qui se pose plein de questions sur le temps qui passe.

Pourquoi est-ce que le temps passe si vite pour les adultes qui sont toujours pressés, et si lentement pour elle qui s’ennuie ?

Et comme personne n’a le temps, personne ne lui répond. Il n’y a que sa Tante Lala, qui lui dit d’aller poser la question à Albert Einstein, qu’il lui explique un peu la relativité, touça touça … Enfin presque … Elle lui dit d’aller poser la question au Maître du temps qui habite à l’autre bout du monde. Tadam !

Morgana parlait dans son dernier article d’une ado de 14 ans qui va des Pays-Bas à New-York, Mô et le Maître du temps fait encore mieux 😀 (ouais, c’est une compèt’).

La petite Mô part donc pour un long périple durant lequel elle rencontre plusieurs personnages qu’elle prend pour le Maître du temps et à qui elle pose sa fameuse question. Ils n’ont pas la réponse, mais ils en ont d’autres : comment la vie est une succession de bons et de mauvais moments, comment les secondes mises bout à bout font des minutes, des heures, … des siècles ! Jusqu’à rencontrer enfin ce Maître du temps.

Le livre aborde vraiment avec simplicité et pourtant de manière plutôt complète toutes ces petites questions sur le temps qui passe qu’on commence à se poser enfant. Il trouve les mots pour expliquer tout ça en sous-texte d’un conte très poétique qui nous emmène tout au bout du monde, au plus profond d’une spirale noire.

Avant de recevoir le livre, je pensais naturellement que ce grand rond noir sur la couverture n’était qu’un rond. Logique la meuf, en même temps elle voulait que ce soit un carré ou quoi ? – -‘

Et en fait … il s’agit de trous de plus en plus petits à chaque page et parfaitement intégrés aux illustrations. Le fait qu’ils ne soient pas concentriques créent vraiment un effet de spirale et de profondeur des plus réussis. J’ai vraiment eu l’impression de m’enfoncer de plus en plus dans le livre, littéralement, à chaque page. Une idée très sympa qui ajoute un côté ludique à ce livre. Les illustrations en elles-mêmes, tout en bleu et noir sont très graphiques et participent à l’ambiance conte, imaginaire, et mécanique des engrenages d’horloges.

Je n’aurai pas grand chose de plus à vous dire, même pas un petit point négatif à relever pour contrebalancer les premiers paragraphes (et rallonger ni vu ni connu ma chronique :D). Quoique, je n’aurais pas dit non à quelques pages de plus, un personnage de plus à rencontrer pour prolonger le plaisir !

J’ai trouvé que c’était un très bel album, plein de belles idées, et dont les différents niveaux de lectures le rendent accessibles à différents âges. Même aux adultes ! Le livre nous rappelle de vivre dans le présent. A force de se dépêcher, de ne pas avoir le temps, on ne vit que dans l’angoisse du futur et la nostalgie du passé. Alors le Maître du Temps gronde un peu aussi l’adulte-lecteur pour lui rappeler de se poser et de vivre dans l’instant présent 😉

Plusieurs niveaux de lectures donc, et un univers graphique prenant et recherché. Franchement, on n’est pas loin du coup de cœur !

“Le temps c’est  un grand sablier, petite Mô. Il ne retient pas les jours. C’est à nous de sauver les bons moments en les vivant de tout notre cœur.”

Dans la nuit de New York – Anna Woltz

Emilia vient de voir sa vie bouleversée. Par quoi ? On ne le sait pas exactement au début du livre. Mais une chose est sûre, c’est assez grave pour que l’adolescente de 14 ans décide de fuir à l’autre bout du monde. La voilà donc qui part des Pays-Bas, direction New York. Seule. Sans avoir averti ses parents.

Le pitch de départ paraît assez fou, et c’est d’ailleurs l’impression qui m’a accompagnée au début de ma lecture, cette sensation de surréalisme le plus total. On est tout de même sur une très jeune adolescente qui pique la carte bleue de son père et qui se retrouve confrontée à des situations extrêmement dures dans un pays où elle ne connaît personne… et s’en sort tout de même quasi-miraculeusement à chaque fois. Sauf que, paradoxalement, dès les premières pages, j’ai été happée par ce livre. Je me disais que beaucoup de choses sonnaient peu réalistes mais, à la fois, on m’aurait demandé ce que je pensais de ma lecture, dès les premières pages, mon avis aurait été quelque chose comme “c’est trop, trop chouette !” (avant de retourner résolument à ma lecture, car ça ne se fait pas de déranger quelqu’un qui est aussi absorbé dans sa lecture, d’abord :D).

Emilia m’a de suite fait l’effet d’une petite sœur attachante. On comprend très vite que ce qu’elle a vécu est un peu plus grave que quelque chose comme “j’ai cassé le vase préféré de maman et elle va me tuer”. Emilia est sens dessus-dessous et on sent qu’elle agit en étant sous le choc. Petit à petit, la vie qui est la sienne aux Pays-Bas va se dessiner. Pas de révélation fracassante, on devine petit à petit son quotidien et ce qui l’a chamboulé, mais ce n’est pas bien grave. Je n’ai pas eu le sensation que l’auteure misait beaucoup sur le suspense et les retournements de situation. On est plus sur une intrigue psychologique et humaine, où l’évolution se fait petit à petit et où l’on suit les héros dans leur cheminement.

Car Emilia ne va pas rester bien longtemps seule : elle sera vite accompagnée de Seth, un adolescent qui sait coder comme personne mais bien moins parler avec un être humain, Abby, sa petite sœur de 9 ans, aussi incontrôlable qu’attachante et Jim, un jeune homme au physique de star hollywoodienne, complétement perdu mais qui maîtrise les discours politiques comme personne. Quelle équipe ! ^^

Je n’ai pas envie de vous spoiler l’intrigue, même des éléments qui arrivent avant la moitié. Sachez seulement que l’auteur choisit de situer son intrigue à un moment historique important pour la ville de New York, qui va obliger les adolescents à s’entraider plus que jamais, les obliger à se confronter à certaines de leurs plus grandes peurs et, aussi, créer une ambiance très particulière que j’ai beaucoup aimée. On va parler de phobie, de deuil, de famille, de harcèlement via les réseaux sociaux et même si certaines résolutions peuvent paraître un peu rapides, j’ai trouvé que tous ces thèmes étaient traités de manière émouvante, parfois très jolie, et surtout sans manichéisme, ce qui n’est pas toujours évident…

J’ai dévoré Dans la nuit de New York. Vraiment, je n’ai pratiquement pas reposé ce livre à partir du moment où je l’ai commencé. Je trouve que c’est un livre qui fait du bien. Il traite de sujets peu évidents mais garde quelque chose de très positif. Peut-être le côté peu réaliste vient-il aussi de là, les héros s’en sortent globalement toujours bien, mais j’ai bien aimé le côté “doudou” que cela donnait au récit. C’était tellement agréable à lire que, finalement, j’aurais bien aimé en avoir plus. Le livre est assez court, et j’aurais volontiers lu une cinquantaine de pages supplémentaires, afin de voir mieux approfondi certaines problématiques des personnages, même si la fin plutôt ouverte me convient très bien.

Dans la nuit de New York réussit à joliment traiter pleins de sujets difficiles. Cela peut sembler parfois un peu surréaliste, mais j’ai aimé l’espoir qui se dégageait du roman. Ça se dévore et ça fait du bien !

Grisha T3 – Leigh Bardugo

Et voilà, Grisha, c’est fini pour moi. Avec L’oiseau de feu, Leigh Bardugo mettait un point final à sa trilogie de fantasy, et vous vous doutez que je me suis empressée de le dévorer (le livre, pas l’oiseau, je suis végétarienne les gars). Pour le petit récap : j’avais adoré le tome 1, un peu plus été mitigée concernant le tome 2, qui souffrait d’une grosse baisse de régime au milieu de son intrigue. J’étais pleine d’espoir pour ce dernier tome, aura-t-il su satisfaire mes attentes ?

Présence de spoilers sur les tomes précédents, mais vous pouvez toujours lire la conclusion ou mes chroniques sur les tomes 1 et 2 ICI et ICI 😉

On retrouve Alina prisonnière de la cathédrale blanche, plus près que jamais de ses amis et pourtant coupée d’eux à cause de l’Apparat qui contrôle chacun de ses gestes et chaque minute de son emploi du temps. Privée de ses pouvoirs, elle sait qu’elle doit rapidement les retrouver, sans quoi rien ni personne ne saura opposer la plus petite résistance aux rêves fous du Darkling.

Au début de ce tome, Alina est plus éloignée que jamais de la jeune fille qu’elle était au début du tome 1. Considérée comme une sainte par la plupart des gens, la jeune fille se questionne sans cesse sur le rôle qu’elle a à jouer, la responsabilité qu’elle a, ce qu’elle peut accepter ou non. Elle qui était si timide, réservée et insignifiante aux yeux des gens, elle est mise à l’épreuve de la tentation de ce pouvoir immense auquel elle pourrait accéder en trouvant le troisième amplificateur. Où est donc passée la Alina qui refusait catégoriquement de tuer le cerf, premier amplificateur ?

Cette hésitation est comme personnifiée par les 3 hommes qui évoluent autour d’elle : le Darkling, qui a perdu son humanité mais dont le pouvoir immense attire irrémédiablement Alina en faisant écho au sien. J’avais trouvé leur relation assez fascinante dans le tome 1 et avais été déçue de la manière dont elle avait été si peu exploitée dans le tome 2. Ici, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans le premier tome. J’ai aimé le traitement de ce personnage, dont on attend aucune rédemption mais qui parvient tout de même à émouvoir grâce à ce qu’il dévoile au travers de sa relation avec Alina. Et oui, je n’ai pas résisté au côté tragique du Darkling, et il restera sans doute comme l’un de mes méchants préférés. 😀

D’un autre côté, il y a Mal, l’ami de toujours, le soldat, bon et droit, que Alina aime depuis l’enfance mais dépourvu de tout statut social et qui convient si bien à la jeune fille qu’elle a été… mais ne peut plus prétendre à celle qu’elle est devenue en découvrant ses pouvoirs. Je sais, en lisant tout ça, que ce soit pour le Darkling ou Mal, vous allez vous dire “bienvenue au festival du cliché !”. Ok, ces personnages et leurs relations ne sont guère originaux, mais comme souvent tout est dans le traitement qu’on en fait et j’ai adoré la manière dont Leigh Bardugo a exploité ces schémas-là. Dans le tome précédent, j’avais trouvé que la relation Alina/Mal avait pris un tour assez agaçant, mais cela a été plutôt bien rattrapé dans ce dernier tome. Même si leur relation a quelque chose de bien moins électrisant que celle entre Alina et le Darkling, on peut apprécier la douceur qui s’en dégage. On est sur du drame qui s’en va du côté Roméo et Juliette de la force. Mal fait écho à ce qu’il y a de bon en Alina, et ils sont les deux amants maudits qui savent qu’ils ne peuvent lutter contre le destin qui veut les séparer… :p

Enfin, Nikolai, le prince aussi rusé que drôle. Nikolai, je l’adore. Depuis sa première apparition dans le tome précédent, j’ai béni Leigh Bardugo pour avoir pensé introduire un personnage qui mettait autant d’humour et de folie dans cette série. Ses dialogues me font toujours autant rire, même si le personnage bénéficie aussi de quelques retournements dramatiques très bien dosés. Nikolai, c’est l’homme de pouvoir, mais dans un registre très différent du Darkling. C’est celui qui est le plus proche de la vision du pouvoir pour laquelle Alina tente de lutter. Nikolai, c’est un peu le pont entre la Alina d’avant et la Alina de maintenant, aux prises avec des responsabilités et un statut auquel elle n’aurait jamais pensé accédé.

Pour en finir avec les personnages, j’ai beaucoup aimé le groupe qui suit Alina durant ce tome-là. Un peu de solidarité et des moments plus chaleureux ne sont pas de trop vu l’ambiance générale de ce tome, et on découvre sous un autre jour des personnages comme Zoya, qu’on aimait détester depuis le tome 1. Pas de panique, elle ne devient pas soudainement la meilleure amie d’Alina, mais disons que c’est l’occasion de la voir différemment. 😉

Côté rythme, j’ai trouvé que le tome se lançait plutôt bien dès le début. S’il était resté comme ça tout du long, j’aurais déjà été contente, mais tout s’emballe environ vers la moitié et j’ai complétement retrouvé le rythme haletant et cette difficulté extrême à lâcher le livre que j’avais connue avec le tome 1.
J’ai beaucoup aimé la fin que Leigh Bardugo offre aux personnages. Plus douce dans le faits que ce que j’aurais cru, la mélancolie qui s’en dégage en fond n’en est que plus réussie. Les fins douces-amères comme celle-ci sont sans doute mes préférées. Les personnages survivants devront apprendre à vivre avec tout ce qu’ils ont traversé et perdu, et pour une fois dans un livre, j’ai apprécié l’épilogue, que j’ai trouvé très joliment écrit.

Pari réussi avec ce dernier tome, qui clôture très bien cette trilogie de fantasy jeune adulte qui restera sans doute comme l’une de mes favorites !