Pardon, S’il te plaît, Merci – Charles Yu

Il y a peu de temps, j’ai découvert Charles Yu avec son Guide de survie pour le voyageur du temps amateur . Cela avait été une heureuse découverte : le roman avait su me faire rire et m’émouvoir, et le style très personnel de Charles Yu avait très bien fonctionné sur moi.
Bon. Le roman, c’était bon. Mais les nouvelles ? Vous le savez peut-être, mais je suis beaucoup moins sensible au format nouvelle. Lire Pardon, s’il te plaît, merci, c’était un peu le crash test ultime pour savoir si Charles Yu est un auteur qui sait m’embarquer dans ses son univers.

Et là encore, je dois dire que ça a bien fonctionné, entre ce livre et moi. Recueil de nouvelles oblige, je n’ai pas été autant sensible à toutes les histoires. Il y en a même certaines qui m’ont laissée totalement froide, tandis que d’autre m’ont enchantée. Certaines ont même eu quelque chose d’assez jubilatoire !

Comme dans le Guide de survie, on retrouve ce mélange d’émotions permanent, toujours entre rire et larmes, avec une bonne dose de nostalgie, contrebalancé par une très forte injonction à profiter pleinement de la vie, là, maintenant. J’ai rarement croisé une telle association dans mes lectures, et surtout d’une manière que je trouve aussi réussie au niveau des sentiments que les récits font naître chez moi. Charles Yu parvient à écrire des histoires qui ont tout pour être parfaitement déprimantes, mais dont le message de fond m’a en réalité semblé très positif et motivant !

J’ai aimé la variété des nouvelles, que ce soit au niveau de la forme ou du fond. Charles Yu joue beaucoup sur les formats : d’une histoire à l’autre, on passe du journal de bord à l’échange de messages, en passant par le monologue…
Moi qui m’attendais à trouver uniquement des univers SF, j’ai été surprise de trouver une nouvelle qui criait très fort que Charles Yu n’est probablement pas sans connaître les jeux de rôle type Donjons et Dragons. Et l’amatrice de fantasy en moi a énormément aimé, cette nouvelle fait d’ailleurs partie de celles que j’ai préférées, sans aucun doute.

En bref, Pardon, s’il te plaît, merci aura su me parler. Plusieurs fois, je me suis retrouvée à repousser le début de ma journée car je voulais connaître la fin de la nouvelle que j’étais en train de lire (juste 5 minutes… bon, 5 minutes de plus, mais là c’est vraiment fini après… rhôô, allez, il me reste juste 3 pages, je peux bien les lire avant de me lever)(ne faites pas comme si vous ne voyez pas de quel genre de situation je veux parler :p).

Ma petite lumière – Aaron Becker

Je ne sais pas si je vous ai déjà parlé de ma passion des lumières 😀 Les jolies p’tites lumières qui créent une ambiance, mais aussi celle construite et réfléchie dans les films. Au tout début où on était ensemble mon copain m’a d’ailleurs offert un livre qui s’appelle tout sobrement « Lumières » et qui présente des photos de paysages au fil de la journée, de l’aube au crépuscule. Et je kiffe 😀

Alors forcément, ce livre me faisait de l’œil, tout en transparence, c’était prometteur … et puis …

Je n’aime pas trop écrire ce genre d’article mais je dois avouer que je n’ai pas été emballée par ce livre. L’idée de base avait tout pour me séduire : le livre est présenté comme succession de vitraux avec des jeux de lumière et de couleur, j’étais très curieuse de voir le résultat. Pourtant j’ai été un peu déçue : je m’attendais à quelque chose de plus, à plus de recherche au niveau des jeux de transparence mais ce sont en fait des ronds superposés qui entourent un dessin.

J’étais par ailleurs un peu déçue du fait que les pastilles transparentes soit mates et non pas brillantes. J’imagine qu’il y a une raison pratique à cela, les traces de doigts doivent moins marquer sur ce plastique mat, et à force d’être manipulé par des petites mains à l’heure du goûter-chocolat , elles risqueraient d’être moins transparentes ? C’est l’explication que je me suis donnée pour passer au-delà de ma frustration de ne pas avoir de belles pastilles brillantes, ce qui donnerai je trouve, un côté un peu plus magique au livre. :p

Pour les plus jeunes ça reste intéressant pour se rendre compte par soi-même du mélange des couleurs avec ces différentes pastilles qui se superposent : on voit que c’est la pastille jaune qu’on retire, et le orange devient rouge.
Mais si je lui ai trouvé un côté pédagogique, une manière ludique d’appréhender le mélange des couleur, j’espérais quelque chose de plus féerique, qu’il se passe vraiment quelque chose à la lecture de l’ouvrage et notamment quand on le met devant une source de lumière, ce qui est pourtant bien précisé sur la couverture. Je regrette donc qu’il n’y ait pas un jeu de couleurs et de lumière plus poussé pour accompagner le texte qui ne m’a pas non plus beaucoup enchantée

On a un texte poétique sur la lumière à l’origine de la végétation qui pousse, sur la lumière de la lune, le petit livre montre que même dans l’obscurité il y a des traces de lumière, mais il se termine d’une manière que j’ai trouvé un peu trop spirituelle à mon goût, en disant « cette lumière et aussi en toi ». ^^ En soi, pourquoi pas, mais la manière dont c’était fait m’a surprise, et même un peu gênée. Le ton du reste du livre ne m’avait pas tellement préparée à cette fin ^^

Malgré tout je trouve que c’est un album qui n’est pas dénué de qualités, comme je le disais précédemment, parce que il est quand même assez ludique sur l’apprentissage des couleurs et il reste agréable à feuilleter : je pense que les plus petits apprécieront de découvrir un livre de cette manière un peu originale en laissant passer la lumière à travers les pages.

J’avais hâte de le recevoir, malheureusement, il me manquait un peu de magie. Pour moi, c’est un peu une lecture flop, je précise vraiment « lecture », car je ne dirai pas non plus que le livre en lui-même est un flop il a quand même ses qualités et est bien réalisé mais ce n’est pas ce que moi j’attendais de cette lecture.
Je n’ai pas eu l’effet « waouh » espéré, même si je reste sur mon appréciation de base pour dire que c’est une idée originale et vraiment sympa.

Il doit sans doute exister d’autres livres sur ce principe-là, Ma Petite Lumière aura eu au moins le mérite de pousser ma curiosité et de me donner envie de voir un peu plus ce qu’on peut faire sur le sujet. ^^
Mais en attendant, dans la catégorie « livres avec mises en scène un peu différentes », je vous ai parlé récemment de Au cœur de nos forêts, un livre avec des découpes qui créent la profondeur d’un sentir forestier, et je suis pour l’instant plus convaincue par ce format-là !;)

Et Ma petite lumière sera, lui, sans doute plus apprécié en le mettant entre de petites mains qu’entre mes grandes pattounes à moi 😀

Krimo, mon frère – Mabrouck Rachedi

Krimo, mon frère, c’est le livre que j’ai choisi en me disant “s’il est bon, il va te faire chialer” (ces moments de masochismes qu’on vit lorsqu’on est lecteurs, quand même :D).
Est-ce que j’ai pleuré ? Non, mais le livre a si bien su me toucher que c’est tout comme. Bref, on va parler d’une jolie découverte, aujourd’hui !

Lila a 19 ans, et elle vient de perdre son petit frère, Krimo, 16 ans. Alors, même si Krimo les a tous beaucoup déçus, elle et sa famille, Lila ne parvient pas comme ses parents à refuser à Krimo ses dernières volontés. La voilà qui se retrouve à faire le plus grand voyage de sa vie, afin d’aller répandre les cendres de Krimo au Japon.

Ne nous mentons pas : le début du livre m’a pas mal broyé le coeur. On découvre petit à petit la vie de Lila, son contexte familial, mais on fait également la connaissance de Krimo, au travers du journal qu’il tenait avant sa mort. On suit donc Lila dans le présent, qui est ensevelie sous les attentes de sa famille et son chagrin, tandis que le petit frère se révèle terriblement attachant au fur et à mesure que Lila lit les pages de son journal. La découverte de qui était Krimo est d’autant plus percutante que l’alternance avec le point de vue de Lila rappelle sans cesse que le jeune homme est décédé.

Mais ce n’est pas tout. Krimo, mon frère se révèle posséder une intrigue plutôt bien construite : dès le début, un mystère plane sur les dernières volontés du petit frère de Lila. En effet, bien que leur famille soit musulmane, Krimo a demandé à être incinéré, puis à ce qu’on répande ses cendres en haut d’un immeuble particulier de Kyoto, un jour particulier, à une heure particulière. Ce qui est d’autant plus curieux que Krimo… n’a jamais mis les pieds au Japon. On est donc dès le début aussi intrigués que l’héroïne concernant ce qu’elle va trouver en allant les répandre les cendres de son petit frère. Et, ma foi, les révélations m’ont plutôt bien convaincue. Elles réussissent à rendre la fin à la fois terriblement émouvante et positive, ce qui n’était pas évident vu comment l’histoire partait 😀

D’autant plus que j’avais trouvé que le récit avait tendance à légèrement retomber vers le milieu… quoi que “retomber” ne soit pas vraiment le mot. Disons plutôt que le récit se porte sur la découverte du pays par Lila, ainsi que sa relation avec un autre français qu’elle a rencontré dans l’avion. Le dénommé Adel est un personnage que j’ai trouvé fort bienvenu : il amène quelque chose de plus léger au récit, et permet, entre autres, d’approfondir l’aspect “récit de voyage” du roman. Étant donné qu’il est, pour sa part, venu pour découvrir le pays (et dévaliser tous les magasins pour les fans de mangas :D), il s’avère être un parfait guide pour Lila.
En somme, cette légèreté est très sympathique, mais elle donne un récit moins fort que le début… ce qui m’a un peu inquiétée pour le dénouement. Mais heureusement, je m’en étais fait pour rien, puisque le roman nous réserve une jolie fin, comme je vous le disais plus haut.

Krimo, mon frère, est un roman qui réussit à aborder avec sensibilité pas mal de thèmes assez délicats, comme le deuil, la pression familiale, des problématiques liées aux zones sensibles (précisément ici, une banlieue parisienne)… Vous en parler plus en détails reviendrait à vous spoiler ce court roman. D’ailleurs, je crois que cela pourrait être mon seul vrai reproche : j’aurais volontiers lu 100 pages de plus de l’histoire de Lila ! Mais ceux qui passent régulièrement par là le sauront déjà : quand je dis que j’aurais aimé que le livre soit plus long, c’est presque toujours bon signe. 😀

Un récit initiatique qui aura su me toucher !

Pereira prétend – Tabucchi

L’année dernière, j’avais découvert avec enchantement la plume de Tabucchi. Nocturne Indien avait été l’une de mes meilleures lectures de 2018, et lorsque ce mois-ci j’ai découvert Péreira Prétend dans une boite à livres près de chez moi, cela a clairement été l’une de ces petites choses qui illuminent ma journée (dans le même genre, il y a quand mon chat a décidé qu’il ne faisait pas sa diva ce jour-là, et qu’il accepte de faire un câlin à une simple humaine telle que moi :D).

Si Nocturne Indien nous emmenait en Inde, Pereira prétend se déroule pour sa part au Portugal, sous la dictature de Salazar (suis-je la seule qui ne peut s’empêcher de penser à Harry Potter dès que je vois ce nom x) ?). Pereira est un journaliste qui se charge de la page culturelle d’un journal hebdomadaire. Passionné de littérature française, il mène une vie bien rangée, qui a quelque chose d’assez terne, voire un peu mortifère. On entre rapidement dans la vie de ce veuf très solitaire ; si solitaire qu’il parle à un tableau représentant sa femme, placée dans l’entrée de son appartement (ouioui). Pereira gère sa page culturelle, mange ses omelettes, boit ses citronnades (je viens réellement de vous résumer l’intégralité de son régime alimentaire) et… se pose des questions sur la mort.
Jusqu’au jour où il décide de contacter un certain Monteiro Rossi : fraîchement diplômé, le jeune homme a rédigé son mémoire sur la mort, et Pereira espère trouver en lui quelqu’un avec qui discuter de ses préoccupations à ce sujet – doit-il craindre la résurrection de la chair ? Lui qui souffre de son surpoids craint d’avoir à vivre une autre vie dans cette enveloppe qu’il ne supporte plus.
Sauf que Monteira Rossi lui avoue bien vite assez plagié son mémoire sur celui de quelqu’un d’autre, et qu’il n’est de toute façon pas intéressé par la mort. Monteiro Rossi aime la vie, Monteiro Rossi est jeune et il veut vivre, vivre, vivre ! Ce qui n’est pas forcément compatible avec le régime politique en place…

Une nouvelle fois, la magie de Tabucchi a opéré sur moi. Même si je dois avouer une petite préférence pour Nocturne Indien, cette deuxième lecture m’a totalement charmée. L’ouvrage est court, il pourrait se lire d’une traite – ce que j’aurais volontiers fait ! Tabucchi réussit à raconter énormément et à donner cette impression d’avoir parcouru un long chemin avec Pereira, alors que l’ouvrage fait à peine 200 pages.
Ce personnage principal est pour le moins atypique. Il n’a rien d’héroïque, rien n’est fait pour le mettre en valeur. Pourtant, il ne m’a jamais paru antipathique. Dès le début, Pereira est intrigant, voire touchant, avec ses questionnements intérieurs, ses conversations avec le tableau… Très vite, sa rencontre avec Monteiro Rossi commence à le révéler : que ce soit ses envies d’avoir un fils, qu’il n’a jamais pu avoir avec son épouse, ou encore lui faire ouvrir les yeux sur la situation actuelle de son pays
J’ai adoré ce mélange qui se crée : une sorte de nostalgie doublée d’un second souffle dans la vie de Pereira.
Le rythme du récit est assez tranquille, et ce rythme de croisière se poursuit jusqu’au grand final, qui s’avère pour sa part explosif (et émouvant).

Que vous dire de plus ? Le livre est court et je ne voudrais pas trop en révéler. Si je m’écoutais, la suite de l’article consisterait une description de mes moments préférés du livre et de pourquoi Tabucchi est trop fort. Mais je vais m’abstenir de faire ça et simplement vous recommander de découvrir Pereira prétend : c’est un roman qui passe comme un éclair mais qui réussit à dresser en peu de mots le portrait d’un homme et d’une époque, d’une manière que j’ai trouvée forte et émouvante. Pour ma part, je m’en vais consulter la bibliographie de l’auteur afin de voir laquelle de ses oeuvres il me dirait de découvrir prochainement !