Pereira prétend – Tabucchi

L’année dernière, j’avais découvert avec enchantement la plume de Tabucchi. Nocturne Indien avait été l’une de mes meilleures lectures de 2018, et lorsque ce mois-ci j’ai découvert Péreira Prétend dans une boite à livres près de chez moi, cela a clairement été l’une de ces petites choses qui illuminent ma journée (dans le même genre, il y a quand mon chat a décidé qu’il ne faisait pas sa diva ce jour-là, et qu’il accepte de faire un câlin à une simple humaine telle que moi :D).

Si Nocturne Indien nous emmenait en Inde, Pereira prétend se déroule pour sa part au Portugal, sous la dictature de Salazar (suis-je la seule qui ne peut s’empêcher de penser à Harry Potter dès que je vois ce nom x) ?). Pereira est un journaliste qui se charge de la page culturelle d’un journal hebdomadaire. Passionné de littérature française, il mène une vie bien rangée, qui a quelque chose d’assez terne, voire un peu mortifère. On entre rapidement dans la vie de ce veuf très solitaire ; si solitaire qu’il parle à un tableau représentant sa femme, placée dans l’entrée de son appartement (ouioui). Pereira gère sa page culturelle, mange ses omelettes, boit ses citronnades (je viens réellement de vous résumer l’intégralité de son régime alimentaire) et… se pose des questions sur la mort.
Jusqu’au jour où il décide de contacter un certain Monteiro Rossi : fraîchement diplômé, le jeune homme a rédigé son mémoire sur la mort, et Pereira espère trouver en lui quelqu’un avec qui discuter de ses préoccupations à ce sujet – doit-il craindre la résurrection de la chair ? Lui qui souffre de son surpoids craint d’avoir à vivre une autre vie dans cette enveloppe qu’il ne supporte plus.
Sauf que Monteira Rossi lui avoue bien vite assez plagié son mémoire sur celui de quelqu’un d’autre, et qu’il n’est de toute façon pas intéressé par la mort. Monteiro Rossi aime la vie, Monteiro Rossi est jeune et il veut vivre, vivre, vivre ! Ce qui n’est pas forcément compatible avec le régime politique en place…

Une nouvelle fois, la magie de Tabucchi a opéré sur moi. Même si je dois avouer une petite préférence pour Nocturne Indien, cette deuxième lecture m’a totalement charmée. L’ouvrage est court, il pourrait se lire d’une traite – ce que j’aurais volontiers fait ! Tabucchi réussit à raconter énormément et à donner cette impression d’avoir parcouru un long chemin avec Pereira, alors que l’ouvrage fait à peine 200 pages.
Ce personnage principal est pour le moins atypique. Il n’a rien d’héroïque, rien n’est fait pour le mettre en valeur. Pourtant, il ne m’a jamais paru antipathique. Dès le début, Pereira est intrigant, voire touchant, avec ses questionnements intérieurs, ses conversations avec le tableau… Très vite, sa rencontre avec Monteiro Rossi commence à le révéler : que ce soit ses envies d’avoir un fils, qu’il n’a jamais pu avoir avec son épouse, ou encore lui faire ouvrir les yeux sur la situation actuelle de son pays
J’ai adoré ce mélange qui se crée : une sorte de nostalgie doublée d’un second souffle dans la vie de Pereira.
Le rythme du récit est assez tranquille, et ce rythme de croisière se poursuit jusqu’au grand final, qui s’avère pour sa part explosif (et émouvant).

Que vous dire de plus ? Le livre est court et je ne voudrais pas trop en révéler. Si je m’écoutais, la suite de l’article consisterait une description de mes moments préférés du livre et de pourquoi Tabucchi est trop fort. Mais je vais m’abstenir de faire ça et simplement vous recommander de découvrir Pereira prétend : c’est un roman qui passe comme un éclair mais qui réussit à dresser en peu de mots le portrait d’un homme et d’une époque, d’une manière que j’ai trouvée forte et émouvante. Pour ma part, je m’en vais consulter la bibliographie de l’auteur afin de voir laquelle de ses oeuvres il me dirait de découvrir prochainement !

3 Comments on “Pereira prétend – Tabucchi

  1. J’avais aimé et, de ce fait, présenté ce roman de Tabucchi, en septembre 2012, sur le blog du village de Mosset (66), blog aujourd’hui fermé. Dans la même chronique je recommandais également un autre roman du même Tabucchi : La Tête perdue de Damasceno Monteiro.
    Un lien (s’il veut bien s’ouvrir!) pour accéder à cette chronique : https://fr.scribd.com/document/127394477/05-chronique-de-Jean-Luc-n-5

  2. Il faudra que je découvre cet auteur vu ton enthousiasme. J’avais également lu la BD tirée de ce roman et j’avais vraiment apprécié. Du coup, noté !

  3. Je suis hyper hyppéééééée ! Tu en parles trop biiiien !
    Merci encore une fois pour cette découverte ! =)

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