Rhinocéros – Ionesco

Cette année, ma petite sœur préparait son bac de français. Le week-end qui précédait l’épreuve écrite, nous avons fouillé dans une vieille caisse de bouquins que j’avais abandonnée dans un coin et y avons trouvé Rhinocéros. Comme toute grande soeur logique, qui veut aider sa petite soeur à se détendre avant un examen je… lui ai proposé d’aller au cinéma et manger une glace ? Non, je lui ai dit “héééééé, on lit Rhinocéros ? Ce sera drôle, on fera les voix des personnages, il y a un vieux monsieur, je veux faire une voix de vieux monsieur !”
Bref, c’est comme ça que j’ai lu Rhinocéros et que je me retrouve à vous en parler aujourd’hui.
(By the way, c’est le théâtre qui est tombé à l’épreuve, et elle a parlé de Rhinocéros dans sa dissert :D)

Rhinocéros raconte l’histoire d’une ville où les gens se transforment peu à peu en… rhinocéros. La pièce appartenant au théâtre de l’absurde, on ne va pas trop s’étonner de l’étrangeté du pitch de départ, mais il faut avouer que celui-ci peu paraître assez cocasse. Le héros, Bérenger, et son ami Jean sont en train de boire un verre en ville, quand soudain, un rhinocéros traverse la ville en courant. La pièce commence ainsi, sur la surprise générale, les questions et exclamations que cela suscitent. On s’est d’ailleurs beaucoup demandé ce que cela donnait sur scène : vu le nombre de personnes censées parler en même temps (ou presque), cela doit presque ressembler à une cacophonie, ce premier acte avec sa multitudes de personnages. ^^

J’ai adoré cette lecture, et je regrette de ne pas avoir eu à l’étudier en classe, car je pense qu’elle doit être très intéressante à lire dans ce cadre-là aussi. Pour ma part, je me suis contentée d’avoir envie de tourner les pages à toute vitesse, et ce même pas à cause d’un potentiel suspense insoutenable, vu que mon copain m’avait spoilé la fin 😀 J’étais simplement fascinée par l’univers créé par Iosnesco et la critique acérée à laquelle il se livre sous le couvert de l’absurdité générale.
Présentée au début comme une sorte de maladie, une anomalie, quelque d’incompréhensible, la transformation en rhinocéros devient peu à peu LA chose à faire. On comprend assez vite la métaphore, qui semble critiquer une uniformisation de la pensée, une adhésion générale à une idéologie qui détruit peu à peu l’individualité. Comme je ne connaissais pas Ionesco (du tout), j’ai dû aller jeter un œil au dossier accompagnant mon édition de la pièce pour apprendre qu’il visait tout particulièrement l’attitude des français durant la seconde guerre mondiale, la question de la collaboration et de la résistance face au régime nazi. Honnêtement, si on ne sait pas qu’il avait écrit ça précisément pour critiquer cette époque, le message a quelque chose de très atemporel. La critique pourrait s’adapter à bien d’autres périodes et idéologies. La question de se laisser gagner ou non par la “rhinocérite” peut être adaptée à des questions bien plus “quotidiennes” : la question de savoir garder son identité (et donc son “humanité”) face à un mouvement de masse étant très universelle et adaptable à beaucoup de situations. Du moins, c’est comme ça que j’ai vu les choses, mais comme je l’ai dit, je n’ai pas étudié la pièce (ni lu en entier tout le dossier d’étude qui l’accompagnait dans mon exemplaire, donc, vraiment, je suis restée sur une lecture très très “plaisir” et “j’suis en vacances les gars, j’ai la flemme” :D).

J’ai aimé la pièce d’un bout à l’autre et j’ai trouvé le final génial. Le personnage de Bérenger m’a beaucoup plu, avec son côté “mec lambda”, qui n’a rien de très brillant en apparence : boulot banal, tendances alcooliques, on lui fait remarquer qu’il n’est même pas vraiment cultivé… pas foncièrement le genre qui vend du rêve, mais qui va se révéler bien plus qu’on pouvait imaginer au début. Ok, cela paraît très banal aujourd’hui, le côté anti-héros, mais ici c’est traité d’une manière étonnamment réussie et… subtile dans son absurdité. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire ? 😀
Après, cela reste une pièce appartenant au théâtre de l’absurde : il faut vraiment entrer dans le délire pour passer un bon moment. Je l’aurais lu à un autre moment, peut-être que j’aurais moi-même été moins réceptive, allez savoir…

Bref, Rhinocéros, c’était beaucoup trop bien, il faut que je lise d’autres œuvres de Ionesco ! (conclusion efficace)

4 Comments on “Rhinocéros – Ionesco

  1. Je lis pas assez de pièces de théâtre, ni de classique, avec ce livre ça sera faire d’une pierre deux coups, surtout que je suis assez friande des romans absurdes !
    Et merci pour tes explications qui entourent cette histoire, c’est encore plus tentant sous ce jour là ! =)

  2. En vrai, j’aime vraiment bien Rhinocéros, c’est juste qu’elle m’agace parce que… c’est la seule à laquelle les gosses sont capables de penser ? Et je sais pas si c’est parce que moi j’ai grandi avec le théâtre de la Huchette, mais ça me rend triste que La Cantatrice chauve, La Leçon, tout ça ne leur évoque rien, même de nom (surtout que leur bahut s’appelle Ionesco, bon sang). :'(
    (J’ai vu jouer cette pièce mais il y a bien trop longtemps pour pouvoir répondre à vos questions concernant le rendu de l’acte I)
    ‘Fin bon, je suis contente que ça t’ait plu et que tu nous parles de théâtre, Go Chouquette !!

    • C’est drôle, le premier titre qui me venait à l’esprit c’est La cantatrice chauve (grâce à la Luciole et son enthousiasme à son propos 😉 ). Par contre, je ne connais La leçon que de titre… mais mon expérience positive avec Rhinocéros me donne envie de tester.
      Ça claque, de bosser dans un bahut qui s’appelle Ionesco, je trouve. Enfin j’aurais préféré au nom du lycée près de chez moi :p
      Le mystère du premier acte restera donc entier ; j’aimerais bien la voir sur scène, cette pièce !
      Merci pour ton commentaire SALT 🙂

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