Trois fois dès l’aube – Alessandro Baricco et l’adaptation BD de Denis Lapière et Aude Samama

On ne va pas se mentir : sur Deedr, Alessandro Baricco a la cote. On l’a découvert il y a plusieurs années déjà, alors qu’on cherchait une idée de binôme spécial “Fête de la musique” : au hasard, on a choisi Novecento, et là, le mal était fait. Notre obsession Alessandro-baricienne” était lancée.

A ce jour, aucun autre de ses livres n’est parvenu à égaler Novecento dans nos coeurs, mais on tient tout de même aujourd’hui un très joli challenger : Trois fois dès l’aube tabasse quand même pas mal, dans le genre petit livre rapidement lu mais difficile à oublier !

Deux personnages se rencontrent à trois reprises. […] Trois histoires nocturnes qui se concluent à l’aube et qui marquent, chacune à sa façon, un nouveau départ. Trois facettes qu’Alessandro Baricco rassemble en un récit hypnotique et puissant, non dépourvu d’élégance et même de sensualité.

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Une nouvelle fois, Baricco nous embarque dans l’une de ces atmosphères qu’il sait si bien créer, où le poétique, le cruel et le rêve s’entremêlent. Dans celui-ci, le mélange est particulièrement réussi : 3 nouvelles, 3 rencontres. A chaque fois un nouveau couple de personnages, qui se rencontre juste avant le lever du soleil, ont une discussion qui semble sortie d’un rêve, et qui finissent par se séparer à l’aube, transformés par cette brève rencontre.

Je ne suis pas une grande amatrice de recueil de nouvelles d’habitude, mais celui-ci en est-il vraiment un ? J’ai du mal à voir ces 3 histoires autrement que comme un tout. Chacune serait joliment écrite mais très anecdotique sans les recoupement possibles avec les deux autres.

Indépendamment, on aurait affaire à de petits épisodes plutôt vraisemblables de la vie de ces personnages. Une rencontre dans le hall d’un hôtel entre un homme et une femme, puis entre un concierge et une jeune femme, et enfin entre une policière et un jeune garçon. Pourquoi pas, oui. Mais une sensation d’irréalité flotte sur l’histoire depuis le début. On sent que la temporalité n’est pas “normale”, que Baricco en joue et cherche à créer quelque chose d’autre, qui va questionner le lecteur.

Des questions, se livre offre matière à s’en poser. Si vous êtes comme moi et que vous aimez par-dessus tout les livres qui vous proposent environ 12000 possibilités d’interprétations différentes (sans que cela ne tombe dans l’abstraction la plus totale, le livre reste appréciable même sans cela ^^), vous allez être servis ici ! Avec la Luciole, nous avons dû passer presque une soirée entière à en discuter (parce qu’on a vraiment rien d’autre à faire de nos weekend, oui :D). D’ailleurs, avec l’adaptation BD dont elle va vous parler maintenant, vous allez voir comment une histoire aux 1000 interprétations possibles peut être adaptée en dessin. Ce que je trouve personnellement super intéressant, du coup je vais arrêter d’écrire pour que la Luciole puisse expliquer tout ça (parce que je suis sa fan n°1, cherchez pas à me voler ma place, cela ne fait même pas partie du domaine du possible).

En bref, Trois fois dès l’aube, c’est officiellement mon 2ème Baricco préféré à ce jour. Plus d’un mois après l’avoir lu, son ambiance continue d’être très présente dès que j’y pense, et je le relirais volontiers.


Quitte à le relire, Morgana, voici ce que je te propose pour ta relecture, moi ça m’a bien convaincue 😉

Bien qu’appréciant beaucoup les livres d’Alessandro Baricco, Trois fois dès l’aube n’avait encore jamais atterri entre mes mains. Et pour ma part, il y avait déjà un autre challenger à Novecento, il s’agit de Mr Gwyn dont l’ambiance continue à m’habiter bien deux ans après ma lecture ! Un de mes plus grands rêves de lectrice serait de voir Mr Gwyn adapté en roman graphique, voir toutes ces jolies petites lumières bleues s’éteindre doucement au cours du livre. À ma connaissance aucune adaptation n’existe à ce jour, alors quand j’ai vu que Futuropolis sortait une adaptation de Trois fois dès l’aube, j’ai pris cela comme une très jolie consolation et me suis empressée de lire le livre en prévision de ma découverte de la BD. Je ne reviendrai pas sur ce que Morgana a dit, je qui d’accord avec elle en tous points et comme elle l’a précisé, nous en avons beaucoup parlé :p
Par contre à la fin de ma lecture, quelque chose m’intriguait : comment un livre qui laisse tant place à l’imagination, à l’interprétation, au doute parfois … Comment un tel livre peut-il se laisser adapter. Cela me semblait être un beau challenge pour les auteurs de la BD et j’avais hâte de découvrir comment ils l’avaient relevé et j’ai été très satisfaite par ma lecture !

Et même triplement satisfaite. Premièrement, j’ai apprécié ce roman graphique pour lui-même, car bien sûr, il peut se lire indépendamment du roman. Même si ce n’est pas le genre de dessins auxquels je m’attache généralement, j’ai trouvé ceux-ci parfaitement adaptés au récit, donnant à la fois un côté intense et doux et les pleines pages d’aube ont absolument magnifiques :). Le texte reprend majoritairement celui de Baricco (enfin, sa traduction, car je ne parle toujours pas italien) mais n’est absolument pas redondant avec l’image et a su donner du rythme à la BD.

Alors si cette adaptation m’aurait plu dans tous les cas, le fait d’avoir lu le livre d’origine avant m’a permis d’encore mieux l’apprécier. Le récit fourmille de petits détails, d’indices pour la suite, de très jolies incohérences – et comme dans tout récit de ce type, le lire une deuxième fois donne un nouvel éclairage sur l’histoire, donne presque l’impression de découvrir une nouvelle intrigue. J’ai savouré tous ces petits détails, non seulement car je connaissais la suite, mais en plus car ce n’était pas exactement la même chose malgré tout, puisque adapté. Le combo parfait pour une relecture en gros :p

Et puis, le plus important, les auteurs, et notamment par les dessins nous donnent leur interprétation. Morgana l’a dit, je pense que plusieurs lectures sont possibles.

Un couple se rencontre à trois reprises, dans un temps et une chronologie qui n’appartient qu’à eux, qui échappe à toute rationalité, ce qui rend leur histoire encore plus belle. Mais à la fin de ma lecture du roman, je me posais des questions, je ne peux pas trop en dire pour ne pas spoiler, mais ça ressemblait un peu à : « et s’ils étaient dans une boucle ? Qu’ils s’étaient rencontré plus de fois que ça ? », « Ah mais alors, dans la première histoire, la fille elle …. ». Parfois j’en étais quasiment sûre, parfois ce n’était que des suppositions, et dans tous les cas c’était ma lecture personnelle.

Avec la bande-dessinée, j’ai découvert l’interprétation et la lecture de quelqu’un d’autre. Qui parfois a « confirmé » ce que je me disais, parfois non, parfois m’a lancé sur de nouvelles pistes … La BD, en montrant réellement les personnages laisse moins de place au doute, et livre sa vision de l’histoire. Je n’ai pour autant pas trouvé cela frustrant car elle a su garder une part de mystère, et parfois mettre en avant des détails qui ne m’avaient pas été si clairs à la lecture du roman. Et d’ailleurs, j’ai presque l’impression que le dessin du personnage principal masculin cherche à représenter Baricco lui-même :p.

Ces deux expériences de lecture d’une même histoire ont donc été radicalement différentes. Parfois, les adaptations de roman en BD me donnent une impression de copié-collé illustré, qui peut être malgré tout très agréable à lire, mais ici l’adaptation de Trois fois dès l’aube apporte un petit truc en plus à la lecture. Loin de se substituer au roman, je trouve qu’elle le complète, donne à voir et à découvrir l’histoire différemment, et ce fut vraiment une jolie expérience pour moi. Et pour faire écho à la conclusion de Morgana, je pense qu’il s’agit également de mon deuxième Baricco préféré, bien que Mr Gwyn cherche à lui piquer sa place. Peut-être vais-je les mettre ex-aequo 😉

 

Pour plus de Baricco sur le blog :

2 Comments on “Trois fois dès l’aube – Alessandro Baricco et l’adaptation BD de Denis Lapière et Aude Samama

  1. Je n’arrête pas de voir passer Baricco en ce moment. N’ayant lu que Soie il y a longtemps et n’en ayant aucun souvenir, je me dis qu’une session de rattrapage serait pas mal. La façon dont il semble vous happer par sa plume est fascinante. Super chronique !

    • Mission réussie alors, si tu as envie de jeter un nouveau coup d’oeil à ses livres ! Je te recommande celui-ci et Novecento, mes deux préférés !
      Et un grand merci pour ton commentaire adorable 🙂

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