La Ferme des Animaux – 2 adaptations cinématographiques

Hier c’était le Nouvel An Chinois, et cette année 2019 est l’année du cochon. Alors pour célébrer ça, je souhaitais parler d’une œuvre qui parle … de cochon ! J’aurai pu faire Porcorosso ou Les Trois Petits Cochons, mais je suis tombée sur cette adaptation de La Ferme des Animaux d’Orwell… Et j’étais obligée de vous en parler 😀


Y-a-t-il des livres que vous ne verriez pas du tout être adapté au cinéma ?

J’ai beau aimer le cinéma, il y a certains titres, j’ai envie de dire « pas touche ! ».
Le Meilleur des mondes par exemple (ça fait deux fois de suite que j’en parle, depuis Presque Maintenant, je crois qu’il va falloir que je le relise :D), j’adore le livre, j’adore ce genre de film en général, mais là, no way.
C’est le cas pour Incendies de Wajdi Mouawad aussi, qui m’a énormément bouleversée. Je sais qu’il existe un film, mais je n’ai même pas envie de savoir si il est bien ou pas. Si il l’est je vais être anéantie de voir tout ça en images, si il ne l’est pas je serai trop déçue 😀

Et La Ferme des animaux d’Orwell fait partie de cette liste … Pour le coup ce n’est pas tellement que je le trouve « trop bon » pour être adapté (même si il l’est :D), mais … je sais pas, ce côté fable animalière associée à une critique des régimes totalitaires communistes, ben … ça fonctionne très bien en roman mais j’avais pas forcément envie d’en voir une adaptation.

En fait, je ne m’étais même pas posé la question. Ça ne m’a même pas effleuré l’esprit qu’un jour un type un peu accro à sa caméra puisse se dire « Whaaaou ! Je vais aller dans la ferme de Tonton Gégé, et j’vais filmer ses brebis ça va faire un super film façon Orwell ! ». Nan franchement ça m’a semblé un peu casse-gueule. Et pourtant … certains l’ont tenté, j’en parle en deuxième partie d’article.

La Ferme des Animaux, de John Halas et Joy Batchelor, 1954

En attendant … Je suis tombée sur une adaptation en dessin animé du fameux roman … et la curiosité l’a emporté !

Surtout quand j’ai vu que c’était des dessins façon Disney. Quand je l’ai vu, ça passait sur Arte à 1h du matin (oui j’ai des soirées de fifou :D), du coup ça mettait la puce à l’oreille sur le fait que ce n’est paaas tellement pour les enfants. (même si c’est écrit “dès 8 ans “sur l’affiche …) Mais quand même entre ça et Rox et Rouky, niveau dessins c’est quasi la même chose.

Malgré les dessins mignons, même si on passe à côté du message, ya de quoi traumatiser un gamin … Ya de quoi traumatiser une Luciole même ! La scène où les animaux n’ont plus que la peau sur les os et que le cheval Malabar est à bout de force et que l’âne hurle à la mort… Je ne m’en remets pas :'( et pourtant, ayant lu le livre et en gardant un souvenir plutôt frais, je savais à quoi m’attendre ! Je voulais justement voir comment cette scène avait été gérée. Ah bah j’ai été servie ! Pas de soucis, le dessin animé appuie bien là où il faut pour faire passer le message 😀 Mais ça crée un vrai paradoxe avec les dessins si naïfs et enfantins, un peu comme si on voyait un dessin animé avec des animaux Disney anorexiques. C’est pas inintéressant, mais c’est déstabilisant.

Ce que je peux reprocher au film, c’est son côté caricatural et manichéen. Logique dans l’esthétique choisi, mais je trouve que tout l’intérêt du roman d’Orwell c’est que les personnages, surtout les cochons, sont ambigus. A l’image des régimes totalitaires qu’il critique, les personnages présentent leurs prises de pouvoir arbitraires comme étant dans l’intérêt de tous. Le pensent-ils ou non ? L’appliqueront-ils ou non? Rendront-ils la vie de tous meilleure ou non ? Le temps le dira, mais au départ on peut éventuellement se poser la question (même si il y a peu de place au doute au final dans le roman). Dans le dessin animé, pas de surprise, les gentils ont des têtes de gentils, les méchants chiens et le cochon-dictateur Napoléon ont des têtes de méchants. Même les fermiers ont le teint verdâtre et des cernes, impossible d’entrer en empathie avec eux …

Pas étonnant en même temps quand on connait son contexte de production. Réalisé en pleine Guerre Froide, le film est ouvertement anticommuniste et aurait été produit grâce à un agent de la CIA qui a obtenu les droits. (cf. Le Cinéma d’Animation, Sebastien Denis) Rien que ça 😀 Vallait mieux jouer à fond le jeu :p Alors entre CIA, maccarthysme, chevaux envoyés à l’usine de colle … son esthétique avait beau réussir à me faire douter, cette adaptation n’est clairement pas pour les enfants, et c’est d’ailleurs un des premiers dessins animés à se présenter ouvertement comme destiné à un public adulte (en 1954). Wouhou ! C’est donc un peu grâce à lui qu’on a des super films d’animation pour tous les âges 😀

Bon, malgré ces qualités, les films avec des animaux, c’est pas tellement ma came. Ouais, je suis une des rares personnes à ne pas être fan du Roi Lion, juste parce que je déteste qu’on essaye de me faire pleurer avec des mignons animaux humanisés qui sont trop tristes et font des yeux de chat potté. Je trouve que c’est une prise d’otage émotionnelle 😀 En tout cas ça m’a toujours mise mal à l’aise. (Et l’âne qui hurle à la mort dans La Ferme des Animaux, n’en reparlons pas :'( ).

Mais je me consolais en me disant qu’AU MOINS ce n’était pas un film live, avec des vrais animaux. J’ai dit ça à mon frère qui m’a demandé si au moins j’étais certaine qu’il n’en existait pas. Zut. En fait si, et on l’a regardé en entier !

La Ferme des Animaux, de John Stephenson, 1999

 

Alors autant, le premier était prenant et adaptait quand même assez fidèlement le roman d’Orwell, autant le film live est juste traumatisant. Mais pas pour les mêmes raisons… Sérieux, vous avez envie de voir des discours de faux cochons qui bavent et des chorales d’oies et de moutons ? 😮 (bon au moins la musique était chouette :D). On a trouvé ça terrifiant.

Les animaux n’étaient même pas toujours mal faits, c’est ça le pire : quand vous ne savez pas si c’est un vrai animal ou pas qui est filmé et si du coup c’est normal que le cochon ait un menton, que les chevaux articulent avec leurs lèvres et que les chèvres fixent la caméra comme ça … c’est le moment où l’humanisation des animaux a ses limites 😀

Le film est beaucoup moins dur que le livre et l’adaptation (à part les premières scènes façon boucherie … ^^)  : il y a une happy end, et aucun animal ne maigrit comme l’a décrit Orwell. Ce qui a eu un effet rassurant, je ne tenais pas à voir de vrais animaux affamés … Bref ^^ C’est franchement pas la meilleure adaptation des deux et c’est vraiment long, mais elle nous a beaucoup fait rire (au second degré) ET nous a permis, avec mon frère, de découvrir plein de races de cochons !

 

« Sérieux … Tu crois que ça existe les cochons roux ?  Attends je cherche ‘cochon roux’ sur google
– fait gaffe tu risques de tomber sur des trucs chelous
– Tu crois ? Ah non c’est bon ! »

Ouais, donc en terme de cochon roux nous avons découvert le cochon irlandais, on pense que c’est le cas de Brise-Babille dans le film 😀 Nous avons aussi appris l’existence du potamochère, cochon roux, très poilu, avec des peintures de guerre blanches autour des yeux et des oreilles de Dobby. Ainsi que du babiroussa, sorte de cochon-éléphant, sauf que ce ne sont pas des défenses qui lui poussent devant le museau, mais ses dents, qui peuvent grandir au point de lui transpercer la peau et créer des infections (l’animal pas bien fichu quoi…). Sinon on peut aussi parler du cochon frisé qui ressemble à un mouton, mais on va s’arrêter là.

En tout cas, faute d’être un bon film, le second aura fait de nous des experts en races de cochons 😀 Mais si vous préférez voir une adaptation de La Ferme des animaux, la version de Batchelor et Halas est un peu plus une référence du genre 😀

Allez, un peu de musique pour terminer en beauté :p

Beethoven et la fille aux cheveux bleus – Matthieu Mantanus

Beethoven et la fille aux cheveux part d’une idée assez originale : un groupe de rock en vogue doit remplacer sa bassiste, et c’est Anna, une jeune femme au look plutôt punk qui est choisie. Quelle n’est pas la surprise du leader du groupe lorsqu’il découvre qu’Anna est également contrebassiste et qu’elle mène en parallèle une carrière beaucoup plus… “classique”. C’est alors le début d’une série de conversations où Anna va lui faire découvrir l’univers de la musique classique.

Quand j’étais enfant, ma famille m’a beaucoup fait écouter de classique (l’un de mes gros tubes était La danse des sabres de Khatchatourian… C’était le gros délire chez moi quand on le passait. La boite de nuit un peu conceptuelle quoi :D).

Je dois avouer par contre avoir une culture assez limitée en la matière. “Beethoven ? Il était sourd, non ? Trop fou qu’il ait réussi à continuer la musique comme ça !” Merci pour ta participation Morgana… Bref, on ne m’engagerait même pas pour un mini-cours d’initiation à l’histoire de la musique. (par contre je peux faire une chorégraphie de haut niveau sur La danse des sabres si vous voulez :D)
Du coup, un roman qui se proposait de m’informer un peu plus sur ça au travers d’un ouvrage de fiction ? Voilà qui m’intriguait !

J’ai très vite été surprise par le côté très, très ouvertement didactique du livre. Je l’avoue, je m’attendais à ce que les relations entre les personnages soient plus développées. Tout dans l’intrigue est prétexte à une nouvelle leçon donnée à Mark. Le décor, une réflexion d’un personnage… et hop ! Anna le dictionnaire de l’histoire de la musique est lancé ! On est typiquement sur un ouvrage du type Le monde de Sophie (oui, je sais, j’en parle tout le temps de ce bouquin :D) : au lieu d’une introduction à la philosophie, on a ici une véritable introduction à la musique classique, mais le schéma est le même.

Si ce qui vous intéresse est plutôt au niveau de la relation Mark/Anna, j’ai trouvée celle-ci très légèrement développée, voire développée d’une manière un peu artificielle. J’ai très peu senti la “connexion indéniable” que Mark dit sentir avec la jeune femme. Cette dernière peut même avoir un côté assez agaçant avec son côté maîtresse d’école qui réprimande son élève dès qu’elle a l’impression qu’il ne l’écoute plus. Quant à Mark qui est systématiquement impressionné par tous les morceaux qu’elle lui fait écouter, cela peut aussi appuyer ce côté “peu naturel” : il vit une révélation un peu absolue, ce qui m’a paru parfois un peu trop excessif. De manière plus générale, j’ai été très peu sensible au style de l’auteur, qui pouvait assez facilement tomber dans des formulations un peu clichées.

Pourtant (attention, surprise)… j’ai beaucoup apprécié ma lecture. Même que si le sujet vous intéresse, je vous recommande grandement le livre, à vous et/ou à vos jeunes ados.

Parce que même si les aspects évoqués plus haut m’ont franchement déplus, je n’étais pas vraiment là pour ça. Je voulais en apprendre plus sur la musique classique ? J’en ai appris, beaucoup, et bien. Attention, à un niveau très amateur, on reste sur de la vulgarisation, mais le livre a su me donner une idée du monde de la musique classique, de l’évolution de son fonctionnement et me faire réfléchir à son rapport aux autres styles de musique. Car tout l’intérêt de prendre des héros qui évoluent dans un autre style que le classique, c’est également de pouvoir parler de la musique dans son ensemble. Quel rapport entre le classique et le rock, la pop, les musiques traditionnelles ? Qu’est-ce qui fait qu’on considère un style plus noble qu’un autre ? Y en a -t-il certains qui le sont vraiment ? Autant de questions assez basiques finalement, mais sur lesquelles le livre apporte des éclairages que j’ai trouvés intéressants. Le livre informe mais sait aussi faire réfléchir, pour un résultat réussi selon moi. Il m’a poussée à aller écouter des morceaux que je ne connaissais pas (et qui ne m’ont pas toujours autant impressionnée que les héros) et à m’informer sur des personnes dont je n’avais pour certaines que vaguement entendu le nom.

Beethoven et la fille aux cheveux bleus est roman que j’ai très peu apprécié pour son côté fiction et sa “mise en scène”, mais énormément aimé pour son aspect introduction à la musique classique. J’ai trouvé nombre de passages assez passionnants et je pense qu’il est susceptible d’intéresser tout autant beaucoup de personnes peu connaisseuses du sujet mais curieuses d’en savoir plus.

Balade Littéraire #45 : Musée de la BD – Bruxelles

Bruxelles est une ville que j’adore, dans mon top de mes villes préférées même, c’est dire. Non seulement la ville est magnifique, il y a une super ambiance, mais en plus c’est la ville des gaufres, des frites, de la bière, du chocolat, (non les clichés ne me font pas peur), et de la bande-dessinée. (vous ajoutez des chatons, du thé et c’est mon paradis officiel)

Alors quand on va à Bruxelles et qu’on aime le chocolat, il faut s’empiffrer et qu’on aime la bande-dessinée, impossible de louper le Centre belge de la bande-dessinée (plus communément appelé Musée de la BD …).
Une fois que j’ai dit ça, sachez je suis allée un bon nombre de fois à Bruxelles avant de visiter ce musée. Je devais être trop occupée à goûter toutes les bières. Mais c’est désormais chose faite, et je confirme que cela vaut le coup ! (le musée, pas les bières. Enfin, si, mais dans ma phrase je parlais du musée o:) )

Le hall nous plonge immédiatement dans l’ambiance avec ses immenses figurines de Lucky Luke, ou de la voiture de Gaston, et surtout, la reconstitution de l’escalier du Château de Moulinsart (Tintin) que l’on emprunte pour accéder à la billetterie et aux expositions. Ajoutez à cela l’architecture Art Nouveau du lieu en lui-même, c’est grandiose !

L’exposition permanente retrace l’histoire de la bande-dessinée de façon extrêmement ludique : ce qu’on peut considérer comme ancêtre de la BD, les premières planches, les premiers auteurs, le contexte, et toujours ces figurines pour illustrer le tout. J’admets que ce n’est pas la partie qui m’a le plus intéressée car j’avais déjà pas mal étudié ces débuts en cours de cinéma d’animation puis par moi-même, m’intéressant à la bande-dessinée depuis longtemps, mais cela reste très bien fait, très pédagogique et vraiment attractif.

De grands espaces sont accordés entièrement à Peyo – on peut même entrer dans une maison de Schtroumph (Luciole contente :D) – et à Hergé, les héros de la bande-dessinée belge. Derrière une immense façade du Château de Moulinsart, une chronologie retrace les origines de Tintin. (Chronologie que, fidèle à moi même j’ai lu à l’envers). Et bien que ce ne soit pas mon genre de bande-dessinée préférée, ce fut là aussi très instructif. Tout est bien fait pour nous plonger dans les différents univers de BD, et l’enfant qui est en moi a kiffé :p

A l’étage, on découvre tout le processus de création d’une bande-dessinée, du croquis, à la mise en couleur et au retravail aujourd’hui en numérique. Des témoignages d’auteurs nous montrent leur façon particulière de travailler, leurs spécificités : on voit bien que si il y a un socle commun à la majorité des auteurs et dessinateurs, ils s’en affranchissent souvent pour trouver leur propre organisation. Au-delà des explications écrites, des vitrines présentent des planches originales, à différentes étapes du processus, et j’ai été très contente de découvrir celles d’Un million d’éléphants que j’avais beaucoup aimé et dont j’avais parlé ici.

Je dois bien l’avouer, j’ai un peu regretté que soient si peu évoqués le roman graphique et la bande dessinée indépendante, les nouvelles formes et les expérimentations graphiques … Je m’y attendais évidemment avant d’entrer dans le musée, celui-ci s’intéresse plutôt à la bande-dessinée de type « franco-belge », mais je n’ai pas pu m’empêcher d’être un peu frustrée ^^

Un petit encart seulement pour le roman graphique, classé parmi les genres, avec le fantastique, la fantasy, l’historique. Je sais que la définition est un peu floue, varie souvent selon les personnes, mais je l’ai trouvée ici particulièrement succincte et uniquement centrée sur les thématiques biographiques. J’aurai tendance à y voir plus une dénomination de forme que de genre : le roman graphique peut, pour moi, être fantastique, ou historique etc … Mais bon … pour le coup je ne suis pas experte en la matière et je sais qu’il y a débat sur le terme ^^ et surtout, j’ai bien conscience que ce n’est pas le sujet principal du musée.

J’ai quand même pu me consoler, car le musée propose également des expositions temporaires et au moment où j’y étais, il s’agissait de « La Nouvelle BD flamande » qui se consacrait justement aux nouveaux auteurs, qui sortent des codes, expérimentent, créent de nouvelles formes. Bref, ce que j’aime vraiment dans la BD ! Donc j’ai arrêté de râler. :p

Et j’ai même fait du vélo, car il fallait pédaler pour activer les interviews … Sympa non ? On se cultive ET on perd les kilos accumulés en mangeant des gaufres, c’est vraiment bien fait 😀

J’ai vraiment adoré cette visite, ne restez pas bloqués sur mon coup de gueule final 😀
Amoureux de la bande-dessinée ou non, je pense que vous pourrez trouver votre compte avec cette grande exposition. Le tarif m’a semblé vraiment abordable pour tout ce qu’il y avait à voir ! Alors si vous êtes de passage à Bruxelles, à mon avis, n’hésitez pas ! 🙂

 

Informations pratiques :

www.cbbd.be

Tarif : Adulte : 10€ 12-25 ans : 7€ – 12 ans : 3,5€
Horaires :
Ouvert tous les jours de 10 à 18 heures, même les jours fériés à l’exception du 25/12 et du 01/01.

Adresse : 20, rue des Sables – 1000 Bruxelles – Belgique

Legendary – Stephanie Garber

Préparez-vous bien car je vais dire quelque chose de quasi-jamais vu sur Deedr : j’ai lu le tome 2 d’une série et je l’ai préféré au premier. On sait combien les tomes 2 ont tendance à tenir lieu de tomes de transition dans les trilogies, ce qui les met rarement en haut des classements des tomes favoris (du moins me concernant 😉 ). Legendary réussit donc l’exploit d’avoir su plus me séduire que son grand frère… voyons pourquoi !

  • ma chronique du tome 1 ICI

Legendary débute quasiment là où Caraval s’est arrêté. Scarlett, l’héroïne du tome 1, laisse la place de narratrice à sa jeune sœur Donatella.
Un changement de narratrice assez réussi, tant du point de vue de la narration qui s’adapte réellement au caractère de la nouvelle héroïne, qu’au niveau du renouveau que cela apporte à la série. On pourrait craindre le côté répétitif : nouvelle quête de l’héroïne (Scarlett cherchait Tella et maintenant Tella cherche leur mère…), nouveau Caraval, nouveau beau gosse dark et mystérieux pour faire palpiter les petits coeurs… On prend les mêmes, et on recommence ? Pas vraiment. Comme je l’ai dit plus haut, Tella n’est pas Scarlett. Beaucoup plus intrépide que sa soeur, Tella est une fonceuse qui a tendance à se lancer dans les choses et à se dire qu’elle verra sur le moment comment ça se passe… même quand on lui dit “guuuuurl, tu risques de mourir“. Ce côté irréfléchi ne contribue pas à faire d’elle un personnage… très fin (j’ai cherché durant 10 minutes comment ne pas être désobligeante, mais sérieux les gars, Tella et la finesse, ça fait deux, non ? :D). Elle comprenait souvent un peu tardivement des éléments que je trouvais évidents. Même si en tant que lecteur on dispose d’un recule dont le personnage ne bénéficie pas, je trouvais ça un petit peu abusé ici parfois. Pourtant, la témérité de Tella contrebalance pas mal les reproches que j’aurais à lui faire, et j’ai plutôt apprécié le personnage, dont le caractère donne un rythme assez nerveux au récit.

L’univers développé par Stephanie Garber reste pour moi le gros point fort de la série : les décors sont un fourmillement permanent d’idées magiques. Éléments décalés, paillettes, déguisements… j’ai eu l’impression d’être projetée dans une sorte de “concentré de contes de fées” : enchanteur et creepy à la fois, voilà qui gère la fougère comme jamais aurais-je envie de dire ! 😀

Dans le premier tome, j’avais absolument adoré la première moitié et grandement déchanté sur la seconde, dans laquelle les retournements de situation à répétitions et le triangle amoureux m’avaient larguée en cours de route. Ici, mon intérêt a été maintenu durant toute l’intrigue, d’où le fait que ma préférence lui revienne. L’introduction des Fatalités et l’intrigue autour du jeu de cartes m’a beaucoup plu (je laisse ceux qui ne l’ont pas lu découvrir par eux-même de quoi il s’agit exactement 😉 ). Par contre, j’ai trouvé son lien avec le nouveau Caraval assez mal fait. Je m’explique : différents axes sont entremêlés, et tout l’intérêt pour Tella (et le lecteur) est de réussir à définir ce qui relève du jeu et ce qui relève d’un véritable enjeu pour l’héroïne ainsi que le monde dans lequel elle vit. Seulement, j’ai trouvé que cela avait souvent du mal à fonctionner durant Caraval. Les indices pour le véritable Caraval sont censés revêtir un autre sens pour elle, la faire avancer dans sa quête personnelle, et puis elle se retrouve assez vite lâchée seule dans la nature. L’idée est assez bonne, mais j’ai trouvé que cela donnait un côté très téléphoné à beaucoup d’avancées dans l’intrigue. Après, étant donné que nous sommes dans un univers proche des contes de fées, je me disais durant ma lecture que niveau fluidité et naturel des retournements de situation, les contes de fées n’étaient pas ce qu’on faisait de mieux en la matière (“et là, y a une fée qui apparaît et qui résout tout” “hein ?” “ouais ouais, c’est comme ça que ça se passe et c’est tout. Ça me fait plaisir”)… donc pourquoi pas, si cela accentue l’ambiance conte du texte. 😀

En bref, j’ai dévoré Legendary. Une fois ma journée finie, le soir je partais décompresser avec Tella, Jacks, Dante & co. Et comme il se lit un peu trop bien, laissez-moi vous dire que le pavé n’a pas fait long feu. Il reste encore un tome avant la fin, et je suis assez curieuse de voir ce que cela donne, surtout concernant Tella. Scarlett semble être en craquage le plus total à la fin de ce tome ne semble décidément pas aller dans une direction qui m’intéresse, et j’espère que la narration sera une nouvelle fois plus centrée sur sa sœur. Suspense !